Armand Fallières

Armand Fallières, né le à Mézin (Lot-et-Garonne) et mort le à Villeneuve-de-Mézin (Lot-et-Garonne), est un homme d'État français, président de la République française de 1906 à 1913.

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Armand Fallières

Portrait officiel d'Armand Fallières (1906).
Fonctions
Président de la République française

(7 ans)
Élection 17 janvier 1906
Président du Conseil Maurice Rouvier
Ferdinand Sarrien
Georges Clemenceau
Aristide Briand
Ernest Monis
Joseph Caillaux
Raymond Poincaré
Aristide Briand
Prédécesseur Émile Loubet
Successeur Raymond Poincaré
Président du Sénat

(6 ans, 11 mois et 10 jours)
Prédécesseur Émile Loubet
Successeur Antonin Dubost
Président du Conseil des ministres

(19 jours)
Président Jules Grévy
Gouvernement Fallières
Législature IIIe
Coalition Union républicaine
Prédécesseur Charles Duclerc
Successeur Jules Ferry
Ministre des Affaires étrangères
(intérim)

(19 jours)
Président Jules Grévy
Président du Conseil Lui-même
Gouvernement Fallières
Prédécesseur Charles Duclerc
Successeur Paul-Armand
Challemel-Lacour
Ministre de l'Intérieur

(6 mois et 10 jours)
Président Jules Grévy
Président du Conseil Charles Duclerc
Lui-même
Gouvernement Duclerc
Fallières
Prédécesseur René Goblet
Successeur Pierre Waldeck-Rousseau
Biographie
Nom de naissance Clément Armand Fallières
Date de naissance
Lieu de naissance Mézin (France)
Date de décès (à 89 ans)
Lieu de décès Villeneuve-de-Mézin (France)
Nature du décès Infarctus du myocarde
Sépulture Cimetière de Lannes
Nationalité Française
Parti politique Républicains modérés
ARD-PRD
Conjoint Jeanne Bresson
Enfants Deux, dont André Fallières
Diplômé de Université de Toulouse
Université de Paris
Profession Avocat
Religion Catholicisme

Présidents de la République française

Ministre dans plusieurs gouvernements entre 1882 et 1892, il est nommé président du Conseil en 1883, mais son gouvernement dure moins d'un mois.

Devenu président du Sénat en 1899 après l'élection d'Émile Loubet à l'Élysée, il est élu chef de l’État en 1906, succédant à nouveau à celui-ci. À l’issue de son septennat, il ne sollicite pas un second mandat présidentiel et se retire des affaires publiques.

Biographie

Origines, famille et études

Clément Armand Fallières est issu d'une famille de propriétaires ruraux de l'Albret[1], localisée à Mézin (Lot-et-Garonne). Son grand-père paternel, Joseph Fallières (1781-1866) était forgeron, tandis que son père, Pierre Fallières[2] (1810-1874), occupait la fonction de géomètre-arpenteur.[3]

Le jeune Armand Fallières commence ses études au lycée Guez de Balzac d'Angoulême. Il devient avocat à Nérac après des études de droit à Toulouse et à Paris. Le 14 janvier 1868, il épouse, au cours d'une cérémonie civile se tenant à la mairie de Nérac, Jeanne Bresson (1849-1939). Le couple a deux enfants : Anne-Marie Fallières (1874-1962), qui épouse en 1908 Jean Lanes (1859-1940), secrétaire général de la présidence de la République française, et André Fallières (1875-1968)[1].

La même année, Fallières est élu membre du conseil municipal de Nérac, dont il devient maire en 1871, entrant également au Conseil général de Lot-et-Garonne.

Député de Lot-et-Garonne

Portrait d’Armand Fallières alors qu'il est parlementaire.

En 1876, il entre à la Chambre des députés comme député de Lot-et-Garonne et siège parmi les républicains de gauche. Le , il fait partie des 363 parlementaires qui votent la motion de censure contre le duc de Broglie.

Après la dissolution du Parlement par le président de la République, Mac Mahon, les nouvelles élections sont une victoire pour la gauche, et Fallières retrouve son siège.

Membre du gouvernement

En , Fallières devient à nouveau maire de Nérac. Il occupe à nouveau cette fonction brièvement, jusqu'en septembre, soit quatre mois après son investiture municipale.

Il entre au gouvernement en tant que secrétaire d'État à l'Intérieur dans les cabinets de Freycinet et Ferry, puis ministre de l'Intérieur du 7 août 1882 au 29 janvier 1883 dans le cabinet Duclerc.

Le , il est appelé par le président Grévy, de sorte à diriger un gouvernement, dont il prend le ministère des Affaires étrangères. Après trois semaines à la présidence d'un éphémère cabinet, il présente au président de la République sa démission, le 17 février.

Fallières, par la suite, occupe de nouvelles fonctions ministérielles de premier plan, entre 1883 et 1892, soit pendant neuf ans : ministre de l'Intérieur, puis de la Justice, et enfin de l'Instruction publique. Fallières est, entretemps, élu sénateur de Lot-et-Garonne, en 1890.

Sénateur

Peu après son élection au Sénat, Fallières prend la décision de s’inscrire dans trois groupes parlementaires : la Gauche républicaine, l’Union républicaine et la Gauche démocratique. Lorsque cette pluralité de groupes n’est plus admise, il choisit finalement le groupe de la gauche démocratique, « le plus avancé des trois » selon le sénateur Fallières.

De 1892 à 1899, Fallières, simple sénateur, fait preuve d’une grande discrétion : il ne prend pas une seule fois la parole en séance publique, même s'il contribue beaucoup au travail parlementaire.

Le , il vote contre la « loi de dessaisissement » du président Louis Loew dans l’affaire Dreyfus. Deux jours plus tard, il est élu président du Sénat au 2e tour de scrutin. Il succède à ce poste à Émile Loubet, élu président de la République, auquel il succédera par ailleurs à l’Élysée, sept ans plus tard.

Fallières est constamment réélu président du Sénat jusqu’en 1906. C'est à ce titre qu'il préside la Haute Cour de justice, qui juge, en 1899, Déroulède, Buffet, Ramel et Godefroy pour l’affaire de la caserne de Reuilly, liée à la tentative de coup d'État pendant les obsèques du président Félix Faure.

Président de la République

Portrait du président Fallières par Léon Bonnat (1907).
Affiche de Maurice Lefebvre-Lourdet pour le théâtre Marigny (1906).

Élu le 17 janvier 1906 avec 78 voix d’avance sur le radical Paul Doumer, il succède à Émile Loubet le 18 février 1906. Il devient ainsi le huitième président de la IIIe République.

Évitant d'occuper un rôle politique trop influent, comme le veut la tradition sous le régime alors en place, le nouveau président cherche à se poser en arbitre des luttes politiques et souhaite rapprocher la fonction présidentielle des Français. Aussi se déplace-t-il facilement en province, notamment sur ses terres du Sud-Ouest. En 1907, il inaugure à Marmande (Lot-et-Garonne) le monument commémoratif de Léopold Faye, homme politique local (maire de la ville puis conseiller général et président du conseil général de Lot-et-Garonne) décédé en 1900.

C'est durant la présidence de Fallières que prend fin l'affaire Dreyfus. En effet, par la loi du 13 juillet 1906, Dreyfus est réintégré partiellement dans l'armée, au grade de chef d'escadron (commandant). Le 4 juin 1908, les cendres du plus connu défenseur de Dreyfus, l'écrivain Émile Zola, sont transférées au Panthéon.

Armand Fallières et le roi Aakon VII de Norvège remontant les Champs-Élysées en juin 1907.

Opposant à la peine de mort, il gracie systématiquement les condamnés à mort pendant les premiers temps de son mandat. C'est d'ailleurs lors de son mandat, en 1908, qu'un projet de loi visant à l'abolition de la peine capitale est soumis à la Chambre des députés par le garde des Sceaux Aristide Briand, qui y affronte notamment le député nationaliste Maurice Barrès, partisan résolu de la peine de mort. Le projet n’est finalement pas voté, les députés et l'opinion publique y étant d'autant plus hostiles que la toute récente affaire Soleilland (1907) était encore dans les mémoires. Ce n'est que 73 ans plus tard que la peine de mort sera abolie en France, par la volonté d'un autre président de la République (François Mitterrand) et d'un autre garde des Sceaux (Robert Badinter).

Agression de Fallières par Mattis (couverture du Petit Parisien illustré du 10 janvier 1909).

Le , en effectuant une promenade sur les Champs-Élysées, un garçon de café, qui fut Camelot du roi, nommé Jean Mattis, se jette sur le président Fallières pour lui tirer la barbe. Mais Armand Fallières réagit en voyant l'énergumène, et est griffé au cou et à l'oreille droite. Jean Mattis écope de quatre ans de prison[4].

La présidence Fallières est également une ère politique marquée par des progrès importants : un ouvrier gagne en moyenne 1 100 francs net annuels ; les savoirs fondamentaux  lecture, écriture, calcul  constituent le bagage du plus grand nombre. En 1902, une réforme adapte l’enseignement secondaire aux nécessités de la vie moderne en attribuant une plus grande place aux sciences et aux langues étrangères ; après le certificat d’études, plus de la moitié des enfants entrent dans la vie active dès treize ou quatorze ans.

Ceci étant, c'est sous la présidence de Fallières que le gouvernement de Georges Clemenceau, « le briseur de grèves », réprime durement certains mouvements, comme la révolte des vignerons du Languedoc. C'est également sous la présidence d'Armand Fallières et sous le gouvernement du même Clemenceau que les forces de police sont modernisées, notamment par la création des « Brigades du Tigre » (popularisées par la série télévisée à succès Les Brigades du Tigre).

À l'occasion des fêtes du cinquantenaire du rattachement de la Savoie à la France, le 4 septembre 1910, il visite la ville d'Aix-les-Bains et son train à crémaillère jusqu'au Mont-Revard[5].

En 1913 est votée la loi instaurant l'usage de l’isoloir lors des votes[6].

Très populaire, le président est affectueusement surnommé par les Français « le père Fallières » en raison de son apparence bonhomme.

Dans le domaine de politique internationale, le président Fallières travaille au renforcement de la Triple-Entente (France/Russie/Royaume-Uni) face à l'Empire allemand de Guillaume II et à la Triplice (Allemagne/Autriche-Hongrie/Italie). En 1908, il se rend en visite officielle au Royaume-Uni où il rencontre le roi Édouard VII, oncle de l'Europe. La reine, née princesse de Danemark et sœur de la mère du tsar, est une prussophobe convaincue. L'année suivante, le , il rencontre le tsar de Russie Nicolas II lors de manœuvres de la marine à Cherbourg.

Le président Fallières aux côtés de la reine Wilhelmine lors de sa visite officielle en France (1912).

En 1911, sur fond de « seconde crise marocaine » (coup d'Agadir), alors que les troupes françaises commencent à occuper le Maroc que l'Allemagne convoite également, le président Fallières se rend en Belgique et aux Pays-Bas.

En , c'est en Belgique qu'il se rend. Il y sonde les intentions du roi Albert Ier. En effet, le jeune souverain, monté sur le trône quelques mois plus tôt, membre d'une dynastie d'origine allemande, est marié à une nièce de l'empereur d'Autriche François-Joseph, allié de l'Allemagne.

Du 23 au 25 juin, il se rend à Rouen pour les fêtes du Millénaire normand.

En juillet de la même année, il se rend aux Pays-Bas. Ici aussi, la souveraine Wilhelmine est jeune et mariée à un prince allemand, oncle de la princesse impériale Cécile, belle-fille du Kaiser et future impératrice.

En 1912, il commet une gaffe dont les journalistes se font l’écho. Le 17 avril, il présente ses condoléances au roi George V et au président américain William Howard Taft, en hommage aux nombreuses victimes du naufrage du Titanic. Parti en vacances, il oublie en revanche d'adresser ses condoléances aux familles françaises endeuillées.

Retraite

Armand Fallières avec les présidents Émile Loubet, Paul Deschanel et Raymond Poincaré ().

Le mandat présidentiel d'Armand Fallières se termine en 1913. Après réflexion, le chef de l'État sortant choisit de ne pas se représenter pour un second mandat de sept ans, justifiant sa décision par la phrase : « la place n'est pas mauvaise, mais il n'y a pas d'avancement »[7].

Retiré de la vie politique, l'ancien président Fallières prend le temps de se reposer dans sa résidence de Loupillon. Il y décède des suites d'une crise cardiaque, le , près de vingt ans après avoir quitté l'Élysée. Son épouse Jeanne décède en 1939.

Dans sa ville natale, une statue de bronze de près d'une tonne fut édifiée, en 1938, en l'honneur du « patriarche de la République », selon l'expression de l'historien Jean-Pierre Koscielniak. Ce monument attira les foudres du gouvernement de Vichy qui souhaita le détruire, en 1942[8].

Encore de nos jours, Armand Fallières reste une grande figure locale de Lot-et-Garonne : à Mezin, une place porte son nom, de même que le collège ; le lycée agricole de Nérac porte aussi son nom.

Détail des mandats et fonctions

À la présidence de la République

Au gouvernement

Au Parlement

  • 1876-1889 : député de Lot-et-Garonne
  • 1890-1906 : sénateur de Lot-et-Garonne
  • 1899-1906 : président du Sénat

Au niveau local

Décorations

Monument, sculpture en bronze Armand Fallières 1938 (détruit en 1942 par le régime de Vichy).

Références

  1. Le centenaire d'Armand Fallières 1906-2006, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 2006.
  2. Le patronyme Fallières désigne celui « qui est originaire de Fallières, de Fallière, de Faillère », nom de différents lieux, toponyme occitan qui désigne lui-même un lieu où pousse la fougère. Le nom est surtout porté dans l'Aveyron et le Tarn (sources : Généanet.org/onomastique).
  3. Armand Fallières, président du Sénat en 1900 - www.senat.fr
  4. « "L'agression physique contre le président de la République est le signe d'une désintégration de la société française" », Le Figaro, , p. 20 (lire en ligne).
  5. François Fouger, « L’importance des sociétés de chemin de fer dans le développement de la première station de ski française, le Mont-Revard. », In Situ, revue des patrimoines, (lire en ligne, consulté le )
  6. Alain Garrigou, Le secret de l'isoloir, (lire en ligne).
  7. Bertrand Meyer-Stabley, Les dames de l'Élysée - Celles d'hier et de demain, Paris, Librairie Académique Perrin.
  8. (arkheia-revue.org) Jean-Pierre Koscielniak, « Fallières : une statue encombrante », Arkheia, Montauban, 2008.
  9. https://www.romaniaregala.ro/jurnal/ordinul-carol-i-reinstituit-acum-15-ani-ani/
  10. « Ordinul Carol I », sur Familia Regala (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Jacques Chastenet, La France de M. Fallières, Paris, Fayard, 1949.
  • Stéphane Baumont, Fallières ou la République de la province, Toulouse, Éché, 1988.
  • La France de Monsieur Fallières : actes du colloque national Armand Fallières, 9-12 octobre 1986, Agen, Service éducatif des Archives départementales, 1990.
  • Hubert Delpont et Janine Dréano-Sestacq, Fallières : la République aux champs, AVN, 1996, 258 pages.
  • Un Lot-et-Garonnais à l'Élysée : Fallières en son temps, Agen, conseil général de Lot-et-Garonne, 2007 (actes du colloque d'Agen tenu en 2006).
  • Frédéric Lavignette, L'Affaire Liabeuf : histoires d'une vengeance, Fage éditions, 2011.

Liens externes

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