Péché originel

Le péché originel est une doctrine de la théologie chrétienne qui décrit l'état dégradé de l'humanité depuis la Chute, c'est-à-dire la désobéissance d'Adam et Ève, premiers êtres humains créés par Dieu : dans le Livre de la Genèse, ils mangent le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

Pour l’article homonyme, voir Péché originel (film).

Pour les articles homonymes, voir Péché (homonymie).

Le Jardin d'Éden et la chute de l'homme, tableau de Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens, vers 1615.

Cet épisode biblique et ses conséquences, qui ont inspiré les écrivains et les artistes au cours des siècles, sont souvent compris dans un sens symbolique depuis les Lumières.

L'expression « péché originel » ne figure nulle part dans la Bible, mais la doctrine s'appuie sur plusieurs passages des deux Testaments. C'est Augustin d'Hippone, à la fin du IVe siècle, qui invente le terme[1]. Cette doctrine est extrêmement débattue depuis ses origines. Le péché originel est décrit de différentes façons dans les différentes confessions, depuis une simple déficience, ou une tendance au péché qui exclut toute idée de culpabilité a priori, jusqu'à l'idée d'une nature humaine totalement corrompue et d'une véritable culpabilité collective (comme chez les calvinistes[2]). Ces controverses autour du péché originel ont abouti à des divergences significatives dans la théologie du salut, notamment en ce qui concerne le libre arbitre et la grâce.

Origine du concept

Ancien Testament

La Chute d'Adam et Ève, œuvre réalisée par Antonio Rizzo en 1476, ornant le dessus du chapiteau de l'angle sud-ouest du Palais des Doges à Venise.

Il n'est fait aucune mention d'un « péché originel » dans le texte de la Genèse, dans les premiers chapitres qui racontent l'histoire d'Adam et d'Ève dans l'Éden ; la première évocation du terme péché se trouve dans un dialogue entre Dieu et Caïn[bible 1]. Il peut y avoir une approche narrative du chapitre 3, qui présente le péché originel, ainsi :

Le mot hébreu adâm désigne deux choses : d'une part Adam, et d'autre part un homme, comme l'humanité au sens large[3] ; ainsi, pour le théologien Jean-Michel Maldamé, il convient de considérer Adam, dans le contexte de la Chute, comme le patriarche de l'humanité, une sorte de « personnalité corporative » représentant le groupe humain[biblio 1].

Nouveau Testament

Dans les épîtres de Paul, celle aux Romains et la première aux Corinthiens expliquent pourquoi Jésus-Christ a permis la réconciliation entre Dieu et Sa Création : « C’est pourquoi, de même que par un seul homme, le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort, et ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché… »[bible 2]. « En effet, de même que tous les hommes meurent du fait de leur union avec Adam, tous seront ramenés à la vie du fait de leur union avec Christ »[bible 3].

Irénée de Lyon

Irénée de Smyrne, second évêque de Lyon.

Le père de l'Église Irénée de Lyon, présente Jésus-Christ comme le nouvel Adam, qui permet de faire devenir, par étapes, l'humanité obéissante envers Dieu, et tel qu'elle était à l'origine, c'est-à-dire vers une perfection inachevée. Il explique que par le péché d'Adam et d'Ève, l'humanité a perdu sa ressemblance avec Dieu, et que n'ayant qu'une intelligence enfantine, elle est plus tentée par le Diable[1]. Cette conception s'inscrit dans son combat contre le gnosticisme du IIe siècle qui considère que la Passion n'a pas été subie par Jésus, donc que ce ne sont pas sa mort ou sa résurrection qui ont racheté l'humanité, mais ses enseignements[4]. Irénée insiste sur la venue du Verbe de Dieu comme docteur de l'humanité par l'Incarnation, pour qu'elle soit de nouveau à l'image de Dieu en allant vers Lui et en évitant les convoitises terrestres, « le créé [étant] nécessairement devenir et imperfection »[5].

Augustin

Augustin d'Hippone fut le premier à formuler la doctrine du péché originel (portrait imaginaire par Botticelli, v. 1480).

Selon Augustin, le monde est bon si on le contemple dans la perspective de Dieu mais l'Homme tombe dans le péché quand il le voit dans la perspective des Hommes[6]. Pour Augustin, l'amour du monde rend les Hommes sensibles à la concupiscence et les entraîne dans l'amour du monde en tant que création de la créature.

Si c'est là pour Augustin le péché véritable, il est malgré tout le fruit de l'orgueil (superbia) qui veut que l'homme soit l'égal de Dieu[7], qu'il soit aussi créateur que Dieu, de sorte qu'il déforme (perversitas) « le sens originel de son être créé, qui était justement de le renvoyer par-delà le monde à sa véritable origine »[8]. C'est dans son livre Ad Simplicianum de 396 qu'Augustin commence à développer ses idées sur le péché originel et la nécessité de la Grâce[9]. Chez Augustin comme on vient de le voir, c'est l'orgueil qui a détourné Adam[10] et a provoqué le péché originel compris non comme un péché remontant aux origines mais comme un péché touchant la nature originelle de la créature.

Pour Augustin, l'habitude (consuetudo) qui attache au péché et empêche une renaissance est « la loi du péché (lex peccati) »[8], qui elle-même résulte d'une volonté insuffisante qui n'a instauré l'habitude que pour faire oublier la mort[11].

La formalisation du concept tient à une lecture de l'épître aux Romains (Rm 5, 12) de Paul de Tarse (voir supra) explicitée par Augustin d'Hippone au Ve siècle dans sa lutte contre Pélage[biblio 2]. Augustin, suivant Origène[biblio 3], soutenait l’opinion pessimiste de Paul qui lui permettait de répondre à la question pourquoi le mal et la mort ? Augustin qualifia ce péché d’« originel ». Pour expliquer qu’il se transmet (selon la traduction erronée de la vieille latine[note 1]) à tous les hommes, par engendrement, comme une souillure héréditaire, il l’assimila « au péché de chair », suivant en cela le discrédit de la sexualité mis en œuvre par le stoïcisme[12]. Le baptême permettrait d’effacer cette souillure[13]. Cette interprétation est en contradiction avec la lettre du texte de la Genèse, qui parle bien du « fruit défendu » comme celui de l'« arbre de la connaissance du bien et du mal », expression qui ne peut signifier que « la conscience », par laquelle l’homme se sépare du reste du règne animal. Cette assimilation du « péché originel » à un quelconque « péché de chair » sera d’ailleurs combattue par nombre de théologiens comme une « erreur populaire », au même titre que l’assimilation du fruit à une pomme.[réf. nécessaire]

Les différentes formalisations du péché originel

Adam et Ève, parchemin enluminé (v. 950).

La conception augustinienne du péché originel a eu une grande influence sur la théologie en Occident. À partir du 16e concile de Carthage (418), le pélagianisme est condamné, puis au second concile d'Orange (519), le semi-pélagianisme est condamné. Une partie de la doctrine d'Augustin reçoit une approbation officielle, tandis que la conception d'une stricte prédestination est elle aussi explicitement rejetée. Le christianisme occidental prend donc la voie d'un augustinisme modéré, équilibre qui sera remis en cause lors de la Réforme[14].

La tradition chrétienne occidentale fixe symboliquement le jour de la Chute d'Adam le 25 mars qui correspond à la fête de l'Annonciation[15].

Les christianismes orientaux ont privilégié une approche différente de la question de la grâce et du péché originel, développant le concept de théosis, c'est-à-dire la recherche de l'union avec Dieu. Ils se reconnaissent plus volontiers dans les thèses de Jean Cassien que dans celles d'Augustin d'Hippone. Pour cela, ils ont parfois été accusés de semi-pélagianisme, notamment par des théologiens protestants.

Catholicisme

La doctrine de l'Église catholique sur le péché originel, exposée dans le Catéchisme de l'Église catholique, résulte d'abord de l'Écriture et de la Tradition. Selon le Credo, le baptême est administré pour la rémission des péchés. Or la pratique de baptiser des enfants remonte aux premiers siècles, alors que ces enfants sont incapables d'un péché personnel, n'ayant pas l'usage de la raison. Cette pratique atteste donc, selon Augustin, que l'Église a toujours considéré que les enfants sont atteints par le péché[16]. Plusieurs passages de l'Écriture lui permettaient d'appuyer cette thèse : le récit de la chute d'Adam et Eve (Gn 3:1-24), et l'affirmation que, par un seul homme, le péché est entré dans le monde et qu'ainsi tous ont péché (Rm 5:12 ; 1Cor 15:22).

La doctrine sur la transmission du péché originel s'est affinée principalement à deux époques. D'une part, Augustin a critiqué la doctrine de Pélage sur le libre arbitre[biblio 4] ; le pélagianisme a été condamné au 16e concile de Carthage, en 418. D'autre part, au XVIe siècle, le dogme du péché originel a été réaffirmé lors de la Ve session du concile de Trente, le , en opposition à la Réforme protestante ; cette doctrine ne reprend pas toutes les idées d'Augustin, et l'Église catholique a explicitement condamné l'interprétation de certaines de ces idées par les promoteurs de la Réforme et par les jansénistes.

Le péché originel est appelé « péché » de façon analogique[biblio 5] : c’est un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte (CEC 404). Cet état se transmet au genre humain « par propagation », et non « par génération » comme le proposait Augustin, ce qui ouvrait la porte à une forme de suspicion sur la sexualité[biblio 6]. De par l' « unité du genre humain » tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. Le dépassement du péché originel est rendu possible par la résurrection du Christ.

Le péché originel représenté par Le Dominiquin, Chatsworth House.

Depuis le concile Vatican II, la théologie catholique essaie d'éclairer la doctrine traditionnelle non pas à partir d'Adam et Ève, mais à partir du Christ[17]). La doctrine du péché originel connaît aujourd'hui un nouveau développement[18] qui intègre des éléments de l'anthropologie de René Girard et Jean-Michel Oughourlian.

Orthodoxie

Les orthodoxes sont restés relativement à l'écart des débats doctrinaux qui ont eu lieu en Occident sur la question du péché originel, et tiennent une position à la fois médiane et originale par plusieurs aspects. Ils reconnaissent que le péché d'Adam a des conséquences sur le monde présent, mais ils rejettent toute idée d'une culpabilité collective. D'autre part, ils excluent l'idée que la nature de l'homme soit si corrompue qu'il lui soit incapable d'exercer son libre arbitre, c'est-à-dire les doctrines de la prédestination et notamment celle de la corruption totale défendue par Jean Calvin.

La théologie orthodoxe emploie elle aussi l'expression « péché originel » même si elle ne recouvre pas le même contenu qu'en Occident. Ainsi, elle adhère à l'enseignement des Pères de l'Église orientaux pour lesquels :

« Le péché du premier homme, avec toutes les conséquences et les châtiments qu'il a entraînés, se transmet par hérédité à toute la race humaine. Puisque chaque être humain est un descendant du premier homme, « aucun d'entre nous n'est exempt de la marque du péché, quand bien même il arriverait à vivre un jour sans aucun péché ». […]

Et ainsi, depuis l'événement historique du premier péché du premier né d'entre les hommes, découle la situation présente dans laquelle ce péché est transmis, avec toutes les conséquences qu'il entraîne, à tous les descendants naturels d'Adam[biblio 7]. »

Pour ce qui est de la transmission du péché originel, les orthodoxes soutiennent que :

« La transmission du péché originel par hérédité naturelle doit être entendue en termes d'unité de la nature humaine, de consubstantialité de tous les hommes, qui sont unis par la nature en une seule entité mystique. C'est parce que la nature humaine est unique et insécable que la transmission du péché du premier-né à toute la race humaine est rendue compréhensible : « comme à partir d'une racine, la maladie s'est étendue à l'arbre entier, Adam étant la racine qui a connu la corruption ». »

 Cyrille d'Alexandrie[biblio 7].

Les controverses historiques

Le poids du péché originel sur le Moyen Âge

Pierre Lombard fit évoluer cette notion vers celle d’un affaiblissement de la volonté. Cette interprétation marqua l’ensemble du Moyen Âge qui sera dominé par l’inquiétude face au péché (confessions, indulgences, etc.), la justification par les actes. Bien plus, cette notion de péché originel donna une autorité morale à la misogynie en faisant retomber l’origine de l’état de pécheur sur la femme[réf. nécessaire].

Les cathares contesteront le sacrement du mariage pour le principe que celui-ci légitime à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse.

Polémique du libre arbitre

La grande question du Moyen Âge est celle du salut dans une perspective où la vie éternelle se situe après la mort, dans une optique de rétribution. Quels sont donc les moyens du salut (de gagner son paradis) si Dieu est tout puissant ?

Luther[biblio 8] entre en conflit avec Érasme[biblio 9] sur cette question dont la prédestination et le libre arbitre sont deux tentatives de réponse. En bon augustinien, Érasme soutient le libre arbitre, c’est-à-dire la responsabilité de l’homme devant Dieu concernant ses actes. En quelque sorte, l’homme peut refuser la grâce de la foi. Au contraire, se fondant notamment sur le péché originel, le moine augustinien Luther défend la prédestination, c’est-à-dire le « serf » arbitre et la justification par la foi seule. Pour Luther, c’est Dieu qui décide. Par cette querelle Luther s’aliènera Érasme avec toute son autorité et son crédit.

Jansénistes contre jésuites

C’est au XVIIe siècle qu’apparut une polémique au sein même de l’Église catholique, opposant d’un côté les jansénistes, qui prétendaient rétablir la pureté des doctrines de la grâce efficace et de la prédestination, et de l’autre les jésuites, qui préféraient mettre en avant le libre arbitre. Pascal[biblio 10], qui soutenait le courant janséniste, s’attaqua de façon virulente au laxisme moral des Jésuites et à leur casuistique accommodante dans ses Provinciales. Alors que les jésuites avaient tendance à atténuer l’importance du péché originel et à considérer que le principal attribut de Dieu était la miséricorde, les jansénistes insistaient sur la nature corrompue de l’Homme, dominé par la concupiscence, et peignaient Dieu sous les traits du Juge implacable séparant les Élus des Damnés.

Postérité du concept chez les philosophes

Rousseau

Pour Jean-Jacques Rousseau, le péché originel est une doctrine bien commode qui incrimine sans cesse la nature humaine. C'est la raison pour laquelle Rousseau a souvent, résolument et longuement combattu cette doctrine. Il parle avec ironie de ce péché « pour lequel nous sommes punis très justement des fautes que nous n’avons pas commises » (Mémoire à M. de Mably)[19].

Cette position a amené Rousseau à forger la fiction d'un « état de nature » pour écarter tous les faits de l'histoire. L'état de nature est extra-moral et extra-historique. C'est une reconstruction imaginaire qui se substitue au mythe biblique auquel cependant il se réfère explicitement dans la note 9 du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes[20].

Rousseau a publié en 1755 le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, et a été vivement critiqué par l'Église catholique qui lui reprochait de nier le péché originel. Dans Du contrat social, Rousseau imagine que, par le passage de l'état de nature à l'état de société, l'individu perd une partie de sa liberté, dont la défense est alors prise en charge par l'État, à travers des lois qui, pour être bonnes, doivent être l'expression de la volonté générale. La faute ne vient pas de l'homme essentiel, mais de l'homme en relation. Alors qu'il était isolé, lorsqu'il rencontre son semblable il le juge et se compare à lui. Ainsi par la Raison son innocence originelle, sa bonté naturelle est pervertie.

À la suite d'une condamnation par l'archevêque de Paris Christophe de Beaumont en 1762, pour ses écrits L'Émile et Du contrat social, Rousseau répond par une lettre dans laquelle il affirme que « le principe fondamental de toute morale […] est que l’homme est un être naturellement bon, aimant la justice & l’ordre ; qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain, & que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits » (voir l'article Lettre à Christophe de Beaumont).

Analyses contemporaines

En relisant Genèse 3, René Girard se demande comment Augustin peut parler de péché en étendant le concept de Paul, qui lui, parlait de la Loi comme frontière dynamique entre le Bien et le Mal[21].

Ni l’islam ni le judaïsme ne connaissent de péché originel. L’islam présente la faute d’Adam comme une simple omission et non comme une faute intentionnelle car Dieu avait fait « 114. Déjà nous avions fait un pacte avec Adam, mais il l'oublia ; nous ne lui avons pas trouvé une résolution ferme. 115. Et alors nous dîmes aux anges : prosternez-vous devant Adam, ils le firent, excepté Iblis ; il s'y refusa. Nous dîmes à Adam : celui-ci est ton ennemi et l'ennemi de ton épouse. Prenez garde qu'il ne vous chasse du paradis et que vous ne soyez malheureux. 116. Tu n'y souffriras ni de la faim, ni de la nudité. 117. Tu n'y seras point altéré de soif ni incommodé de la chaleur. 118. Satan lui fit des suggestions : Ô Adam ! lui dit-il, veux-tu que je te montre l'arbre de l'éternité et d'un royaume qui ne vieillit pas ? 119. Ils mangèrent (du fruit) de l'arbre, et leur nudité leur apparut, et ils se mirent à coudre des vêtements de feuilles du paradis. Adam désobéit à son Seigneur et s'égara. 120. Puis Dieu en fit son élu, revint à lui et le dirigea sur le chemin droit. »[Coran 1]

Dans la Bible hébraïque (Ancien Testament)

Le judaïsme ne voit aucun péché originel à cet endroit.

Dans la Bible hébraïque (Ancien Testament), le mot hattat qui signifie faute en hébreu n’apparaît qu’en Genèse IV:7, non sous la forme d’une faute imposée et héréditaire mais sous la forme d’un choix éthique, fondateur du libre arbitre.

« Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui[22] »

Rien ne dit qu’Adam et Ève dans le jardin sont immortels. Le verset Genèse III:22 tendrait même à dire le contraire. Ils[Qui ?] se demandent donc comment la mort peut être l’éternel châtiment de la désobéissance avouée en Genèse III:13.

Enfin, ils se demandent si la colère du Dieu du récit doit être prise au sérieux. En effet, celui-ci est pris de sollicitude après la colère comme indiqué en Genèse III:21, où l’Éternel coud des vêtements de peau alors qu’Adam et Ève se sont déjà couverts en Genèse III:7.

Les exégètes contemporains en concluent que l’enjeu est ailleurs, notamment dans le commentaire de la Chute par le bibliste Jacques Chopineau[23],[24].

Dans la littérature et les arts

Le péché originel apparaît dans de nombreuses représentations artistiques. À l'époque contemporaine, il est aussi devenu un topos littéraire et cinématographique.

Représentations médiévales

Le thème du péché originel est très présent dans la statuaire médiévale[25].

Autres représentations artistiques

Notes et références

Notes

  1. L’interprétation donnée par Augustin de Rm 5/12 est liée à la version latine (dite « vieille latine ») qu’il avait sous les yeux. Augustin comprend que ce qui est passé en tous du fait du péché d’Adam est non pas la mort, mais le péché. Or, le texte grec porte - au moins dans la plupart des manuscrits - le terme de mort, mais la vieille latine a suivi un manuscrit où ce mot manquait : c’est pourquoi Augustin comprend « péché », lecture qui exprimait l’idée de transmission. Quant à la fin du verset, le « eph’ô » est une expression idiotique grecque qui a un sens causal : « du fait que tous ont péché ». Il s’agit ici des péchés personnels de chacun, à travers lesquels la puissance du péché atteint tous les hommes. Or, Augustin, et avant lui Ambroise, ont traduit la formule de manière littérale, par un relatif « in quo », « dans lequel », parce que le texte qu’ils lisaient ne comportait pas le mot « mort ». Augustin estime alors que l’antécédent de ce relatif est le terme de péché, qu'il lit immédiatement auparavant, ou Adam lui-même. Il comprend donc : « le péché d’Adam dans lequel tous ont péché ». Or, le grec ne permet pas cette interprétation, parce que l’antécédent « hamartia/péché » est féminin, alors que « thanatos/mort » est masculin. Cette explication est fournie par V. Grossi et Bernard Sesboüe, « Péché originel et péché des origines : de saint Augustin à la fin du Moyen Âge », dans L’homme et son salut, Paris, Desclée, 1995, p. 168-169.

Références bibliques

Références coraniques

Autres références

  1. André-Marie Dubarle, André Dumas, « PÉCHÉ ORIGINEL », Encyclopædia Universalis [en ligne] (consulté le 31 mars 2020).
  2. (frm) Jean Calvin, Inſtitvtion de la religion Chreſtienne : Compoſée en Latin par Iean Caluin, & tranſlatée en François par luymeſme, & encores de nouueau reueuë & augmentée : en laquelle eſt comprinſe vne ſomme de toute la Chreſtienté, Philbert Hamelin, .
  3. (en) James Strong, « 'adam », sur blueletterbible.org (consulté le ).
  4. Mélanie Le Priol, « Qu’est-ce que le gnosticisme  ? », sur croire.la-croix.com, (consulté le ).
  5. Pierre Hadot, « IRÉNÉE DE LYON (130 env.-env. 208) », Encyclopædia Universalis [en ligne] (consulté le 1er avril 2020).
  6. Arendt 1999, p. 107.
  7. Arendt 1999, p. 111.
  8. Arendt 1999, p. 108.
  9. Mendelson 2010, p. 26.
  10. Madec 1998, p. 148.
  11. Arendt 1999, p. 110-111.
  12. Hélène Combis, « Sexualité : comment l’Église a inventé le péché de chair », sur France Culture, (consulté le ).
  13. Augustin d'Hippone, « Œuvres complètes de saint Augustin », sur Bibliothèque monastique Saint-Benoît (consulté le ).
  14. Chronologie succincte.
  15. Philippe Rouillard, Les fêtes chrétiennes en Occident, Éditions du Cerf, , p. 48.
  16. Bruno Jacobs, Le baptême des petits enfants dans une société déchristianisé, Parole et Silence, , 604 p., p. 131
  17. Gaudium et Spes, n. 22, « Constitution pastorale - Gaudium et Spes », sur www.vatican.va (consulté le )
  18. Bruno Jacobs, Le baptême des petits enfants dans une société déchristianisée, Parole et Silence, , 604 p., p. 359-389
  19. Laurent Gagnebin, « La bonté originelle de l'homme », Bulletins de l'Oratoire, no 792, septembre 2012.
  20. France Farago, « Rousseau, nature et histoire », Bulletins de l'Oratoire, no 792, septembre 2012, lire en ligne.
  21. René Girard, la Violence et le Sacré.
  22. Traduction de Louis Segond, 1902.
  23. « La Chute ».
  24. Jacques Chopineau, persee.fr.
  25. Voir par exemple le site Architecture religieuse en Occident.

Références bibliographiques

  1. Jean-Michel Maldamé, Le péché originel : foi chrétienne, mythe et métaphysique, Paris, Éditions du Cerf, , 349 p. (ISBN 978-2-204-08573-1).
  2. (en) Peter Brown, Augustine of Hippo : A Biography, University of California Press, , 463 p. (lire en ligne).
  3. Odon Vallet, Petit Lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel, , 247 p. (ISBN 978-2-253-10988-4)
  4. Vittorino Grossi, Luis-F. Ladaria, Philippe Lécrivain, et Bernard Sesboüe, L'homme et son salut, Desclée, 1995, p. 163 à 185, lire en ligne.
  5. Cf. en ligne les paragraphes concernés.
  6. Voir l'analyse par Marcel Neusch du livre de Jean-Michel Maldamé, Le péché originel, dans La Croix.
  7. (en) John Karmiris, A Synopsis of the Dogmatic Theology of the Orthodox Catholic Church, Scranton, Pa., Christian Orthodox Édition, 1973, p. 35-36.
  8. Martin Luther, De servo arbitrio (Du serf arbitre), 1525. Édités avec l'ouvrage d'Érasme en français sous le titre : Luther, Du serf arbitre, Gallimard (Folio Essais), 2001 (ISBN 2-07-041469-8).
  9. Érasme (Desiderius Erasmus) Essai sur le libre arbitre, 1524.
  10. Blaise Pascal, Les Provinciales, ou Lettres escrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères, de janvier 1656 à mai 1657.

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

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