Gaston Defferre

Gaston Defferre, né le à Marsillargues (Hérault) et mort le à Marseille, est un homme politique et résistant français.

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Gaston Defferre

Gaston Defferre en 1964.
Fonctions
Député français

(1 mois et 5 jours)
Élection 16 mars 1986
Circonscription Bouches-du-Rhône
Législature VIIIe (Cinquième République)
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Scrutin proportionnel
Successeur Jean-Jacques Léonetti

(18 ans, 7 mois et 19 jours)
Élection 25 novembre 1962
Réélection 12 mars 1967
30 juin 1968
11 mars 1973
19 mars 1978
21 juin 1981
Circonscription 3e des Bouches-du-Rhône
Législature IIe, IIIe, IVe, Ve, VIe et VIIe (Cinquième République)
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Charles Colonna d'Anfriani
Successeur Philippe Sanmarco

(13 ans, 1 mois et 2 jours)
Élection 21 octobre 1945
Réélection 2 juin 1946
10 novembre 1946
17 juin 1951
2 janvier 1956
Circonscription Bouches-du-Rhône
Législature Constituante 1945
Constituante 1946
Ire, IIe et IIIe (Quatrième République)
Maire de Marseille

(32 ans, 11 mois et 28 jours)
Élection 3 mai 1953
Réélection 15 mars 1959
21 mars 1965
21 mars 1971
20 mars 1977
13 mars 1983
Prédécesseur Michel Carlini
Successeur Jean-Victor Cordonnier (intérim)
Robert Vigouroux

(1 an, 2 mois et 28 jours)
Prédécesseur Pierre Barraud
Successeur Jean Cristofol
Ministre d'État chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire

(1 an, 8 mois et 3 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Fabius
Prédécesseur Michel Rocard (indirectement)
Successeur Hervé de Charette (Plan)
Pierre Méhaignerie (Équipement)
Ministre d'État[N 1]
Ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation

(3 ans, 1 mois et 25 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Mauroy I
Mauroy II
Mauroy III
Prédécesseur Christian Bonnet
Successeur Pierre Joxe
Président du Groupe socialiste à l'Assemblée nationale

(18 ans, 5 mois et 15 jours)
Législature IIe, IIIe, IVe, Ve et VIe (Cinquième République)
Prédécesseur Francis Leenhardt
Successeur Pierre Joxe
Sénateur français

(3 ans, 7 mois et 10 jours)
Élection 26 avril 1959
Groupe politique Socialiste
Successeur Roger Delagnes
Ministre de l'Outre-mer

(1 an, 3 mois et 20 jours)
Président du Conseil Guy Mollet
Gouvernement Mollet
Prédécesseur Pierre-Henri Teitgen
Successeur Gérard Jaquet
Ministre de la Marine marchande

(1 an et 30 jours)
Président du Conseil Henri Queuille
René Pleven
Gouvernement Queuille III
Pleven I
Prédécesseur Lionel de Tinguy du Pouët
Successeur André Morice
Sous-secrétaire d'État à l'Outre-mer

(1 mois)
Président du Conseil Léon Blum
Gouvernement Blum III
Secrétaire d'État à l'Information

(4 mois et 29 jours)
Président du Conseil Félix Gouin
Gouvernement Gouin
Biographie
Nom de naissance Gaston Paul Charles Defferre
Date de naissance
Lieu de naissance Marsillargues (France)
Date de décès
Lieu de décès Marseille (France)
Nature du décès Hémorragie interne
Sépulture Cimetière Saint-Pierre (France)
Nationalité Française
Parti politique SFIO (1933-1969)
PS (1969-1986)
Conjoint Andrée Aboulker (de 1935 à 1945)
Marie Antoinette Swaters dite Paly (de 1946 à 1973)
Edmonde Charles-Roux (de 1973 à 1986)
Diplômé de Faculté de droit et de science politique d'Aix-Marseille
Profession Avocat
Religion Protestantisme

Maires de Marseille
Ministres français de l'Intérieur

Membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) puis du Parti socialiste, il est maire de Marseille d' à , puis de à sa mort.

Parlementaire et ministre à plusieurs reprises sous les IVe et Ve Républiques, « numéro deux du gouvernement » à deux reprises, candidat à l'élection présidentielle de 1969, il donne son nom à deux lois importantes : la loi-cadre de 1956 ouvrant la décolonisation en Afrique et celle de 1982 sur la décentralisation.

Origine et formation

Gaston Paul Charles Defferre naît le à Marsillargues (Hérault) dans une famille protestante cévenole, au mas de Bony, demeure construite par son grand-père Pierre Causse. Il est le second enfant de Paul Defferre (1882-1961), avoué à Nîmes, et de Suzanne Causse (1882-1971), qui ont eu trois autres enfants : Marie-Louise[N 2], née en 1908, Monique, née en 1912, et Jacques en 1914[1].

Sa mère se charge de son éducation avant qu'il n'aille poursuivre ses études secondaires au lycée Alphonse-Daudet de Nîmes.

Gaston Defferre découvre l'Afrique lorsqu'il se rend avec sa famille à Dakar, où son père a ouvert un bureau. En 1922, avec sa mère, il rentre en métropole. Après des études de droit à l'université d'Aix-Marseille, il s'inscrit comme avocat au barreau de Marseille en 1931. En 1933, il devient militant socialiste et adhère à la 10e section de la SFIO de la ville. Cette période est politiquement très agitée. Simon Sabiani, premier adjoint du maire Georges Ribot (1931-1935), incarne le basculement d'une partie de la gauche vers la droite extrême et, en raison de ses relations avec François Spirito et Paul Carbone, la confusion entre la politique et les affaires de droit commun. Les affrontements politiques culminent aux élections cantonales de 1934 avec la montée du Parti communiste, emmené par Jean Cristofol et François Billoux, puis aux municipales de 1935, remportées par le candidat socialiste Henri Tasso, qui devient maire.

Pendant cette époque troublée, Gaston Defferre n'apparaît pas publiquement. Le , il épouse Andrée Aboulker (1912-1993), médecin, issue d'une famille juive d'Alger, cousine (et future épouse) de José Aboulker, chirurgien qui s'illustre dans la libération de l'Algérie en 1942. Ils divorcent le .

Avocat du Comité américain de secours de Varian Fry, il obtient en 1941 la libération sous caution de Daniel Bénédite[2].

Résistant

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Dirigeant du réseau Brutus

Non affecté à une unité combattante pour des raisons médicales[réf. nécessaire], il reste à Marseille et est démobilisé le . Il reprend contact avec quelques socialistes marseillais dont il connaît l'esprit anti-vichyssois, dont Horace Manicacci et Fernand Trompette, piliers de la SFIO marseillaise. Il entre en relations avec l'avocat et parlementaire Félix Gouin qui organise tous les mardis à son cabinet, rue de la Darse à Marseille, une réunion des socialistes de la Ville. Gouin relaie les décisions prises par le Comité d'action socialiste créé par Daniel Mayer.

À la fin de 1940, Defferre est un des premiers résistants[réf. nécessaire] à rejoindre le réseau créé par Lucas (le capitaine Pierre Fourcaud), qui, adjoint du colonel Passy au Bureau central de renseignements et d'action, arrive de Londres pour superviser la création de réseaux en zone non occupée.

Le mouvement devient ensuite, sous la houlette de son confrère du barreau André Boyer, le réseau de renseignement Brutus. Defferre utilise de nombreux pseudonymes dont celui de Danvers, puis à partir de 1943, de Massereau[3],[4].

En , il participe au comité exécutif du parti socialiste clandestin, constitué par Félix Gouin. Il soutient la création d’un Conseil national de la Résistance. Il rejoint la clandestinité lorsque les Allemands envahissent la zone libre le .

Après l'arrestation de Boyer (qui recevra la mention Compagnon de la Libération à titre posthume), le avec André Clavé qui venait de prendre la succession de Pierre Sudreau[5] lui-même arrêté par la Gestapo en novembre (tous trois seront déportés à Buchenwald, cinq mois plus tard), Gaston Defferre prend la direction du réseau.

Libération de Marseille

Gaston Defferre, secrétaire d'État chargé de l'Information du gouvernement Félix Gouin, en 1946.

À la libération de Marseille, le , Gaston Defferre s’empare du Petit Provençal, avec une milice de truands dirigée par Nick Venturi. Ce groupe et le contrôle de ce journal l'aideront longtemps à garder le pouvoir à Marseille. Gaston Defferre s’assure aussi la direction de la fédération SFIO des Bouches-du-Rhône.

Nommé président de la délégation municipale, il devient maire de Marseille en 1944, il le reste jusqu'en . Le communiste Jean Cristofol lui succède.

Le , il épouse en secondes noces une infirmière d'origine hollandaise, Marie-Antoinette « Paly » Swaters[6] (née à Bruxelles le et morte à Marseille le )[7].

Sous la IVe République

Maire de Marseille

G. Defferre redevient maire de Marseille à partir de 1953, il le reste jusqu'à sa mort en 1986. Pour combattre l'emprise de la Confédération générale du travail (CGT) communiste, il noue un lien privilégié avec la CGT-FO qui obtient une influence déterminante « sur les embauches de personnel et les promotions »[8].

En matière d'urbanisme, ses mandats sont marqués par la construction de la galerie marchande de la Bourse qui détruit une partie des vestiges grecs de la ville, le retard pris dans la réhabilitation du centre-ville et le départ de nombreuses entreprises vers des communes environnantes[9].

Ministre

Ministre de la France d'outre-mer en 1956-1957 dans le gouvernement de Guy Mollet, il prépare, avec son premier directeur de cabinet Pierre Messmer, la décolonisation de l'Afrique noire. À cette fin, il rédige la loi-cadre qui porte son nom.

Sous la Ve République

Rejet des rapatriés

En , il déclare à propos des rapatriés d'Afrique du Nord : « Français d’Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs. Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… Jamais je ne les recevrai dans ma cité[10],[11],[12]. »

Dans l'opposition à De Gaulle

Il appelle à voter « oui » au référendum constitutionnel de 1958. Battu aux élections législatives de 1958, il siège au Sénat de 1959 à 1962 puis retrouve son mandat de député socialiste en 1962. Il est constamment réélu jusqu'en 1986. Il a été président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale.

Le , il dispute et remporte le dernier duel pour l'honneur de l'histoire de France contre René Ribière avec qui il avait eu un différend dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Gaston Defferre interpelle son collègue, qui s'agite sur son banc, et lui crie : « Taisez-vous, abruti ! » Un peu plus tard, dans la salle des Quatre-Colonnes, Gaston Defferre refuse de retirer son injure et René Ribière lui envoie ses témoins et demande réparation par le fer (en l'occurrence l'épée). Le duel a lieu dans une résidence privée de Neuilly-sur-Seine, et est arbitré par le député gaulliste de gauche Jean de Lipkowski. Gaston Defferre rejette les épées « limées » qu'on lui propose et refuse que l'on s'arrête au premier sang. Manquant d'expérience et devant se marier le lendemain, René Ribière est blessé une première fois, mais demande la reprise du combat. Après une seconde estafilade, Defferre consent finalement à ce que l'arbitre du combat y mette fin[13],[14],[15].

Il apparaît sous le nom de M. de Ferre, comte de Provence, dans l'ouvrage pamphlétaire d'André Ribaud sur le pouvoir gaulliste, Le Roi (Julliard, 1961).

« Monsieur X »

En 1965, son nom est évoqué pour être le candidat de l'opposition de gauche et du centre à l'élection présidentielle, face au général de Gaulle. Il publie Un nouvel horizon, chez Gallimard en 1965 pour présenter les lignes directrices d'une politique immédiatement applicable par un gouvernement de progrès. Il souhaite créer une grande fédération alliant la SFIO aux centristes.

Sa candidature est notamment inspirée par la campagne de l'hebdomadaire L'Express, Gaston Defferre étant le « Monsieur X », candidat idéal de l'opposition au gaullisme. L'intéressé joue de cette agitation médiatique et maintient le suspense, notamment lors d'une intervention remarquée aux Mardis de l'ESSEC le [16]. Néanmoins, les négociations entre la SFIO et le MRP centriste échouent en [17]. Guy Mollet, secrétaire général, n'est partisan ni d'un rapprochement avec les centristes, ni d'une union de la gauche avec les communistes. Il invoque la laïcité pour faire échouer la convergence avec les centristes et ainsi empêcher Defferre d'être candidat[18]. L'idée d'un grand mouvement démocrate, inspiré du modèle américain et du président Kennedy, échoue donc. François Mitterrand et Jean Lecanuet portent finalement respectivement les couleurs de la gauche et du centrisme lors du scrutin de .

En , la démission du général de Gaulle ouvre à nouveau la bataille pour la présidence de la République. Gaston Defferre est désigné par défaut candidat du Parti socialiste. Il propose un tandem avec Pierre Mendès France qui doit devenir son Premier ministre en cas d'élection (là encore, la stratégie choisie s'inspire du modèle américain, avec le « ticket » président – vice-président). Le positionnement centriste et opposé au fonctionnement de la Ve République de Gaston Defferre et Pierre Mendès France ne séduit guère l'électorat, puisque le candidat ne recueille que 1 133 222 voix au premier tour, soit 5,01 % des suffrages exprimés. Il est victime de la concurrence du candidat centriste Alain Poher, président du Sénat et figure de proue de la campagne du « non » au référendum du 27 avril 1969, de celle du PSU Michel Rocard, ainsi que de celle de Jacques Duclos, qui fait le plein des voix communistes. Cet échec retentissant  il reste en 2017 le pire score d'un candidat socialiste au premier tour de l'élection présidentielle[19]  va amener la fondation du nouveau Parti socialiste en 1969, et le choix d'une alliance à gauche avec le Parti communiste français, autour du Programme commun, à partir de 1972.

Il redevient alors le « baron » socialiste de Marseille dirigeant de fait la puissante fédération du PS des Bouches-du-Rhône, la plus influente du parti avec celle du Nord-Pas-de-Calais, qui s'allièrent lors des congrès, une entente surnommée « Bouches-du-Nord »[20].

Il épouse Edmonde Charles-Roux en 1973.

Un portrait du candidat par Pierre Viansson-Ponté

En 1971, le journaliste français Pierre Viansson-Ponté brosse un portrait psychologique et même physique de l'ancien maire de Marseille et candidat malheureux à l'élection présidentielle de 1969 dans son ouvrage sur la République gaullienne :

« Au physique, c'est un Méridional froid, un homme tranquille qui ne brille pas, mais qui pèse. Il respire l'assurance calme, la solidité de quelqu'un qui a les pieds sur terre comme un paysan cévenol. Il fait son travail méthodiquement, patiemment : même ses colères sont glacées ; si son ironie peut être mordante, s'il déteste les gens tristes, il a peu d'humour. Sa voix lente coule sans inflexions ni effets sur cette très légère cadence musicale qui est la dernière trace d'accent chez les bourgeois cultivés du midi. Du paysan, il a la dignité un peu méfiante : on ne lui tape pas sur le ventre, on ne le tutoie guère. C'est un mélange compliqué d'orgueil et de modestie, de rudesse et de rouerie, de puritanisme et de liberté d'allure, avec le goût des plaisirs coûteux et l'horreur de l'argent, avec de la séduction et de la raideur ». L'analyse du journaliste politique se fait ensuite plus personnelle, voire sans concessions : « En fait, il n'a rien d'un militant et peu d'un socialiste. La foule l'agace et il le montre, il est le contraire d'un tribun et quand il prend la parole, il réussit en quelques minutes à décourager ses plus chauds partisans, à faire tomber l'enthousiasme, à transformer un auditoire chaleureux et remuant qui l'acclame en une assemblée froide et silencieuse qui subit plus qu'elle ne les écoute ses propos secs et distants. Dans la négociation, dans la controverse, il se veut dur, invulnérable et sans détour. Pourtant, on devine vite une sensibilité à fleur de peau, une fragilité et presque une naïveté dont on se demande bientôt s'il est conscient et use pour faire céder ou s'il s'agit chez lui d'une seconde nature. Sans aller plus loin dans l'analyse psychologique et la description du personnage, disons simplement que Gaston Defferre n'était que sur le papier et pour les théoriciens le candidat idéal à l'élection présidentielle »[21].

Ministre de l'Intérieur

Après la victoire de la gauche en 1981, Gaston Defferre est le choix initial de François Mitterrand pour devenir son Premier ministre, mais le Président sait que l'âge de l'intéressé pourrait poser problème. Defferre réclame l'Intérieur et il l'obtient en devenant ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation, du au dans le gouvernement de Pierre Mauroy puis ministre d'État chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire dans le gouvernement de Laurent Fabius du au pendant le premier septennat de François Mitterrand. Ses cinq années place Beauvau sont marquées par la mise en œuvre de la décentralisation, une des grandes réformes de la gauche.

Après les élections législatives de juin 1981 qui donnèrent une majorité absolue aux socialistes, ce fut l'un des rares dirigeants socialistes à suggérer de se passer de ministres communistes dans le second gouvernement de Pierre Mauroy[22].

Thierry Le Luron, à la suite de rumeurs sur ses liens avec la mafia marseillaise, déclara à propos de sa nomination comme ministre de l'Intérieur : « Pour s'occuper du grand banditisme, il valait mieux un spécialiste ».

Le , deux gardiens de la paix sont abattus par quatre membres d'Action directe. Au cours de leurs obsèques trois jours plus tard, les policiers réclament sa démission ainsi que celle du garde des Sceaux Robert Badinter, un cortège de 2 500 policiers parvenant même à bousculer les cordons de sécurité pour s'approcher de l'Élysée, ce qui incite la droite à s'emparer de cette affaire pour dénoncer le laxisme du gouvernement. Defferre remet à François Mitterrand une lettre de démission non datée tandis que le président demande à l'un de ses fidèles Pierre Joxe, de se préparer à prendre sa succession au ministère de l'Intérieur qui devient effective un an plus tard[23].

Maire de Marseille

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Il s'est principalement illustré par son long mandat de maire de Marseille, de 1944 à 1946 et de 1953 jusqu'à sa mort, en 1986, ponctué d'affaires douteuses mêlant politique et mafia. De l'après-guerre aux années 1970, l'emprise de la mafia sur la ville s'est accentuée, culminant avec l'affaire dite de la « French Connection », au moment où la ville devient la place principale d'approvisionnement en drogue de l'Europe.

Parmi les immeubles construits durant les années 1960 et 1970, le quartier de La Rouvière (9e arrondissement) est une des copropriétés les plus peuplées de France (architecte : Xavier Arsène-Henry).

En 1983, il est élu avec moins de voix que son adversaire Jean-Claude Gaudin. En tant que ministre de l'Intérieur, il venait de modifier le mode de scrutin dans les villes de Paris, Lyon et Marseille : l'élection se fait dans chaque arrondissement pour les deux premières villes, alors que Marseille bénéficiait d'un découpage en secteurs adapté au maire sortant. Ce découpage a été modifié après sa mort.

Pendant son mandat, Marseille voit sa population augmenter de façon considérable (rapatriés d'Algérie, etc.). La ville se développe dans l'urgence pour répondre aux besoins de la population. De nombreuses tours sont érigées, dans un contexte privilégiant le béton. Les efforts de la municipalité font passer en priorité le développement de nouveaux quartiers urbains, au détriment du centre-ville.

Deux lignes de métro sont construites, la terre extraite du sol servant à créer des plages artificielles, dénommées officiellement « plages Gaston Defferre », ce qui n'empêche pas les Marseillais de les appeler les « plages du Prado ».

Gaston Defferre était aussi propriétaire des quotidiens marseillais Le Provençal (socialiste) et Le Méridional (de droite).

En 1973, il épouse en troisièmes noces la femme de lettres Edmonde Charles-Roux, issue d'une vieille et fortunée famille d'industriels et armateurs marseillais.

Mort et obsèques

La tombe de Gaston Defferre au cimetière Saint-Pierre.

Dans la nuit du 5 au , après sa mise en minorité par les partisans de Michel Pezet lors de la désignation du secrétaire général de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône[24], Gaston Defferre, rentré seul dans son appartement de Marseille, prend un soporifique qui aurait été à l'origine d'un malaise entraînant une chute lors de laquelle il se blesse gravement au cou. Victime d'une hémorragie, il téléphone à son médecin et ami, le docteur Jean-Louis Sanmarco, qui, impuissant, demande l'intervention des médecins urgentistes du bataillon de marins-pompiers de Marseille, mais il est trop tard : conduit à l'hôpital de la Timone dans un coma irréversible, il décède le lendemain matin. Aussitôt, l'hommage est unanime du côté de la classe politique[25].

Un hommage national lui est rendu le 12 mai suivant devant l'hôtel de ville de Marseille. Lors de cette cérémonie, sont notamment présents le président de la République François Mitterrand, les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy et Laurent Fabius, le Premier ministre Jacques Chirac, le président de l'Assemblée nationale Jacques Chaban-Delmas et les ministres Charles Pasqua et François Léotard. Lionel Jospin, alors premier secrétaire du Parti socialiste, prononce avec une réelle émotion son éloge funèbre, suivi de Jean-Victor Cordonnier, premier adjoint et maire par intérim, qui évoque l'œuvre municipale du défunt. Ses obsèques ont lieu à la cathédrale de la Major, à la demande de son épouse catholique, dans le cadre d'un culte protestant et œcuménique[26]. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre (pinède d'Arcussia, rang inférieur est, no 14). Selon ses vœux, un simple rocher brut provenant des Cévennes orne sa tombe.

Détail des mandats et fonctions politiques

Fonctions électives

  • Député socialiste des Bouches-du-Rhône de 1945 à 1958, puis de 1962 à 1981 (démission lors de son entrée au gouvernement) ; réélu en , il décède en cours de mandat ;
  • Maire de Marseille de 1944 à 1946, puis de 1953 à 1986 ;
  • Sénateur socialiste des Bouches-du-Rhône, élu le , réélu le (démissionne le de la même année après avoir été élu député).

Fonctions gouvernementales

Filmographie

Notes et références

Notes

  1. Ministre d'État jusqu'au
  2. Dite Maryse, elle épousera l'industriel marseillais André Cordesse, lui aussi protestant, qui fonde en 1945, avec Gaston Defferre, le quotidien Le Provençal et sera élu président de la chambre de commerce de Marseille en 1948.

Références

  1. Détails généalogiques sur le site « RootsWeb's WorldConnect Project: Coste family and ancestors from France, Switzerland, Royaume-Uni, Germany, Italy and Caribeans ».
  2. Varian Fry, La liste Noire, Paris, Plon, , 282 p., note du traducteur p. 226.
  3. Francine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 – Ouvrage collectif écrit et dirigé par FGR, avec de très nombreux témoignages enregistrés et retranscrits – Préface de Jean-Noël Jeanneney - Épilogue de Pierre Schaeffer
  4. Jean-Marc Binot et Bernard Boyer, Nom de code : Brutus. Histoire d'un réseau de la France libre, Fayard, 2007
  5. Francine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998
  6. Gérard Unger, Gaston Defferre, Paris, Fayard, , 391 p. (ISBN 978-2-213-66163-6, lire en ligne).
  7. Dates complètes mentionnées sur le fichier des décès de l'INSEE.
  8. « FO, l’étrange cheville ouvrière de Marseille », liberation.fr, 20 septembre 2011.
  9. « Marseille, du rêve américain de Gaston Defferre au rêve euroméditerranéen de Robert Vigouroux », mediapart.fr, 21 juin 2014.
  10. Entretien dans L'Intransigeant du 26 juillet 1962 cité par Valérie Esclangon-Morin, Les rapatriés d'Afrique du Nord de 1956 à nos jours, L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296028349), p. 160.
  11. « Les pieds-noirs, 50 ans après », sur Le Figaro, (consulté le ).
  12. Brigitte Benkemoun, « Guerre d'Algérie : quand Gaston Defferre suggérait que les pieds-noirs « aillent se faire pendre » ! », atlantico.fr, 9 avril 2012.
  13. « Defferre-Ribière, le dernier duel pour l’honneur », sur leparisien.fr, (consulté le ).
  14. « Le Duel (Reportage RTL) - Vidéo disponible sur Youtube », sur youtube.com.
  15. « Il y a cinquante ans, le dernier duel de France », sur Le Monde, (consulté le ).
  16. Remond René, « L'élection présidentielle et la candidature Defferre ». Dans : Revue française de science politique, 14e année, no 3, 1964. p. 518.
  17. Pierre Viansson-Ponté, Histoire de la République Gaullienne : Le temps des orphelins, été 1962-avril 1969, Tome II, Fayard, 1971, p. 135-136.
  18. Jean-Pierre Chevènement, Qui veut risquer sa vie la sauvera, Paris, Robert Laffont, , 506 p. (ISBN 2221218469), Génération CERES
  19. « Historique, le pire score du PS au 1er tour de la présidentielle », sur LaProvence.com, .
  20. « PS: le grand nettoyage des Bouches-du-Nord », sur Causeur,
  21. Pierre Viansson-Ponté, Histoire de la République Gaullienne : Le temps des orphelins, août 1962-avril 1969, Tome II, Fayard, 1971 (ISBN 978-2213003764), p. 135-136.
  22. Lionel Jospin, Lionel raconte Jospin, Éditions du Seuil, Paris, janvier 2010.
  23. Laurent Bonelli, La France a peur. Une histoire sociale de l'« insécurité », Éditions La Découverte, , p. 87.
  24. « Obsèques de Gaston Defferre » sur le site de l'INA.
  25. « 20 Heures de France 2 du 7 mai 1986 », sur YouTube / INA.
  26. Jean Baubérot, Le Protestantisme doit-il mourir ? : la différence protestante dans une France pluriculturelle, Paris, Seuil, , 274 p. (ISBN 2-02-010365-6), p. 171-186 (chapitre 10 : « Une cathédrale de la République laïque pour enterrer un protestant »).

Voir aussi

Bibliographie

  • Georges Marion, Gaston Defferre, Paris, Albin Michel, 1989, 361 p. (ISBN 2226035427).
  • Edmonde Charles-Roux, L'Homme de Marseille, Paris, Grasset, 2001, 221 p. (ISBN 978-2246564416).
  • Gérard Unger, Gaston Defferre, Paris, Éditions Fayard, 2011, 391 p. (ISBN 978-2213661636).
  • Patrick Cabanel, « Defferre, Gaston », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 2 : D-G, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2020, p. 72-74 (ISBN 978-2-84621-288-5)

Liens externes

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