Christophe Honoré

Christophe Honoré, né le à Carhaix (Finistère), est un écrivain, réalisateur, scénariste, dramaturge et metteur en scène français.

Pour les articles homonymes, voir Honoré.

Auteur de romans pour enfants et adolescents, dans lesquels il aborde les thèmes réputés difficiles du suicide, du SIDA, du mensonge des adultes, de l'inceste ou des secrets de famille, il a aussi réalisé douze longs-métrages dont Les Chansons d'amour (2007), Les Bien-Aimés (2011) et Plaire, aimer et courir vite (2018) pour lequel il remporte le prix Louis-Delluc.

Biographie

Christophe Honoré grandit dans les Côtes-d'Armor, dans la ville de Rostrenen. Son père meurt en 1985 alors qu'il a 15 ans[1],[2]. Il suit des études de lettres à l'université Rennes 2[3] et fait une école de cinéma à Rennes.

Débuts comme auteur

En 1995, Christophe Honoré s'installe à Paris, et publie son premier livre pour enfants (Tout contre Léo[4]), mais aussi des romans et des pièces de théâtre. Il devient chroniqueur pour plusieurs revues, dont les Cahiers du cinéma[5]. Il publie notamment en 1998 « Triste moralité du cinéma français », un texte polémique sur le cinéma français, dans lequel il attaque notamment le film de Robert Guédiguian Marius et Jeannette et le film d'Anne Fontaine Nettoyage à sec qu'il trouve moralisateurs.

« Le cinéma français qui va bien m'emmerde, je ne peux pas entendre que Marius et Jeannette est le meilleur film de l'année sans rigoler, je refuse de marcher dans le coup de la chaleureuse humanité. Il n'y a pas d'humanité dans Marius et Jeannette, il n'y a que des bonnes intentions. Je ne peux pas lire que Nettoyage à sec est le film le plus sulfureux de l'année sans être terrorisé. Cinéaste subversive, Anne Fontaine ? Cinéaste superbourgeoise, oui[6],[7] ! »

Le texte fait scandale[réf. nécessaire] et suscite notamment de vives réactions de la part de Robert Guédiguian et de l'Agence pour le cinéma indépendant et sa diffusion. Serge Toubiana, alors directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma, considère cependant que la critique d'Honoré est légitime[7].

Premiers films comme réalisateur (1998-2006)

Christophe Honoré crée sa première pièce de théâtre, Les Débutantes, au Festival Off d’Avignon en 1998, pièce diffusée par la suite sur France Culture en octobre 2003[8].

Après un court-métrage en 2001, intitulé Nous deux, il est révélé en 2002 auprès de la critique par deux longs-métrages : tout d'abord le drame 17 fois Cécile Cassard, opposant l'actrice confirmée Béatrice Dalle et la valeur montante Romain Duris. Et pour la télévision, il adapte sous la forme d'un téléfilm son roman Tout contre Léo, sorti en 1996. Le premier rôle est tenu par Yaniss Lespert.

En 2004, sort son film Ma mère, adapté du roman du même nom de Georges Bataille, dont il confie les deux rôles principaux à Isabelle Huppert et Louis Garrel. Le film rassemble 125 000 spectateurs en Europe dont 90 000 en France[9]. Honoré lui-même dit que cette adaptation était une impasse et qu'il n'a trouvé sa manière personnelle de faire du cinéma qu'avec son film suivant Dans Paris[10].

En 2005, il revient, invité officiellement au Festival d'Avignon, avec une nouvelle pièce, Dionysos impuissant, adaptation contemporaine des Bacchantes d'Euripide avec Louis Garrel dans le rôle de Dionysos et Joana Preiss dans le rôle de Sémélé.

Dans Paris (2006), porté par le tandem Louis Garrel / Romain Duris rassemble 220 000 spectateurs en Europe dont 195 000 en France[11].

Reconnaissance (2007-2012)

En 2007, Christophe Honoré réalise le drame musical Les Chansons d'amour, sélectionné en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2007. Ce film est nommé dans quatre catégories pour les Césars du cinéma 2008 et remporte le César de la meilleure musique de film pour le compositeur Alex Beaupain, un fréquent collaborateur d'Honoré.

En 2008, Honoré met en scène Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo. Le spectacle est créé au Festival d'Avignon, puis repris en tournée. Clotilde Hesme, Emmanuelle Devos, Marcial Di Fonzo Bo font entre autres partie de la distribution. Il devient artiste associé au CDDB-Théâtre de Lorient.

Après avoir réalisé, en deux ans, Dans Paris et Les Chansons d'amour, Christophe Honoré commence en janvier 2008 le tournage de La Belle Personne une version contemporaine de la Princesse de Clèves pour Arte, diffusée en septembre 2008 avant de sortir quelques jours plus tard au cinéma. Il a eu envie de réaliser ce film en réaction à des propos de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République française, qui avait déconsidéré cet ouvrage[10].

En 2009, il monte Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo au festival d'Avignon[10]. Il réalise son septième long-métrage, intitulé Non ma fille tu n'iras pas danser, avec Chiara Mastroianni dans le rôle principal[10].

Christophe Honoré en 2012 au festival du cinéma américain de Deauville, dont il est membre du jury.

Le , il revient au film musical avec Les Bien-Aimés qui est sélectionné comme film de clôture du 64e festival de Cannes[12].

En janvier 2012, il préside le jury de la 24e édition du festival Premiers Plans d'Angers[13].

Pour le festival d'Avignon 2012 en coproduction avec le Théâtre national de la Colline, il écrit et met en scène Nouveau Roman[14], une pièce de théâtre sur les écrivains du nouveau roman avec pour interprètes principaux Anaïs Demoustier, Ludivine Sagnier, Brigitte Catillon, Annie Mercier et Julien Honoré. La même année, il écrit deux pièces de théâtre, Un jeune se tue, mis en scène au festival d'Avignon par les élèves de l'école de la Comédie de Saint-Étienne, et La Faculté, également mis en scène au festival d'Avignon par Éric Vigner[15].

Diversification (depuis 2013)

En mai 2013, Christophe Honoré commence le tournage d'une adaptation cinématographique des Métamorphoses d'Ovide[16]. Le long-métrage, sorti en 2014, amène le réalisateur encore plus loin dans le cinéma d'auteur. Il renonce d'ailleurs à des acteurs connus pour diriger des novices.

En 2014, il signe sa première mise en scène lyrique avec Le Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc[4].

En 2016, il surprend en se lançant dans un cinéma plus grand public, avec Les Malheurs de Sophie, une adaptation du classique homonyme de la comtesse de Ségur. Le cinéaste y dirige Anaïs Demoustier dans le rôle de Mme de Fleurville, Golshifteh Farahani dans celui de Mme de Réan et surtout Muriel Robin dans le rôle de l'impitoyable Mme Fichini.

En 2016, il fonde sa compagnie Comité dans Paris, dans le but de porter la production et la diffusion de ses spectacles, dont Les Idoles (2018, pour lequel il remporte le Prix de la Critique) et Le Ciel de Nantes (2021) avec le Théâtre de Vidy-Lausanne. Les deux spectacles sont présentés en tournée nationale ainsi qu'au Théâtre de l'Odéon.

En mai 2018, son nouveau film, tourné en 2017 dans sa Bretagne natale, Plaire, aimer et courir vite[17] semble annoncer un retour à ses premiers succès critiques : le film, qui raconte l'histoire d'un étudiant (Vincent Lacoste) tombant amoureux d'un écrivain (Pierre Deladonchamps) dans les années 1990, est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2018.

Prises de positions

Cinématographiques

Christophe Honoré a dénoncé le film Starship Troopers qu'il considère n'avoir été réalisé que « pour faire un maximum d’entrées auprès de jeunes Américains pendant un week-end de vacances, des puceaux accros aux jeux vidéo qui entrent dans une salle comme ils se mettent aux manettes d’un Doom-like, avec pour seul objectif de voir bousiller tout ce qui apparaît dans leur champ visuel », allant jusqu'à qualifier le film de « cédérom pornographique »[18].

Jean-Noël Lafargue relève qu'Honoré est « passé complètement à côté du propos de Verhoeven », le réalisateur ne relevant pas le « caractère subversif du film »[19]. Nicolas Bonci relève que ce propos, asséné comme un auto-argument d'autorité, n'est pas compatible avec le statut d'intervenant à La Femis (école de cinéma), arguant qu'il est difficile de ne pas repérer le propos du film pour un « cinéphile expérimenté » comme se qualifie Honoré[20]. Encore en novembre 2016, le magazine Brain écrit que Christophe Honoré passe complètement à côté de la satire pour n'y voir qu'une « grosse production américaine complètement vide de substance » et qu'il utilise l’expression de « jeu vidéo » comme « insulte suprême »[21].

Politiques

En 2009, il intervient dans le débat public en signant avec d'autres personnalités du cinéma comme Gaël Morel, Paulo Branco ou encore Jeanne Balibar, une « lettre ouverte aux spectateurs citoyens » contre l'adoption de la loi Création et Internet et défend d'autres voies comme l'adoption d'une licence globale[22].

En 2010, il publie une tribune dans Le Monde pour défendre la littérature jeunesse, notamment après la décision du conseil général de Seine Saint-Denis de réduire les subventions qu'il accordait jusqu'alors au Salon du livre de jeunesse de Montreuil[réf. nécessaire].

En novembre 2012, au moment du débat sur l'adoption de la loi visant à instituer le mariage pour tous, il signe avec d'autres personnalités du monde de la culture une tribune dans Le Monde dénonçant le discours tenu par des responsables politiques et des responsables religieux à l'égard des homosexuels[23]. Christophe Honoré est ouvertement homosexuel[24].

Autres activités

Christophe Honoré intervenait régulièrement dans l'émission radiophonique de Claire Vassé Le Cinéma l'après-midi, sur France Culture[25] et a enseigné à la Fémis[26].

Filmographie

Réalisateur et scénariste

Scénariste

Publications

Romans

Romans jeunesse

Articles

  • Christophe Honoré, « Peep-show troopers », Cahiers du cinéma, no 523,
  • Christophe Honoré, « La triste moralité du cinéma français », Cahiers du cinéma, no 521,
  • Christophe Honoré et al., « Lettre ouverte aux spectateurs citoyens », Libération, (lire en ligne)
  • Christophe Honoré, « Êtes-vous pour une jeunesse sans littérature ? », Le Monde, (lire en ligne)
  • Christophe Honoré et al., « Mariage gay : non à la collusion de la haine », Le Monde, (lire en ligne)

Théâtre et opéra

Auteur

Metteur en scène

Distinctions

Récompenses

Sélections en festivals internationaux

Décorations

Box-office

Le tableau suivant est établi à partir de la base de données Lumière de l'Observatoire européen de l'audiovisuel. La base de données inclut l'ensemble des entrées dans l'Union Européenne depuis 1996[29].

FilmAnnée de productionEntrées en EuropeEntrées en France
Dix-sept fois Cécile Cassard200248 24948 249
Ma mère2004128 355128 355
Dans Paris2006298 567298 567
Les Chansons d'amour2007331 265302 423
La Belle Personne200887 40280 257
Non ma fille, tu n'iras pas danser2009420 193416 085
Homme au bain201015 26514 541
Les Bien-aimés2011269 811250 588
Métamorphoses201437 54036 389
Les Malheurs de Sophie2016537 732537 921
Plaire, aimer et courir vite2018206 293

Notes et références

  1. Éric Libiot, « Christophe Honoré », L'Express, (lire en ligne, consulté le ).
  2. Christophe Honoré, « 1985-2002, mes dates clés », Libération, (lire en ligne, consulté le ).
  3. « Christophe Honoré entre cinéma et littérature », Ouest-France, édition Rennes, (lire en ligne).
  4. « Site de l'école des loisirs ».
  5. Biographie de Christophe Honoré sur son site officiel.
  6. Christophe Honoré, « Triste moralité du cinéma français », Cahiers du cinéma, no 521, , p. 4-5.
  7. Emmanuel Poncet, « Un pavé dans la mare du cinéma français », Libération, (lire en ligne, consulté le ).
  8. « Christophe Honoré : portrait et biographie sur France Musique », sur France Musique (consulté le )
  9. « Ma Mère », sur Base Lumiere (consulté le )
  10. « Christophe Honoré, l’interview fleuve », Les Inrockuptibles, (lire en ligne)
  11. « Dans Paris », sur Base Lumiere (consulté le )
  12. Arnaud Hallet, « "Les Bien-Aimés" de Christophe Honoré en clôture du Festival de Cannes », Les Inrockuptibles, (lire en ligne, consulté le ).
  13. Julien Gester, « J'ai fait l'Apocalypse avec Christophe Honoré », Les Inrockuptibles, (lire en ligne, consulté le ).
  14. « Nouveau Roman de Christophe Honoré », sur Festival d'Avignon (consulté le ).
  15. Fabienne Darge, « Mauvais élèves à La Faculté d'Honoré », Le Monde, (lire en ligne).
  16. Julien Dokhan, « Christophe Honoré adapte Les Métamorphoses d'Ovide », allocine.fr, (lire en ligne).
  17. « Rennes : Christophe Honoré recherche des figurants pour son nouveau film », 20minutes.fr, (lire en ligne).
  18. Christophe Honoré, Les Cahiers du Cinéma, no 523, 1998.
  19. Jean-Noël Lafargue, « Starship Troopers », sur Le dernier blog, (consulté le )
  20. Nicolas Bonci, « Honoré Vs. Verhoeven », sur L'Ouvreuse, (consulté le )
  21. r Damien Megherbi, « Top 5 des films plus subversifs qu’ils n’en ont l’air », sur Brain, (consulté le )
  22. Christophe Honoré et al., « Lettre ouverte aux spectateurs citoyens », Libération, (lire en ligne)
  23. Christophe Honoré et al., « Mariage gay : non à la collusion de la haine », Le Monde, (lire en ligne)
  24. (en) Gary Kramer, « Christophe Honore’s Love Songs and Fruit Fly Comes to The Castro for Just Two Nights », sur San Francisco Bay Times, (consulté le ) via Internet Archive.
  25. Les indiscrets sur lexpress.fr du 29 juin 2006
  26. Dossier de presse du film Let my people go, interview de Mikael Buch sur filmsdulosange.fr
  27. « Alex Beaupain et Camélia Jordana, le clip Avant la haine », Le Figaro, (lire en ligne)
  28. Arrêté du 23 mars 2017 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres.
  29. « Base de données Lumière » (consulté le )

Annexes

Bibliographie

  • Élisabeth Lequeret, « Ma mère », Cahiers du cinéma, no 590,
  • Cyril Neyrat, « Entrer au musée (et en sortir) », Cahiers du cinéma, no 613,
  • Jean-Michel Frodon, « Jo et Paul vont en bateau », Cahiers du cinéma, no 616,
  • Cyril Neyrat, « Ces deux comédiens composent une photo de famille du cinéma français », Cahiers du cinéma, no 616,
  • Jean-Philippe Tessé, « L'amour en hiver », Cahiers du cinéma, no 637,
  • Joachim Lepastier, « Ma vie sexuelle 1 », Cahiers du cinéma, no 659,
  • Jean-Philippe Tessé, « Les bien-aimés », Cahiers du cinéma, no 669,
  • Mickaël Picquerey, « Présences de la chanson dans les œuvres de Christophe Honoré : entre héritages et décalages », mémoire de master, Lettres, Université Rennes 2, 2014
  • David A. Gerstner et Julien Nahmias, « Christophe Honoré: A Critical Introduction », sur wsupress.wayne.edu, Détroit : Wayne State University Press (en), 2015

Liens externes

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