Louis-Gustave Binger

Louis-Gustave Binger, né le à Strasbourg et mort le à L'Isle-Adam, est un officier, explorateur de l’Afrique de l'Ouest et administrateur colonial français.

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Louis-Gustave Binger

Naissance
Strasbourg, France
Décès (à 80 ans)
L'Isle-Adam, France
Origine France
Allégeance Armée française
Autres fonctions Gouverneur de Côte d'Ivoire

Jeunesse

Né à Strasbourg, au 43, rue de la Carpe-Haute dans le faubourg de la Robertsau, il habite, après la mort de son père, avec sa mère à Niederbronn puis à Sarreguemines[1].

À Niederbronn, il a pour instituteur un certain M. Münch, qui avec ses deux fils et deux autres élèves, le prend en charge. Il lui apprend la physique, la chimie et la géométrie et partage son savoir sur les récits de David Livingstone, René Caillié, Heinrich Barth, Tombouctou ou sur les récits d'aventures de Fenimore Cooper, Gustave Aimard ou Jules Verne, parmi bien d'autres[2].

À 15 ans, il assiste à l'arrivée des troupes prussiennes dans la ville de Sarreguemines. Sa mère parvient à le placer chez un négociant en fers, fonte, quincaillerie et épicerie en gros[3].

Pour échapper au service militaire allemand, il obtient, contre rétributions, une demande d'autorisation d'émigration (Auswanderungschein), les émigrés n'étant pas recherchés pour l'engagement. Il part ainsi en France et trouve une place de vendeur en quincaillerie à Sedan (1873)[4]. Il y suit en parallèle des études données par des professeurs civils et de jeunes officiers. Le jour même de ses dix-huit ans, le , il s'engage, à Mézières pour cinq ans au 20e bataillon de chasseurs à pied[5]. Il part alors en garnison à Rouen. Rapidement, il est élevé au grade de sergent, puis sergent-major et poursuit des études de droit et d'histoire. Décrochant le premier prix d'ensemble, il est admis d'office à Avord (1879) et en sortira neuvième[6].

Sous-lieutenant (1880) au 4e régiment d'infanterie de marine à Toulon[7], il décide de se porter volontaire pour les colonies.

L'explorateur

En , il embarque sur La Creuse à destination du Sénégal[8]. Après avoir fait escale à Oran et à Tanger, il arrive à Dakar où il se porte directement volontaire pour le camp des Madeleines alors contaminé par la fièvre jaune[9]. Rencontrant par hasard Alfred Dodds, il est engagé par celui-ci pour une expédition en Casamance visant à combattre deux chefs noirs dont les actes avaient mis la région en effervescence[10]. Après la réussite de la mission, il sert à Dakar comme inspecteur des postes de Portudal et Kaolack puis revient en France en 1884 à bord du Tarn[11]. Il commande alors à Toulon plusieurs compagnies[12] puis est affecté à un service de comptabilité, ce qui ne l'enchante guère. Il se porte alors volontaire pour une mission topographique dans le Haut-Sénégal[13] sous les ordres du capitaine Monteil et est chargé de faire lever le camp de Diamou. Avec Monteil, il dresse alors une Carte des Établissements français du Sénégal dressée par ordre du Sous-Secrétaire d’État de la Marine et des Colonies (1886)[14].

À son retour, le Ministère de la Marine prend en charge la publication de son Essai sur la langue bambara. Louis Faidherbe l'engage alors auprès de lui au Ministère dans le but de mettre en ordre ses travaux linguistiques. Il est alors envoyé au Sénégal[15].

Faidherbe le soutient dans son entreprise ambitieuse de traverser l’Afrique de l'Ouest depuis le cours supérieur du Niger jusqu’à la côte de Guinée. Parti en février 1887 de Bamako, Binger traverse Tenetou et Sikasso (actuel Mali), avant de se diriger au sud vers Kong, qu’il atteint le .

Il y constate que les « montagnes de Kong » qui figuraient jusque-là sur les cartes n’ont aucune existence réelle. En revanche il identifie l’étroite ligne de séparation des eaux entre les affluents du Niger et les fleuves qui coulent en direction du golfe de Guinée, comme la Comoé ou le Bandama.

De Kong, Binger se dirige vers le nord, et par Boromo (sur la Volta noire) vers Ouagadougou, qui se situe plus à l’est. De là, forcé de faire un détour au sud par l’actuel Ghana, il atteint en octobre Salaga via le pays gurunsi, puis Kintampo et Bondoukou. Le il fait la jonction avec Treich-Laplène qui avait été envoyé à sa rencontre[16], et il poursuit avec lui son expédition jusqu’à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire actuelle). Par des traités avec les chefs locaux à Kong (, Karamokho-Oulé Ouattara)[17] et Bondoukou, il place les contrées éloignées situées entre le Haut-Niger et le golfe de Guinée sous influence française et ouvre de nouvelles voies au trafic commercial vers la colonie française de Grand-Bassam.

À Kong, Binger adopte l'enfant d'une esclave qu'il a rendu libre et assiste à son baptême. L'enfant est alors nommé Karamokho-Oulé-Binger[18].

À son retour en France, il loge quelque temps à Amiens chez un ami et y rencontre Jules Verne[19]. Il reçoit la grande médaille d'or de la Société de Géographie tandis que lui est aussi remise la coupe en argent que les Britanniques avaient offerte à René Caillié en 1816 lors du retour de sa mission au Galam[19].

Binger reprend ensuite son service d'officier d'ordonnance auprès du Grand-Chancelier. Il est présent aux obsèques de Faidherbe puis prépare un examen de sortie de l’École de Guerre mais échoue. Le , il apprend la mort de son ami Treich-Laplène. Il écrit :

« Sa mort m'a été pénible et douloureuse. Les colonies perdaient en même temps un homme de grande valeur tout désigné pour faire, encore jeune, un gouverneur éminent ; il a prouvé par son activité inlassable, le soin jaloux avec lequel il a défendu nos droits de souveraineté contre les agissements et les empiétements sur notre frontière du Gold-Coast. »[20]

Mission de délimitation de la Côte d'Ivoire

Stèle de Louis-Gustave Binger au cimetière du Montparnasse à Paris

Binger décrit son voyage dans son ouvrage en deux volumes Du Niger au Golfe de Guinée (Paris, 1891). En 1892, il est nommé commissaire d’une mission française pour délimiter la frontière entre les territoires français et anglais dans le pays Ashanti. Il part alors avec deux officiers les lieutenants Braulot et Gay, un médecin, le docteur Crozat et son ami Marcel Monnier.

Binger visite alors le pays d'Assinie, l'Indénié et l'Assikasso, repasse à Kong et Bondoukou et revient par le Djimini et le Diammala.

L'administrateur

Premier gouverneur de la Côte d’Ivoire française (1893-1895) dont il a proposé le nom[21], il prend possession de la côte ouest de la colonie et fait appliquer la convention avec le Liberia du en créant les postes de Sassandra, San Pedro, Bereby, Tabou et Bliéron à l'embouchure du Cavally et porte l'influence de la colonie jusqu'au cap des Palmes[22].

Par deux voies parallèles, il fait débuter la pénétration vers l'intérieur en fondant les postes de Thiassalé sur le Bandama et de Bettié sur la Comoé[22].

En , il demande à être relevé de ses fonctions pour raisons de santé. Il est remplacé en , par le gouverneur Bertin qui meurt un mois après son arrivée, puis par Mouttet en . Binger souhaite alors prendre sa retraite mais André Lebon, ministre des colonies, lui signifie qu'un poste lui est réservé au ministère[23]. Lebon le prie alors de lui exposer la situation sur le Haut-Niger pour pouvoir lutter contre Samory Touré[24], chef de la résistance à la pénétration et à la colonisation française en Afrique de l'Ouest.

Nommé directeur des Affaires d'Afrique au ministère des Colonies (1896), il est envoyé en mission, avec pleins pouvoirs, au Sénégal après la capture de Samory Touré qu'il rencontre à Saint-Louis et pour y réorganiser l'armée.

Il participe à l'élaboration des conventions mettant fin aux rivalités entre la France et l'Angleterre en Afrique (1898-1906). Lors d'un de ses nombreux séjours à Londres, la Royal Geographical Society lui remet sa médaille d'or[25]. En 1898, il est nommé directeur au ministère français des Colonies, poste qu'il occupera pendant dix ans.

En 1908, il s'établit dans le Périgord et voyage encore aux États-Unis et au Canada. En 1918, il s’installe à Strasbourg puis, en 1926, la Chambre de Commerce de Grand-Bassam l'engage pour une inspection des établissements de l'Afrique-Occidentale française[26].

Il s'embarque alors à Marseille (1927) pour Grand-Bassam.

Louis-Gustave Binger meurt le à L'Isle-Adam, à 80 ans où un monument est érigé en sa mémoire. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris. Il est le grand-père maternel de l'écrivain Roland Barthes, qui décrit ainsi son aïeul : « Dans sa vieillesse, il s'ennuyait. Toujours assis à sa table avant l'heure (bien que cette heure fût sans cesse avancée), il vivait de plus en plus en avance, tant il s'ennuyait. Il ne tenait aucun discours. »[27].

Monument en l'honneur de Louis-Gustave Binger à L'isle Adam.

Distinctions et hommages

Œuvres

  • Esclavage, islamisme et christianisme, Société d'éditions scientifiques, Paris, 1891, 112 p. [lire en ligne]
  • Essai sur la langue bambara parlée dans le Kaarta et dans le Bélédougou ; suivi d'un vocabulaire, avec une carte indiquant les contrées où se parle cette langue, Maisonneuve frères et C. Leclerc, Paris, 1886, 132 p., [lire en ligne]
  • « Les routes commerciales du Soudan occidental », in La Gazette géographique et l'exploration, Tome XXI, 1re partie, jeudi , p. 201-206, [lire en ligne] et 2e partie, jeudi , p. 221-228 [lire en ligne].
  • Du Niger au golfe de Guinée par Kong, Bulletin de la Société de géographie, 1889, p. 329-371, [lire en ligne]
  • Carte du Haut-Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, levée et dressée de 1887 à 1889 par L. G. Binger, Service géographique des colonies, Paris, 1889
  • « Transactions, objets de commerce, monnaie des contrées d'entre le Niger et la Côte d'Or », Bulletin de la Société de géographie commerciale, 1889-1890, p. 77-90, [lire en ligne]
  • Le Soudan français : voyage du capitaine Binger (1887-1889), supplément du journal Le Temps, 1890, 4 p.
  • Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et la Mossi : 1887-1889, Hachette, Paris, 1892, vol. 1, [lire en ligne] ; vol. 2 [lire en ligne]
  • Le Serment de l'explorateur, Librairie illustrée, J. Tallandier, Paris, 1903, 294 p. (roman d'aventures)
  • Le Péril de l'Islam, Comité de l'Afrique française, Paris, 1906, 118 p., [lire en ligne]
  • Une vie d'explorateur. Souvenirs extraits des Carnets de route ou notés sous la dictée par son fils Jacques Binger et commentés par René Bouvier et Pierre Deloncle, Fernand Sorlot, Paris, 1938, 288 p.

Notes et références

  1. Louis-Gustave Binger, Une vie d'explorateur, Fernand Sorlot, 1938, p. 36
  2. Binger, op.cit, p. 38
  3. Binger, p. 38-39
  4. Binger, p. 41
  5. Binger, p. 41-42
  6. Binger, p. 42-44
  7. Binger, p. 44
  8. Binger, p. 46
  9. Binger, p. 47
  10. Binger, p. 48-54
  11. Binger, p. 58-59
  12. Binger, p. 67
  13. Binger, p. 69
  14. Binger, p. 83
  15. L'ouvrage de Faidherbe sortira en 1887 sous le titre Langues Sénégalaises.
  16. L-G. Binger, Du Niger au golfe de Guinée, vol. 2, Hachette, 1892, p. 202
  17. Binger, op. cit, vol. 2, p. 205
  18. Binger, vol. 2, op. cit, p. 207-208
  19. Binger, p. 183
  20. Binger, p. 186
  21. Binger, p. 214
  22. Clozel, Dix ans à la Côte d'Ivoire, Challamel, 1906, p. 271-273
  23. Binger, p. 235
  24. Binger, p. 236
  25. Binger, p. 244
  26. Binger, p. 252
  27. Roland Barthes par Roland Barthes, p. 16
  28. Patrick Cabanel, « Louis-Gustave Binger », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, p. 307 (ISBN 978-2846211901)
  29. Alexandre Tarrieu, Dictionnaire des personnes citées par Jules Verne, vol. 1 : A-E, éditions Paganel, 2019, p. 108
  30. Binger et la philatélie, 25 mai 2008
  31. Compléments à la biographie de Louis Gustave Binger

Sources

Voir aussi

Bibliographie

  • Claude Auboin, Au temps des Colonies : Binger, explorateur de l'Afrique Occidentale, Bénévent, Nice, 2008, 329 p. (ISBN 978-2-7563-1027-5)
  • Patrick Cabanel, « Louis-Gustave Binger », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, p. 306-307 (ISBN 978-2846211901)
  • Frédéric Chappey (dir.), L'Afrique en noir et blanc : du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892) : Louis-Gustave Binger, explorateur, Musée d'Art et d'Histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam ; Somogy, Paris, 2009, 278 p. (ISBN 978-2-7572-0258-6) (catalogue d'exposition)
  • Jules Dagonet, « Gustave Binger », in Biographies alsaciennes avec portraits en photographie, série 5, A. Meyer, Colmar, 1884-1890, 4 p.
  • Michel Elbaz, Quelques notes sur l'origine de l'exploration de Louis-Gustave Binger : l'appui du général Faidherbe, Université Panthéon-Sorbonne, Paris, 1971, 69 p. (mémoire de maîrise d'Histoire)
  • Marcel Monnier, France noire (Côte d'Ivoire et Soudan) : mission Binger, Plon, Paris, 1894, 298 p.
  • Juliette Oulai, L'Afrique de l'Ouest au XIXe siècle, vue par Mungo Park, René Caillé et Louis-Gustave Binger, Université Paris Diderot, Paris, 1985 (mémoire de maîtrise)
  • Francis Simonis, Louis-Gustave Binger et les Jula de Kong : une autre lecture, dans Outre-Mers. Revue d'histoire, 1996, no  312, p. 29-40 (lire en ligne)
  • Lucien Sittler, « Louis Gustave Binger », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 3, p. 229
  • Jean-Marc Thiébaut, « Louis Gustave Binger (1856-1936). La passion du continent noir », in Les Saisons d'Alsace, no 47 (Les Alsaciens dans le monde. Émigrés, exilés et expatriés du XVe siècle à nos jours), , p. 78-81
  • Philippe Valode, Les grands explorateurs français de Jacques Cartier à nos jours, L'Archipel, 2008 (ISBN 978-2-8098-0108-8), p. 140-143

Articles connexes

Liens externes

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