Vagabondage

Le vagabondage désigne communément le style de vie de celui qui vit de manière permanente sans adresse et sans emploi fixe, volontairement ou non, le « sans feu, ni lieu », errant de ville en ville, à la différence du mendiant qui se fixe sur un territoire. Les passeports ont souvent été des moyens de répression à l'égard du vagabondage et autres sans-papiers ou « gens sans aveu ». Juridiquement, le vagabond était souvent celui qui était inconnu dans l'endroit où il se trouvait, qui ne possédait aucun passeport ou autre certificat d'identité ou de bonnes mœurs, et ne pouvait se faire « avouer » (reconnaître) par quelqu'un (curé d'une autre paroisse, etc.). Le vagabondage était alors lourdement réprimé ; le délit de vagabondage n'a disparu du droit français qu'en 1992.

Leatherman L'homme de cuir »), un vagabond du XIXe siècle qui voyageait entre le fleuve du Connecticut et celui du Hudson dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le terme « vagabond » peut être utilisé, au sens péjoratif, pour représenter un sans-abri. Il peut aussi désigner celui qui part à l'aventure pour vivre une expérience de vie différente du mode de vie sédentaire; c'est pourquoi on dit qu'ils vivent de manière désordonnée, du moins en apparence. Des vagabonds célèbres ont existé, par exemple Gandhi, Nietzsche, Lanza del Vasto, et d'innombrables philosophes-vagabonds. Le vagabond est celui qui décide de vivre pour une durée indéfinie sans attache, dans un but spirituel (voir Les Clochards célestes de Kérouac), social ou sous une contrainte matérielle. Au sortir de leur période vagabonde, certains d'entre eux ont produit de nombreuses œuvres littéraires et/ou artistiques.

La fable de Jean de La Fontaine Le Loup et Le Chien, illustre bien une situation où un vagabond l'est par choix.

Histoire

Le vagabondage au Moyen Âge

La distinction entre le « mendiant valide », le « pauvre honteux » et les « oyseux » qui vivaient d'aumônes (« ceux qui n'ont même pas honte de mendier », selon saint Augustin) pose problème aux autorités gestionnaires des villes au Moyen Âge. L'ordonnance prise en France en 1351 par Jean II le Bon précise ainsi que « Ceux qui voudraient y donner l'aumône n'en donnent à nul gens sain de corps et de membre qui puisse besogne faire dont ils puissent gagner leur vie, mais les donnent à gens contrefaiz, aveugles, impotents et autres misérables personnes[1]. » En Angleterre, à la même époque, l'ordonnance de Richard II de 1388 assimile tout mendiant valide – « every person that goeth to begging and is able to serve or labor » – aux vagabonds, qui relèvent de mesures de police, et les distingue des invalides – « impotent beggars » – qui peuvent exercer leur activité sur place, si les habitants les tolèrent[2]. Cette même distinction se répète à travers la longue série des condamnations du vagabondage et de la mendicité par les Valois[3] et dans les premières « poor laws » anglaises du XVIe siècle[4].

Au Moyen Âge, l'image du gueux en haillons avec besace et bâton ferré parcourant la campagne pour mendier doit être nuancée : ces personnes sont le plus souvent à la recherche du travail ou fuient des épidémies. Les discours et contes de fées qui sanctifent ces pauvres évoluent progressivement à la fin de la période médiévale, se doublant d'une représentation de « mauvais pauvres » simulant et pervertissant la charité[5].

Les vagabonds sont criminalisés en France à partir du XIVe siècle, en particulier sous le règne de Jean II le Bon. Les mesures réprimant le vagabondage sont systématisés par le Parlement de Paris en 1473 ; une hiérarchie de peines allant de la marque au fer rouge jusqu'au bannissement est établie[6].

Le vagabondage sous l'Ancien Régime

Chemins de pèlerinage médiévaux vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins devaient se munir de certificats d'identité s'ils voulaient éviter d'être considérés comme des « vagabonds ».

En Angleterre, en 1547, une loi peu appliquée autorise de marquer au fer rouge les vagabonds et de les asservir pendant deux ans.

Sous l'Ancien Régime, la progression de la pauvreté accroît la mendicité et le vagabondage, notamment dans les grandes villes. En 1526, le philosophe Jean Louis Vivès estime dans son traité De subventione pauperum que la charité encourage les pauvres à ne pas chercher de travail. Il est le premier à proposer l'intervention de l'État pour mettre au travail les inactifs. Au XVIe siècle, le pouvoir royal décide de prendre en charge par l'État la gestion de la pauvreté. L'idée de regrouper les indigents dans des ateliers de charité ou des maisons du travail est reprise sous le règne de Louis XIV, et plus encore au XVIIIe siècle, notamment à l'initiative de Turgot[7]. Le vagabond est à cette époque appelé chemineau, trimard ou trimardeur[8].

Parallèlement au cours du XVIIe siècle, le pouvoir royal veut régler le problème du vagabondage en menant une politique d'enfermement systématique dans les hôpitaux généraux[9]. Cette politique d'internement forcé des pauvres a affecté l'ensemble des États européens.

En Angleterre, dès 1575, un acte d'Elisabeth Ire institue des établissements visant « la punition des vagabonds et le soulagement des pauvres ». Les Houses of Correction qui auraient dû être présentes dans chaque comté vont laisser la place aux workhouses qui, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle trouveront leur véritable expansion. Foucault note qu'en « quelques années, c'est tout un réseau qui a été jeté sur l'Europe ». Aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Allemagne se créent également des lieux d'internement de même nature[10].

En France, Louis XIV effectue deux déclarations, le et le , « portant bannissement des gens sans aveu et vagabonds hors de Paris »[11]. Enfin, alors que les Tsiganes, dont les premiers représentants arrivent en France au début du XVe siècle, étaient bien accueillis au XVIe siècle, leur situation se dégrade lors du XVIIe siècle, étant alors assimilés à des vagabonds[7].

Sous la Régence, la déportation est envisagée comme peine alternative, notamment aux galères, pour les « gens sans aveu et vagabonds », avec l'objectif explicite d'exploiter les colonies. Une déclaration royale du dispose ainsi :

« Mais le besoin que nous avons de faire passer les habitants dans nos colonies nous a fait regarder comme un grand bien pour notre état de permettre à nos juges au lieu de condamner les dits vagabonds aux galères, d’ordonner qu’ils seraient transportés dans nos colonies comme engagés pour y travailler aux ouvrages auxquels ils seraient destinés ainsi qu’il est porté par notre déclaration du 8 janvier dernier[12] »

En janvier-, des émeutes accueillent à Paris la volonté du comte d'Argenson de « moraliser » la ville en expulsant vers la Louisiane les « filles de mauvaise vie » et les vagabonds. Les maçons de la Creuse, voyageant sans certificat de bonnes mœurs ou sans livret ouvrier, ont souvent été réputés vagabonds et traités comme tels par la police. En 1787, sous le règne de Louis XVI, les ateliers de charité passent sous la responsabilité des Assemblées provinciales[7].

Le vagabondage à l'époque contemporaine

Au XIXe siècle prédomine l'image du vagabond dangereux, tel Joseph Vacher, le chemineau éventreur de bergers, à la fin du siècle. Bien que bénéficiant de l'assistance sociale d'œuvres caritatives privées, il est soumis à une forte répression, le délit de vagabondage étant apparu dans le Code pénal de 1810. Le tzigane est fiché par le carnet anthropométrique d’identité obligatoire depuis la loi du [13].

La fin du XIXe siècle voit l'avènement en France d'une nouvelle catégorie de pauvres : les « sans-abri », assistés légitimes qui sont pris en charge dans un dispositif spécifique, celui des asiles de nuit. La révolution industrielle et l'urbanisation massive ont en effet favorisé le chômage et la mendicité. Ces nouveaux vagabonds étaient généralement mis en prison ou dans des dépôts de mendicité mais ces établissements sont désormais perçus comme des lieux de contamination morale, d'où l'instauration d'asiles de nuit dont l'objectif est de rééduquer les vagabonds et les réintégrer dans le monde du travail en les plaçant dans un refuge-ouvroir ou un atelier de profession (analogues des workhouses en Angleterre)[14].

Au milieu du XXe siècle se développe l'image bienveillante du clochard ayant choisi ce type de liberté, tel Jehan-Rictus[15]. Image qui se renverse à la fin du XXe siècle avec la multiplication des SDF, des arrêtés anti-mendicité étant pris par différents maires, le premier en 1993 par le maire de Montpellier Georges Frêche[16].

Vagabondage selon le droit

Droit canadien

Le Code criminel canadien n'utilise pas le mot vagabondage. Toutefois, si un vagabond se met à flâner dans un endroit public et à gêner les personnes qui s'y trouvent, il peut en principe être sanctionné en vertu de l'infraction de troubler la paix à l'article 175 c) C.cr. [17] :

« 175 (1) Est coupable d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire quiconque, selon le cas :

c) flâne dans un endroit public et, de quelque façon, gêne des personnes qui s’y trouvent; »

Droit français

Enregistrement de l'écrou d'un inculpé de rupture de ban probablement condamné pour vagabondage. 1859-1869.

En France, selon le Code pénal de 1810 (art. 269 à 273), le vagabondage était un délit réprimé de trois à six mois d'emprisonnement. L'art. 270 donnait la définition juridique suivante : « Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier, ni profession. » Ces trois conditions devaient être réunies pour qualifier le délit de vagabondage, excluant dès lors les nomades, qui ont fait l'objet d'une loi spécifique en 1912 (voir carte d'identité en France). En 1972, des décrets définissent la catégorie juridique des « gens du voyage ».

Ces articles ont été abrogés par une loi de , entrée en vigueur le , réformant le Code pénal[18]. À la suite de cette abrogation, de nombreuses municipalités, notamment dans les zones touristiques, ont mis en place des arrêtés anti-mendicité dès l'été 1995[19].

Sans-domicile fixes

On emploie en France, de manière usuelle, le sigle SDF (Sans domicile fixe) pour désigner les personnes ne possédant pas de domicile et qui sont obligées de dormir dans la rue. Bien que toute personne ne possédant pas de domicile personnel et se faisant héberger (de connaissance en connaissance par exemple) de manière ponctuelle soit littérallement SDF, ce terme est principalement utilisé pour définir les personnes dormant dans la rue. Les SDF nécessitent souvent d'être assistés, secourus, aidés et soignés. Ils le sont le plus souvent par des organismes caritatifs privés, fonctionnant sur le principe du bénévolat social, surtout pendant les périodes hivernales.

Vagabonds célèbres

Notes et références

  1. « Ordonnance concernant la police du Royaume », dans Jourdan, Decrouzy, Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, op.cit., t. IV, p. 577 - cité par Robert Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, p. 68.
  2. Cf. J.C. Ribton-Turner, History of Vagrants and Vagrancy, and Beggars and Begging, New Jersey, 1972, p. 60. - Idem cité par Robert Castel, page 68.
  3. Cf. Jourdan, Decrouzy, Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, op.cit., t. XII, p. 262-264. - Idem cité par Robert Castel, page 68.
  4. J. Pound, Poverty and Vagrancy in Tudor Englang, op.cit. - Idem cité par Robert Castel, page 68.
  5. Dominique Kalifa, « Les vagabonds », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 21 février 2013.
  6. Gérard Noiriel, « Histoire populaire de la France », Le Monde diplomatique, (lire en ligne, consulté le )
  7. Yves Zoberman, Histoire du chômage : De l'antiquité à nos jours, Librairie Académique Perrin, , 340 p. (ISBN 978-2-262-03287-6 et 2-262-03287-4)
  8. trimardeur, définition Centre national de ressources textuelles et lexicales
  9. Edit du roi portant établissement de l'hôpital général, Code de l’Hôpital général p. 262.
  10. Voir Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique
  11. Louis-José Barbançon, Chronologie relative à la déportation, transportation et relégation française, Criminocorpus.
  12. Extrait de la déclaration royale du 12 mars 1719
  13. Patrick Gaboriau, SDF à la Belle Epoque : l'univers des mendiants vagabonds au tournant des XIXe et XXe siècles, Desclée de Brouwer, , 285 p.
  14. Lucia Katz, L'avènement du sans-abri. Histoire des asiles de nuit 1871-1914, Libertalia, , 160 p.
  15. Jean Lebrun, « Histoire de la grande pauvreté en France aux XIXe-XXe siècles », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 26 février 2013
  16. « Rappel des faits : les précédentes démarches "anti-SDF" », sur Le Nouvel Observateur,
  17. Code criminel, LRC 1985, c C-46, art 175, <https://canlii.ca/t/ckjd#art175>, consulté le 2021-03-15
  18. Stéphane Rullac, Le péril SDF : Assister et punir, Editions L'Harmattan, , 191 p. (lire en ligne)
  19. Marie-Hélène Renaut, « Vagabondage et mendicité : Délits périmés, réalité quotidienne », Revue Historique, vol. 299, no 2 (606), , p. 287–322 (lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

Liens externes

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