François-Joseph Talma

François-Joseph Talma, né le à Paris où il est mort le , est un comédien français de la Comédie-Française.

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Talma dans le rôle de Cinna.

Il est resté célèbre pour ses innovations théâtrales durant la Révolution française et le Premier Empire.

Biographie

En 1776, il se rend en Angleterre pour retrouver son père, devenu dentiste à Londres. Mais son avenir sera plutôt influencé par la découverte du théâtre élisabéthain que par le métier paternel. En Angleterre, il joue en amateur. Rentré en France, en , il s'établit dentiste[1].

Talma s'inscrit à la fondation de l’École royale de déclamation en , abandonnant le métier de dentiste. Il débute à la Comédie-Française en 1787 dans Mahomet puis il y joue Brutus et La Mort de César, des tragédies de Voltaire. Il crée Charles IX de Marie-Joseph Chénier. C'est un immense succès public, mais l’Église fait interdire la pièce à la 33e représentation. Le , la pièce est jouée malgré l'interdiction. La troupe de la Comédie-Française se divise alors entre les révolutionnaires et les autres sociétaires, qui refusent de jouer avec Talma. Il s'engage de plus en plus politiquement, n'a pas de grandes affinités avec Robespierre, mais est très mal vu de Marat. Le , il démissionne de la Comédie-Française, et passe dans un nouveau théâtre sis rue de la Loi[2]. La salle prend vite le nom de théâtre de la République et, quand les « comédiens-français » sont emprisonnés en septembre , il est accusé d'avoir comploté contre ses anciens partenaires. En réalité, dénoncé au tribunal révolutionnaire par Marat, il a été, à partir de ce moment, considéré comme suspect. Un de ses amis l’ayant informé que son nom était porté sur une liste de proscription, craignant dès lors être arrêté à chaque instant, ce n'était qu’en tremblant, et presque toujours accompagné d'un de ses camarades, qu’il rentrait chez lui[3]

À la même époque, il se lie d'amitié avec un jeune militaire : Bonaparte[n 1], dont la faveur survivra à l’accession au trône. A la demande de Napoléon, le comédien a continué ses visites, se rendant au moins une fois par semaine chez l'empereur à l'heure du déjeuner [3].

Portrait de Talma par Aimée Perlet (d) d’après Édouard Picot.

Réintégré au sein de la Comédie-Française en il devient officiellement « le comédien préféré de Napoléon », notamment grâce à son jeu, qu'admira énormément l'Empereur, dans Cinna, la pièce de Corneille. La même année, le théâtre de la République devient la seule salle du Théâtre-Français. À la première représentation de sa réouverture, il incarne Rodrigue dans le Le Cid. En , il est nommé professeur au Conservatoire.

En , il a une liaison avec la princesse Pauline Bonaparte. En , on relève sa participation aux activités de la Société de la Goguette au côté d'autres comme Carle Vernet, Firmin Didot, Désaugiers, Cicéri, Ravrio[4].

Postérité

Les critiques sont unanimes sur son immense talent. Talma innove aussi dans le domaine des costumes, en incarnant Titus par exemple (dans Brutus de Voltaire), il s'habille en romain : toge, cothurnes « d'époque » et ce qui choque surtout : bras et jambes nus ! Il propose de jouer les personnages vêtus selon leur temps, et non selon la mode contemporaine. Il réforme entièrement l'esprit des costumes avec les conseils du peintre David. Pionnier d'une révolution esthétique, il adapte la révolution politique à ses idées théâtrales. Il paraît en scène sans perruque, sans déclamer le vers tragique ; il bouscule les conventions du spectacle tragique de telle sorte que la tragédie se dirigea vers un nouveau style : le drame historique et politique. Il faut noter son succès en décembre 1821 dans la tragédie Sylla d'Étienne de Jouy où son physique, allié à une perruque appropriée, lui permet de « faire revivre » Napoléon s’est éteint quelques mois auparavant.

Un an avant sa mort, Talma a rédigé sa vision révolutionnaire du théâtre dans son Mémoire sur Lekain et sur l'art dramatique. À sa mort, au 9 rue de la Tour-des-Dames, Paris tout entier a assisté à son inhumation, sans cérémonie religieuse, au Père-Lachaise[n 2], le .

Vie privée

François-Joseph Talma peint par le baron Gérard ; dessiné et lithographié par Bazin jeune (1827).

Talma était l’ami fidèle de l'éditeur Martin Bossange et de Louise Desgarcins, qu'il avait fait entrer au Conservatoire[5]. Il avait épousé, en , la danseuse Julie Careau. En , il divorce et épouse Charlotte Vanhove (dite Caroline), comédienne et fille de comédiens. En , il a eu une brève liaison, à Aix-en-Savoie, avec Pauline Bonaparte[6]. Les époux se séparent en 1815, mais ne divorcent pas. Talma aura trois enfants de Madeleine Bazile ; après la mort de Talma, Caroline Vanhove-Talma assumera les frais de leur éducation[5].

Hommages

Quelque temps après sa mort, un comité propose d'ériger un monument lui rendant hommage et un tract en vue d'une souscription est diffusé :

« Talma n'est plus ! Il est du devoir de ses contemporains de consacrer, par un monument durable, la mémoire d'un talent dont le souvenir seul peut se transmettre à la postérité. Une Souscription a été ouverte, un Comité a été organisé. Il se compose de : M. le Baron Gérard, premier peintre du roi ; le Baron Taylor, commissaire-royal près le Théâtre-Français ; M. Alexandre Duval, de l'Académie française ; M J.-G Ymbert, ancien chef de bureau au ministère de la Guerre, M. Kératry, ancien député, M. Moreau, homme de lettres. Les offrandes sont reçues à Paris, dans les Bureaux de la Pandore, rue du Sentier no 15 ; chez Me Maine de Glatigny, notaire, rue de Richelieu no 95 ; et chez M. J.-G. Ymbert, directeur de la Bourse générale, rue de la Michadière (sic) no 4. Tous les amis des arts et de la gloire nationale s'empresseront de seconder une Souscription dont le produit est destiné à rendre hommage au plus beau génie qui ait illustré la scène française[7]. »

L’Académicien Antoine Vincent Arnault dit de lui que

« c’était un corps élégant qu’habitait une âme brûlante ; c’était une tête admirable qu’animait une vaste intelligence ; c’était une voix puissante dont l’accent pathétique et solennel servait d’organe à son inépuisable sensibilité, à son infatigable énergie. »

Il résume : « Tout ce que la nature peut donner, Talma le possédait, et Talma possédait aussi tout ce que l’art peut acquérir[8]. »

Dans ses Journaux de théâtre, Alexandre Dumas rend hommage à l'art de Talma dans la dernière décennie de sa vie, et fait le récit de sa mort. Il publiera, en , François-Joseph Talma. Mémoires de J.-F. Talma écrits par lui-même et recueillis et mis en ordre sur les papiers de sa famille par Alexandre Dumas.

Portrait de Talma par Riesener.

Gérard de Nerval a composé une élégie intitulée La Mort de Talma[n 3] :

…Sur un rocher désert notre grand capitaine
Du poids de ses malheurs se sentit accablé
Et comme lui, plus tard, une plage lointaine
Dévora David exilé[9] !…

Jules Janin dira, lors de sa mort, dans son Talma et Lekain :

« Talma n’est plus. En répétant cette pénible nouvelle, chacun semble chercher un démenti. Cette incrédulité publique est un hommage rendu au génie. On a peine à concevoir qu’un feu céleste puisse s’éteindre ; ce sentiment est tellement puissant que tout le temps de sa maladie on se félicitait en apprenant que Talma souffrait encore : il existait. Le mouvement d’orgueil national qu’on éprouvait en prononçant le nom de ce grand comédien sera désormais mêlé de regrets. Nous tous, jeunes contemporains de cet homme célèbre, qui pourtant l’avons applaudi naguère, nous en sommes à envier celui qui peut s’écrier : « J’ai frémi d’enthousiasme à ses dernières inspirations tragiques. » Mais si sa perte nous inspire une douleur si naturelle, combien elle doit être vive pour ceux qui ont vu naître et grandir son talent ! Quelle leçon la mort donne aux citoyens obscurs, lorsqu’elle frappe sans cesse ceux à qui des vertus ou des talents immenses avaient presque donné le droit de demander pour eux une exception dans les lois de la nature[10] ! »

À Paris, les rues Lekain et Talma sont proches.

En 1937, Adolphe Saal, mari de la petite-fille de Talma, offre le cœur embaumé de Talma à la Comédie-Française[11],[12].

Postérité

François-Joseph a laissé son nom à un lycée de l'Essonne[n 4].

Dans cette même ville, devant le théâtre du Val d’Yerres, une statue de bronze de l’acteur représenté en costume de scène est inaugurée en septembre 2008.

Son nom a également été donné à plusieurs rues à Nantes, Brunoy, Enghien-les-Bains, Paris (la rue Talma, dans le 16e arrondissement) ou Vitry-sur-Seine.

Un timbre lui a été consacré, en juin 1961 [n 5]

Carrière à la Comédie-Française

Entrée en
Nommé 195e sociétaire en
Décès le 19 octobre 1826

Liste non exhaustive de ses rôles[13] :

Théâtre de la République
Théâtre-Français (réunification)

Filmographie

Abel Gance, Napoléon, . Une scène où Talma fait répéter à Bonaparte sa déclaration d'amour à Joséphine. Bien des scènes entre Talma et Bonaparte se trouvent dans le scénario original, mais semblent ne pas avoir été tournées, ou bien coupées au montage.

Notes et références

Notes

  1. Il portait au cou un pendant avec le portrait de Napoléon, don de ce dernier.
  2. 12e division.
  3. Un hommage rendu plus à Napoléon qu'à Talma.
  4. À Brunoy : « Site Internet du lycée Talma de Brunoy » (consulté le ).
  5. Série de cinq timbres de comédiens français, les autres étant La Champmeslé, Rachel, Raimu et Gérard Philipe.

Références

  1. Hands Agency, « François-Joseph Talma », sur www.comedie-francaise.fr, Comédie-Française (consulté le )
  2. Madeleine Ambrière et Francis Ambrière, Talma, ou, l’histoire au théâtre, Paris, Fallois, , 893 p. (ISBN 978-2-87706-638-9, lire en ligne), p. 140.
  3. Louis-Gabriel Michaud, « Talma (François-Joseph) », Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Beck, vol. 83, , p. 350 (lire en ligne, consulté le ).
  4. Arthur Martin Dinaux (ouvrage posthume de revu et classé par Gustave Brunet), « Société de la Goguette », Les Sociétés badines, bachiques, chantantes et littéraires : leur histoire et leurs travaux, Bachelin-Deflorenne, , p. 383-5 (lire en ligne, consulté le ).
  5. Henri Lamendin, François-Joseph Talma (1763-1826) : dentiste et acteur favori de Napoléon 1er, Paris, L’Harmattan, , 158 p. (ISBN 9782336361789, lire en ligne), p. 16.
  6. Hector Fleischmann, Pierre Bart (dir.), Lettres d’amour inédites de Talma à la princesse Pauline Bonaparte, Paris, Charpentier et Fasquelle, , 342 p. (lire en ligne).
  7. Tract se trouvant dans les minutes de Maître Mathieu Vassard, notaire à Chartres. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E51 776.
  8. Cité par Alexandre Dumas, Mes mémoires, t. 8, Paris, Calmann Lévy, , 316 p., 10 vol. ; 19 cm (lire en ligne), p. 284.
  9. Gérard de Nerval, Œuvres complètes : Poésies complètes, t. 6, Paris, Calmann Lévy, , 315 p., 6 vol. ; in-18 (lire en ligne), p. 79.
  10. Jules Janin et Albert de La Fizelière (dir.), Œuvres diverses, t. 4, série 2, Paris, Librairie des Biobliophiles, , 12 vol. ; in-18 (lire en ligne).
  11. « Excelsior », sur Gallica, (consulté le )
  12. « Excelsior », sur Gallica, (consulté le )
  13. Sources : Base documentaire La Grange sur le site de la Comédie-Française ; et les Rôles de François-Joseph Talma sur Les Archives du spectacle.net
  14. Molière sur le site de la Comédie-Française

Liens externes

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