Les Valseuses

Les Valseuses est une comédie dramatique française écrite et réalisée par Bertrand Blier, sortie en 1974. Il s'agit d'une adaptation de son roman homonyme qui connut un certain succès éditorial en 1972.

Les Valseuses
Logo de l'affiche de 1974.
Réalisation Bertrand Blier
Scénario Bertrand Blier
Philippe Dumarçay
Musique Stéphane Grappelli
Acteurs principaux
Sociétés de production CAPAC
UPF
SN Prodis
Pays d’origine France
Genre comédie dramatique
Durée 117 minutes
Sortie 1974


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Deuxième long-métrage de fiction réalisé par Bertrand Blier après Si j'étais un espion (1967), cette comédie de mœurs au ton provocateur raconte l'histoire de Jean-Claude et Pierrot, deux jeunes marginaux qui entraînent Marie-Ange, une shampouineuse, dans leur cavale à travers la France. Le trio principal est incarné par Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou-Miou dans leurs premiers rôles importants au cinéma. Les autres rôles notables sont incarnés par Jeanne Moreau, Brigitte Fossey et Isabelle Huppert, dans l'un de ses premiers rôles.

Il est largement considéré comme l'un des films les plus controversés du cinéma français en raison de sa vulgarité, de sa représentation d'actes sexuels, de ses scènes de nu et de son ambiguïté morale ; cependant, la renommée acquise par Blier pour le reste de sa filmographie en a finalement fait un film culte auprès des critiques modernes, après avoir été mal reçu par la presse au moment de sa sortie[1],[2],[3],[4].

Malgré le mauvais accueil initial des critiques, Les Valseuses remporte l'adhésion du public, puisque dès sa sortie le dans les salles françaises, le film connaît un véritable succès en salles avec plus de 5,7 millions d'entrées, ce qui lui permet d'être en troisième place du box-office annuel. Le triomphe des Valseuses permet à Bertrand Blier, mais aussi à Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere de se faire connaître du grand public.

Synopsis

Dans la France des années 1970, Jean-Claude et Pierrot sont deux loubards de banlieue accusés à juste titre de petits délits, à tort d'un meurtre. Ils tuent le temps comme ils peuvent en commettant des larcins et « se déplacent sans cesse grâce à de multiples moyens de transport, à la recherche de l'amour tel qu'ils l'ont défini, c'est-à-dire à la fois plaisir et tendresse[5] ». Après avoir harcelé une dame avec un chariot de supermarché et lui avoir volé son sac, ils « empruntent » une DS pour faire un tour, puis la replacent à l'endroit même où ils l'avaient dérobée. Le propriétaire, patron d'un salon de coiffure, les surprend à leur retour et les menace avec un revolver en attendant l'arrivée de la police. Jean-Claude et Pierrot parviennent à s'enfuir, mais ce dernier est blessé aux « valseuses[alpha 1] » par un coup de feu. Dans leur fuite, ils emmènent Marie-Ange, l'employée et maîtresse du patron du salon de coiffure. Commence alors une fuite en avant pour le trio. Fuyant la police, les deux canailles sautent dans un train et font l'amour à une passagère « qui se laisse faire dans la plus totale indifférence. Dépités, ils décident d'aborder une femme qui sort de prison. Celle-ci accepte de les suivre, et, après un déjeuner copieux fait l'amour avec eux puis se suicide avec leur revolver. Ils s'enfuient et vont chercher le fils de l'inconnue, qui sort également de prison. Ils emmènent Jacques et l'offrent à Marie-Ange qui se laisse faire sans résistance. Mais ce nouvel amant lui procure un plaisir que les deux comparses n'avaient pu lui révéler. Jacques les entraîne au domicile du gardien de prison. Il l'abat froidement. Les deux comparses, surpris, s'enfuient et repartent à l'aventure, croisent une famille de pique-niqueurs dont la fille, adolescente et vierge, va les suivre par provocation. Elle se donne à eux avec détermination. Ils la ramènent à ses parents et repartent vers d'autres horizons[6] ».

Fiche technique

Distribution

Production

Genèse et développement

Au début des années 1970, Bertrand Blier peine à percer au cinéma. Ancien assistant-réalisateur de Georges Lautner, il réalisé un documentaire remarqué Hitler, connais pas (1963), suivi de son premier film de fiction en tant que réalisateur, Si j'étais un espion, dans lequel joue son père Bernard, également acteur récurrent du cinéma de Lautner. Toutefois, le film est un véritable échec en salles à sa sortie en 1967 (plus de 77 000 entrées)[13]. Ce n'est qu'en 1970 qu'il retrouve le chemin du grand écran en écrivant le scénario de Laisse aller... c'est une valse pour Lautner[14]. Selon Lautner, avec lequel il se marrait, Blier a un « humour sarcastique, destructeur »[14] et qu'il disait des « bonnes plaisanteries, assez méchantes, plus pernicieuses que celles de [son père] »[14]. Blier lui fait lire le début de ce qui va donner son roman, Les Valseuses. Lautner se propose « tout de suite de le monter », mais Blier veut le garder pour lui et part s'isoler à la montagne à Saint-Gervais pour écrire son roman[14], s'amusant plus à écrire cinquante pages qu'en ayant travaillé cinq années au cinéma[14].

En pleine écriture de son projet, Blier entend dire que des scénaristes de Paris ont été appelés par Henri-Georges Clouzot pour écrire ce qui devrait être son dernier film[14]. Blier se rend chez Clouzot et lui raconte son histoire[14]. Néanmoins, le réalisateur du Salaire de la peur se montre sceptique, rétorquant que « les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas comme ça »[14]. Peu après cette rencontre, Blier se remet au travail et en parle autour de lui. C'est alors que le représentant de Paramount France prend une option sur les droits, ce qui permet à l'auteur d'aller au bout de son projet[14]. Alors qu'il avait imaginé une histoire à la Série noire et refusant de faire un roman autobiographique, Bertrand Blier prend une autre direction avec son histoire, mais conserve l'idée des deux jeunes voyous[14]. Le roman Les Valseuses sort en 1972 chez Robert Laffont et devient un succès en librairie[15],[16]. Une semaine après la publication du livre, Blier signe un contrat pour l'adapter au cinéma, avec l'aide de Philippe Dumarçay[16].

Choix des acteurs

Patrick Dewaere (dans les années 1970).

Pour le choix du trio d'acteurs pour les rôles principaux, Bertrand Blier veut un casting idéal[14] et veut s'entourer d'acteurs inconnus[16]. Il repère Miou-Miou sur le tournage de Quelques messieurs trop tranquilles et la trouve parfaite pour incarner Marie-Ange[14],[16]. Le casting de Jean-Claude et Pierrot s'avère être toutefois plus difficile, puisque Blier veut un duo à la Laurel et Hardy avec un grand et un petit[3]. Pour le rôle de Jean-Claude, Blier veut un « acteur fin, un voyou fragile »[14]. C'est alors que Gérard Depardieu, dont la carrière cinématographique est constituée de seconds rôles[16], vient de lire le roman[3] et tente de s'imposer auprès de son auteur, mais Blier trouve que l'acteur ne correspond pas à la vision qu'il a du personnage en raison de son côté brute[16]. Néanmoins, Depardieu va tout faire pour le convaincre en venant le voir tous les jours au bureau du producteur et le persuader de lui donner le rôle[14],[17]. Bien que le producteur ait tenté de le dissuader, Blier finit par choisir Depardieu pour le rôle[3]. Pour le rôle de Pierrot, Blier fait passer des auditions aux comédiens du Café de la Gare, parmi lesquels Coluche et Patrick Dewaere[14]. Appréciant beaucoup Dewaere, le réalisateur et scénariste lui fait passer des essais concluants, mais cherche d'autres interprètes[16], car il trouvait l'acteur aussi costaud que Depardieu[3]. La production lui souffle les noms de Francis Huster et Jacques Weber, mais le metteur en scène se tourne vers Coluche, avec lequel il filme une séquence au lit avec Depardieu et Miou-Miou[15],[16]. Mais peu convaincu par la prestation de Coluche, Blier retourne vers Dewaere et l'engage persuadé de son talent et de son charisme pour le rôle[alpha 3]. C'est même Dewaere qui trouve l'argument pour montrer la différence entre Depardieu et lui, en disant au réalisateur, qui accepte l'idée, qu'il va se mettre derrière l'épaule de Depardieu afin d'« avoir l'air plus petit »[3]. En couple, Dewaere et Miou-Miou ont pris la précaution de prévenir Blier de ce fait avant le début du tournage[15].

L'un des rôles secondaires mais notable du film, celui de Jeanne Pirolle, est confiée à Jeanne Moreau, dont la présence au casting a permis de rassurer les investisseurs qui ont débloqué l'argent manquant pour monter le film[15]. Au départ, Moreau avait refusé un temps de jouer dans le film après la lecture du roman avant d'accepter après avoir lu le scénario[18]. Brigitte Fossey tient le rôle secondaire mais marquant d'une jeune mère dans le train lors d'une scène marquante du film[19]. Trouvant le scénario « excellent », elle n'a pas « hésité une seconde » à le faire[20]. Mais, son agent, ayant reçu le script des mains de la jeune actrice, tenta vainement de la dissuader de tourner le film, tandis que son père ne lui pardonnera pas d'avoir tourné le film[20]. De son personnage, Fossey dira avoir « envie de défendre cette fille car il était marqué dans le scénario, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, "la fille dit, un peu bête...", "la fille un peu nunuche répond..." », disant trouver « drôlement intéressant de jouer et de défendre une telle fille »[20], car ce genre de filles « ont leur vécu comme toutes les autres »[20]. Pour cela, elle s'est imaginée son histoire, « son chemin pour en venir à accepter cela alors qu'elle a son bébé », se « l'ai imaginée sans un sou pour boucler les fins de mois, en ancienne prostituée qui s'était rachetée une conduite en se mariant » et que pour son personnage, « le billet sous le nez, c'est comme l'instrument du démon pour elle »[20].

Parmi les petits rôles ou figurants, on retrouve également plusieurs acteurs qui deviendront quelques années plus tard des valeurs sûres du cinéma français, tels qu'Isabelle Huppert dans le rôle de Jacqueline, mais aussi Thierry Lhermitte dans le rôle du voiturier du restaurant où le trio vole la voiture d'une cliente, rôle tenu par Sylvie Joly, et Gérard Jugnot dans le rôle d'un vacancier dont la voiture est également volé par le trio[15].

Tournage

Miou-Miou (ici en 1976).

Le film fut tourné du au dans la région de Valence (Drôme), de Rouen (séquence autour de la prison Bonne-Nouvelle), du Touquet, de Stella-Plage (Pas-de-Calais), de Luc-sur-Mer (Calvados), à Caen (séquence à l'entrée du Monoprix), à Pont-d’Ouche dans la vallée de l'Ouche (scène au bord du canal) ainsi qu'à la prison de Beaune[21] et dans les Hautes-Alpes (au col d'Izoard) pour la scène finale[22]. Néanmoins, le tournage, bien que se passant très professionnellement s'avère être mouvementé. Depardieu et Dewaere, assez déconneurs, prennent la poudre d'escampette après avoir tourné une scène pendant laquelle ils devaient filer en voiture[15],[3]. De plus, le comportement incontrôlable des deux acteurs entraîne un retard de deux semaines dans le planning, entraînant une menace de la production d'arrêter le tournage[14],[16]. Pour la scène où le personnage incarné par Brigitte Fossey se fait téter les seins par celui de Dewaere, l'actrice, qui s'est glissée dans ce rôle, « n'était pas effarouchée », mais Blier se souvient tout de même d'un moment où l'actrice a un peu pris peur, car elle « a eu un petit vertige quand elle s'est retrouvée coincée entre les deux mecs, l'un qui la tétait et l'autre la titillant par derrière »[3].

Dans une interview sur le site Allociné en 2014, Brigitte Fossey raconte avoir beaucoup ri durant le tournage de sa scène : « Depardieu et Dewaere étaient deux clowns. C'était difficile de garder son sérieux. Patrick jouait au Café de la Gare, habitué à l'improvisation. Gérard est un improvisateur né, il invente sa vie, chacune de ses phrases est rabelaisienne, verte, gourmande. Il y avait une surenchère entre eux, ils étaient à mourir de rire et toute l'équipe, même Blier, avait le fou rire. Donc pour tourner cette scène, qui va très vite, on a mis trois jours »[20].

À l'origine, la fin du film était plus sombre, tout comme le roman : Jean-Claude, Pierrot et Marie-Ange roulent à bord de la DS (celle du coiffeur qui avait été rachetée par les parents de Jacqueline), la roue avant droite, que Pierrot avait fait scier pour se venger du coiffeur, se détachait et la voiture s'écrasait dans un ravin, causant ainsi la mort des personnages[14],[16]. Un distributeur américain demande à voir le film, il l'aime beaucoup et veut l'acheter pour le marché américain à la condition de modifier la fin en la rendant plus heureuse car il trouve les personnages attachants[14]. Le montage est modifié et les copies n'étant pas encore tirées, il sera le même partout. Le film se termine donc en montrant les personnages rouler jusqu'à ce qu'ils franchissent un tunnel marquant probablement une frontière, laissant la fin à l'imagination du spectateur. Blier évite ainsi une fin ouvertement morale et déclare plus tard que finalement le distributeur avait raison[14].

Toutefois, à l'époque de la sortie du film, Blier justifiait la fin du film en ces termes : « La fin du roman me plaisait, car je la trouvais cinématographique. Une fois tournée, elle m'a semblé bien littéraire pour un film. Alors je l'ai coupée. Chaque spectateur reste libre de donner aux Valseuses la fin qui lui convient. »[23]

Musique

Dans le livret du CD de la bande originale du film, Bertrand Blier, raconte qu'il avait une idée assez précise de la musique qu'il souhaitait pour son film et concède que la collaboration avec Stéphane Grappelli n'a pas été à la hauteur de ses attentes[24]. Il oppose le plaisir qu'il a eu de travailler avec Georges Delerue sur la BO de Calmos, en 1976, à la déception qu'il a pu ressentir pour sa collaboration avec Grappelli.

Parmi les musiciens crédités au générique figurent le guitariste Philippe Catherine, le contrebassiste Guy Pedersen, le batteur Daniel Humair et le pianiste et organiste Maurice Vander.

Différences avec le livre

Plusieurs passages du livre, publié en 1972, ne figurent pas dans le film. Des informations supplémentaires sur les personnages y sont évoquées, Jean-Claude (25 ans) s'appelle comme son père Jean-Claude Beau (très beau, blouson noir et taulard qu'il n'a pas connu), sa mère avait des parents commerçants en banlieue populaire (magasin de radio, fers à repasser, etc.), se prostitue (elle l'a eu à 16 ans, le père en avait 18). Pierrot a 20 ans et fait 15 kilos de moins que son ami, il est né de « mère inconnue ». Marie-Ange, née en 1947, est fille de parents horlogers au Puy, Victoire et Grégoire Bretêche, elle est maigre et a très peu de poitrine ; elle n'a pas vu ses parents depuis 5 ans, entre-temps son père est mort. Pierrot, contrairement au film, est le plus doué au lit et lui aussi sodomise Jean-Claude à un moment de l'histoire. Marie-Ange leur coupe les cheveux courts afin qu'ils ne soient pas reconnus. Ils volent une Porsche.

Analyse

Jeanne Moreau (ici en 1958).

Sorte de road movie à la française, le film ressemble aux deux héros. « Il est le reflet d'eux-mêmes et se nourrit de leurs improvisations. Dans ce dynamitage de l'ordre moral et des tabous de l'époque, ils se sentent chez eux. Ils ne sont pas, au fond, des révolutionnaires, leur conscience politique est plutôt limitée — Mai 68 a glissé sur eux comme un épisode sans consistance —, mais ils incarnent à la perfection la jeunesse du moment, éprise d'un idéalisme confus, courant après un bonheur improbable et la liberté sexuelle[25] ».

La multiplication des scènes de sexe dans le film passe, selon le critique de cinéma Jean-Michel Frodon, avec virtuosité de la blague de potache à la critique visuellement très crue, sinon très neuve, de la « libération des mœurs »[5] : la bisexualité (tentative de Gérard Depardieu envers Patrick Dewaere), la prostitution occasionnelle, le voyeurisme, la lactation (scène dans le train avec Brigitte Fossey qui, alors qu'elle allaite son nourrisson, se laisser caresser par les deux marginaux et têter le sein par Pierrot), la différence d'âge (sexualité inassouvie d'une femme mûre à sa sortie de prison), le fétichisme des culottes portées, la défloration (Isabelle Huppert en ingénue dépucelée en pleine nature) et de façon récurrente le triolisme et le partenariat multiple.

Selon le critique de cinéma Gaston Haustrate, bien qu'il soit le symbole d'une époque, le film n'en reste pas moins moderne et ses reliefs (excès de langage, de comportement, de morale sexuelle ou de philosophie de la vie) « apparaissent bien pour ce qu'ils sont : les masques impudiques d'un désarroi profond[26]. »

Dans ce film générationnel, Bertrand Blier met en lumière le fossé des générations et l'évolution des mœurs depuis mai 68, entre une jeunesse ravie de voir des scènes transgressives et qui se reconnaît un peu dans ces paumés pas méchants pratiquant un sexe décomplexé, et une France encore conservatrice, pompidolienne et bourgeoise, choquée par ce film qui fait scandale. C'est ainsi que la commission de contrôle des films cinématographiques interdit le film aux moins de 18 ans et oblige le maquettiste René Ferracci à ajouter à l'affiche un pan de robe à Miou-Miou afin de lui recouvrir les fesses[27].

Accueil

Sortie

La bande-annonce du film est une parodie des Shadoks avec les mêmes dessins et la voix de Claude Piéplu.

Accueil critique

Les Valseuses a suscité à sa sortie des critiques virulentes à l'époque de sa sortie[28]. Jean Domarchi de la revue Écran note dans sa critique : « plût au ciel que ce film relevât de la pornographie pure simple. J'ai vu, pour la circonstance, d'autres films pornos, je dois dire qu'aucun ne m'a paru aussi nauséabond que les Valseuses »[29], tout en ajoutant que c'est « un film authentiquement nazi »[30],[28]. Le critique Jean Rochereau du journal La Croix le qualifie de « film d'obsédé sexuel », « décharge publique »[30],[28]. Louis Chauvet du Figaro reproche au film d'être « encore une histoire de jeunes brigands », se demandant : « le nouveau cinéma ne serait-il pas capable de varier les sujets ? »[29].

À l'inverse, Gilles Jacob y voit un grand souffle, Jean de Baroncelli décrit dans Le Monde un « film bourrasque auquel on ne résiste pas »[31]. Dans sa critique, Le Point, « miraculeusement Bertrand Blier a trouvé le ton, et nous ravit. Au lieu que le sordide nous empoisse, ces Pieds Nickelés salaces nous mettent l'allégresse au cœur »[29].

Box-office

Les Valseuses sort en salles le avec une interdiction aux moins de 18 ans[32]. Lors de sa première semaine d'exploitation, le film prend la quatrième place du box-office avec 106 040 entrées, pour un total de 108 324 entrées depuis sa sortie[33]. La semaine suivante, il parvient à monter en deuxième position avec 182 485 entrées, portant le total à 290 809 entrées[34]. C'est à partir de la troisième semaine d'exploitation que Les Valseuses parvient à se hisser en tête du box-office français avec 189 697 entrées enregistrées à cette période[35]. À ce stade, le long-métrage affiche un résultat de 480 506 entrées[35]. Toujours en tête du box-office après près d'un mois à l'affiche, le film obtient un bouche-à-oreille favorable du public, puisque 735 297 entrées, dont 254 791 entrées en quatrième semaine d'exploitation[36]. Toujours en tête deux semaines plus tard, le film passe le cap du million d'entrées en salles[37]. Au début de mai 1974, il est délogé par L'Arnaque, mais en ayant fait plus de 1 400 000 entrées[38]. Au début de juin 1974, Les Valseuses reprend la deuxième place après avoir été relégué en troisième place, avec près de 2 000 000 entrées, cap qu'il enregistre la semaine suivante, depuis sa sortie[39].

Malgré une baisse de ses entrées, le film, bénéficiant encore d'un bouche-à-oreille favorable du public, et alors que le film érotique Emmanuelle occupe la tête du box-office français, reste toujours dans le top 10 hebdomadaire durant tout l'été jusqu'au 27 août 1974 avec 2 685 770 entrées[40]. Le film quitte le top 10 la semaine suivante et quitte le top 30 le avec 2 932 372 entrées[41]. Au , Les Valseuses se hisse à la deuxième place du box-office annuel avec 3 005 083 entrées derrière Emmanuelle (4 621 990 entrées)[42]. Le film passe le cap des quatre millions d'entrées la semaine du 27 juin 1979[43].

Après le décès de Patrick Dewaere le , Les Valseuses fait son retour dans le top 30 hebdomadaire la semaine suivante en ayant déjà passé le cap des 5 millions d'entrées[44], atteignant le top 15 la dernière semaine de juillet 1982[45]. Il reste dans le top 30 jusqu'à la mi-septembre 1982[46].

Finalement, Les Valseuses a connu un énorme succès en faisant 5 726 031 entrées[47], en France, dont 1 148 239 entrées à Paris[48], devenant ainsi le troisième plus grand succès de l'année 1974 derrière Emmanuelle et Robin des Bois[49].

Postérité

Sergio Leone a voulu reprendre le trio pour son film de 1975 Un génie, deux associés, une cloche mais seule Miou-Miou a participé à ce western[50].

En 2007, lors du tournage du film Nos 18 ans, les dialoguistes choisissent de faire prononcer par Arthur Dupont, Pierre Boulanger et Théo Frilet les dernières phrases des Valseuses à la 55e minute : « On n'est pas bien, paisibles, à la fraîche, décontractés du gland, et on bandera quand on aura envie de bander. ».

Une réédition en DVD est sortie le , éditée par StudioCanal[51]. Une édition blu ray éditée par Orange Studio sort en 2021.

En 2015, lors du tournage du film Libre et assoupi, les dialoguistes choisissent de faire prononcer par Félix Moati les dernières phrases des Valseuses à la 42e minute : « On n'est pas bien, paisibles, à la fraîche, décontractés du gland ? ».

En 2016, John Turturro commence le tournage de The Jesus Rolls, film américain inspiré des Valseuses et sorti en 2019. Le film est par ailleurs un spin-off de The Big Lebowski.

Notes

  1. Les « valseuses » est l'un des nombreux termes argotiques désignant les testicules.
  2. Lors de sa sortie en salles en 1974, le film a été interdit aux moins de 18 ans, avant d'être réévalué en interdit aux moins de 13 ans (équivalent de l'interdit aux moins de 12 ans avant la modification de palier de classification des films par le CNC en 1990) dans les années 1980 comme le montre l'affiche de la ressortie en salles par le distributeur AMLF. Depuis janvier 1991, le film a vu sa classification de nouveau modifié par le CNC en étant tous publics.
  3. Lesueur 1992, p. 61.

Références

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  6. Les Fiches Cinéma d'Universalis. Les Valseuses de Bertrand Blier, Encyclopaedia Universalis, (lire en ligne), n.p..
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  50. Philippe Lombard, Les 100 films les plus populaires du cinéma français, First Éditions, , p. 121
  51. (fr) « Les Valseuses (Édition Collector) », sur DVDFr, 14 mars 2011.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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