Ibuprofène

L'ibuprofène est la dénomination commune internationale de l'acide 2-[4-(2-méthylpropyl)phényl]propanoïque. Il s'agit de la substance active d'un médicament AINS (anti-inflammatoire non stéroïdien) utilisé pour soulager les symptômes de l'arthrite, de la dysménorrhée primaire, de la pyrexie ; et comme analgésique, spécialement en cas d'inflammation.

Ibuprofène
Structure des énantiomères R (en haut) et S (en bas) de l'acide 2-[4-(2-méthylpropyl)phényl]propanoïque
Représentation tridimensionnelle de la molécule
Identification
Nom UICPA acide (RS)-2-[4-(2-méthylpropyl)phényl]propanoique
No CAS 15687-27-1 (RS)
51146-56-6 (D) ou S(+)
51146-57-7 (L) ou R(–)
No ECHA 100.036.152
No EC 239-784-6
Code ATC C01EB16, G02CC01, M01AE01, M01AE14, M02AA13
DrugBank APRD00372
PubChem 3672
SMILES
InChI
Apparence cristaux incolores
Propriétés chimiques
Formule brute C13H18O2  [Isomères]
Masse molaire[1] 206,2808 ± 0,0123 g/mol
C 75,69 %, H 8,8 %, O 15,51 %,
pKa 4,54 à 25 °C
Propriétés physiques
fusion 76 °C[2]
Solubilité 0,043 mg·ml-1 eau à 37 °C.
Sol. dans la plupart des solvants organiques.
Masse volumique 0,2 à 0,6 g·cm-3
Pression de vapeur saturante 0,000012 hPa à 25 °C
Précautions
Directive 67/548/EEC

Xn

Phrases R : 22,

Phrases S : 36,
Écotoxicologie
DL50
  • 1 600 mg·kg-1 rats oral,
  • 320 mg·kg-1 souris i.p.
  • 1 300 mg·kg-1 rats subcutané
  • Données pharmacocinétiques
    Biodisponibilité 49% à 73 %
    Métabolisme Hépatique
    Demi-vie d’élim. 1,8 à 2 heures
    Excrétion

    Rénal

    Considérations thérapeutiques
    Voie d’administration orale, rectale, cutanée, intraveineuse

    Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

    L'ibuprofène a été développé par les chercheurs de chez Boots UK (en), dans les années 1960, à la suite d'un test systématique des propriétés antipyrétiques et analgésiques de 600 molécules potentielles. Il est commercialisé sous divers noms commerciaux, par exemple Brufen, Advil, Nurofen, Upfen, Motrin, Algifen, Algifor…

    Indications

    Comprimés d'ibuprofène, 200 mg

    L'ibuprofène est un anti-inflammatoire non stéroïdien. Il est indiqué, chez l'adulte et l'enfant, dans le traitement de courte durée de la fièvre ou de douleurs telles que maux de tête, états grippaux, douleurs dentaires, courbatures et règles douloureuses.

    Il est contre-indiqué chez l'enfant en cas de varicelle[3] et chez la femme enceinte au-delà de six mois, le paracétamol étant plus indiqué dans ces deux cas[4].

    Mécanisme d'action

    L'ibuprofène est un inhibiteur non sélectif de la prostaglandine synthase, également appelée cyclo-oxygénase (COX). Cette enzyme catalyse la première étape de la synthèse des médiateurs de l'inflammation : prostaglandines et thromboxanes. L'ibuprofène, comme de nombreux autres AINS, limite ainsi l'activation de cette voie par un mécanisme d'inhibition des deux familles de cyclo-oxygénase.

    Effets secondaires

    Ce médicament est légèrement plus efficace que le paracétamol sur la fièvre et équivalent pour la douleur, mais il présente plus d'effets secondaires ; « de nombreuses études (série de cas, études de cohorte, études cas–témoins et 1 essai randomisé multicentrique en double insu) ont rapporté des effets indésirables lors de l'utilisation de l'ibuprofène à doses thérapeutiques »[5].

    Quatre grands types principaux d'effets secondaires ou indésirables sont documentés :

    1. Effets sur le tractus digestif : gastrite, stomatite (inflammation de la bouche et des gencives), douleurs abdominales, voire ulcération du tube digestif au-delà de 400 mg.
    2. Troubles systémiques : jaunisse à bilirubine non conjuguée, éventuellement sévère[6], cholangites (c'est à dire inflammation des voies biliaires intra et/ou extra-hépatiques, rarement[7]), céphalées (maux de tête), bourdonnements d'oreille, somnolence et confusion.
    3. Manifestations allergiques et cutanées : rarement des allergies cutanées, une Nécrolyse épidermique toxique[8], une ductopénie[8], une dermohypodermite nécrosante[9] (« La prise de l'Ibuprofène au cours de la varicelle peut être à l'origine de complications cutanées sévères »[9]) ou de l'asthme (mais probablement pas plus qu'avec le paracétamol[10] ont été observés secondairement à une prise d'ibuprofène, mais l'effet sur l'ashme est discuté[11], certains chercheur estimant que l'ibuprofène pourrait même atténuer l’asthme[11] si le patient n'est pas victime d'une hypersensibilité croisée avec d'autres AINS) ;
    4. Perturbation endocrinienne : après que d'autres études ont montré des effets délétères de l’aspirine et du paracétamol sur le testicule adulte humain[12], il a été récemment démontré que l'Ibuprofène est aussi un perturbateur endocrinien : sa consommation quotidienne à doses moyennes perturberait de 3 hormones testiculaires, en dopant notamment la production d'hormone lutéinisante (hormone hypophysaire chargée de contrôler la production de testostérone chez l'homme) ; à des doses de 1 200 mg/jour pendant 6 semaines l'organisme masculin compense cette surproduction par un mécanisme dit « hypogonadisme compensé » ne concernant théoriquement que 10 % des personnes âgées de sexe masculin, qui peut être source de complications et nécessite pour cette raison un suivi médical[13].

    Ces effets indésirables seraient la conséquence, d'une part d'un mécanisme d'inhibition non-sélectif ; et d'autre part du fait que l'Ibuprofène perturbe « l’expression des gènes codant plusieurs enzymes responsables de la stéroïdogenèse dont la testostérone est issue » et « s'avère inhiber une hormone produite par les cellules de Sertoli – l’inhibine B – qui est responsable de la régulation de l’hormone folliculo-stimulante (FSH). »[13] ; il inhibe aussi la production d’hormone anti-mullérienne par ces mêmes cellules de Sertoli[13], de même qu'il bloque la production des prostaglandines testiculaires (selon des tests conduits ex vivo et in vitro)[13].

    Précautions

    L'Inserm a alerté sur les risques induit par une prise régulière et médicalement injustifiée d'Ibuprofène par exemple par des athlètes de haut niveau, des sportifs amateurs, etc[14]., qui peuvent alors voir leur condition physique (muscles et os) se dégrader et « hypothéquer leur santé reproductive et même psychologique »[13].

    L'ibuprofène ne doit pas être associé à un traitement au lithium ; en cas de doute, il convient de consulter le médecin traitant ; il ne doit pas être utilisé chez la femme enceinte durant le troisième trimestre de grossesse à cause des risques cardio-vasculaires sur le fœtus (fermeture du canal artériel) et à cause des risques pour le développement testiculaire de l'embryon ou du foetus mâle[13]. De manière générale le paracétamol doit lui être préféré durant toute la grossesse.

    Il ne devrait être utilisé lors de l'allaitement que s'il n'y a pas d'autre solution, et après consultation chez un médecin.

    Contre-indications

    La prise d'ibuprofène est déconseillée chez les enfants atteints de varicelle car elle peut être exceptionnellement à l'origine de complications infectieuses de la peau et des tissus mous[3]. En règle générale, il ne faut jamais utiliser d'anti-inflammatoires en cas d'infection (abcès, caries, etc.), au risque de favoriser une septicémie ou une gangrène[15].

    Grossesse

    À partir du 6e mois de grossesse, la prise d'ibuprofène est fortement déconseillée, comme celle de tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en général (comme l'aspirine par exemple). En effet à partir de cette période les risques de malformations sont d'autant plus importants que la prise est proche de l'accouchement. Le fœtus serait exposé à des risques d'insuffisance rénale et cardiaque, voire de fausse couche dans les cas extrêmes.

    Photosensibilité

    Lors d'une exposition aux UV de type A, l'ibuprofène peut provoquer par photosensibilisation des réactions photochimiques menant à un coup de soleil.

    Stéréochimie

    Vue en perspective de l'énantiomère R de l'ibuprofène.

    Seul l'énantiomère de configuration S de la molécule possède une activité médicamenteuse efficace. En effet l'énantiomère R est trois fois moins puissant.

    Enantiomère de Ibuprofène

    (R)-Ibuprofène

    (S)-Ibuprofène

    Disponibilité

    • Algérie : sirop pour enfant, 200 mg, 400 mg et 600 mg en vente libre.
    • Belgique : certaines formes sont en vente libre, d'autres nécessitent une ordonnance.
    • Québec : sirop pour enfant et 200 mg en vente libre, 400 mg sous conseil avec pharmacien, 600 mg sous prescription du médecin.
    • France : 200 mg en vente libre, 400 mg en vente libre mais en conditionnement limité.
    • Suisse : sirop pour enfant, 200 mg en vente libre, 400 mg en vente libre mais en conditionnement limité, 600 mg sous prescription du médecin.
    • Maroc : sirop pour enfant, 200 mg et 400 mg en vente libre ; le 600 mg n'est pas commercialisé.

    Noms commerciaux

    Classe : AINS, Sous classe : Profène.

    Divers

    L'ibuprofène fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[16].

    Liens externes

    Compendium suisse des médicaments : spécialités contenant Ibuprofène

    Notes et références

    1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
    2. (en) « Ibuprofen » sur ChemIDplus, consulté le 26 août 2009
    3. « L'utilisation d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), dans le traitement de la fièvre et/ou de la douleur, n'est pas recommandée chez l'enfant atteint de varicelle - ANSM », sur ansm.sante.fr, (consulté le 13 avril 2018)
    4. « ADVIL 400 mg - EurekaSante.fr par VIDAL », sur Eurekasante.fr par Vidal (consulté le 17 mars 2016)
    5. Leroy, S., Mosca, A., Landre-Peigne, C., Cosson, M. A., & Pons, G. (2007). Quel niveau de preuve de l'efficacité et de la sécurité de l'ibuprofène dans ses indications pédiatriques?. Archives de pédiatrie, 14(5), 477-484|résumé
    6. Elkrief, L., Chryssostalis, A., Moachon, L., Franck, N., Terris, B., Chaussade, S., & Sogni, P. (2007). Hépatite cholestatique sévère associée à un syndrome de Stevens-Johnson après la prise d’ibuprofène. Gastroenterologie Clinique et Biologique, 31(11), 1043-1045.
    7. Jacquet, J. M., Geynet, A. C., Vanlemmens, C., Kantelip, B., Miguet, J. P., & Bresson-Hadni, S. (2004). Cholangite aiguë après prise d’ibuprofène. Gastroentérologie clinique et biologique, 28(8-9), 821-822.
    8. Cogrel, O., Duffau, P., Beylot-Barry, M., Robert, A., Orlandini, V., Doutre, M., ... & Beylot, C. (2005, October). P23-Nécrolyse épidermique toxique et ductopénie secondaires à la prise d’ibuprofène: troisième observation. In Annales de Dermatologie et de Vénéréologie (Vol. 132, p. 85). Elsevier Masson.
    9. Hammami, S., Meriem, C. B., Hadded, S., Besbès, L. G., Lajmi, K., Aouam, A., ... & Guediche, M. N. (2010). P479-Varicelle compliquée d’une dermohypodermite nécrosante secondaire à la prise d’Ibuprofène. Archives de pédiatrie, 17(6), 169|résumé.
    10. Charkaluk, M. L., Kalach, N., El Kohen, R., & Kremp, O. (2005). Utilisation familiale de l'ibuprofène chez l'enfant fébrile: une étude prospective aux urgences d'un hôpital lillois. Archives de pédiatrie, 12(8), 1209-1214.
    11. Olive G (2006) Traitement analgésique/antipyrétique: ibuprofène ou paracétamol? Mise au point. Thérapie, 61(2), 151-160.
    12. Albert O, Desdoits-Lethimonier C, Lesne L, Legrand A, Guille F, Bensalah K, Dejucq-Rainsford N, Jegou B (2013) Paracetamol, aspirin and indomethacin display endocrine disrupting properties in the adult human testis in vitro. Hum Reprod 28(7):1890–1898.
    13. Attention à la prise d'ibuprofène pendant la grossesse| Communiqué de l'INSERM| publié le 08 janvier 2018
    14. Savatier F (2018) Ibuprofène : danger sur la testostérone ? Pour la science
    15. http://cap.chru-lille.fr/GP/magazines/97005.html
    16. (en) « WHO Model List of Essential Medicines, 18th list » [PDF], (consulté le 2 juin 2014)

    Articles connexes

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