Armande Béjart

Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart est une comédienne française du Grand siècle, née à une date et dans un lieu incertains, et morte à Paris le . Fille ou sœur de Madeleine Béjart (la question est encore en suspens), elle a été pendant onze ans l'épouse de Molière, qui a écrit pour elle de nombreux rôles, dont celui de Célimène dans Le Misanthrope. Son talent, tant dans le tragique que dans le comique, a été reconnu de tous ses contemporains. Personnalité contrastée, elle a fait l'objet, de son vivant même, d'une biographie romancée, La Fameuse Comédienne, très venimeuse à son endroit, mais écrite avec élégance et maintes fois rééditée au cours des siècles suivants.

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Biographie

Naissance et identité

Plus de trois siècles après sa mort, l'identité de la femme de Molière n'est pas clairement établie. La rareté des documents existants, l’absence en particulier d’un acte de baptême qui porterait ses quatre prénoms et les noms de ses parents, ne permet pas de trancher la question, déjà controversée de son vivant, de savoir si elle était la fille ou la sœur de Madeleine Béjart. Les historiens en sont donc réduits à combiner de diverses manières les quelques indices dont ils disposent et qui sont exposés ci-après dans l’ordre chronologique.

Françoise de Modène (1638)

Chapiteau de l'église Saint-Eustache de Paris.

La date la plus ancienne avancée au sujet de « Mademoiselle Molière »[1] est celle du 3 juillet 1638. Ce jour-là, à Paris, Madeleine Béjart, âgée de vingt ans, fille mineure[2] de Joseph Béjart et de Marie Hervé, met au monde une enfant qui sera tenue huit jours plus tard sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache[3] :

« Onzième de juillet, fut baptisée Françoise, née du samedi troisième de ce présent mois, fille de messire Esprit Raymond, chevalier, seigneur de Modène et autres lieux, chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du roi[4], et de damoiselle Madeleine Béjard, la mère, demeurant rue Saint-Honoré ; le parrain, Jean-Baptiste de L’Hermite, écuyer, seigneur de Vauselle[5], tenant pour messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène[6] ; la marraine, damoiselle Marie Hervé[7], femme de Joseph Béjard, écuyer[8]. »

Le prénom de l'enfant a été choisi en référence à l'homme qui, s'il n'était mort six ans plus tôt, aurait été son parrain le plus prévisible : son grand-père paternel, François de Rémond de Mormoiron, comte de Modène, dit «  le Gros Modène »[9].

La fillette baptisée ce jour-là à Saint-Eustache n'apparaît pourvue de ce prénom dans aucun autre document. Peut-être est-elle morte en bas âge, comme de nombreux nourrissons à l'époque, mais son acte de décès n'a pas été retrouvé.

Il semble bien, pourtant, que c'est cette enfant et non une autre que Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, premier biographe de Molière, évoquera[10], quand en 1705, sans citer son prénom, qu'il ne connaissait peut-être pas, il identifiera « la Molière » (c'est-à-dire Armande Béjart) avec la « petite fille que la Béjart[11] avait eue de Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon »[12], et ce sera l'ascendance, très aristocratique, que lui donneront tous les biographes jusqu'à ce qu'en 1821, l'ex-commissaire Louis-François Beffara exhume et publie le baptistaire retranscrit ci-dessus.

Une « petite non baptisée » (1643)

À la fin de l'hiver 1643, dix-huit mois après le décès de Joseph Béjart, sa veuve Marie Hervé et les trois aînés de leurs enfants travaillent avec leur ami Jean-Baptiste Poquelin à la création de l'Illustre Théâtre, qui verra le jour le 30 juin. Dans un acte signé le 10 mars, en présence d'un « lieutenant particulier civil », de trois procureurs au Châtelet et de divers autres témoins, Marie Hervé déclare, « au nom et comme tutrice de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, mineurs dudit défunt et elle », vouloir renoncer à la succession de leur père comme étant plus onéreuse que profitable[13].

N'ayant pas encore été baptisée, mais simplement ondoyée (du moins faut-il le croire), la fillette n'est pas nommée ; cependant la plupart des historiens s'accordent à reconnaître en elle la future Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, qui épousera Molière en 1662. Pour quelle raison, alors qu'elle est âgée de neuf ou dix mois au moins[14], cette dernière-née de Marie Hervé n'a-t-elle pas encore été baptisée ? Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller font valoir[15] que « la cérémonie avait été remise en raison de toutes les préoccupations qui hantaient la famille depuis la mort de Joseph »[16], qu'elle avait encore été « ajournée à cause des aventures de l'Illustre Théâtre », et que cela donnait à penser que le baptême avait pu avoir lieu en province.

Des très nombreux documents qui jusqu'aux années 1680 constatent[17] qu'Armande-Grésinde Béjart est la fille de Joseph Béjart et Marie Hervé, et donc la sœur de Madeleine, son aînée d'une vingtaine d'années, l'acte de mars 1643, s'il concerne bien la future « Mademoiselle Molière », est le plus ancien et celui dont tous les autres procèdent. Aussi sa sincérité[18] (si ce n'est son authenticité) a-t-elle été contestée dès sa publication en 1863. Arguant du fait qu'à la date du 10 mars 1643 : 1) Joseph et Madeleine Béjart étaient majeurs et non mineurs[19], 2) Marie Hervé était âgée de 49 ans et demi[20], certains historiens ont soupçonné une supposition d'enfant, par laquelle Marie Hervé aurait fait passer pour sienne une fille de Madeleine — Françoise de Modène ou une autre.

Une enfance provinciale ?

L'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne[21], dont le récit est sujet à caution, écrira plus tard que «  la Molière »] a passé sa plus tendre jeunesse en Languedoc, chez une dame d'un rang distingué dans la province ».

Un historien du XIXe siècle a suggéré[22] de reconnaître dans cette « dame » la demi-sœur de Marie Hervé, Marie Courtin de la Dehors[23]. Femme de Jean-Baptiste L’Hermite (qui tenait pour le parrain au baptême de la petite Françoise) et maîtresse d’Esprit de Modène, elle a passé une partie au moins des années 1644-1652 dans le château de Modène, non loin de Carpentras, ou dans le proche domaine de « La Souquette », dont le comte lui avait fait don. Ainsi, tandis que Madeleine Béjart parcourait la France de la Fronde avec Molière et leurs camarades, sa fille aurait été élevée avec sa cousine Madeleine L'Hermite, de deux ans et demi seulement plus âgée qu'elle. L’hypothèse n'est pas invraisemblable.

Une chose est certaine : Marie Courtin et Jean-Baptiste L’Hermite figureront avec leur fille Madeleine aux côtés de Molière, de Madeleine Béjart et d'une demoiselle « Manon » dans les représentations de l'Andromède de Corneille données à Lyon au cours de l’hiver 1652-1653 (voir ci-dessous), et on les rencontrera dans l’intimité de la troupe jusqu’en 1662.

Un baptême tardif ?

Signatures d'Armande Béjart et de son second mari en 1691 (Musée d'art et d'histoire de Meudon).

Dans son contrat de mariage et dans nombre de documents ultérieurs, l'épouse de Molière est désignée par ses quatre prénoms[24] : Armande, Grésinde, Claire, Élisabeth, qu'il lui arrive de déployer telle une bannière ou des titres de noblesse dans sa signature (voir illustration)[25]. Les deux premiers, en particulier, sont très remarquables ; ils ont suggéré à Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller une précieuse hypothèse concernant le baptême tardif d'Armande :

« Il est un moment, écrivent-elles[15], où deux personnes se trouvent réunies, qui auraient pu donner à la plus jeune des Béjart ses deux premiers prénoms : c'est en 1653 à Montpellier, lors des États du Languedoc qui furent convoqués par Scipion Grimoard de Beauvoir, comte du Roure[26], époux de Grésinde de Baudan, et présidés par Armand de Bourbon, prince de Conti, alors protecteur des comédiens[27]. »

L'extrême rareté de ces deux prénoms au milieu du XVIIe siècle[28] donne un poids certain à l'hypothèse[29]. En effet, il semble qu'Armande Béjart soit l'une des premières femmes à s'être ainsi prénommée[30], et que l'Armande des Femmes savantes soit restée pendant longtemps la seule de ce nom dans le répertoire théâtral classique. Quant à Grésinde, variante d’un vieux prénom médiéval, que l’on trouve dans la documentation sous les formes Grassinde, Grasinde, Grascinde, Garcinde, Garsinde, Garcende, Gersende, il n'était porté que dans quelques rares familles de l'aristocratie languedocienne.

Si l'on retient cette hypothèse, il faut admettre que « la petite » qui en mars 1643 n'était pas encore baptisée l'a été beaucoup plus tard, au cours de son adolescence, comme ce sera le cas, par exemple, du premier fils de Lully[31].

Mademoiselle Menou

Liste des personnages d’Andromède de Corneille (édition de 1651), avec en marge les noms des comédiens qui tenaient les rôles à Lyon en 1652-1653.

Certains auteurs croient pouvoir identifier la future épouse de Molière avec la jeune fille qui tient le rôle de la néréide Éphyre (quatre vers) dans les représentations de l'Andromède de Corneille données à Lyon, au cours de l'hiver 1652-1653, par la troupe que dirigent Charles Dufresne et Molière. La distribution des rôles figure, écrite à la main, sur un exemplaire de la pièce de l'édition de 1651[32]. Devant le nom d'Éphyre, les historiens qui ont consulté le document lisent « M. Menou », à l'exception d'Yves Giraud qui lit, plus justement, « M. Manon »[33], prénom qui renverrait peut-être à Manon Dufresne, fille (ou nièce) de Charles Dufresne[34],[35].

La plupart des auteurs, en tout cas, identifient avec Armande la « demoiselle Menou » dont il est question dans une lettre que Chapelle adresse à Molière au printemps 1659 et qui sera publiée trente-trois ans plus tard[36] :

« Toutes les beautés de la campagne ne vont faire que croître et embellir, surtout celle du vert, qui nous donnera des feuilles au premier jour […]. Ce ne sera pas néanmoins encore sitôt, et pour ce voyage il faudra se contenter de celui qui tapisse la terre et qui, pour vous le dire un peu plus noblement,

Jeune et faible, rampe par bas
Dans le fond des prés, et n'a pas
Encor la vigueur et la force
De pénétrer la tendre écorce
Du saule qui lui tend les bras.
La branche, amoureuse et fleurie,
Pleurant pour ses naissants appâts,
Toute en sève et larmes, l'en prie
Et, jalouse de la prairie,
Dans cinq ou six jours se promet
De l'attirer à son sommet.

Vous montrerez ces beaux vers à mademoiselle Menou[37] seulement ; aussi bien sont-ils la figure d'elle et de vous. Pour les autres, vous verrez bien qu'il est à propos surtout que vos femmes ne les voient pas, et pour ce qu'ils contiennent, et parce qu'ils sont, aussi bien que les premiers, tous des plus méchants. Je les ai faits pour répondre à cet endroit de votre lettre où vous particularisez le déplaisir que vous donnent les partialités de vos trois grandes actrices[38] pour la distribution de vos rôles. »

Ainsi, trois ans avant leur mariage, et alors que Molière est confronté à des dissensions à l'intérieur de la troupe, Armande (s'il s'agit bien d'elle) et lui auraient entretenu une relation amoureuse tenue encore secrète.

Avec la troupe de Monsieur

Portrait présumé d'Armande Béjart vers 1660, par Pierre Mignard (Musée Carnavalet, Paris).

Depuis l'arrivée de la troupe à Paris à l'automne 1658, et dès avant sans doute, la jeune femme partage la vie des comédiens. Son nom apparaît pour la première fois dans la documentation, le 26 août 1659, sous la forme « Grésinde Béjart ». Elle signe ce jour-là avec tous les membres de la troupe au contrat de mariage entre deux amis des comédiens[39]. En novembre 1660 et avril 1661, elle signera à deux occasions semblables en tant que « Grésinde Armande » et « Armande Grésinde ».

Pour tous ceux parmi lesquels elle vit (les comédiens, leurs familles, leurs proches, leurs amis[40]), Armande est, au moins de manière « officielle » ou « légale », la sœur cadette de « Mlle Béjart » (Madeleine), de « Mlle Hervé » (Geneviève) et de « Béjart » (Louis). Un document l'atteste : le contrat de société signé devant notaires le 4 octobre 1659, dans lequel sont redéfinis les rapports juridiques entre les comédiens de la troupe et où Madeleine Béjart se réserve, « à l'exclusion de tous autres, deux places pour son frère et une de ses sœurs »[41]. Les derniers mots désignant Geneviève, qui appartient à la troupe depuis la création de l'Illustre Théâtre, l'autre « sœur » ne peut être qu'Armande.

Au cours du relâche de Pâques 1661, Molière demande à ses camarades « deux parts au lieu d'une qu'il [a] », ce que « la troupe lui [accorde], pour lui ou pour sa femme s'il se [marie] »[42]. Le mariage n'aura lieu que neuf mois plus tard, et quand Armande entrera dans la troupe, au cours du relâche de Pâques 1662, la part qui lui sera accordée sera l'une des deux dont son mari aura bénéficié au cours de la saison écoulée.

Un mariage discret

Le 23 janvier 1662, un contrat de mariage est passé entre le chef de la troupe de Monsieur, âgé de quarante ans, et la benjamine de la « tribu Béjart » :

« Furent présents Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, […] d’une part, et demoiselle Marie Hervé, veuve de feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville […], stipulant en cette partie pour demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, sa fille et dudit défunt sieur de Belleville, âgée de vingt ans ou environ […], d’autre part ; lesquelles parties, en la présence, par l’avis et conseil de leurs parents et amis, savoir, de la part dudit sieur de Molière, de sieur Jean Pocquelin, son père, tapissier et valet de chambre du Roi, le sieur André Boudet, marchand bourgeois de Paris, beau-frère à cause de dame Marie-Madeleine Pocquelin, sa femme ; et, de la part de ladite demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, de demoiselle Madeleine Béjart, fille usante et jouissante de ses biens et droits, sœur de ladite demoiselle, et de Louis Béjart, son frère, demeurant avec ladite demoiselle leur mère dans ladite place du Palais-Royal, ont fait et accordé entre elles, de bonne foi, les traité et conventions de mariage qui ensuivent ; c’est à savoir, etc[43]. »

« Cette signature de contrat, note Georges Couton[44], [est] une cérémonie rigoureusement intime : aucun protecteur illustre ni ami prestigieux n'y [est] convié, pas même les comédiens de la troupe, mais simplement, du côté du mari, le père et un oncle; du côté d'Armande, sa mère Marie Hervé, sa sœur Madeleine et son frère Louis.» Le contraste est grand avec ce que l'on a pu observer, six mois plus tôt, lors de la signature du contrat de mariage entre Marin Prévost et Anne Brillart, deux « petites mains » de la troupe : tous les comédiens et leurs proches sont alors venus témoigner[45] ; de même, lorsque Lully épousera, six mois plus tard, la fille du musicien Michel Lambert, le contrat de mariage, signé en grande cérémonie au château de Saint-Germain-en-Laye, portera les signatures de Louis XIV, d'Anne d'Autriche, de la reine Marie-Thérèse, du duc de Mortemart-Rochechouart, de Jean-Baptiste Colbert, de Pierre de Nyert, de Louis Hesselin, et plusieurs autres.

L'hésitation sur l'âge d'Armande (« vingt ans ou environ ») indique qu'on n'a pas fourni d'extrait de baptême. Cela n'était du reste pas obligatoire à l'époque, et beaucoup de femmes en profitaient pour se rajeunir. Ainsi, lors de son premier mariage, en novembre 1655, Madeleine L'Hermite, cousine de Madeleine Béjart, se dit née en 1640, alors qu'elle a été baptisée en février 1636. De même, en 1672, lors de son second mariage, Geneviève Béjart se dit âgée de 40 ans, alors qu'elle en a 48. Et la même année 1672, quand elle épouse La Grange, Marie Ragueneau se dit âgée de 29 ans, alors qu'elle en a 33[46].

Les « vingt ans ou environ » donnés ici à Armande n'excluent donc pas qu'elle soit Françoise de Modène, qui aurait vingt-trois ans et demi en février 1662. Un autre détail étonnant de ce contrat le confirmerait peut-être  : le titre de « sieur de Belleville » qui y est donné à feu Joseph Béjart, soi-disant père de la mariée, n'a jamais paru jusqu'alors, et ledit Béjart n'a été qualifié d'écuyer qu'en une seule occasion : lors du baptême de sa petite-fille Françoise, en 1638 (voir ci-dessus)[47].

Dernier sujet d'étonnement : Marie Hervé dote sa « fille » de 10.000 livres, dont Molière lui donnera quittance au mois de juin suivant […]

La cérémonie religieuse a lieu un mois plus tard, le lundi gras 20 février, à l'église Saint-Germain-l’Auxerrois :

« Du lundi vingtième [février 1662]. Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cressé, d'une part, et Armande Grésinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M. Comtes, doyen de Notre-Dame et grand vicaire de Monseigneur le Cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence de Jean Poquelin, père du marié, et de André Boudet, beau-frère du marié, et de ladite dame Hervé, mère de la mariée, et Louis Béjard et Madeleine Béjard, frère et sœur de ladite mariée, et d'autres[48], avec dispense de deux bans[49]. »

Portrait de Molière vers 1658, attribué à Roland Lefebvre (Comédie-Française).

En 1705, dans sa Vie de M. de Molière, Grimarest fera, des circonstances de ce mariage, une étrange et très romanesque relation  :

« On ne pouvait, écrit-il, souhaiter une situation plus heureuse que celle où il était à la cour et à Paris depuis quelques années. Cependant, il avait cru que son bonheur serait plus vif et plus sensible s'il le partageait avec une femme. Il voulut remplir la passion que les charmes naissants de la fille de la Béjart avaient nourrie dans son cœur à mesure qu'elle avait crû. […] Mais il savait que la mère avait d'autres vues, qu'il aurait de la peine à déranger. […] Elle aimait mieux être l'amie de Molière que sa belle-mère. Ainsi, il aurait tout gâté de lui déclarer le dessein qu'il avait d'épouser sa fille. Il prit le parti de le faire sans en rien dire à cette femme. Mais comme elle l'observait de fort près, il ne put consommer son mariage pendant plus de neuf mois ; c'eût été risquer un éclat qu'il voulait éviter sur toutes choses, d'autant plus que la Béjart, qui le soupçonnait de quelque dessein sur sa fille, le menaçait souvent, en femme furieuse et extravagante, de le perdre, lui, sa fille et elle-même, si jamais il pensait à l'épouser. Cependant, la jeune fille ne s'accommodait point de l'emportement de sa mère, qui la tourmentait continuellement et lui faisait essuyer tous les désagréments qu'elle pouvait inventer, de sorte que cette jeune personne, plus lasse peut-être d'attendre le plaisir d'être femme que de souffrir les duretés de sa mère, se détermina un matin de s'aller jeter dans l'appartement de Molière, fortement résolue de n'en point sortir qu'il ne l'eût reconnue pour sa femme ; ce qu'il fut contraint de faire. Mais cet éclaircissement causa un vacarme terrible ; la mère donna des marques de fureur et de désespoir, comme si Molière avait épousé sa rivale ou comme si sa fille fût tombée entre les mains d'un malheureux. Néanmoins, il fallut bien l'apaiser, il n'y avait point de remède, et la raison fit entendre à la Béjart que le plus grand bonheur qui pût arriver à sa fille était d'avoir épousé Molière, qui perdit par ce mariage tout l'agrément que son mérite et sa fortune pouvaient lui procurer, s'il avait été assez philosophe pour se passer d'une femme. »

Les historiens n’ont pas manqué de relever le caractère d’invraisemblance de ce récit, dont on ignore de qui Grimarest le tenait. Ainsi, cette union prétendument contractée à l'insu de la mère est-elle contredite par l'acte du 20 février 1662, signé très officiellement et publiquement, en présence de trois membres de la famille Béjart. De plus, un tel mariage avec une mineure et sans le consentement de la famille aurait mis Molière sous la menace d'une accusation de rapt.

Rumeurs et calomnies

Montfleury par Antoine Durand (1611-1680).

Le 23 novembre 1663, en pleine « querelle de L'École des femmes », le jeune Racine, qui travaille alors à la versification de sa première tragédie, La Thébaïde[50], adresse à son ami l'abbé Le Vasseur une lettre qu'il achève sur ces mots, où se manifeste une étonnante indifférence : « Montfleury a fait une requête contre Molière, et l’a donnée au roi. Il l’accuse d’avoir épousé la fille et d’avoir autrefois couché avec la mère. Mais Montfleury n’est point écouté à la cour[51]. »

Cette démarche intervient un mois après la création de L'Impromptu de Versailles, dans lequel Molière parodiait le jeu emphatique de Montfleury, mais où il demandait aussi qu’en critiquant son physique, son jeu, sa voix et ses comédies, on lui « laisse le reste », c’est-à-dire qu’on n’attaque pas sa vie privée.

Le requête de Montfleury vise-t-elle à dénoncer un mariage incestueux ? C'est en tout cas ce qu'y verra Louis Racine, lorsqu'en publiant les lettres de son père, il réécrira les derniers mots de celle-ci pour en atténuer la crudité, et lui fera dire : « [Montfleury] accuse Molière d’avoir épousé sa propre fille[52]. »

Georges Couton, qui fait la même lecture, observe[53] que nul parmi les « ennemis » réels ou supposés de Molière (à commencer par Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement de Paris et membre influent de la Compagnie du Saint-Sacrement) n'a entamé la moindre démarche pour vérifier le bien-fondé des allégations de Monfleury. « Ils pouvaient agir, ajoute-t-il, ou agir par voie judiciaire, au cas où il roi n'aurait pas voulu écouter, et personne n'aurait pu arrêter la procédure. Ils ne l'ont pas fait ; ce n'est pas indulgence, ni manque de crédit. Il n'y a qu'une explication: aucune accusation d'inceste ne pouvait être retenue contre Molière; le dossier était vide, sa situation familiale normale. »

Plutôt qu'une accusation d'inceste, certains historiens, comme Roger Duchêne, voient dans cette requête une tentative de faire invalider le mariage, l'Église interdisant le mariage avec l'enfant d'une ancienne femme ou maîtresse[54]. Si l'illustre tragédien n'a pas été écouté, ce n'est pas, selon Duchêne, parce que son accusation était sans fondement, mais parce qu'appartenant « à une troupe rivale et ayant de ce fait maintes raisons de vouloir nuire à Molière », il « manquait de crédit »[55].

Maternités

De son mariage avec Molière, Armande a eu quatre enfants :

1. Louis, né le et tenu sur les fonts baptismaux de Saint-Germain-l'Auxerrois, six semaines plus tard, le 28 février, par Charles duc de Créquy, tenant pour Louis XIV, et Colombe Le Charon, épouse du maréchal du Plessis-Choiseul, tenant pour Henriette d'Angleterre, épouse de Philippe d'Orléans [56]. Tous les historiens s'accordent à penser que ce parrainage, qui apparaît comme une réponse à la requête de Montfleury (voir ci-dessus), vaut pour un certificat de bonne moralité. Le petit Louis mourra le 10 novembre suivant, âgé de dix mois, et sera inhumé le lendemain, jour de la deuxième représentation publique de La Princesse d'Élide, avec Mlle Molière, mère de l'enfant, dans le rôle-titre[57].

2. Esprit-Madeleine, née sans doute vers la fin du mois de juillet 1665 et baptisée le 4 août suivant[58] en l'église Saint-Eustache : « Du mardi 4 aoust 1665 fut baptisée Esprit-Magdeleyne, fille de Jean-Baptiste Pauquelin Maulier, bourgeois, et Armande-Gresinde, sa femme, demeurant rue Saint-Honoré. Le parrain : messire Esprit de Remon, marquis de Modene ; la marraine : Magdeleyne Bezart, fille de Joseph Besart, vivant procureur[59]. »

Certains éléments de l'acte de naissance d'Esprit-Madeleine ne laissent pas d'intriguer : le nom du père, tout d'abord, « Pauquelin Maulier », dont c'est la première et dernière occurrence sous cette forme orthographique ; la qualité de « bourgeois » qui lui est donnée (dix-huit mois plus tôt, pour le baptême du petit Louis, il était nommé « Monsieur Jean-Baptiste Moliere » et qualifié de « valet de chambre du roy ») ; l’absence du patronyme de la mère et la désignation — inhabituelle — de Madeleine Béjart comme fille de Joseph son père, et non comme sœur ou mère d’Armande, absence et désignation qui permettent de faire l’impasse sur les liens réels qui unissent les deux femmes ; le choix inattendu du lieu, qui fait écrire à Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller : « Du fait que la cérémonie a lieu à l’église Saint-Eustache, il faut admettre que la baptisée était née sur le côté septentrional de la rue Saint-Honoré, et cependant, lorsque Molière loue en octobre 1665 la maison Millet, il est indiqué, ainsi qu’Armande, comme demeurant encore rue Saint-Thomas-du-Louvre. »

Nombre d'historiens ont vu dans le choix de M. de Modène et Madeleine Béjart comme parrain et marraine de l'enfant l'indice qu'ils seraient ses grands-parents. Roger Duchêne, pour sa part, y voit plutôt une façon de déjouer l'accusation d'inceste portée par Montfleury contre Molière[60].

3. Marie, morte peu après sa naissance à la fin de l'année 1668[61].

4. Pierre-Jean-Baptiste-Armand[62], né le 15 septembre 1672. Tenu sur les fonts de Saint-Eustache, deux semaines plus tard, par Pierre Boileau de Puymorin, frère du satiriste, et Catherine-Marguerite Mignard, fille du peintre Pierre Mignard, il mourra le 11 octobre[63] et sera inhumé le lendemain.

De « Mademoiselle Molière » à « Mademoiselle Guérin »

Page de titre de La Princesse d'Élide.

Au cours du relâche de Pâques 1662, Armande entre officiellement dans la troupe, et à la date 9 juin suivant, elle apparaît pour la première fois dans le registre de La Grange sous le nom de « Mademoiselle Molière ». Mais il faut attendre un an pour la voir tenir un rôle important : en juin 1663, elle est Élise dans La Critique de l'École des femmes, puis en octobre, elle joue son propre personnage dans L'Impromptu de Versailles.

Le 8 mai 1664, elle tient le rôle-titre dans La Princesse d'Élide, que la Troupe de Monsieur crée à Versailles devant Louis XIV et ses six-cents invités dans le cadre des Plaisirs de l'île enchantée[64]. Mais rien ne permet d'affirmer, comme le font la plupart des historiens, que dans la première version du Tartuffe, créée quatre jours plus tard et aussitôt interdite, elle joue le personnage d'Elmire, femme d'Orgon, rôle qu'elle tiendra assurément en 1669 dans la version définitive et sans doute même dans la seconde version (août 1667).

Elle succède dès lors à Madeleine Béjart dans les grands rôles féminins, aux côtés de Marquise Du Parc (jusqu'en 1667) et de Catherine de Brie, et ce, non seulement dans les comédies de Molière, mais dans les pièces d'autres auteurs, y compris tragiques, qui seront créées sur la scène du Palais-Royal.

Légataire universelle de Madeleine Béjart

[…]

Mort et inhumation de Molière

Le vendredi 17 février 1673, Molière meurt à son domicile de la rue de Richelieu, après avoir donné, non sans mal, la quatrième représentation du Malade imaginaire. Le curé de Saint-Eustache, le janséniste Pierre Marlin, refuse de lui donner une sépulture chrétienne, au motif qu'il est mort sans avoir reçu les derniers sacrements[65]. Selon un témoignage tardif[66], Armande aurait tenté, le lendemain, de faire intercéder Louis XIV :

« Lorsque Molière fut mort, sa femme alla à Versailles se jeter aux pieds du roi pour se plaindre de l'injure que l'on faisait à la mémoire de son mari en lui refusant la sépulture, mais elle fit fort mal sa cour en disant au roi que si son mari était criminel, ses crimes avaient été autorisés par sa Majesté même. Pour surcroît de malheur, la Molière avait mené avec elle le curé d'Auteuil[67] pour rendre témoignage des bonnes mœurs du défunt, qui louait une maison dans ce village. Ce curé, au lieu de parler en faveur de Molière, entreprit mal à propos de se justifier lui-même d'une accusation de jansénisme dont il croyait qu'on l'avait chargé auprès de sa Majesté. Ce contretemps acheva de tout gâter ; le roi les renvoya brusquement l'un et l'autre, en disant à la Molière que l'affaire dont elle lui parlait dépendait du ministère de M. l'Archevêque. (Note manuscrite de M. Brossette. Non imprimée). »

François de Harlay de Champvallon, de l'Académie française, archevêque de Paris de 1670 à 1695.

C'est après l'échec de cette démarche seulement qu'Armande aurait adressé « à Monseigneur l'illustrissime et révérentissime archevêque de Paris », François de Harlay de Champvallon, une requête le suppliant d'accorder, « de grâce spéciale », que le défunt « soit inhumé et enterré dans ladite église de Saint-Eustache, sa paroisse, dans les voies ordinaires et accoutumées »[68]. Trois jours plus tard, « ayant égard aux preuves résultant de l'enquête faite par [son] ordonnance », le prélat accède à la supplique de la veuve et permet au curé de Saint-Eustache « de donner la sépulture ecclésiastique au corps du défunt Molière […] à condition néanmoins que ce sera sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement et hors des heures du jour, et qu'il ne se fera aucun service solennel pour lui, dans ladite paroisse Saint-Eustache, ni ailleurs »[69].

L'inhumation a lieu le 21 février au cimetière Saint-Joseph, qui occupe alors l'emplacement sur lequel sera construit, deux siècles plus tard, à hauteur du 142 de la rue Montmartre, l'immeuble de L'Aurore, où Zola fera imprimer son célèbre J'accuse. En 1705, Grimarest écrira[70] :

« Tout le monde sait les difficultés que l'on eut à faire enterrer Molière comme un chrétien catholique, et comment on obtint, en considération de son mérite et de la droiture de ses sentiments[71], dont on fit des informations, qu'il fût inhumé à Saint-Joseph. Le jour qu'on le porta en terre, il s'amassa une foule incroyable de peuple devant sa porte. La Molière en fut épouvantée ; elle ne pouvait pénétrer l'intention de cette populace. On lui conseilla de répandre une centaine de pistoles par les fenêtres. Elle n'hésita point ; elle les jeta à ce peuple amassé, en le priant, avec des termes si touchants, de donner des prières à son mari, qu'il n'y eut personne de ces gens-là qui ne priât Dieu de tout son cœur. »

Les contemporains semblent avoir jugé sévèrement l'attitude d'Armande à l'occasion de la mort de Molière (voir ci-dessous). Cette sévérité pourrait être nuancée par une anecdote rapportée tardivement et dont on ne sait quel crédit il faut lui accorder :

« La femme de Molière fit porter une grande tombe de pierre qu'on plaça au milieu du cimetière de Saint-Joseph, où on la voit encore. Cette pierre est fendue par le milieu, ce qui fut occasionné par une action très belle et très remarquable de cette demoiselle. Deux ou trois ans après la mort de son mari, il y eut un hiver très froid. Elle fit voiturer cent voies [= charretées] de bois dans ledit cimetière et les fit brûler sur la tombe de son mari pour chauffer tous les pauvres du quartier. La grande chaleur du feu ouvrit cette pierre en deux. Voilà ce que j'ai appris, il y a environ vingt ans, d'un ancien chapelain de Saint-Joseph qui me dit avoir assisté à l'enterrement de Molière… [72]» »

Du Palais Royal à l'hôtel Guénégaud

Une semaine après la mort de Molière, la troupe reprend les représentations avec Le Misanthrope. Armande, qui a alors entre trente-et-un et trente-cinq ans, y tient son rôle de Célimène aux côtés du jeune Michel Baron, qui, âgé de dix-neuf ans, ans reprend celui d'Alceste. D'aucuns le lui reprocheront. Le comte de Limoges écrit à Bussy-Rabutin : « La perte de Molière est irréparable ; je pense que personne n'en sera moins affligé que sa femme : elle a joué la comédie hier[73]. » À quoi Bussy répond avec non moins de sévérité : « La femme de Molière ne se contraint pas trop de monter sur le théâtre trois jours après la mort de son mari. Elle peut jouer la comédie à l'égard du public, mais sur le sujet du pauvre défunt, elle ne la joue guère. À ce que je vois, son deuil ne lui coûtera pas beaucoup. »

Page du registre de La Grange concernant les changements intervenus dans la troupe au cours du relâche de Pâques 1673.

Du 3 au 21 mars, la troupe donne Le Malade imaginaire avec La Thorillière dans le rôle d’Argan, que tenait Molière. Puis le théâtre ferme pour le relâche annuel. Aux alentours de Pâques (2 avril), Baron, La Thorillière, Jeanne Beauval et son mari quittent la troupe pour celle de l’hôtel de Bourgogne. Leur défection conduira La Grange à noter dans son registre :

« Ainsi la troupe de Molière fut rompue. Ceux des acteurs et actrices qui restaient se trouvèrent non seulement sans troupe mais sans théâtre, le roi ayant trouvé à propos de donner la jouissance de la salle du Palais-Royal à Mr. de Lully, surintendant de la musique de Sa Majesté. »

C’est ce dont témoigne également une certaine Louise Pellisson[74] dans une lettre qu’elle adresse le 3 mai au comte et à la comtesse de Modène[75], qui depuis 1666 vivent retirés dans leur château du Comtat Venaissin :

« … Vous savez que, d’abord que [= dès que] les choses ne sont plus nouvelles à Paris, l’on n’en fait pas grand cas. Je vous assure que l’on ne parle non plus du pauvre Molière que s’il n’avait jamais été, et que son théâtre, qui a fait tant de bruit il y a si peu de temps, est entièrement aboli. Je crois vous avoir mandé que tous les comédiens sont dispersés. Ainsi la veuve a été trompée, parce qu’elle s’attendait bien à jouer, mais on ne croit pas que la troupe jamais se réunisse. Elle a voulu un peu faire trop la fière et la maîtresse[76]. »

Cependant, le jour même où Louise Pellisson assure que le théâtre de Molière est « aboli », La Grange et ses camarades passent un contrat d’association avec Rosimond et Angélique du Croisy, comédiens du Marais, et le 23 mai suivant, ils achètent, avec l’aide discrète mais substantielle d’Armande Béjart[77], le magnifique théâtre que les sieurs de Sourdéac et de Champeron venaient de faire aménager dans l’ancien jeu de paume de La Bouteille, rue Mazarine, dans le quartier de Saint-Germain.

La Troupe du Marais ayant été définitivement dissoute par une ordonnance royale du 23 juin, ses principaux comédiens sont réunis aux anciens compagnons de Molière, et le 9 juillet suivant, la « Troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud » ouvre la nouvelle saison avec Le Tartuffe. Armande est la première nommée dans la liste des comédiennes.

L'affaire du président Lescot

Au cours de l’année 1675, la réputation d’Armande est gravement mise en cause dans deux épisodes presque concomitants.

Le premier nous est connu par quelques actes judiciaires[78] et par le long récit, invérifiable dans son détail, qu’en fera l’auteur de La Fameuse Comédienne[79]. Depuis la mi-mars, « Mlle Molière » triomphe dans le rôle-titre de Circé, tragédie à machines de Jean Donneau de Visé et Thomas Corneille[80], quand un certain François Lescot, président au parlement de Grenoble, l’ayant vue jouer, est pris du désir de faire sa connaissance. Jeanne Ledoux, une maquerelle chez qui il a ses habitudes, le met en rapport avec Marie Simmonet, dite « la Tourelle », une prostituée qui ressemble à s’y méprendre à la comédienne. Le magistrat s’y méprend et une relation quasi tarifée s’établit entre eux. Un jour qu'il est revenu voir le spectacle, il rejoint dans sa loge celle qu’il croit sa maîtresse. Comme « Mlle Molière » s’obstine à ne pas le reconnaître, il finit par l’injurier et lui arracher le collier qu'elle porte et qu'il est persuadé de lui avoir offert. On appelle la maréchaussée, Lescot est arrêté, condamné à faire réparation à sa victime et frappé d’une lourde amende. Arrêtées peu après, l’entremetteuse et sa complice sont fustigées de verges, le 24 octobre, devant l’Hôtel Guénégaud.

Cet épisode dramatico-comique a fait l'objet, sous le titre de Mesdemoiselles Armande, d'une adaptation théâtrale, restée inédite, d'Albert Husson, elle-même adaptée pour la télévision par René Lucot en 1962, avec Jacqueline Jehanneuf dans les rôles-titres, Lila Kedrova dans celui de la Ledoux et Julien Berteau dans celui du président Lescot.

Le procès Lully-Guichard

Dans le même temps où ces événements se déroulent, un procès retentissant oppose depuis le 12 mai Jean-Baptiste Lully à un officier de la maison de Monsieur, Henry Guichard, qu'il accuse d'avoir voulu l'empoisonner avec du tabac à priser[81] (on est en pleine Affaire des poisons). « Mlle Molière », parente des supposés complices de Guichard, et Jean Donneau de Visé ayant été cités parmi les nombreux témoins à charge, leurs témoignages sont récusés par la défense, la première au motif que « son métier de comédienne publique » la rend « infâme de droit et de fait », le second parce qu'il est « accoutumé de porter faux témoignage en justice depuis longtemps » et que « la Molière et lui mènent ensemble une vie si scandaleuse que tout le monde en est offensé ». Mais du long factum que Guichard fera paraître pour sa défense[82], les historiens retiennent surtout les violentes accusations qu'il porte au sujet de la filiation et des mœurs d'Armande, accusations dont l'écho s'entendra, douze ans plus tard, dans La Fameuse Comédienne :

« Tout le monde sait que la naissance de la Molière est obscure et indigne ; que sa mère est très incertaine ; que son père n’est que trop certain ; qu’elle est fille de son mari, femme de son père ; que son mariage a été incestueux ; que ce grand sacrement n’a été pour elle qu’un horrible sacrilège ; que sa vie et sa conduite ont toujours été plus honteuses que sa naissance et plus criminelles que son mariage ; qu’avant que d’être mariée elle a toujours vécu dans une prostitution universelle ; que pendant qu’elle a été mariée, elle a toujours vécu dans un adultère public, et que depuis qu’elle est veuve, elle a toujours vécu dans un abandonnement général de son corps et de son âme ; qu’encore aujourd’hui elle est scandalisée dans toute la ville de Paris par ses désordres et ses libertinages, qu’elle continue, non seulement dans sa maison, qui est ouverte aux premiers venus, mais même derrière le théâtre, où elle ne refuse personne ; qu’en un mot, cette orpheline de son mari, cette veuve de son père et cette femme de tous les autres hommes n’a jamais voulu résister qu’à un seul homme, qui était son père et son mari ; et qu’enfin, qui dit la Molière dit la plus infâme de toutes les infâmes. »

À une date difficile à préciser, Jean Nicolas de Tralage, neveu du lieutenant général de police Gabriel Nicolas de La Reynie, note dans ses carnets[83] :

« Il y a d'honnêtes gens dans toutes les conditions, mais ordinairement en petit nombre. Quoique les comédiens soient décriés parmi certains cafards, il est certain néanmoins que de mon temps, c'est-à-dire depuis vingt-cinq ou trente ans, il y en a eu, et même il y en a encore, qui vivaient bien, régulièrement et même chrétiennement, à savoir [l'auteur cite Molière, les époux La Grange, Villiers (Claude Deschamps), les époux Poisson, et plusieurs autres]. Les principaux débauchés ont été ou sont encore : Le sieur Baron, grand joueur et satyre ordinaire des jolies femmes ; la femme de Molière, entretenue à diverses fois par des gens de qualités et séparée de son mari[84]. »

En septembre 1675, Armande achète pour 1.100 livres une petite maison avec jardin située au Mont Valérien, sur la paroisse de Rueil. Elle et son second mari la revendront quatre ans plus tard au comédien Achille Varlet, dit Verneuil, frère de Charles Varlet de La Grange.

La maison d'Armande Béjart à Meudon (dessin anonyme du XIXe siècle).

En mars 1676, elle acquiert à Meudon pour 5.400 livres, une grande maison qui, au milieu du XVIe siècle, était celle d'Ambroise Paré. Ses héritiers la vendront en 1705. Elle abrite aujourd'hui le Musée d'art et d'histoire de la ville. L'aspect extérieur est identique à ce qu'a connu Armande.

Second mariage

Le 31 mai 1677, Armande, qui a entre trente-cinq et trente-neuf ans, épouse en secondes noces le comédien Isaac-François Guérin d'Estriché, âgé de quelques années de plus qu'elle[85]. Fils de comédiens[86], frère de quatre comédiens et comédiennes de campagne[87], il a, pendant vingt ans, appartenu à des troupes itinérantes, avant d'entrer dans la troupe du Marais en 1672, puis l'année suivante dans celle de l'Hôtel Guénégaud. « Ses emplois, écrit Auguste Jal, étaient les premiers confidents dans la tragédie, et, dans la comédie, ce qu'on appelle en terme des coulisses les rôles à manteau. »

« Ces époux, notent les frères Parfaict[88], vécurent dans une grande union », ce que semble confirmer ce distique reproduit à la suite de La Fameuse Comédienne (voir ci-dessous): « Elle avait un mari d'esprit, qu'elle aimait peu; / Elle en prend un de chair, qu'elle aime davantage. »

L'année suivante, Armande Béjart donne naissance à un fils, Nicolas-Armand-Martial[89], qui, en 1698, fera représenter devant la cour à Fontainebleau une « pastorale héroïque » en trois actes intitulée Myrtil et Mélicerte, refonte en vers libres de la comédie de Mélicerte dont Molière et ses camarades avaient présenté un fragment à Saint-Germain-en-Laye en décembre 1666.

Le 8 août 1680, par ordre royal, les troupes de l'Hôtel Guénégaud et de l'Hôtel de Bourgogne sont jointes pour donner naissance à la Comédie-Française. « Mademoiselle Guérin » en est l'une des premières sociétaires.

En juillet 1682, trois libraires parisiens mettent en vente le premier tome d'une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée, des Œuvres de Monsieur de Molière, qui en comptera huit, dont deux volumes de pièces inédites. La préface, due pour l'essentiel à La Grange, observe un silence complet sur Armande.

La Fameuse Comédienne

Page de titre de la première édition de La Fameuse comédienne.

En 1688, un imprimeur hollandais publie, sans nom d'auteur et sous une adresse fictive, une nouvelle diffamatoire intitulée La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere[90], qui donne à suivre, sous la forme d'une biographie romancée, les « aventures amoureuses » d'Armande Béjart depuis son mariage avec Molière en 1662 jusqu'à son second mariage avec Guérin d'Estriché en 1677. Ce texte, plusieurs fois réédité dans les années suivantes, est le premier qui donne à lire explicitement qu’Armande est la fille de Madeleine :

« Elle [la Molière] est fille de la défunte Béjart, comédienne de campagne, qui faisait la bonne fortune de quantité de jeunes gens de Languedoc, dans le temps de l'heureuse naissance de sa fille. C'est pourquoi il serait très difficile, dans une galanterie si confuse, de dire qui en était le père ; tout ce qu'on en sait est que sa mère assurait que, dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que, pour cette raison, sa fille était d'un sang fort noble, et c’est aussi la seule chose que la pauvre femme lui a toujours recommandé, de ne s’abandonner qu’à des personnes d’élite. On l’a crue fille de Molière, quoique depuis il ait été son mari ; cependant on n’en sait pas bien la vérité… »

L'auteur prête à « la Molière » une foule d'amants — « personnes d'élite » dont les frasques ont naguère alimenté la chronique scandaleuse (l'abbé de Richelieu, les comtes de Guiche et de Lauzun), gens de moindre surface (l'abbé de Lavau « et plusieurs autres de ce même caractère », « un lieutenant aux gardes et beaucoup d'autres jeunes gens ») et personnalités du spectacle (Michel Baron, un sieur Du Boulay) — avec lesquels elle aurait entretenu des rapports qui, pour certains d'entre eux, relevaient de la prostitution.

Cette « histoire », dont la véridicité est très sujette à caution, a amplement contribué à noircir l'image d'Armande Béjart auprès de nombreux moliéristes.

[…]

Retraite et mort

Armande Béjart se retire du théâtre le avec une pension de 1 000 livres[91],[92].

Six ans plus tard, le 30 novembre 1700, elle meurt dans la maison de la rue de Touraine (au 4 de l'actuelle rue Dupuytren), que Guérin d'Estriché et elle louent depuis 1692 aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu. L'enterrement a lieu le surlendemain au cimetière de l'église Saint-Sulpice, en présence de Nicolas Guérin, fils de la défunte, de son neveu le joaillier François Mignot et de son ami le comédien Jacques Raisin, mais en l'absence de sa fille. L'acte d'inhumation la dit « âgée de cinquante-cinq ans », ce qui la ferait naître en 1645, une date qui ne se concilie avec aucun autre document connu. L'inventaire après décès ayant été clos le 21 janvier 1701, la succession sera partagée le 29 novembre 1703 entre Isaac Guérin d'Estriché, Nicolas Guérin et Esprit-Madeleine Poquelin, lesquels vendront la maison de Meudon deux ans plus tard.

Au printemps 1705, la première biographie de Molière, composée par Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, ami et voisin d'Esprit-Madeleine Poquelin, fera connaître à ses lecteurs que « la Molière » était la fille de « la Béjart » et de M. de Modène, gentilhomme d'Avignon ».

Une grande comédienne

Portrait présumé d'Armande Béjart, École française du XVIIe siècle. Musée des arts décoratifs.

Tous les contemporains avaient admiré la grande beauté de Madeleine Béjart et sa magnifique chevelure rousse ; qu'en était-il d'Armande ? L’auteur anonyme d'une « Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de sa troupe », publiée en mai 1740 dans le Mercure de France, la dépeindra en ces termes »[93] : « Elle avait la taille médiocre, mais un air engageant, quoiqu’avec de très petits yeux, une bouche fort grande et fort plate, mais faisant tout avec grâce, jusqu’aux plus petites choses, quoiqu’elle se mît extraordinairement et d’une manière presque toujours opposée à la mode du temps. » La concordance de ce portrait avec celui que Covielle et Cléonte font de Lucile dans Le Bourgeois gentilhomme[94] a fait penser que Molière avait peint sa femme dans ce personnage, dont le rôle a en effet été créé par Armande Béjart (à moins que l'auteur anonyme cité ci-dessus n'ait composé son portrait à partir des informations contenues dans le dialogue).

Jusqu'à la mort de Molière, les gazetiers ne cessent de rendre hommage dans leurs lettres en vers à « la mignarde Molière », à « l'actrice au joli visage », etc[95]. Dans les années 1680 encore, « Les grâces et les ris règnent sur son visage ; / Elle a l'air tout charmant et l'esprit tout de feu… » Et si en 1688 l'auteur de La Fameuse Comédienne la décrit perfidement comme « la personne du monde la plus prévenue de sa beauté », un témoin plus tardif, le compositeur et dramaturge Nicolas Racot de Grandval, notera que « sans être belle, elle était piquante et capable d’inspirer une grande passion ».

Les témoignages ne sont pas moins abondants concernant ses qualités de comédienne. L'auteur anonyme des Entretiens galans publiés en 1681 fait un long éloge[96] de la manière dont Armande et La Grange interprètent le « petit opéra impromptu » de la scène 5 du deuxième acte du Malade imaginaire :

« Cette belle scène n’a-t-elle pas toujours eu, sur le théâtre de Guénégaud, un agrément qu’elle n’aurait jamais sur celui de l’Opéra. La Molière et La Grange, qui la chantent, n’ont pas cependant la voix du monde la plus belle. Je doute même qu’ils entendent finement la musique, et quoiqu’ils chantent par les règles, ce n’est point par leur chant qu’ils s’attirent une si générale approbation ; mais ils savent toucher le cœur, ils peignent les passions. La peinture qu’ils en font est si vraisemblable et leur jeu se cache si bien dans la nature que l’on ne pense pas à distinguer la vérité de la seule apparence. En un mot, ils entendent admirablement bien le théâtre, et leurs rôles ne réussissent jamais bien lorsqu’ils ne les jouent pas eux-mêmes. […] Mais ils ne doivent pas leurs plus grands succès à la manière délicate dont ils récitent. Leur extérieur a déjà quelque chose qui impose. Leur maintien a quelque chose de touchant. Leur jeu imite si bien la nature qu'ils font quelquefois des scènes muettes qui sont d'un grand goût pour tout le monde. […] Leur jeu continue lors même que leur rôle est fini. Ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre : ils jouent presque aussi bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards ne sont pas dissipés ; leurs yeux ne parcourent pas les loges. Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur action. Ils sont propres et magnifiques sans rien faire paraître affectés. Ils ont soin de leur parure avant que de se faire voir, et ils n'y pensent plus dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à ses cheveux, si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ses petites façons cachent une satire judicieux et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer ; mais enfin, avec tous ses avantages, elle ne plairait pas tant si sa voix était moins touchante ; elle en est si persuadée elle-même que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents. »

Les frères Parfaict confirmeront qu' « elle avait la voix extrêmement jolie [et] chantait avec un grand goût le français et l’italien ». Et de fait, rendant compte de la création du Parisien de Champmeslé dans Le Mercure galant de février 1682, Donneau de Visé écrivait[97] : « [Cette comédie] a cela de nouveau qu'il y a un personnage de femme tout italien. Mademoiselle Guérin, à qui cette langue est familière, soutient ce rôle admirablement et y fait paraître avec beaucoup d'avantage cette finesse d'esprit dont elle accompagne tout ce qu'elle joue. »

Quelques-uns de ses rôles

Controverse sur l'identité et la filiation

Des contemporains partagés

En dépit du grand écart d'âge qui était entre elles, « la Molière » et « la Béjart » étaient sœurs ; c'est ce qu'ont cru, ou feint ou accepté de croire, la plupart de leurs contemporains, parmi lesquels on peut citer assurément : les notaires et leurs clercs qui en janvier 1662 ont rédigé et mis en forme le contrat de mariage entre Molière et Armande, désignée comme fille de Marie Hervé  ; les membres des deux familles et les signataires de ce contrat, à qui l'on en a fait lecture ; le doyen de Notre-Dame, qui en février a autorisé le mariage ; le prêtre et les officiants qui l'ont célébré, « en présence de Marie Hervé, mère de la mariée » ; tous ceux qui ont assisté à cette cérémonie ; le duc de Créquy et la duchesse du Plessis-Choiseul, qui deux ans plus tard ont représenté Louis XIV et Henriette d'Angleterre au baptême du premier-né des époux Molière ; le roi lui-même, ses proches et ses ministres, dont il serait étonnant qu'ils n'aient pas été curieux de connaître l'« état-civil » de la jeune femme qui, en mai 1664 à Versailles, est apparue comme la nouvelle étoile de la troupe de Monsieur ; enfin les amis et les camarades de scène de « Mademoiselle Molière » (voir ci-dessus la sous-section "Avec la Troupe de Monsieur").

Il y a donc nécessité de conclure que, contrairement à ce qu'écrivent les historiens modernes[98], cette filiation a constitué, du vivant d'Armande, la « version officielle »[99] de sa naissance.

Pour d'autres contemporains, cependant, « la Molière » est la fille, et non la sœur, de « la Béjart », une affirmation qui va le plus souvent de pair avec une insinuation diffamatoire, selon laquelle elle serait la fille de son mari. La première mention de cette filiation est la lettre dans laquelle Racine évoque la requête que l'acteur Montfleury aurait présentée à Louis XIV en novembre 1663 (voir ci-dessus). Vers le même temps, Gui Patin parle de Molière comme d'« un comédien d'importance qui a une jolie femme qui est fille de la Béjart, autre comédienne, et peut-être la sienne propre, car ces gens-là n'y regardent pas de si près[100]. » En 1670, Le Boulanger de Chalussay reprend l'accusation d'inceste dans sa comédie d'Élomire hypocondre[101]. Une épitaphe de Molière publiée en 1677 la renouvelle à son tour : « Il se servit de la coquille / Et de la mère et de la fille…[102] » Henry Guichard lui donne en 1675 des dimensions quasi monstrueuses (voir ci-dessus la sous-section "L'Affaire Lully-Guichard"). Enfin, l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne la signale comme une hypothèse très plausible, et Pierre Bayle n'hésite pas à lui emboîter le pas[103].

Mais les détracteurs ou les ennemis de Molière et d'Armande ne sont pas les seuls à faire de celle-ci la fille de Madeleine. Nicolas Boileau, qui pendant dix ans a côtoyé « l'auteur du Misanthrope », témoignera en 1702 que Molière « avait été amoureux de la Béjart, dont il avait épousé la fille[104]. » Et c'est ce que Grimarest, qui selon toute vraisemblance tenait cette information de la fille de Molière, sa voisine et amie[105], confirmera trois ans plus tard[106] : « Molière, en formant sa troupe, lia une forte amitié avec la Béjart qui, avant qu'elle le connût, avait eu une petite fille de Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon, avec qui j'ai su, par des témoignages très assurés, que la mère avait contracté un mariage caché… » Il est avéré en effet (voir ci-dessus) qu'en 1638 Madeleine a eu une enfant du chevalier Esprit de Modène. Certes, la fillette a été nommée Françoise, et non Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, mais Grimarest (ainsi que son informatrice) l'ignorait sans doute. Son récit sera repris tel quel pendant plus d'un siècle, sans qu'aucun élément nouveau vienne l'enrichir ou le corriger, et pour tous les éditeurs et biographes de Molière, Armande Béjart sera la fille de Madeleine et d'Esprit de Modène.

Des historiens divisés

L.-F. Beffara, Dissertation, 1821, page de titre.

Depuis qu'en 1821 Louis-François Beffara a publié l'acte de mariage de Molière[107], la véritable identité de sa femme divise les historiens. Leurs hypothèses se ramènent à deux grandes « options » : Armande est soit la sœur, soit la fille de Madeleine, la seconde option se subdivisant elle-même en quatre options secondaires, parfois opposées entre elles.

Armande, sœur de Madeleine

1) Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart est la fille légitime de Joseph Béjart et Marie Hervé, dernière née du couple et cadette de vingt-quatre ans de sa sœur Madeleine. Son acte de baptême n'a pas été retrouvé, mais les « vingt ans ou environ » que lui donne son contrat de mariage en 1662 permettent de situer sa naissance vers 1641 ou 1642. Corroborée par les très nombreux documents d'archives (actes notariés, entrées de registres paroissiaux, etc.) mis au jour en 1821 par L.-F. Beffara, en 1863 par Eudore Soulié[108], en 1867 par Auguste Jal[109], et en 1963 par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller[110], cette thèse reprend la version « officielle » qui avait cours du vivant d'Armande. Elle a recueilli et continue de recueillir l'adhésion d'un grand nombre de moliéristes, parmi lesquels Jules Taschereau, Eudore Soulié, Auguste Jal, Gustave Larroumet, Louis Moland, Anatole Loquin, Gustave Michaut, Madeleine Jurgens & Elizabeth Maxfield-Miller, Georges Couton, Cesare Garboli[111].
Pour les tenants de cette thèse, il n'y a aucune raison valable de douter de la sincérité des documents mentionnés ci-dessus, en particulier la demande de renonciation à la succession de Joseph Béjart déposée en mars 1643 par Marie Hervé au nom de ses cinq enfants mineurs, et le contrat de mariage de Molière et Armande signé en janvier 1662. Ils tiennent en outre pour hautement probable que la petite Françoise baptisée en juillet 1638 est morte en bas âge, et considèrent, avec Gustave Michaut, que « l'hypothèse qui identifie Armande et Françoise n'a été inventée — c'est trop visible — que pour épargner à Molière tout soupçon infamant, en conservant la tradition »[112].

Armande, fille de Madeleine

2 a) Elle est la fille de Madeleine Béjart et de Molière. Cette « thèse », contemporaine de la première, a été formulée à diverses reprises entre le mariage et le décès d'Armande (voir ci-dessus). Rejetée avec indignation par Grimarest, puis par la plupart des moliéristes du XIXe siècle, le plus souvent pour des raisons « morales » (Molière, « parfait honnête homme » ne pouvait avoir épousé sa propre fille), elle a été reprise par un seul historien, Jules Michelet, mais on ne peut considérer comme une démonstration sérieuse du point de vue historiographique les quelques lignes qu'il lui consacre, en 1860, dans son « Histoire de France au dix-septième siècle »[113].
2 b) Elle est la fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène, baptisée le 11 juillet 1638, à l'église Saint-Eustache, sous le prénom de Françoise. C'est la version esquissée dans sa Vie de M. de Molière par Grimarest, qui la tenait, selon toute vraisemblance, de son amie Esprit-Madeleine Poquelin, fille d'Armande Béjart et de Molière. Reçue après lui par tous les éditeurs et commentateurs du XVIIIe siècle, y compris les plus violents détracteurs de Grimarest, comme Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire, elle a été rejetée, avec mépris, voire avec haine, par la plupart des historiens des siècles suivants[114] ; elle a cependant été défendue, dès la publication de la Dissertation de Beffara, par le marquis Agricol-Joseph Fortia d'Urban[115], puis en 1858 par Henri-Augustin Soleirol[116], et en 1900 par Napoléon-Maurice Bernardin, biographe de Tristan L'Hermite et de son frère Jean-Baptiste L'Hermite de Vauselle, qui a tenu Françoise de Modène sur les fonts baptismaux[117].

Les deux « sous-options » suivantes s'appuient principalement sur une mise en cause de la sincérité de l'acte de renonciation de mars 1643 et sur l'hypothèse qu'il y a eu supposition d'enfant, Marie Hervé faisant, pour des motifs qui varient selon les historiens, passer pour sienne une fille de Madeleine.

2 c) Elle est une autre fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène, qui serait née vers 1642 et dont on ignore où et quand elle aurait été baptisée. Cette thèse a été défendue au XIXe siècle par Anaïs Bazin, dans ses Notes historiques sur la vie de Molière[118], par Jules Bonnassies dans les notes de son édition de La Fameuse Comédienne[119], par Charles-Louis Livet, dans les notes de sa propre édition du même texte[120], et par Victor Fournel dans De Malherbe à Bossuet[121]. Henri Chardon l’expose, sans y adhérer, dans ses Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière[122]. Autrice d'une des dernières grandes biographies de Molière, Virginia Scott (1934-2014) serait tentée de reprendre à son compte la démonstration de Chardon[123], laquelle est explicitement reprise par Georges Forestier[124].
2 d) Elle est la fille de Madeleine Béjart et d'un noble languedocien dont on ignore l'identité. Énoncée en 1688 dans les premières pages de La Fameuse Comédienne, cette thèse a été défendue par Jules Loiseleur dans ses Points obscurs de la vie de Molière[125].

Un problème insoluble ?

Au motif que « ce problème ne comporte pas de solution stricte sur le plan historique », de nombreux historiens refusent de se prononcer et se contentent, au mieux, d'exposer quelques-uns des arguments avancés ; c'est le cas, entre autres, de Paul Mesnard, d'Alfred Simon, d'Alain Niderst et de Roger Duchêne. L'un de ces « agnostiques », Jacques Scherer, formule sa position en des termes originaux, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Gui Patin  : « Le problème, écrit-il, est peut-être insoluble, mais a-t-il, aux yeux des intéressés, une telle importance ? Molière, qui connaissait sans doute (mais cela même n’est pas certain) l’identité véritable du père et de la mère d’Armande, donnait-il à cette identité l’importance exorbitante que lui ont attachée plus tard les historiens ? Rien n’est moins sûr. De toute façon, si Armande appartenait vraiment à la famille de Madeleine, était-il beaucoup plus choquant qu’elle soit sa fille ou sa sœur ? En tout état de cause, les comédiens de ce temps, vivant dans une large mesure en marge de la société, étaient condamnés à vivre entre eux et à se marier entre eux[126]. »

Annexes

Notes et références

  1. Au XVIIe siècle, seules les femmes mariées « de qualité », c'est-à-dire de condition noble, étaient appelées Madame.
  2. L'âge de la majorité était fixé à vingt-cinq ans à Paris.
  3. Son acte de baptême a été publié une première fois en 1821 par l'ex-commissaire de police Louis-François Beffara dans sa Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 13-14, puis en 1867 par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 179
  4. Né en 1608, Esprit de Rémond de Mormoiron, chevalier (puis baron, puis comte) de Modène a alors trente ans. Il a été élevé à la cour avec Gaston d'Orléans, dont il était page, et il est marié depuis huit ans à Marguerite de La Baume de La Suze, veuve d'Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin, de quinze ans son aînée. Son titre de « chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du roi » en impose assurément, mais il est fort sujet à caution ; voir ce qu'en écrit le meilleur connaisseur du personnage, Henri Chardon, dans ses Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et le Vie de Molière, Paris, Auguste Picard, 1886, tome premier, "M. de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart", p. 102, note 1. Évoquant les aventures ultérieures du sieur de Modène à Naples, l'abbé Henry Arnauld écrira dans ses Mémoires (Paris, 1824, p. 259) que « le baron de Modène était homme de mérite assurément, s'il n'eût point corrompu par ses débauches les belles qualités de son esprit ».
  5. Frère cadet du poète et dramaturge Tristan L'Hermite et proche ami d'Esprit de Rémond, Jean-Baptiste L'Hermite a épousé en 1636 la demi-sœur de Marie Hervé, Marie Courtin, avec qui il avait déjà une fille prénommée Madeleine, laquelle sera plus tard la seconde épouse d'Esprit de Rémond. Il est donc l'oncle par alliance de Madeleine Béjart. Sur ce personnage et ses rapports avec Esprit de Rémond et la famille Béjart, voir l'article très documenté de Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, « En marge de Molière : Jean-Baptiste L'Hermite et Marie Courtin », dans Revue d'histoire du théâtre, octobre-décembre 1972, p. 392-440. Voir également Napoléon-Maurice Bernardin, « Un mari d'actrice, le chevalier de L'Hermite-Soliers », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 187-236, et Henri Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de campagne, Paris, 1886, tome I « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart ».
  6. Le parrain de Françoise, enfant adultérine (le mot « illégitime » est écrit en marge du registre) est son demi-frère, Gaston-Jean-Baptiste, fils légitime d'Esprit de Rémond et de Marguerite de La Baume de La Suze. Âgé de sept ans, le jeune garçon vit alors avec sa mère au château de Malicorne dans le Maine.
  7. Marie Hervé est dite demoiselle, en tant femme d'un (prétendu) gentilhomme.
  8. C'est la première fois, dans la documentation, que Joseph Béjart (1585-1641), « huissier aux eaux et forêts à la table de marbre de France », est ainsi qualifié ; la seconde fois sera en 1662, dans le contrat de mariage d'Armande Béjart et de Molière, où il sera désigné comme « feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville ».
  9. Voir Jean Gallian, Histoire de Caromb, tome II.
  10. La Vie de M. de Molière, Paris, 1705, p. 20
  11. C'est-à-dire Madeleine.
  12. Grimarest ajoute : «… avec qui j'ai su, par des témoignages très assurés, que la mère avait contracté un mariage caché.» Assertion démentie par le baptistaire même, qui portait en marge : "Françoise illégitime" ; illégitime, parce que adultérine. Et de fait, en 1638, l'épouse légitime de Modène, Marguerite de la Baume, était encore en vie (elle ne devait mourir qu'en 1649).
  13. Eudore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, Hachette, (lire en ligne), pp. 172-173
  14. Joseph Béjart étant mort au cours de l'été 1641, la « petite non baptisée », si elle est sa fille, a été conçue au plus tard dans le courant du mois d’août, et sa naissance ne peut être postérieure à mai 1642. Si elle est la fille de Madeleine Béjart et du chevalier de Modène, née en juillet 1638, elle a quatre ans et sept mois.
  15. Cent ans de recherches sur Molière, p. 131, note 4.
  16. La documentation ne permet pas de discerner clairement quelles sont les « préoccupations » qui ont pu « hanter » la famille Béjart pendant les dix-huit mois séparant la renonciation du 10 mars 1643 de la mort du père au cours de l'été 1641.
  17. Au sens juridique : attester par un acte officiel.
  18. Au sens juridique du terme : caractère authentique d'un acte administratif, d'un document, d'un témoignage.
  19. Joseph, dont on n'a pas retrouvé l'acte de baptême, serait l'aîné, puisqu'il est nommé en premier, et serait né en 1616 ; Madeleine a été baptisée le 8 janvier 1618.
  20. Elle a été baptisée le 1er août 1593 à Château-Thierry. Duchêne souligne que si la ménopause était plus précoce à l'époque, une telle naissance tardive n'était toutefois pas impossible.
  21. Cet auteur, pour lequel Armande est la fille de Madeleine Béjart, lui donne une naissance aristocratique : « Sa mère assurait que dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que pour cette raison sa fille était d'un sang fort noble. »
  22. Napoléon-Maurice Bernardin, « Le mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 241. Bernardin est un tenant de la thèse qui fait d’Armande la fille de Madeleine Béjart et Esprit de Modène.
  23. Née du remariage tardif de Madeleine Nollé, mère de Marie Hervé, avec Simon Courtin, elle appartient à quelques années près à la même génération que sa nièce Madeleine Béjart.
  24. Des dix enfants de Joseph Béjart et Marie Hervé répertoriés par les historiens, elle serait la seule (si elle est bien leur fille) à porter plusieurs prénoms, à l'exception de Bénigne-Madeleine, dernière née du couple avant Armande, tenue sur les fonts baptismaux en novembre 1639 par Madeleine Béjart et un nommé Bénigne Jacquot, et morte en bas âge.
  25. Le plus souvent elle signe « armande grésinde béjard », et parfois, quand la place manque, « a.g. béjard »
  26. François Scipion Grimoard de Beauvoir du Roure, né en 1609, a été élevé à la cour avec Gaston d’Orléans et Esprit de Modène, ses aînés d’un an.
  27. Les autrices font, semble-t-il, une erreur de date : les États du Languedoc de 1653, présidés par le comte du Roure, se sont tenus du 17 mars au 31 mai à Pézenas. À cette période, le prince de Conti est encore frondeur et se trouve à Bordeaux. Il n'arrivera à Pézenas qu'à la fin de l'été. Les États suivants se tinrent bien à Montpellier, du 16 décembre 1653 au 31 mars 1654, mais ils furent présidés par le comte de Bioules et le prince de Conti n'y assista pas. C'est plus probablement au cours des États de 1656, inaugurés le 4 novembre 1655 à Pézenas par le prince de Conti et le comte du Roure, qu'Armand de Bourbon, Grésinde de Baudan et la troupe de Molière-Dufresne se sont trouvés réunis pour l'éventuel baptême suggéré ici.
  28. Le prénom Claire, lui aussi peu fréquent à l'époque, semble n'avoir été donné que dans les familles de l'aristocratie. La plus célèbre sainte à l'avoir porté était Claire d'Assise, disciple de François d'Assise et fondatrice de l'ordre des Clarisses. Quant à Élisabeth, nom de la mère de Jean le Baptiste, c'était le prénom d'une sœur de Madeleine Béjart, née en 1620 et morte en bas âge
  29. Elle n'a cependant guère retenu l'attention des historiens, à l'exception de C.E.J. Caldicott, qui en fait état dans son article sur « Les Séjours de Molière en Languedoc », Revue d'histoire littéraire de la France, 1987, n° 6, p. 1001, et de Cesare Garboli, qui la mentionne dans son édition critique de La Fameuse Comédienne (Anonimo del XVII secolo, La famosa attrice, Milan, Adelphi, 1997, p. 309).
  30. Le prénom Armand s'était répandu dans les milieux de l'aristocratie pendant le long « règne » du cardinal de Richelieu, parrain du prince de Conti, qui l'avait mis en vogue.
  31. Ondoyé en août 1664, Louis Lully est tenu sur les fonts baptismaux par Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche à l'âge de treize ans, en septembre 1677. Les exemples ne manquent pas, au XVIIe siècle, de baptêmes différés et parfois très tardifs : La Grange, né au cours de l’année 1635, a été baptisé à l’âge de neuf mois environ. Son frère Achille Varlet, dit Verneuil, a été baptisé le 12 février 1642, six ans après sa naissance. Jérôme-Dominique et Paul de Cyrano, fils de Pierre de Cyrano de Cassan, chez lequel Savinien a passé ses derniers jours en juillet 1655, ont été baptisés le 2 avril 1674, le premier étant âgé de « neuf ans, un mois et dix jours », le second de « cinq ans, sept mois et dix jours ».
  32. Découvert au XIXe siècle, cet exemplaire se trouve aujourd'hui dans une bibliothèque privée.
  33. Yves Giraud, « La Fameuse Comédienne (1688) : problèmes et perspectives d'une édition critique », « Diversité, c'est ma devise. » Studien zur französischen Literatur des 17. Jahrhunderts. Festschrift für Jürgen Grimm zum 60. Geburtstag, Biblio 17 (no 86), Papers on French Seventeenth Century Literature, Paris-Seattle-Tübingen, 1994, p. 191-213.
  34. On ignore tout de cette jeune femme, qui figurera avec les membres et proches de la troupe réunis au grand complet, le 26 août 1659, pour la signature du contrat de mariage de deux amis des comédiens.
  35. Cydippe et Cymodoce, les deux autres néréides, étaient interprétées respectivement par « Mlle Magdelon », c'est-à-dire Madeleine L'Hermite, nièce de Marie Hervé et cousine de Madeleine Béjart, qui avait alors dix-sept ans, et par Catherine de Brie, qui en avait environ vingt-trois. Si « Mlle Menou » est la petite « Françoise » née le 3 juillet 1638 (voir ci-dessous la section Controverse sur l'identité et la filiation), elle va sur ses quinze ans. Si elle est la future Armande Béjart, supposée fille de Marie Hervé et Joseph Béjart, et âgée de « vingt ans ou environ » au moment de son mariage en 1662, elle en a, en 1653, dix ou onze. La première hypothèse assure une meilleure cohérence du trio des Néréides : 15-17-23 ans, au lieu 11-17-23.
  36. Recueil des plus belles pieces des poëtes françois tant anciens que modernes, Paris, Barbin, 1692, tome cinquième, p. 40-45.
  37. C'est ici la première et unique occurrence du mot "Menou" dans la documentation concernant Molière et les Béjart. Le manuscrit de la lettre n'ayant pas été conservé, et l'impression en ayant été faite six ans après la mort de Chapelle, on ne peut exclure l'hypothèse d'une erreur du typographe, qui aurait lu Menou au lieu de Manon. L'erreur aurait alors peut-être déterminé la lecture que les historiens font de la distribution d'Andromède citée plus haut.
  38. Madeleine Béjart, Marquise du Parc et Catherine de Brie. Au relâche de Pâques 1659, les époux Du Parc quitteront la troupe pour rejoindre celle du Marais ; ils feront leur retour un an plus tard.
  39. L'acte a été publié par Georges Monval dans Le Moliériste de septembre 1886, pp. 174-178.
  40. Au bas du contrat de mariage mentionné ci-dessus, on lit, entre autres signatures, celles de Marie Brunet, veuve du pâtissier Cyprien Ragueneau, de sa fille Marie Ragueneau, dite de l'Estang, qui en 1671 épousera La Grange, et de Marie Courtin, demi-sœur de Marie Hervé.
  41. Cent ans de recherches sur Molière, p. 337-338.
  42. Registre de La Grange (1658-1685), précédé d'une notice biographique, publié par les soins de la Comédie-Française, Paris, J. Clay, (lire en ligne), p. 32.
  43. Voir la transcription complète du contrat dans Jurgens & Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 366-367.
  44. Georges Couton, « L'état-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », Revue des sciences humaines, , p. 311-351
  45. Jurgens & Maxfiled-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 357-359.
  46. De même, quand Armande mourra, en décembre 1700, son acte d'inhumation la dira âgée de 55 ans, alors qu'elle en aura au moins 59, si elle est née en 1641 ou 1642, et 62, si elle est Françoise de Modène, née en 1638.
  47. Dans le premier contrat de mariage de Geneviève Béjart, signé le 30 juin 1664, la promise sera dite « fille de défunt le sieur Joseph Béjart, vivant bourgeois de Paris » ; dans le second, signé le 25 novembre suivant, elle sera dite « fille de défunt maître Joseph Béjart, vivant procureur au Châtelet de Paris ».
  48. Dans ces mots « et d'autres », Auguste Jal croit pouvoir reconnaître les camarades de scène de Molière.
  49. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois cité dans Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, (lire en ligne), p. 871.
  50. La pièce sera créée sept mois plus tard, le 20 juin 1664, par la troupe de Monsieur sur la scène du Palais-Royal.
  51. Œuvres de J. Racine, Paris, Hachette, 1865, tome VI, p. 506
  52. Lettres de Racine et mémoires sur sa vie, t. I, Lausanne et Genève, ("Il%20accuse%20Molière%20d’avoir%20épousé%20sa%20propre%20fille"&pg=PA89 lire en ligne), p. 89.
  53. Article cité, p. 334.
  54. Cette lecture est reprise par Georges Forestier dans son Molière (Paris, NRF, coll. Biographies, p. 43).
  55. Roger Duchêne, Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 299.
  56. L'acte de baptême a été transcrit par Beffara dans sa Dissertation de 1821, p. 14-15.
  57. La Grange, qui dans son registre n'a signalé ni la naissance ni le baptême, ne signalera pas non plus ce décès
  58. C'est en marge du 4 août que La Grange inscrira dans son registre cette mention surmontée d'une croix ancrée symbole des naissances : « Mlle Molière est accouchée le ..... d'un fille nommée Madeleine. »
  59. Acte publié en 1821 par Beffara dans sa Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 15
  60. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 423-424
  61. Son acte de décès, qui figurait dans les registres de l'église Saint-Sauveur, a été découvert au début des années 1970 par Elizabeth Maxfield-Miller et publié dans la Revue d'histoire du théâtre, octobre-décembre 1972, p. 363-365.
  62. Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller notent (Cent ans de recherches sur Molière, p. 530, note 2) que « ce prénom de Pierre, que l'enfant doit à son parrain et qui est également celui du père de sa marraine, est accompagné des prénoms du père et de la mère, ce qui est assez rare ».
  63. Dans le registre de La Grange, entre le dimanche 9 (La Comtesse d'Escarbagnas et L'Amour médecin) et le vendredi 14 (L'Avare), à la place où aurait dû figurer la mention du spectacle donné le mardi 11, on lit ces mots, qui traduisent une discrète émotion : « Mardi 11. Néant à cause de la mort du petit Molière. »
  64. Tient-elle déjà le rôle d'Elmire dans Le Tartuffe en trois actes créé quatre jours plus tard devant le roi et un public plus restreint ? Rien ne permet de l'assurer, même si l'on sait qu'elle le tiendra dans les versions en cinq actes de 1667 et 1669, puis tout au long de sa carrière.
  65. Le 2 mars, Félix Phelippes de la Brosse, doyen du chapitre de La Rochelle et lui aussi janséniste, écrira à Mme de Sablé : « Qui aime la vérité aime aussi la discipline de l'Église. Et c'est ce que Monsieur le curé de Saint-Eustache fait voir en sa conduite par le refus qu'il a fait de donner la terre sainte à un misérable farceur qui, n'ayant songé toute sa vie qu'à faire rire le monde, n'a pas pensé que Dieu se riait à la mort des pécheurs qui attendent à le réclamer jusques à cette dernière heure. » (Ernest Jovy, Un fils de Mme de Sablé, M. de Laval, évêque de la Rochelle, et Phelippes de La Brosse, Paris, 1916, p. 132)
  66. Cizeron-Rival, Récréations littéraires ou Anecdotes et remarques sur divers sujets, Paris-Lyon, 1765, p. 23-24
  67. Pierre Camus de Villiers
  68. Cette requête et la permission de l'archevêque ont été publiées pour la première fois dans Le Conservateur, ou Recueil de morceaux inédits d'histoire, de politique, de littérature et de philosophie, tirés des portefeuilles de N. François (de Neufchâteau), de l'Institut national, t. II, Paris, Imprimerie de Crapelet, an viii (1799) (lire en ligne), pp. 384-387.
  69. Par une ironie de l'histoire, Harlay de Champvallon, débauché notoire, sera frappé, au mois d'août 1695, d'une mort foudroyante qui le privera lui aussi des derniers sacrements (Abbé Pierre Féret, La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, Paris, Picard, 1906, tome IV, p. 295-296).
  70. Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, , pp. 295-296
  71. La permission accordée par Harlay de Champvallon précise simplement : « Vu ladite requête [d'Armande], ayant aucunement égard aux preuves résultantes de l'enquête faite par mon ordonnance, nous avons permis, etc. »
  72. Évrard Titon du Tillet, Le Parnasse françois (Paris, 1732, p. 320)
  73. Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis, t. II, Paris, Charpentier, (lire en ligne), p. 226
  74. Fille d'un barbier-chirurgien de la rue Saint-André-des-Arts, en 1668 elle a épousé Jean-Baptiste L'Hermite de Vauzelle, veuf depuis deux ans de Marie Courtin de la Dehors.
  75. En octobre 1666, Esprit de Rémond de Modène, parrain d'Esprit-Madeleine Poquelin et peut-être père d'Armande Béjart, a épousé en secondes noces Madeleine L'Hermite, fille de Marie Courtin et de Jean-Baptiste L'Hermite de Vauzelle.
  76. Madeleine Jurgens & Elizabeth Maxfield-Miller, « 1673… », Revue d’histoire du théâtre, octobre-décembre 1972, p. 370.
  77. C’est elle qui, sous le nom d’André Boudet, beau-frère de Molière, a avancé à la troupe les 14 000 livres nécessaires à cet achat (voir Registre de La Grange, 1876, p. 145, et Jurgens & Maxield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 659).
  78. Découverts par le commissaire Beffara, ces documents ont été publiées par Jules Taschereau dans le seconde édition de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, p. 404 et suivantes.
  79. La Fameuse Comédienne, p. 66 et suivantes
  80. Sur l'importance de ce spectacle dans l'histoire de la troupe de l'Hôtel Guénégaud, voir Virgina Scott, « Saved by the magic wand of Circé », Theatre Survey, novembre 1987, pp. 1-16.
  81. Cette affaire a été racontée par Charles Nuitter et Ernest Thoinan dans Les Origines de l'opéra français, d'après les minutes des notaires, les registres de la Conciergerie et les documents originaux conservés aux Archives nationales, à la Comédie-Française et dans diverses collections publiques et particulières, Paris, Plon, 1886, p. 321-331, et par Henry Prunières dans La Vie illustre et libertine de Jean-Baptiste Lully, Paris, Plon, 1929, p. 161-178.
  82. Requête d'inscription de faux en forme de factum, pour le sieur Guichard, intendant général des bâtiments de Son Altesse Royale, Monsieur, contre Jean-Baptiste Lully, faux accusateur, Sébastien Aubry, Jacques Du Creux, Pierre Huguenet, faux témoins et autres complices, Paris, 1676.
  83. Jean Nicolas de Tralage, Notes et documents sur l'histoire des théâtres de Paris au XVIIe siècle, extraits mis en ordre et publiés d'après le manuscrit original par le bibliophile Jacob [Paul Lacroix], Paris, Librairie des bibliophiles, (lire en ligne), p. 13-14
  84. Il n'est pas impossible que ces notes aient été rédigées après la publication de La Fameuse Comédienne en 1688 et se ressentent de son influence.
  85. Les « 82 ans environ » que son acte de décès lui donne en 1728 le feraient naître en 1636.
  86. Charles Guérin, dit L'Espérance, et de sa femme Françoise d'Estriché de Bradam.
  87. Voir Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle, dictionnaire biographique, troisième édition, Paris, éditions du CNRS, p. 107-108 et 141-142.
  88. Histoire, XI, 319.
  89. Jal écrit prudemment, au sujet de cet enfant dont il n'a pas vu l'acte de baptême, qu'il est né « dans le courant de l'année qui suivit [le] mariage » de ses parents. L'auteur de La Fameuse Comédienne, quant à lui, est plus catégorique ; le petit Nicolas était déjà conçu quand ses parents se sont mariés : « Il [Guérin] la pressa avec tant de succès que la consommation des noces se fit avant la cérémonie. Il fut même si heureux qu'il mit la Molière dans la nécessité de l'épouser, si elle voulait garder quelques mesures dans le public, et sa grossesse parut si fort qu'elle n'osait presque plus jouer. Elle prit donc toutes les précautions qu'il fallait pour épouser Guérin secrètement, afin de faire croire qu'il y avait déjà longtemps que leur mariage était fait et que le fruit qu'elle portait était conçu dans toutes les formes. »
  90. La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere, Francfort, Frans Rottenberg, 1688. Le titre est, bien entendu, à prendre dans son double sens : « Si Molière s'est fait distinguer entre les auteurs célèbres, sa femme n'est guère moins fameuse entre les femmes galantes [...] et l’on a donné moins de louanges à Molière, que l’on n’a dit de douceurs à sa femme ».
  91. Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », p. 1048. Henry Lyonnet donne la date du 19 avril (Dictionnaire des comédiens français, II, p. 450) ; Georges Mongrédien et Jean Robert, celle du 14 octobre (Les Comédiens français du XVIIe siècle, p. 158).
  92. Elle a alors une cinquantaine d'années. Guérin d'Éstriché, âgé, lui, de cinquante-huit ans, ne se retirera qu'en 1717 et mourra le 20 janvier 1728, à quatre-vingt-douze ans.
  93. Le Mercure galant, mai 1740, p. 843
  94. Le Bourgeois gentilhomme, 1671, acte III, scène 9.
  95. Dans sa Lettre en vers à Madame du 27 décembre 1665, le gazetier Charles Robinet écrit : « O justes dieux, qu'elle a d'appas ! / Et qui pourrait ne l'aimer pas ? / Sans rien toucher de sa coiffure / Et de sa belle chevelure, / Sans rien toucher de ses habits / Semés de perles, de rubis, / Et de toute la pierrerie / Dont l'Inde brillante est fleurie, / Rien n'est si beau ni si mignon, / Et je puis dire tout de bon / Qu'ensemble Amour et la Nature / D'elle ont fait une miniature / Des appas, des grâces et des ris [= rires] / Qu'on attribuait à Cypris [= Vénus] »
  96. Entretiens galans, Paris, 1681, tome II, p. 91-96
  97. Le Mercure galant, février 1682, p. 240
  98. Ainsi Georges Mongrédien, dans sa Vie privée de Molière, Paris, Hachette, 1950, p. 85 : « Armande était-elle la sœur ou la fille de Madeleine Béjart, son [de Molière] ancienne maîtresse ? […] Pour les contemporains, le problème ne s'est jamais posé. Unanimement, ils ont cru Armande fille de Madeleine, en s'appuyant évidemment sur la différence d'âge de vingt-cinq ans environ, qui séparait les deux femmes. »
  99. L'expression se lit sous la plume de Gustave Michaut, dans ses Débuts de Molière à Paris, p. 151.
  100. René Pintard, « Un ami de Molière : Jean de Hénault », Revue d'histoire littéraire de la France, , p. 962 (lire en ligne)
  101. Élomire hypocondre, acte I, scène 3 : « Élomire [anagramme de Molière] : Je ne suis point cocu ni ne le saurait être, / Et j’en suis, Dieu merci, bien assuré. Bary : Peut-être. / Élomire : Sans peut-être. Qui forge une femme pour soi, / Comme j’ai fait la mienne, en peut jurer sa foi. / […] Arnolphe commença trop tard à la forger ; / C’est avant le berceau qu’il y devait songer, / Comme quelqu’un l’a fait. L’Orviétan : On le dit. Élomire : Et ce dire / Est plus vrai qu’il n’est jour. »
  102. [Charles Jaulnay], L'Enfer burlesque . Le Mariage de Belphégor. Épitaphes de Molière, Cologne, Jean Le Blanc, (lire en ligne), p. 96-97
  103. Dans l'article « Poquelin » de son Dictionnaire historique et critique (1697), où il cite de longs extraits de La Fameuse Comédienne sans y ajouter le moindre commentaire… critique.
  104. Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, (lire en ligne), p. 517
  105. Voir la longue note de Thomas-Simon Gueulette citée dans l'article Esprit Madeleine Poquelin.
  106. Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, 1705, p. 20-21, texte en ligne.
  107. Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 7, texte en ligne.
  108. Recherches sur Molière et sur sa famille
  109. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire
  110. Cent ans de recherches sur Molière
  111. L'exposé le plus complet et le mieux argumenté en a été fait par Georges Couton dans « L'état-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », étude publiée par la Revue des sciences humaines, fascicule 115, juillet-septembre 1964, pp. 311-351.
  112. Gustave Michaut, Les Débuts de Molière à Paris, Paris, Hachette, , p. 168, note 1
  113. L'illustre historien écrit, pp. 55-56 du volume intitulé Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes : « Une de ses [de Molière] actrices, la Béjart, était sa maîtresse. Elle n’était pas jeune. Elle pouvait prévoir qu’un homme ainsi posé et dans la force du génie lui échapperait. Elle voulut l'avoir pour gendre. Elle avait une jolie petite fille, que Molière aimait tendrement et comme un père. De qui était-elle née ? Dans le pêle-mêle de la vie de théâtre, la Béjart très probablement ne le savait pas bien au juste. Ce qui est sûr, c’est que l’année 1645, où naquit la petite, était celle où Molière devint un des amants de la mère, etc. » Jugeant utile d'apporter quelque « éclaircissement » (sic) à son propos, Michelet écrit, page 451 : « Molière-Arnolphe ne pouvait-il pas être le père d’Agnès, comme le roi [pouvait être] amoureux de sa sœur (belle-sœur, c’est la même chose au point de vue canonique) ? Le mariage de Molière restera toujours une question obscure. Ce qui est sûr, c’est qu’il se lia avec la mère de sa femme et l’admit dans sa troupe en 1645, l’année où sa femme naquit. De quel père ? C’est ce que probablement ni Molière, ni la comédienne ne surent jamais au juste. Dans le pêle-mêle de la vie des coulisses, on pouvait s’y tromper. C’étaient les mœurs du temps, et même chez les grands seigneurs, que les rapports de sang n’arrêtaient guère. »
  114. Mépris et haine "motivés” par les imprécisions et invraisemblances qui entachent le récit du biographe. Ainsi, en 1847, Anaïs Bazin reproche à Grimarest d'être « un homme sans nom, sans autorité, sans goût, sans style, sans amour au moins du vrai, un de ces besogneurs subalternes qui touchent à tout et gâtent tout ce qu'ils touchent. » Cent ans plus tard, Gustave Michaut le qualifie de « biographe marron… écrivain suspect et sans autorité… obscur auteur d’obscurs ouvrages. »
  115. Dissertation sur la femme de Molière.
  116. Molière et sa troupe.
  117. « Le mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, pp. 237-246.
  118. Paris, 1851, p. 48 et suivantes.
  119. Paris, 1870, p. 67.
  120. Paris, 1877, pp. 126-128.
  121. Paris, 1885, pp. 92-99.
  122. Paris, 1886, tome I, « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart », pp. 200-203.
  123. Virginia Scott, Molière, a Theatrical Life, Cambridge University Press, 2000, pp. 44-47. Miss Scott expose ses motifs dans quelques lignes de l'introduction de son livre : « I believe Armande was the daughter of Madeleine and the comte de Modène, partly because certain other information intersects coherently with that conjecture and creates credible character choices, and partly — I confess — because it stirs my imagination and produces a more interesting narratives. Thus, I reveal that I, too, am of my time and place. [Je crois qu’Armande était la fille de Madeleine et du comte de Modène, pour une part parce que certaines autres données recoupent de manière cohérente cette conjecture et dessinent des personnages crédibles, d’autre part — je l’avoue —, parce que cela stimule mon imagination et produit un récit plus intéressant. En quoi je me révèle être, moi aussi, de mon monde et de mon temps.] »
  124. Georges Forestier, Molière, Paris, NRF Gallimard, , 541 p. (ISBN 978-2-07-013506-6, notice BnF no FRBNF45592852), p. 42-45
  125. Paris, 1877, p. 237 et suivantes.
  126. Jacques Scherer, « Réflexions sur Armande Béjart », Revue d'histoire littéraire de la France, , p. 397 (lire en ligne)

Articles connexes

Bibliographie

  • Anonyme, La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière, Frans Rottenberg, Francfort, 1688, consultable sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek digital ; rééd. avec préface et notes de Jules Bonnassies, Paris, Barraud, 1870, consultable sur Gallica; texte sur Wikisource.
  • Anonyme, Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou La Fameuse Comédienne, Histoire de la Guérin, Réimpression conforme à l'édition sans lieu ni date, suivie des variantes, avec préface et notes par Charles-Louis Livet, Paris, Isidor Liseux, 1877, consultable sur Gallica. Contient les extraits du Factum d'Henry Guichard concernant la déposition d'Armande Béjart.
  • Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, La Vie de M. de Moliere, Paris, Jacques Le Febvre, 1705, consultable sur Google Livres.
  • François et Claude Parfaict, Histoire du théâtre françois depuis son origine jusqu'à présent, Paris, 1747, tome XI, pp. 305-325, consultable sur Google Livres.
  • Louis-François Beffara, Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses ancêtres, l'époque de sa naissance, etc., Paris, 1821, consultable sur Google Livres.
  • Agricol-Joseph Fortia d'Urban, Supplément aux diverses éditions des Œuvres de Molière ou Lettres sur la femme de Molière et poésies du comte de Modène son beau-père, Paris, 1825, consultable sur Gallica.
  • Anaïs Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, deuxième édition, Paris, 1851, p. 48-52, consultable sur Gallica.
  • Édouard Fournier, Le Roman de Molière, suivi de Jugements sur sa vie privée d'après des documents nouveaux, Paris, E. Dentu, 1863, consultable sur Gallica.
  • Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière. Les années d'étude-Les années de lutte et de vie nomade-Les années de gloire-Mariage et ménage de Molière, Paris, Isidore Liseux, 1877, p. 237-257, consultable sur Gallica.
  • Auguste Vitu, « Madame Molière », Le Figaro, supplément littéraire du dimanche, 22 janvier 1881, consultable sur Gallica.
  • Gustave Larroumet, « La femme de Molière », Revue des deux mondes, t. 69, Paris, 1885, consultable sur Gallica. Repris dans La Comédie de Molière. L'auteur et le milieu, Paris, Hachette, 1887, consultable sur Gallica.
  • Victor Fournel, « Molière et l'érudition contemporaine », dans De Malherbe à Bossuet, études littéraires et morales sur le XVIIe siècle, Paris, 1885, p. 65-110, consultable sur Gallica.
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  • Édouard Fournier, Études sur la vie et les œuvres de Molière, Paris, 1886, consultable sur Gallica.
  • Henri Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière. Tome premier. M. de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart, Paris, Picard, 1886, consultable sur Gallic.
  • Louis Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, Paris, 1887, pp. 145-169, consultable sur Gallica.
  • Paul Mesnard, « Notice biographique sur Molière » (tome X des Œuvres de Molière, nouvelle édition, Paris, Hachette, coll. Les Grands écrivains de la France, 1889), p. 251 et suivantes, consultable sur Gallica.
  • Napoléon-Maurice Bernardin, « Le Mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1900, p. 237-246.
  • Abel Lefranc, « Armande Béjart », dans Revue des cours et conférences, 1908 (année scolaire 1907-1908), p. 354-362.
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  • Gustave Michaut, Les Débuts de Molière à Paris, Paris, Hachette, 1923, Genève, Slatkine Reprints, 1968, p. 146-168.
  • Henry Lyonnet, Mademoiselle Molière (Armande Béjart), Paris, Alcan, 1925.
  • Louis Casté, « Monsieur de Modène, Madeleine Béjart et Molière », Provincia, Marseille, 1934, t. XIV, pp. 145-199.
  • Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, Paris, Hachette, coll. "Les Vies privées", 1950, p. 84-102.
  • Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle. Dictionnaire biographique, Paris, Éditions du C.N.R.S., 1981, p. 157-158.
  • Madeleine Jurgens et Elisabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, S.E.V.P.E.N., 1960.
  • Madeleine Jurgens et Marie-Antoinette Fleury, Documents du Minutier central concernant l'histoire littéraire (1650-1700), Paris, Presses Universitaires de France, 1960.
  • Jacques Chabannes, Mademoiselle Molière, Paris, Fayard, 1961.
  • Georges Couton, « L'État-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », dans Revue des sciences humaines, no 115, Villeneuve-d'Ascq, 1964, p. 311-351.
  • Jacques Scherer, « Réflexions sur Armande Béjart », Revue d'histoire littéraire de la France, août 1969, p. 393-403, consultable sur Gallica.
  • Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », Revue d'histoire littéraire de la France, septembre-décembre 1972, p. 1035-1049, consultable sur Gallica.
  • Alfred Simon, Molière. Qui êtes-vous ?, Lyon, La Manufacture, 1987, p. 142 et suivantes.
  • Yves Giraud, « La Fameuse Comédienne (1688) : problèmes et perspectives d'une édition critique », « Diversité, c'est ma devise. » Studien zur französischen Literatur des 17. Jahrhunderts. Festschrift für Jürgen Grimm zum 60. Geburtstag, Biblio 17 (no 86), Papers on French Seventeenth Century Literature, Paris-Seattle-Tübingen, 1994, p. 191-213.
  • Yves Giraud, « De la vie à l'œuvre : la relation conjugale de Molière et d'Armande Béjart », La Revue d'études françaises, n° 2, Centre Interuniversitaire d'Études Française (CIEF), 1997, pp. 165-177, consultable en ligne.
  • Roger Duchêne, Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 296-303.
  • Virginia Scott, Women on the Stage in Early Modern France, 1540-1750, Cambridge University Press, 2010, pp. 173-182.
  • Gustave Larroumet, La Femme de Molière, Wikisource

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