Louis Loucheur

Louis Loucheur, né le à Roubaix (Nord) et mort le à Paris 16e (Seine), est un homme politique français.

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Louis Loucheur
Fonctions
Député
Élection 11 mai 1924
Circonscription 1re d'Avesnes
Groupe politique GR
Prédécesseur Lui-même
Successeur Léo Lagrange
Élection 16 novembre 1919
Circonscription Nord
Groupe politique RDG
Prédécesseur Félix Defontaine
Successeur Lui-même
Conseiller général du Nord
Circonscription Canton d'Avesnes-sur-Helpe-Nord
Prédécesseur Alphonse Sirot
Successeur Alfred Lahanier
Circonscription Canton de Merville
Prédécesseur Orphée Variscotte
Successeur Auguste Watine-Lotthe
Biographie
Nom de naissance Louis Albert Joseph Loucheur
Date de naissance
Lieu de naissance Roubaix (Nord)
Date de décès (à 59 ans)
Lieu de décès Paris (Seine)
Sépulture Cimetière du Montparnasse
Nationalité française
Diplômé de École polytechnique

Biographie

Il est issu d'une famille protestante sans grande fortune (son père, Louis-Joseph Loucheur[1], est architecte).

Après une scolarité au lycée Faidherbe[2] de Lille, il intègre l'École polytechnique (promotion X1890) et entre comme ingénieur de la construction aux Chemins de fer du Nord. Le , il épouse Suzanne Lenicque, fille d’un centralien, et a deux filles : Marthe, qui épousera l’industriel Francis Sarrade, et Simone. En 1899, il s'associe avec un camarade de Polytechnique, Alexandre Giros, dans la Société Giros et Loucheur (bientôt connue par son nom télégraphique Girolou), qui se spécialise dans les constructions en béton armé et donnera naissance en 1908 à la Société générale d'entreprises (SGE).

Carrière politique

Ses activités industrielles le rapprochent des milieux politiques, qui le consultent régulièrement en matière notamment d'armement. En , face à la crise de l'artillerie lourde, Loucheur devient sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, aux côtés du ministre de l'Armement et des Fabrications de guerre, Albert Thomas, dans le gouvernement d'Aristide Briand. Dès sa nomination, Loucheur se distingua par la stratégie de la « production totale » ; il est aidé par trois hommes, Xavier Loisy, Edmond Philippar et Paul Munich, tous ingénieurs de formation.

À partir de , dans le gouvernement de Paul Painlevé ( au ) et dans celui de Georges Clemenceau (du au ), Loucheur remplace Thomas au ministère de l'Armement. Proche de Clemenceau, il participe à l'organisation du Haut commandement unique. Ce dernier le nomme dans son deuxième gouvernement, le , comme ministre de la Reconstitution industrielle, poste qu'il occupera jusqu'au , et le ministère de l'Armement est supprimé[3]. À la conférence de Paris en , il est le principal conseiller économique de Clemenceau pour la négociation du traité de Versailles, et il intervient directement dans les discussions avec David Lloyd George. Il reçut la Army Distinguished Service Medal[4] pour ce rôle.

Il est élu député de la circonscription d’Avesnes-sur-Helpe (Nord) pour la Fédération républicaine en , malgré une campagne de presse, qui l'accuse d'être un « profiteur de guerre ». Il déploie une intense activité parlementaire, s'intéressant aux chemins de fer et aux habitations à bon marché, et il s'impose comme l'un des ténors des Républicains de gauche, groupe indispensable à la formation de la plupart des majorités, s'appuyant notamment sur Le Petit Journal, puissant quotidien de l'époque. Il est réélu en 1924 et en 1928.

Il est nommé Ministre des Régions libérées dans le sixième gouvernement de Briand ( au ). À ce titre, à l'été et à l'automne 1921, il négocie à Wiesbaden avec Walter Rathenau la question des réparations allemandes.

Durant son bref passage au ministère du Commerce , de l'Industrie, des Postes et Télégraphes au printemps 1924 (troisième gouvernement de Poincaré, du au ), il participe à la rénovation du Conseil du Commerce et à la redéfinition des rapports de l'État et de la Compagnie française des pétroles.

Il devient ministre des Finances dans le septième gouvernement Briand (du au ) mais ne parvient pas à sortir de la crise du franc. Du au il retrouve le ministère du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement Édouard Herriot (du au ). Il est délégué à la conférence économique internationale à Genève en .

Du à , Loucheur est ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (quatrième et cinquième gouvernements Poincaré du au , dixième gouvernement Briand du au , premier gouvernement André Tardieu du au ). Les mouvements sociaux, et la crise du logement qui s'accentue du fait de la construction très réduite de logements dans la période d'après-guerre conduisent au vote de la loi Loucheur, en , qui prévoit la construction sur cinq ans de 200 000 logements HBM et 60 000 logements à loyer moyen.

Il participe à la mise en place de la loi sur les assurances sociales, votée en , dans un climat très polémique. Il tente enfin, sans succès, de faire passer une loi sur le règlement des conflits collectifs du travail. Il est également à l'origine de la construction du bâtiment du ministère des Affaires sociales et de la Santé, situé avenue Duquesne (7e arrondissement de Paris).

Il est ministre de l'Économie nationale dans le gouvernement Théodore Steeg, du au .

En 1923, Loucheur vend le pavillon de musique de la comtesse du Barry à Louveciennes au parfumeur François Coty (1874-1934).

Il meurt d'une affection cardiaque grave le au 9 rue de l'Amiral-Hamelin (16e arrondissement de Paris) et repose au cimetière du Montparnasse (div. 10).

Amateur d'art et collectionneur

Loucheur fut proche de Thadée Natanson, le co-fondateur de La Revue Blanche, qui devint le centre de ralliement des peintres nabis, et de Vuillard, qu'il aida en 1914, en le recommandant pour accéder à la tête d'une usine de guerre à Lyon.

Vers 1928-1929, le peintre fit son portrait (musée des Beaux-Arts de Lille), dont l'étude préparatoire figura, avec sa Vue des Pavillons vers la mer peint à Criqueboeuf en 1910 lors d'un séjour dans la villa de ce nom louée par ses amis Jos et Lucy Hessel - tableau acquis par Loucheur à Drouot le - à la vente aux enchères publiques à Paris le [5]).

Engagement européen

Fidèle lieutenant des options européistes d'Aristide Briand, représentant de la branche modernisatrice et cartelliste du patronat français, partisan du rapprochement industriel entre la France et l'Allemagne, Loucheur est un des plus actifs promoteurs des idées et projets de construction économique européenne des années 1920. À ce titre, il peut être considéré comme un des inspirateurs intellectuels de l'Union européenne[réf. nécessaire].

Il formule notamment le projet Loucheur, qui préconise le développement des ententes de production et l'abaissement des barrières douanières en Europe. Ces idées constituent le socle des travaux de la Conférence économique internationale, dont il est l'initiateur en 1925, qui se réunit à Genève en 1927. Vice-président de cette conférence, Loucheur exerce un rôle majeur dans son organisation et ses débats et influence notablement ses conclusions, véritable laboratoire à idées de l'Europe économique du futur.

Il préside la section française de l'Union paneuropéenne et œuvre à la constitution d'un Comité économique associant les industriels européens.

Enfin, il est l'inspirateur du volet économique du Projet d'Union européenne, présenté par Briand à la tribune de la SDN le .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

  • Stephen D. Carls, Louis Loucheur, ingénieur, homme d'État, modernisateur de la France, 1872-1931, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, 2000
  • Louis Loucheur, Carnets secrets, 1908-1932, Paris, Bruxelles, Brepols, 1962.
  • Véronique Pradier, « L’Europe de Louis Loucheur : le projet d’un homme d’affaires en politique », Études et documents, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, tome V, 1993, p. 293-306.
  • « Louis Loucheur », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960

Liens externes

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