Pierre Poivre

Pierre Poivre, né le à Lyon (Rhône) et mort le à Saint-Romain-au-Mont-d'Or (Rhône), est un horticulteur, botaniste, agronome, missionnaire et administrateur colonial français.

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Après des études en théologie à Paris, Pierre Poivre part en mission d'évangélisation en Extrême-Orient en 1741. Il y découvre les épices et les profits qu'en tirent les Hollandais. De retour en France, il persuade la Compagnie française des Indes orientales de l'intérêt d'introduire ces épices sur l'Isle de France (l'île Maurice), ce qu'il parvient à faire en important clandestinement des plants de muscadiers. En 1766, il est nommé Intendant des Isles de France et de Bourbon et participe au développement économique de l'île par ses introductions d'espèces végétales nouvelles. Il rentre en France en 1772 et meurt en 1786.

Biographie

Origines et jeunesse

Pierre Poivre descend d'une famille de commerçants modestes, son père Hilaire Poivre (1671-1739) est négociant en soieries à Lyon, et sa mère est Marie Pompallier (vers 1699-1770). Le couple se marie le , à l'église Saint-Nizier, à Lyon. Pierre Poivre naît le à Lyon. Il est le fils ainé du couple. Son frère cadet, Jean Poivre, reprend le négoce paternel et devient maitre et marchand-passementier.

Il entre chez les frères missionnaires de Saint-Joseph à la Croix-Rousse. Il réussit très bien ses études et il est rapidement envoyé à Paris. Là-bas il travaille pour le séminaire des Missions étrangères de Paris. Il déclare vouloir œuvrer pour l'évangélisation de l'Extrême-Orient.

Missionnaire en Extrême-Orient

En 1741, il s'embarque pour la Chine pour participer à son évangélisation. Pendant deux ans, Pierre Poivre séjourne à Guangzhou (Canton) où, après un séjour en prison, il devient un protégé du vice-roi qui l'autorise à visiter l'intérieur du pays. Il passe à Macao avant de s'installer à Fai-Fo en Cochinchine. Rapidement, Pierre Poivre oublie l'objectif de son voyage et se passionne pour le commerce et l'agriculture. Face à son manque de conviction, ses supérieurs le renvoient en France.

Détention à Batavia et importation des épices

Cependant son goût de l'aventure est le plus fort. Il rejoint l'Asie à bord d'un navire de la Compagnie française des Indes orientales. Le navire est attaqué par les Britanniques et un boulet de canon lui emporte la main droite. Il est soigné sur le vaisseau britannique mais il doit être amputé de l'avant-bras droit. Ne pouvant pas bénir, ni dessiner, de la main gauche, il est contraint de renoncer au sacerdoce, ainsi qu'au dessin pour lequel il était doué[1],[2]. Il est débarqué à Batavia (actuelle Djakarta), alors un centre important de l'exploitation des épices, notamment les noix de muscade et des clous de girofle qui, par leur rareté, représentent une richesse fabuleuse jalousement gardée par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui en a le monopole. Il se met alors en tête d'acclimater ces espèces à l'isle de France (actuelle île Maurice). Après sa libération, en 1746, il se rend à Pondichéry, où il fait la connaissance de La Bourdonnais.

Il rentre alors en France pour défendre son idée auprès de la Compagnie française des Indes orientales. Après de nombreuses péripéties, il est chargé de s'occuper du développement des épices pour le commerce mais, à la suite d'un naufrage, il embarque sur un navire néerlandais qui est attaqué par un navire malouin. Celui-ci est à son tour attaqué par un navire britannique. Poivre est alors enfermé à Guernesey. Il arrive en France en 1748 pour repartir l'année suivante, chargé d'une mission par le ministre de la Marine ; il aborde à Tourane pour être accueilli par la cour de Hué en 1749, mais ne parvient pas à obtenir l'autorisation de fonder un comptoir[3].

De retour à l'isle de France en 1753, il y trouve le terrain idéal pour la culture des épices. Il parvient à se procurer clandestinement des plants de muscadiers et de girofliers qu'il confie à Jean Baptiste Christian Fusée-Aublet (1720-1778), directeur du jardin d'essai de l'île. Il repart en 1754 vers les Moluques mais, ne parvenant pas à les atteindre, rejoint le Timor où il réussit à se procurer des muscadiers. À son retour à l'isle de France en 1755, avec 3 000 noix de muscade et des plants d'épices et fruits divers, il découvre ses premières plantations de muscadiers mortes. Quand les nouveaux plants meurent à leur tour, une enquête révèle que Fusée-Aublet, qui prétendait que le muscadier ne pouvait pas être naturalisé à l'isle de France, avait lui-même tué volontairement les jeunes plantes[réf. nécessaire] en les arrosant à l'eau bouillante.

Poivre persuade le botaniste Philibert Commerson d'explorer l'isle de France. Il forme également son neveu, Pierre Sonnerat, lequel devient l'assistant de Commerson.

Retour en France et reconnaissance (1757-1767)

Pierre Poivre décide alors de rentrer en France. En 1755-1756, il revient à Lyon. Déjà correspondant de l'Académie des sciences auprès d'Antoine de Jussieu, il est reçu le 23 janvier 1759 à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, aux séances desquelles il participe assidûment[4]. Cette institution, ouverte à toutes les idées nouvelles, est alors un intense foyer d’activité intellectuelle. Presque toutes les grandes questions philosophiques ou sociales qui agitaient le siècle y trouvaient un écho et y éveillaient parfois des controverses passionnées. Pour sa part, Pierre Poivre intervenait le plus souvent sur les questions relatives au commerce international, et particulièrement maritime, qui « contribue à l'adoucissement des mœurs et à une meilleure connaissance des droits de l'humanité »[Note 1],[5]. La France à l’époque disposait de cinq comptoirs dans les Indes : Pondichéry, Karikal, Mazupilam, Chandernagor au Bengale et Mahé sur la côte de Malabar.

Il publie à cette époque le récit de ses trois expéditions aux Moluques et à Timor sous le titre Les Voyages d'un philosophe, qui ont du succès.

Il épouse Françoise Robin (1749-1841). En 1766 la Compagnie des Indes, en faillite, cède ses colonies à la couronne. Le , quelques jours après son mariage, le duc de Praslin, ministre de la Marine, nomme Pierre Poivre à l’intendance des îles de France et de Bourbon[Note 2] puis, en , Louis XV voulant lui donner un témoignage encore plus grand de son estime, lui confère des lettres de noblesse. Poivre a bénéficié toute sa vie de la protection du ministre Henri Bertin, et, plus ponctuellement, de celle du ministre Turgot[6].

Intendant des Isles de France et de Bourbon (1767-1772)

Monument à Pierre Poivre au jardin de Pamplemousses, Ile Maurice.

Le navire Le Dauphin sur lequel il s'embarque le arrive à Port-Louis, à l'Isle de France le , avec son épouse Françoise Robin. Bernardin de Saint-Pierre, de passage dans l'île, en tombe amoureux et pensera à elle en écrivant Paul et Virginie.

À sa nomination, Pierre Poivre est chargé de mettre en place les premières structures de l'administration royale qui dorénavant vont remplacer celles de la Compagnie des Indes[Note 3].

En six ans, Pierre Poivre impulse un véritable développement économique dans l'archipel des Mascareignes où il organise des plantations. Il crée dans sa propriété de Mon Plaisir, l'un des plus beaux jardins botaniques : le jardin de Pamplemousses où il acclimate des plantes des contrées lointaines. Il envoie une nouvelle expédition vers les Moluques qui rapporte alors suffisamment de muscadiers et de girofliers pour mener à bien une acclimatation. Une dernière expédition permettra de varier encore les plants. Poivre ordonne que les plantations ne soient pas limitées à l'île de France. Elles seront disséminées aux Seychelles, sur l'île Bourbon et même en Guyane française.

Sur l'île Bourbon, il introduit entre autres le giroflier, le letchi, l’anis étoilé, l’avocatier du Brésil. À l'île de France, il rapporte d'Europe l'imprimerie, et réussit à acclimater le giroflier, la muscade, le poivre, la cannelle… Il brise le monopole du commerce des épices tenu par les Hollandais. Si Pierre Poivre s'est beaucoup intéressé à la culture des épices, il a également porté son attention sur les arbres fruitiers tels que le manguier, le mangoustan, le cacaoyer

Enfin, il s'est préoccupé du sort des esclaves, convaincu de l'inutilité économique de l'esclavage. Il dénonce également l'immoralité de cette condition.

Retour en France et derniers jours

Plaque commémorative de son inhumation dans la basilique Saint-Martin d'Ainay.

Pierre Poivre quitte l'Isle de France en 1772, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, pour rejoindre sa propriété de la Fréta à Saint-Romain-au-Mont-d'Or, près de Lyon, où il meurt le . Il est inhumé à Lyon dans la basilique Saint-Martin d'Ainay le .

Son œuvre aurait périclité, son successeur ayant négligé les plantations, si Jean-Nicolas Céré, nommé en 1775 directeur du Jardin du roi, n'avait opposé la plus ferme résistance à ceux qui en méconnaissaient l'utilité.

Mariage et descendance

Pierre Poivre épouse Françoise Robin (1749-1841), le , non pas à Pommiers mais à Saint Cyprien alors paroisse dépendant de Pommiers[7]. De cette union naissent trois enfants : Marie Poivre (1768-1787) ; Françoise Julienne Ile-de-France Poivre (1770-1845), épouse de Jean-Xavier Bureau de Pusy (1750-1806) ; et Sarah Poivre (1773-1814).

Postérité

Un Monument à Pierre Poivre est érigé à l'entrée du jardin botanique de Pamplemousses à l'Ile Maurice. Un autre[Note 4] est érigé à l'entrée du jardin botanique de Victoria (Mahé, Seychelles), sur lequel une inscription rappelle qu'il « fut à l'origine du premier établissement des Seychelles et qu'il fit introduire des plantes à épices, plus particulièrement le cannelier, aux Seychelles en 1772 ».

Une plaque commémorative a été inaugurée au château de la Freta à Saint-Romain-au-Mont-d'or en 1994 par l'Association Pierre Poivre de Lyon, présidée par l'écrivain Khal Torabully et Mme Vernazobres. Une allée Poivre a été inaugurée dans la commune de Villars-les-Dombes en . Une rue porte son nom à Lyon, près de la mairie du 1er arrondissement et du jardin des plantes de Lyon, lequel correspond à l'ancien jardin botanique. Un petit archipel des Seychelles a été nommé les îles Poivre.

En France, un Buste de Pierre Poivre sculpté en 1836 par Jean-François Legendre-Héral est conservé au musée des beaux-arts de Lyon.

Le , pour commémorer le troisième siècle de la naissance de Pierre Poivre, un arbre symbolique (Parrotia subaequalis) a été planté au jardin botanique de Lyon.

Le thé de la gamme du jardin de thé mauricien Bois-Chéri a été récemment placé sous son patronage[réf. nécessaire].

Publications

1769 : Voyages d’un philosophe ou observations sur les mœurs et les arts des peuples de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique.

Notes et références

Notes

  1. Il prend alors pour référence le commerce des Indes orientales « qui emploie 40 à 45 bâtiments en moyenne de 600 tonneaux chacun. Sur ce nombre, quinze partent chaque année du port de Lorient pour les Indes, tandis que quinze autres en reviennent ce qui fait que trente bâtiments de la Compagnie sont toujours à la mer. Le commerce particulier de l’Inde, c’est-à-dire celui qui s’établit d’un port à l’autre, utilise encore douze ou quinze navires qui restent dans le pays pour le service des comptoirs. L’ensemble de cette flotte occupe 8 000 hommes. »
  2. Cet archipel également appelé les Mascareignes du nom du Portugais (Mascareinhas) qui les découvrit, se compose de trois petites îles situées entre 700 et 900 km à l’est de Madagascar, dont les deux principales sont distantes de 185 km l’une de l’autre. Iles peu étendues, nommées au XVIIIe siècle isle de France (65 km de long sur 43 de large), île Bourbon (71 km sur 51) et île Rodrigues, aujourd’hui l’île de La Réunion et île Maurice. En dépit de leurs faibles dimensions et, dès le XVIIIe siècle, des ravages d’une érosion provoquée par la déforestation mal contrôlée, celle-ci appauvrissant irrémédiablement les sols et annihilant une épaisse végétation côtière qui, mieux que des batteries de canon, rendait difficile toute invasion, ces îles étaient d’importantes bases stratégiques sur le chemin de la Chine, de l’Annam, du Siam, des Indes orientales (Inde et archipel insulindien) et leurs fabuleuses épices. La rivalité entre les principales puissances maritimes du XVIIIe siècle (Angleterre, Provinces-Unies et la France, Espagne et Portugal étant déjà surclassés) en faisait (avec la base du cap de Bonne-Espérance sous contrôle hollandais) des points d’appui sur le seul chemin maritime existant entre l’Europe et l’Asie. Mais l’entretien de ces points d’appui était fragilisé par la faiblesse financière du Trésor Royal et (déjà) un manque d’endurance, de ténacité et de constance des Français pour assumer un effort permanent et soutenu.
  3. Outre sa charge d'intendant des Mascareignes, Poivre est nommé Commissaire ordonnateur de cet archipel.
  4. Où Pierre Poivre est représenté âgé d'une cinquantaine d'années.
  5. Une copie du monument du jardin pamplemousses de l'île Maurice a été érigé dans le lycée Pierre-Poivre a Saint-Joseph à l'île de la Réunion.

Références

  1. Yves-Marie Allain, « La guerre des épices », dans Philippe Morat, Gérard Aymonin & Jean-Claude Jolinon (sous la direction scientifique de), L'Herbier du monde : Cinq siècles d'aventures et de passions botaniques au Muséum national d'histoire naturelle, Paris, MNHN, , 240 p. (ISBN 2-912485-71-1), p. 54.
  2. Frédéric Lewino, « Expéditions scientifiques : Des épices plein les cales », Le Point, no 149, (lire en ligne, consulté le ).
  3. Histoire militaire de l’Indochine française, dir. général Puypéroux, Hanoï-Haiphong, imprimerie d'Extrême-Orient, 1931, Exposition coloniale internationale de Paris de 1931, p.17.
  4. Jean-Marc Gohier,, « Poivre Pierre (1719-1786) », Dictionnaire historique des académiciens de Lyon (1700-2016), , p. 1049-1054
  5. Académie des sciences, belles-lettres et arts (Lyon), Dictionnaire historique des académiciens de Lyon : 1700-2016 (ISBN 978-2-9559433-0-4 et 2-9559433-0-4, OCLC 983829759, lire en ligne)
  6. [PDF] pierre-poivre.fr.
  7. Archives départementales du Rhône, Saint Cyprien, EDEPOT 33/2 1766.

Annexes

Bibliographie

  • Prosper Levot, A. Doneaud, Les gloires maritimes de la France. Notices biographiques sur les plus célèbres marins, Arthus Bertrand éditeur, Paris, 1866, p. 401-402 (lire en ligne).
  • Jean-Marie Pelt, Les épices, Fayard, 2002.
  • Denis Piat, Sur la Route des Épices, l'île Maurice, Paris, Les éditions du Pacifique, nouvelle édition, 2004.
  • Denis Piat, Mémoires d'un botaniste et explorateur, La Découvrance, 2006.
  • Olivier le Gouic, « Pierre Poivre et les épices : une transplantation réussie ? », in S. Llinarès, P. Hrodej, Techniques et colonies XVIe-XVIIIe siècle, Paris, S.F.H.O.M., 2005.
  • Daniel Vaxelaire, Les Chasseurs d'épices, récit historique, Paris, Lattès, 1990 ; Paris, Payot, collection « Points », [date ?] ; réédition revue et corrigée : Saint-Denis, Orphie, collection « Autour du monde » 2001, 2003.
  • Jean-Yves Loude, Monsieur Poivre, voleur d'épices, Belin, Collection « Terres insolites », 2005.
  • Marthe de Fels, Pierre Poivre ou l'Amour des épices, Hachette, 1968, 203 p.
  • Louis Malleret, Pierre Poivre, École française d'Extrême-Orient, 1974.
  • Pierre Poivre (1719-1786) : intendant du Roi pour les Iles de France et de Bourbon, Les Pailles, Ile Maurice : Précigraph, 1994.
  • Hélène Fillet-Phan Van Song, L'interprète de Poivre : de la Chine à l'Indochine, rencontre avec Pierre Poivre dans l'Asie du XVIIIe, Elytis, 2005.
  • Jean-Paul Morel, Sur la vie de Monsieur Poivre - une légende revisitée, juin 2018 (ISBN 9791069914766).

Filmographie

  • La Folle Histoire de Monsieur Poivre, 2014, film documentaire de Jean-Daniel Becache, 52 minutes, avec Mario Hacquard et Gloria Mapack, produit par Lithops-Films et France Ô.

Articles connexes

Liens externes

Poivre est l’abréviation botanique standard de Pierre Poivre.

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