Bettina Graziani

Bettina Graziani, connue professionnellement sous le nom de Bettina[n 1], est un mannequin français née le à Laval et morte le à Paris. Elle est célèbre dans les années 1950 pour son rôle dans la mode, mannequin vedette de Givenchy et Fath, puis plus tard pour sa liaison avec le prince Ali Khan. Paris Match la cite à l'époque comme « la Française la plus photographiée de France ».

Pour les articles homonymes, voir Bettina et Graziani.

Bettina

Naissance
Laval, France
Nationalité Française
Décès
Paris 14e, France
Physique
Cheveux roux (1947)
Taille 1,70 m[1]
Carrière
Période active Années 1950
Agence Ford (1950)[2]
Distinctions Ordre des Arts et des Lettres

Biographie

Simone

Elle est née Simone Micheline Bodin, puis deviendra Simone Micheline Bodin Graziani à la suite de son mariage. Simone est d'origine bretonne[3],[n 2] mais quitte cette région à l'âge de six mois pour rejoindre la Normandie : son père, employé des Chemins de fer, abandonne sa famille, et elle est élevée avec sa sœur aînée par sa mère, institutrice à l'école Paul-Bert, de Caudebec-lès-Elbeuf. Au début de l'adolescence juste avant la Guerre, elle s'intéresse à la peinture. Durant l'exode, elle part avec sa sœur et sa mère vivre quelques années à Angers, avant de revenir en Normandie[4]. Elle y découvre la danse.

Simone Bodin arrive à Paris aux environs de la Libération, voulant être dessinatrice de mode[5]. Elle garde des enfants, et obtient un rendez vous avec le jeune couturier Jacques Costet pour lui présenter ses dessins[6]. Celui-ci préfère lui faire essayer une robe ; elle est embauchée le jour même comme mannequin et dès le jour suivant commence à travailler[6], apprenant là son métier[7]. Financièrement, les débuts ne sont pas florissants. Elle fait ses premières photos avec les frères Séeberger[8],[9]. Elle rencontre le journaliste français Gilbert « Benno » Graziani, reporter photographe pour Paris Match ; c'est le coup de foudre, elle quitte le couturier, son métier de mannequin, et part vivre un an à Juan-les-Pins[8].

Elle se marie à Paris avec Benno Graziani[10] dont elle divorce rapidement, avant d'avoir une relation avec l'Américain Peter Viertel[11] puis l'éditeur Guy Schoeller[12] qui publiera un livre à son sujet[13], pour enfin vivre de longues années — sans jamais l'épouser — avec le prince Ali Khan[14] qui avait divorcé de Rita Hayworth.

Après son divorce avec Benno Graziani fin 1946 et alors que la maison Costet est fermée, Simone Graziani reprend son métier et obtient un rendez vous chez Lucien Lelong[8]. Elle est invitée à rejoindre la cabine de Christian Dior, « Si M. Lelong ne vous prend pas, moi, je vous engage car je vais ouvrir ma maison de couture » lui dit le futur grand couturier, alors inconnu, qu'elle croise dans le bureau de Lelong[8]. Mais elle s'ennuie chez Lelong et part se présenter un mois plus tard chez Jacques Fath qui l'engage immédiatement ; son salaire est multiplié par cinq[8].

Bettina

Sa carrière débute alors réellement[15] en 1947, année du New Look  style corseté qui inspire assez peu Fath . Elle reçoit son pseudonyme de ce couturier qui a déjà une « Simone » dans sa cabine de mannequins[16],[n 3]. Le succès de Bettina est immédiat[18]. Elle devient la muse de Fath pendant quatre ans, influençant parfois le couturier[1] et travaillant également pour les magazines, posant en Grès[19], Balmain ou Dior. Elle représente alors la Parisienne[20] moderne et élégante[21], comme une alternative plus jeune à ce que créaient Dior ou Balmain[22]. Sollicitée de toute part, elle quitte le couturier pour se consacrer à sa carrière de modèle photographique[23]. Dans les années 1950, invitée à se rendre aux États Unis par Vogue, elle intègre l'agence d'Eileen Ford[2]. Elle divorce peu de temps après et voyage beaucoup pour son plaisir[2].

Bettina travaille alors avec Hubert de Givenchy lors de l'ouverture de sa maison de couture. C'est elle qui organise le premier défilé en février 1952 ; elle demande à ses amies, les plus célèbres mannequins de l'époque telles que Suzy Parker, Ivy Nicholson ou Sophie Litvak, de participer[24]. « Bien sûr, c'était Bettina qui symbolisait peut-être le plus le style de la maison à ses débuts. Elle a été une précieuse collaboratrice, surtout au moment du lancement de la maison, et un fabuleux mannequin, qu'elle était déjà avant de venir chez moi. Elle était différente des autres par son style, et incarnait une image très forte de ces années là[25]. » Elle reste deux ans chez Givenchy[15], alternant défilés et relations publiques[26] comme attachée de presse[27],[28]. Laissant de côté un temps les séances photos pour les magazines, refusant diverses propositions, elle se consacre entièrement à la maison de couture, accompagnant Givenchy partout[26]. Le couturier donne le nom de Bettina à une de ses créations de sa première collection[22], un chemisier blanc, la « Blouse Bettina »[29],[27] immortalisé par un dessin de Gruau.

Laurence Benaïm, en résumant ces années là pour Hubert de Givenchy, rapporte à propos de Bettina : « Son égérie, la rousse Bettina, est le mannequin le plus photographié du moment : elle incarne cette nouvelle Parisienne qui fume en blouse de shirting au bar des Théâtres. Taille souple, œil de biche et lèvres Rouge Baiser[n 4], elle a cette insolence nouvelle qui ravit Penn[30] ».

Elle apparaît au cours de sa carrière dans de nombreux magazines de mode et en couverture du Elle français, sa première à l'initiative du photographe Jean Chevalier[21], de L'Officiel de la mode, de l'Album du Figaro, ou du Vogue français et américain ; l'exception restera le Harper's Bazaar, grand concurrent de Vogue[21]. Paris Match lui consacre un reportage à la suite d'une séance chez le coiffeur d'où elle ressort avec les cheveux très courts, lançant ainsi une nouvelle mode[31] reprise plus tard par Victoire. Elle travaille avec les plus grands photographes de mode, comme Henry Clarke[32],[33], Horst P. Horst, Erwin Blumenfeld, Norman Parkinson[31], Irving Penn, Lionel Kazan[34], Georges Dambier, Mark Shaw, Willy Maywald[35], Jean-Philippe Charbonnier ou Gordon Parks, est photographiée avec Picasso portant un chemisier décoré par l'artiste[14], avec Bardot, et est dessinée par Christian Bérard[36].

L'année 1955 est le point culminant de sa carrière, s'affichant dans les magazines du monde entier, avec des séances de photos à sept mille francs par heure[37]. La même année elle rencontre Ali Khan, qu'elle avait déjà croisé chez Fath plusieurs années avant[n 5], et arrête sa carrière de mannequin du jour au lendemain[37] passant de la cabine aux salons des maisons de couture, comme cliente. Mais elle travaille encore ponctuellement pour Valentino, toujours dans les relations publiques. En 1960, alors enceinte, elle survit à l'accident de voiture où Ali Khan trouve la mort[36] mais perd son enfant. En 1969, c'est Chanel qui la sollicite pour une collection[37], puis elle devient attachée de presse aux États-Unis pour Emmanuel Ungaro[15]. En 1972, Vogue Paris publie un article, L'éminence rousse, écrit par Françoise Sagan[23].

Elle fait deux apparitions au cinéma, dans Bete Balanço ainsi que dans La Folie douce dix ans plus tard[39]. En 1990, une exposition a lieu à la galerie Jean-Gabriel Mitterrand à Paris. La même année, elle est photographiée par Pierre et Gilles pour leur exposition sur les saintes[40], et chez Azzedine Alaïa deux ans plus tard par Mario Testino[41].

Bettina Graziani est Commandeur des Arts et des Lettres[42] depuis 2010 ; « Vous êtes devenu un emblème d'une certaine mode française » dira le ministre Frédéric Mitterrand lors de la cérémonie de remise de la décoration[29]. Elle est proche d'Azzedine Alaïa[15],[n 6] qui l'habille régulièrement[44] et a qui elle a fait don de sa collection de photographies pour sa fondation[29].

Telle Barbara Goalen, Suzy Parker, Anne Saint-Marie, Lisa Fonssagrives, ou Dovima, Bettina est l'un des premiers « supermodels » des années 1940 à 1950, véritable icône[45], Life la décrivant comme « le modèle de Paris ayant le plus de succès[14] ». Mais Bettina Graziani restera surtout reconnue comme la muse de Jacques Fath et Hubert de Givenchy[15],[n 7].

Notes et références

Notes

  1. Ne pas confondre avec Bettina Lauer, mannequin en activité vers les années 1960 ayant souvent été photographiée par Rico Puhlmann, mais également par Irving Penn.
  2. Plusieurs sources citent Laval, à la frontière de la Bretagne dans les Pays de la Loire.
  3. Jacques Fath a également dans sa cabine Simone Steur, amie de Bettina depuis 1946, qu'il embauche un an après Bettina et rebaptise Sophie[17] (Sophie Litvak plus tard).
  4. Rouge Baiser est un rouge à lèvres des Parfums Christian Dior qui a un énorme succès durant les années d'après guerre.
  5. Pour l'anecdote : en mai 1949, le Prince épouse Rita Hayworth ; celle-ci porte une robe de mariée créée par Fath[38].
  6. En complément, Laurence Benaïm dans la biographie d'Azzedine Alaïa, cite une anecdote : « En 1991, Bettina Graziani, invitée au mariage de Liz Taylor dans la propriété de Michael Jackson, en Californie, se fait littéralement mitrailler par les photographes : elle porte le fameux sac « Tati » créé par Azzedine Alaïa […][43] ».
  7. Le mannequin et muse le plus important d'Hubert de Givenchy était Capucine, également amie personnelle du couturier[46].

Références

  1. Schoeller, p. 9
  2. Schoeller, p. 12
  3. Schoeller, p. 5
    « Née Simone Micheline Bodin, Bettina vit les premières années de sa vie en Bretagne. »
  4. Schoeller, p. 6
  5. Liaut, p. 69
  6. Schoeller, p. 7
  7. Liaut, p. 69 et 70
  8. Schoeller, p. 8
  9. Schoeller, p. 76 « L'une des premières photos de Bettina mannequin, posant pour Jacques Costet […] (vers 1948) »
  10. Benoît Leprince, « Benno Graziani, photographe légendaire de Paris Match », Culture, sur parismatch.com, HFM, (consulté le ) : « En 1948, je suis marié avec Bettina, le mannequin vedette de chez Jacques Fath »
  11. (en) Douglas Martin, « Peter Viertel, 86, Author and Screenwriter, Is Dead », Arts, sur nytimes.com, New York Times, (consulté le ) : « Mr. Viertel wrote that he abandoned her when she was pregnant for Bettina, a famous French model of the 50s. After Bettina dropped Mr. Viertel for Aly Khan. »
  12. Gérard Meudal, « Guy Schoeller », Portrait, sur liberation.fr, Libération, (consulté le ) : « De son premier amour tout de même il consent à se souvenir, le mannequin Bettina Graziani, peut-être parce qu'elle le quitta pour un rival illustre, Ali Khan. »
  13. Voir bibliographie : Schoeller.
  14. (en) « A Famous Model in New Poses », Life, vol. 39, no 25, , p. 12 à 13 (ISSN 0024-3019)
  15. (en) « Questionnaire: Bettina, model and muse », Fashion, sur interviewmagazine.com, Interview Magazine (consulté le )
  16. (en) Adrian Room, Dictionary of Pseudonyms : 13,000 Assumed Names and Their Origins, Jefferson (N.C.), McFarland, , 536 p. (ISBN 978-0-7864-4373-4), p. 206
  17. Liaut - Sophie (Litvak), p. 81, 83 et 84
  18. Liaut, p. 70
  19. Liaut, p. 71
  20. Laurence Benaïm, « Givenchy, pour Audrey Quarante ans de couture fêtés au palais Galliera », Le Monde, (ISSN 0395-2037) « Bettina, l'égérie d'Hubert, incarne cette nouvelle Parisienne rive droite »
  21. Schoeller, p. 10
  22. (en) Design Museum et Paula Reed, Fifty fashon looks that changed the 1950s, Londres, Conran Octopus, , 112 p. (ISBN 978-1-84091-603-4), « Jacques Fath & Bettina. Le style parisien 1951 », p. 24 à 25
  23. Schoeller, p. 75
  24. Liaut - Témoignage d'Hubert de Givenchy, p. 57
  25. Hubert de Givenchy cité in : Liaut - Témoignage d'Hubert de Givenchy, p. 58
  26. Schoeller, p. 13 et « Je posais pour Givenchy et je m'occupais aussi de ses relations publiques. » p. 78
  27. Patrick Cabasset, « Julien Macdonald restaure Givenchy », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 858, , p. 124 à 125 (ISSN 0030-0403) « Il exhume le style original de Givenchy avec précaution, comme cette « Blouse Bettina », créée pour la collection printemps-été 1952 en l'honneur de Bettina Graziani, mannequin vedette, puis attachée de presse de la maison. »
  28. Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard, (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « Les nouvelles ressources de la profession », p. 123
  29. (en) Rosemary Feitelberg, « Honoring Bettina Graziani », sur wwd.com, WWD, (consulté le )
  30. Laurence Benaïm, Yves Saint Laurent : Biographie, Le Livre de poche, (1re éd. 1995), 928 p., poche (ISBN 978-2-253-13709-2), « Une éducation parisienne », p. 58
  31. Schoeller, p. 11, et p. 79 « Bettina lance la mode des cheveux courts (crew cut), inspirée des marines américains. C'était Jacques Fath qui rapporta cette idée de l'un de ses voyages aux États-Unis. »
  32. Dictionnaire mondial de la Photographie, Paris, Larousse, , 766 p. (ISBN 2-03-750014-9, lire en ligne), « Clarke Henry - photographe américain », p. 130
    « Avec la complicité des grands mannequins comme Suzy Parker, Capucine, Bettina, Anne Saint-Marie, etc., il traduit admirablement l'élégance de la femme « moderne », celle qui est jeune, vivace, insouciante et prête à séduire. »
  33. Schoeller, p. 79 « Une grande complicité me liait à Henry Clarke, avec qui je travaillait souvent. »
  34. (fr + en) Alexandra Kazan (préf. Olivier Saillard), Lionel Kazan, photographe, 1930-2016 / raconté par sa fille... Alexandra Kazan, Paris, Liénart, , 280 p. (ISBN 2359061585, notice BnF no FRBNF45034179), p. 57, 63, 65, 73, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 11
  35. « Place des Vosges. Bettina en robe Jacques Fath, 1950 ». Image visible in : François Besse et Mathilde Kressmann (trad. du français), Paris Mode : 100 photos de légende, Paris, Parigramme, , 128 p. (ISBN 978-2-84096-880-1, présentation en ligne), p. 26 Note : Willy Maywald est l'auteur de la célèbre photo, utilisée de multiples fois dans les ouvrages, du Tailleur Bar prise sur les quais de Seine en 1947. C'est lui également qui a découvert Lisa Fonssagrives plusieurs années auparavant.
  36. Patrick Cabasset, « Folies couture », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 888, , p. 184 (ISSN 0030-0403) « Le charme de Bettina, fraîche beauté normande, qui posait également pour les dessins de Gruau ou de Bérard et quelques photographes, n'échappa pas à Ali Khan. Épris aussi de vitesse, l'imprudent homme du monde périt dans un accident de voiture avant d'avoir pu épouser la belle »
  37. Schoeller, p. 14
  38. Liaut - Sophie (Litvak), p. 82
  39. (en) Bettina Graziani sur l’Internet Movie Database
  40. Liaut, p. 73
  41. Schoeller, p. 80
  42. (en) Suzy Menkes, « Roster of French Honors », Fashion, sur nytimes.com, New York Times, (consulté le ) : « the “Arts et Lettres,” which is given to worthy fashion contributors. Bettina Graziani, whose muse status ranges from Hubert de Givenchy in the late 1950s to Azzedine Alaïa today, was decorated in May »
  43. Laurence Benaïm, Azzedine Alaïa, le Prince des lignes, Paris, Grasset, coll. « Documents Français », , 160 p. (ISBN 978-2-246-81055-1, présentation en ligne), « Anatomie du temps », p. 114
  44. Schoeller, p. 15
  45. Olivier Saillard, « Dans le secret des muses des créateurs », Styles, sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le ) : « Il faut attendre les années 1950 pour qu'un prénom, souvent d'emprunt, devienne un nom. Praline, Lucky et la plus connue d'entre elles, Bettina, inaugurent l'ère des mannequins vedettes. »
  46. Liaut - Témoignage d'Hubert de Givenchy, p. 59

Annexes

Bibliographie

Autobiographie

Bibliographie connexe

Exposition

Bettina, du 13 novembre au 11 janvier 2015, galerie Azzedine Alaïa, Paris, Présentation en ligne

Liens externes

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