Bataille de Ravenne

Au cours des guerres du Rinascimento pour la prédominance en Italie, les Français, confrontés à une contre-offensive de la Sainte-Ligue, battent avec l'artillerie alliée du duc de Ferrare les troupes espagnoles le lors de la bataille de Ravenne. Mais Gaston de Foix meurt durant cette bataille et Jacques II de Chabannes, son successeur, n’a pas ses talents de général. Menacés au nord, les Français doivent se replier vers le Piémont.

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Bataille de Ravenne
Bataille de Ravenne. Mort de Gaston de Foix-Nemours. Par Ary Scheffer (vers 1824).
Informations générales
Date
Lieu Ravenne (Romagne)
Issue Victoire franco-ferraraise
Belligérants
Royaume de France
Duché de Ferrare
Sainte-Ligue :
 Monarchie espagnole
 États pontificaux
Commandants
Gaston de Foix-Nemours † duc Alphonse Ier d'EsteRaimond de Cardona
Forces en présence
23 000 hommes16 000 hommes
Pertes
3 à 4 500 morts, 4 500 blessés9 000 morts

Guerre de la Ligue de Cambrai

Batailles

Coordonnées 44° 25′ nord, 12° 12′ est
Géolocalisation sur la carte : Italie

Contexte

Inquiet des progrès de Louis XII, le pape Jules II manifeste sa volonté de chasser les Français d’Italie. Le , il lève l’excommunication de Venise et les troupes papales aident les Vénitiens à reconquérir le terrain cédé aux Français.

En , Louis XII prend Bologne et convoque le concile de Pise, destiné à destituer le pape. Jules II riposte par sa bulle Sacrosanctæ (de), en excommuniant les membres du concile de Pise. Puis le , il forme la Sainte-Ligue avec l’Espagne, la république de Venise, l’Angleterre et les cantons suisses contre la France.

Au début de 1512, les armées coalisées reprennent Brescia et marchent sur Bologne. Mais les troupes françaises, commandées par Gaston de Foix, parviennent à faire lever le siège de Bologne, et obligent les troupes de la Sainte-Ligue à évacuer Brescia.

L'événement

Le , en direction de Forlì, les Français et les troupes de la Sainte-Ligue guidées par Raimond de Cardona se retrouvent face à face sur le rivage du fleuve Ronco, presque au confluent avec le Montone. Il s'ensuit le combat de Ravenne, dont un monument, dit « colonna dei Francesi », rappelle l'emplacement.

À la bataille prennent part les plus célèbres chevaliers et aventuriers de l'époque, entre autres Bayard et Gaston de Foix-Nemours du côté français et Romanello de Forlì, alors très connu pour être un des vainqueurs du défi de Barletta. Les Français, guidés par Gaston de Foix-Nemours, reçoivent l'aide décisive de l'artillerie d’Este, qui, sous la direction du duc Alphonse Ier d'Este était à cette époque parmi les plus efficaces d'Europe.

Il se raconte que pendant que le duc de Ferrare pointait ses canons, certains de ses subordonnés lui dirent qu’en tirant en cet instant, ils auraient frappé indistinctement aussi bien les ennemis espagnols que les alliés français ; Alphonse d'Este aurait répondu : « Tirez sans crainte de vous tromper, ce sont tous nos ennemis ».

Phrase emblématique de la défiance qui circulait en Europe au début du XVIe siècle. Ce fut justement le duc d’Este qui, avec diplomatie, empêcha les Français de piller Ravenne.

Conséquences

Malgré leur victoire, les Français, suite aux graves pertes subies, doivent se retirer de Lombardie à l'approche d'une armée suisse hostile, en laissant le duc de Ferrare en grande difficulté. Les troupes espagnoles et pontificales ont le temps de se ressaisir et les 18 000 soldats suisses arrivent en Lombardie. En , les Français ont complètement évacué la Lombardie et Maximilien Sforza est placé sur le trône ducal à Milan.

Dès l'événement, la victoire française à Ravenne fut comparée à une défaite, de grands officiers, comme Gaston de Foix-Nemours et le vicomte de Lautrec, ayant été tués ou grièvement blessés au cours du combat. C'est ainsi que, trois jours après la bataille, Bayard écrivait à son oncle, évêque de Grenoble :

« Monsieur, si le roi a gagné bataille, je vous jure que les pauvres gentilhommes l'ont bien perdue; car, ainsi que nous donnions la chasse, M. de Nemours vint trouver quelques gens de pied qui se ralliaient, et voulut donner dedans; mais le gentil prince se trouva si mal accompagné, qu'il y fut tué, dont toutes les déplaisances et deuils qui furent jamais faits ne fut pareil que celui qu'on a démené et qu'on démène encore en notre camp; car il semble que nous ayons perdu la bataille[1]. »

Monstre de Ravenne

Le monstre de Ravenne dont la naissance annonça la bataille de Ravenne, punition des péchés en Italie.

En 1544, Jacob Rueff (de) est le premier auteur à signaler la naissance d'un monstre italien, présage de l'issue de la bataille de Ravenne.

Le monstre serait né en 1511 à Ravenne, selon Lycosthènes, année précédant la bataille, ou le jour même (), selon Boaistuau[2]. Dans son livre traitant des monstres et prodiges (1573), Ambroise Paré le décrit ainsi :

« Du temps que le Pape Jules second suscita tant de malheurs en Italie, et qu'il eut la guerre contre le roi Louis douzième 1512, laquelle fut suivie d'une sanglante bataille donnée près de Ravenne ; peu de temps après on vit naitre en la même ville un monstre ayant une corne à la tête, deux ailes, et un seul pied semblable à celui d'un oiseau de proie ; à la jointure du genou un œil ; et participant de la nature de mâle et de femelle[3] ».

Dans les années 1560, Boaistuau en donne les explications symboliques. La corne représente l'orgueil et l'ambition ; les ailes, la légèreté et l'inconstance ; l'absence de bras, le refus des bonnes œuvres ; le pied d'oiseau de proie, la rapine et l'avarice ; l'œil situé sur le genou, l'attachement aux choses terrestres ; les deux sexes, la luxure et la sodomie.

Le monstre représente « tous les péchés qui régnaient de ce temps en Italie ». Les Italiens n'ont pas suivi les signes inscrits sur la poitrine du monstre : l'Upsilon Y signifiant désir de vertu, et la croix au-dessous l'enseignement du Christ. La guerre et la défaite furent leur châtiment[2].

Notes et références.

  1. Lettre reproduite en annexe à l’Histoire du gentil seigneur de Bayard, par le Loyal Serviteur, édition en orthographe moderne, Balland, 1967, p. 453.
  2. J-L. Fischer, Monstres, Histoire du corps et de ses défauts, Syros-Alternatives, (ISBN 2-86738-648-9), p. 49-50.
  3. Ambroise Paré, Œuvres complètes (1585), Le 25e livre traitant des Monstres & Prodiges, chapitre III, exemple de l'ire de Dieu.

Voir aussi

Sources primaires

  • Le Loyal Serviteur, Histoire du gentil seigneur Bayard, édition en orthographe moderne, Balland, 1967, chap. 43, p. 329-348.
  • François Guichardin, Storia d'Italia, 1537-1540, livre X, chap. XII et XIII. (Tr. fr. dir. J.-L. Fournel et J.-C. Zancarini, Paris, Laffont, 1996, t. 1, p. 783-795.)

Bibliographie

  • N. Ghigi, La battaglia di Ravenna, Bagnacavallo, 1906.
  • E. Rodocanachi, Le Pontificat de Jules II, 1503-1513 (1928), p. 156-160. (Avec gravures d'époque représentant la bataille.)
  • Jean-Louis Fournel, « Ravenne () : la première bataille moderne ? », dans Ariane Boltanski, Yann Lagadec et Franck Mercier (dir.), La bataille : du fait d'armes au combat idéologique, XIeXIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 288 p. (ISBN 978-2-7535-4029-3, présentation en ligne), p. 79-91.

Articles connexes

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