André Marty

André Marty, né le à Perpignan, et mort le à Toulouse, est un homme politique français, dirigeant du Parti communiste français, dont il est exclu en 1952. Il est député de 1924 à 1955, avec quelques interruptions, et secrétaire de l'Internationale communiste de 1935 à 1943. Marty est particulièrement connu pour sa participation à la guerre d'Espagne et pour la brutalité qui lui est reprochée durant ce conflit contre les anarchistes et les propres membres des Brigades internationales.

Pour les articles homonymes, voir Marty.

André Marty

André Marty.
Photographie publiée dans le compte rendu sténographique du VIIIe Congrès national du PCF (Lyon-Villeurbanne, ).
Fonctions
Député de la Seine
(Quatrième République)
Législature Ire et IIe (Quatrième République)
Groupe politique Communiste puis non-inscrits
Député de la Seine
(Assemblée nationale constituante)
Groupe politique Communiste
Député de la Seine
(Troisième République)
(déchu)
Législature XIVe et XVIe (Troisième République)
Groupe politique Communiste
Député de Seine-et-Oise
(Troisième République)
Législature XIIIe (Troisième République)
Groupe politique Communiste
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Perpignan
Date de décès
Lieu de décès Toulouse
Nationalité Française (déchu de la nationalité française en 1939 pour appel à la désertion)
Parti politique PCF

Biographie

Jeunesse et débuts politiques

Né d'un père négociant en vins, qui avait participé à la Commune de Narbonne en 1871 et professait des opinions libertaires, André Marty échoue au concours d'entrée de l'École navale et apprend le métier de chaudronnier sur cuivre. Il fait son apprentissage chez un mécanicien travaillant à son compte à Perpignan. Il est introduit à la loge maçonnique Saint-Jean des Arts et de la Régularité de Perpignan, affiliée à la Grande loge de France par son patron et par un ingénieur des travaux publics, Mognier[1].

Chaudronnier, Marty s'engage en janvier 1908 dans la Marine nationale comme matelot mécanicien. Basé à Toulon, ses missions le conduisent au large de la Chine, de l'Indochine, des Balkans et du Maroc. Scaphandrier, il participe en 1911 au renflouement du torpilleur Takou. Il a affirmé avoir collaboré en 1912-1913 à l'hebdomadaire le Cri du marin, dont les directeurs légaux étaient membres de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) mais dont les articles étaient rédigés par des marins de la Marine nationale. Marty aurait également participé à une société secrète de mécaniciens de la flotte, organisation très centralisée disposant de cellules sur plusieurs bâtiments. Marty a affirmé avoir été alors influencé par les idées syndicalistes révolutionnaires et hervéistes des ouvriers de l'arsenal. Il participe également aux travaux de la loge l'Action écossaise, toujours affiliée à la Grande loge de France. En fait, à partir d', il ne fréquente guère les milieux maçonniques, mais prononce néanmoins une conférence sur « La guerre en mer » à la loge 162 du Grand Orient de France, Saint-Jean des Arts et de la Régularité, de Perpignan dont il fait partie[2],[1]. Il quitte la Marine nationale en 1919. En novembre 1922, il quitte le Grand Orient de France[3].

Première Guerre mondiale et mutineries de la mer Noire

Marty, dit « le mutin de la mer Noire », lorsqu'il était second maître mécanicien dans la Marine nationale.

Alors second-maître, en , Marty est reçu premier au concours des élèves officiers mécaniciens. Promu ingénieur mécanicien de 2e classe, il est affecté en , comme chef du service « machines » sur le torpilleur d'escadre Protet[1],[4].

Après l'armistice du 11 novembre 1918, ce bâtiment fait partie de l'escadre envoyée en mer Noire, devant Odessa, pour combattre la Révolution russe. Un groupe proche des anarchistes, ou comprenant des anarchistes, existe dans l’équipage du Protet et dans celui du cuirassé France, de cette même escadre française de la mer Noire[4]. En 1919, Marty est au cœur de la mutinerie de matelots. Son arrestation le précède la révolte qui éclate trois jours plus tard, mais des mouvements de désobéissance étaient apparus dès février, à la fois en raison de la mauvaise nourriture, de la déconvenue de ne pas être démobilisés alors que la guerre était terminée, et aussi par solidarité avec les « rouges »[1].

Marty avait fomenté un complot pour prendre le contrôle du Protet et entrer, drapeau rouge en tête de mât, dans le port d'Odessa. D'abord emprisonné à terre, à Galați (en Roumanie), il est transféré le à bord du croiseur-cuirassé Waldeck-Rousseau[1],[4]. Un nouveau transfert sur le Protet provoque une révolte des marins du Waldeck-Rousseau qui ajoutent à leurs revendications la volonté de sauver la vie de l'ingénieur mécanicien. Un conseil de guerre réuni en rade de Constantinople en juillet condamne Marty à vingt ans de travaux forcés[1].

Campagne de soutien communiste et militantisme communiste

Discours de Paul Vaillant-Couturier au Pré Saint-Gervais, lors d'une manifestation en l'honneur de Marty (1922).

Le jeune parti communiste (SFIC) issu du congrès de Tours (1920) le soutient d’abord par l’organe des Jeunesses communistes, Avant-garde, puis la campagne prend de l’ampleur. Le Comité de défense sociale et le Comité des marins prennent sa défense et celle de son frère, Jean[4]. Son nom devient un symbole, et il est élu au Soviet de Moscou par les ouvriers de l'usine Dynamo. Il est présenté sur les listes communistes et est élu conseiller municipal de Paris, puis conseiller général, tout en étant emprisonné[1].

Marty à la sortie de la prison de Clairvaux, avec son frère (1923).

Gracié en 1923, grâce à l'intervention des députés francs-maçons, il ne tarde pas à adhérer au Parti communiste, ce qui achève de donner le bénéfice de la mutinerie au parti[4]. Il quitte la franc-maçonnerie[1], est élu député de Seine-et-Oise en 1924 et devient membre du Comité central de la SFIC en 1926. Il prend la défense de Cheikou Cissé (1890-1933), un tirailleur condamné en 1919 à la déportation en Nouvelle-Calédonie pour activités anticolonialistes. En 1925, le ministre de la Guerre Paul Painlevé, membre de la Ligue des droits de l'Homme, écrit une lettre à Marty dans laquelle il refuse d'accorder la grâce à Cissé.[réf. nécessaire]

En 1927, à l'instar de nombreux autres dirigeants communistes, Marty est condamné et incarcéré à la prison de la Santé pour action antimilitariste. À partir de 1931, il est de plus en plus impliqué dans l'appareil de l'Internationale communiste (Komintern), représentant la section française. En 1935, il est nommé au présidium et au secrétariat, devenant ainsi le Français le plus gradé au sein du Komintern. Il entre également au bureau politique du PCF en 1932. Vers 1933-1934, sans que son nom y apparaisse officiellement, il est responsable au journal L'Humanité.

Candidat d'amnistie, puis élu du peuple

À partir d', le Parti communiste (SFIC), dans le cadre de la campagne pour la libération des « mutins de la mer Noire », présente André Marty lors d'élections partielles. Il est élu 42 fois conseiller municipal, conseiller général ou conseiller d'arrondissement[5] jusqu'en [6]. Ces élections sont invalidées, mais elles popularisent l'homme.

Aux élections générales de , il conduit la liste du « Bloc ouvrier paysan » dans le département de Seine-et-Oise. Arrivée en seconde place, la liste a trois élus. André Marty obtient près de 3 000 voix de plus que ses colistiers[7]. Le changement du mode de scrutin en 1928 pénalise nationalement les communistes. André Marty est battu, au second tour dans la première circonscription de Versailles[8]. Une élection partielle dans le département de la Seine en lui permet de retrouver un siège de député[9]. Mais en 1932, le scrutin législatif général lui est défavorable. Il est battu par le maire socialiste de Puteaux[10].

Cependant il dispose alors d'un autre mandat. Depuis l'automne 1929, il siège au Conseil municipal de Paris. Élu lors d'une élection partielle, dans le XIIIe arrondissement (quartier de la Gare), il est, entre 1930 et 1935, le seul élu communiste à l'Hôtel de ville de Paris en raison de la « purge » que subissent les six autres élus de 1929, exclus du PCF pour réformisme. Il acquiert dans le Paris populaire du treizième arrondissement une audience forte.

Candidat dans cet arrondissement aux élections de 1936, il emporte le siège de député dès le premier tour du scrutin. Il figure dans le petit nombre (9) des élus communistes qui dépassent les 50 % des suffrages le [11]. Maurice Thorez, Renaud Jean, Gaston Monmousseau, Paul Vaillant-Couturier, Arthur Ramette, Marcel Capron, Georges Lévy, Jean Cristofol sont dans ce cas. En , il démissionne de son mandat de conseiller municipal de Paris.

En 1945 les électeurs de Paris envoient de nouveau André Marty aux Assemblées constituantes puis à la Chambre des députés. Exclu du Parti communiste français en 1953, il conserve son mandat de député jusqu'aux élections de 1956.

La guerre d'Espagne

Pendant la guerre d'Espagne, le Komintern le nomme inspecteur général des Brigades internationales (en 1936) et il reste en Espagne jusqu'à la fin de la guerre, en 1939. En France, il est violemment pris à partie par le journal anarchiste Le Libertaire.

André Marty est envoyé par l'Internationale Communiste dès août 1936 auprès du gouvernement républicain espagnol pour organiser ce qui va devenir les Brigades internationales. Il porte le titre d'« inspecteur général des Brigades internationales ». Il peut justifier cette responsabilité, outre par son grade élevé au sein du Komintern, par sa connaissance de l'espagnol et du catalan et par son passé d'officier de la Marine. Il est lié au Grupo de información, un service de renseignements mis en place par les Soviétiques sous la direction de Marcel Rosenberg, ambassadeur de l'Union soviétique en Espagne. Cet organisme, qui reçoit ses ordres de Iagoda, chef du NKVD, fait la chasse aux trotskistes et aux anarchistes[12].

Les Brigades internationales sont basées à Albacete. Assez vite, les rapports de Marty avec les Espagnols se dégradent et il est rappelé à Moscou, où Dimitrov le charge des affaires d'Amérique latine, mais Marty insiste pour retourner en Espagne et réussit à se faire passer pour l'homme de la situation après l'intégration des Brigades dans l'armée populaire espagnole. Lorsqu'il revient à Albacete en , il doit accepter d'être contrôlé par Palmiro Togliatti.

La presse libertaire française dénonça en André Marty le « boucher d'Albacete ». Hemingway en fait un portrait peu flatteur dans Pour qui sonne le glas, où il apparaît sous le nom d'André Massart. Dans ses souvenirs de la guerre d'Espagne, publiés primitivement en yiddish en 1956 et parus dans une traduction française de Marina Alexeevna-Antipov en 2012, le brigadiste polonais Sygmunt Stein, qui a connu Marty à Albacete, le présente sous le jour d'un stalinien sanguinaire qui inspirait la terreur à ses camarades de combat.

Togliatti, dans un rapport de , insistait pour que Marty « change radicalement ses méthodes de travail » et « évite d'intervenir dans les questions militaires et techniques des Brigades », mais en il se félicite de son attitude tout en continuant d'évoquer « sa façon un peu rude de se comporter parfois avec les camarades ». Selon le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, certains combattants revenus en France dénoncèrent ses excès d'autorité et démissionnèrent du Parti communiste.

Les méthodes brutales de Marty semblent indéniables. Il y a par exemple aux archives du Komintern un rapport du sur la « situation d'ensemble des brigades et forces internationales » où il conseille « de liquider Malraux »[13]. Sa participation à la condamnation et à l'exécution du commandant Delasalle, dans le contexte de la lutte contre les anarchistes et les poumistes, a été établie par Nick Guillain. Andreu Nin, dirigeant du POUM, est assassiné sur ordre d'Alexandre Orlov après avoir été dénoncé par Marty[14]. C'est également Marty qui dénonce Mikhaïl Koltsov à Staline pour déviation trotskyste ainsi que son épouse Maria Osten en accusant cette dernière d'être un agent secret des services de renseignement allemands. Sur la base de ces accusations, ils seront arrêtés à leur retour à Moscou et fusillés pour espionnage[15].

Arnaud Imatz, spécialiste de la guerre d'Espagne avance qu'André Marty est « responsable de la mort de plus de 500 brigadistes internationaux »[16]. D'autres auteurs sont loin de ces chiffres. Ainsi Jacques Delperrié de Bayac, peu complaisant pour Marty, avançait dans un livre pionnier les Brigades internationales le nombre de 50 victimes disciplinaires[17]. Le dépouillement des Archives de Moscou n'incite pas l'historien Rémi Skoutelsky[18] à valider « la légende des 500 fusillés de Marty ». Les témoignages d'anciens volontaires français en Espagne républicaine, tels celui de Roger Codou, qui se définit comme « anarchiste-communiste »[19], et celui de Henri Rol-Tanguy[20], hommes très dissemblables, sont également loin de noircir Marty à l'extrême. Ainsi Jean Chaintron[21] reconnaît l'aveuglement « stalinien » de Marty envers les membres du POUM mais il conteste la vision d'un Marty sanguinaire forgée par Hemingway. L'historien de sensibilité communiste Philippe Robrieux[22] voit en Marty « un emporté et un fanatique quelque peu mythomane », mais pas l'organisateur des crimes staliniens commis par le NKVD en Espagne.

Seconde Guerre mondiale

Avec Maurice Thorez, Jacques Duclos, Benoît Frachon et Maurice Tréand, André Marty fait partie des hommes mis en place vers 1931 à la tête du PCF par Eugen Fried, l'homme de Moscou qui dirige secrètement depuis Bruxelles le Komintern pour toute l'Europe de l'Ouest[23]. Il se trouve à Moscou lors de l'annonce de la signature du pacte germano-soviétique, et de la déclaration de guerre, en . Il y est rejoint par Maurice Thorez, avec qui il n'a jamais eu de bons rapports.

De Moscou, toute la presse communiste ayant été interdite par le gouvernement Daladier, il publie le dans l'hebdomadaire Monde, édité à Bruxelles pour remplacer la Correspondance internationale, une Lettre à Léon Blum qui lui vaut d'être condamné par défaut à quatre ans de travaux forcés[1] et à la déchéance de la nationalité française[24][source insuffisante]. Il s'active en particulier pour que la direction du PCF suive la ligne dictée par Moscou et prend position contre la « guerre impérialiste »[25]. Se référant à l'action des députés communistes qui avaient voté les crédits de guerre et leur déclaration de septembre dans l'esprit de l'« Union nationale », il prépare un véritable acte d'accusation contre la direction du Parti. Il reproche notamment au manifeste du de ne contenir « aucune attaque contre Daladier et le gouvernement actuel » et de ne dénoncer « pas suffisamment l'attitude de la social-démocratie »[25].

Il travaille pour le Komintern jusqu'à la dissolution de celui-ci, en . En , il arrive à Alger pour représenter le PCF auprès du gouvernement provisoire de de Gaulle et siéger à l'Assemblée consultative[24],[1].

De la Libération à 1952

À la Libération, il est l'un des trois secrétaires du parti et apparaît ainsi formellement comme le numéro 3, après Maurice Thorez et Jacques Duclos. Lors de l'épuration, l'ancien « mutin de la mer Noire » est l'un des plus farouches accusateurs des « amiraux de Vichy »[26].

Dès 1947, il est marginalisé au sein du bureau politique, mais en reste membre jusqu'en 1952, en n'exerçant que des responsabilités de plus en plus secondaires.

L'« affaire Marty », ou l'exclusion du PCF en 1952

Le , alors que Thorez, malade, était à Moscou, ou en convalescence dans le Caucase, André Marty est mis en cause avec Charles Tillon devant le Bureau politique auquel ils appartenaient tous les deux. Il était reproché aux deux hommes de s'être rencontrés au domicile du beau-frère de Tillon, Georges Beyer, également membre du Comité central du PCF[27], lors d'une réunion du Bureau politique du PCF, le [incompréhensible]

Une commission d'enquête formée de Léon Mauvais et Marcel Servin préparait ce « procès interne » depuis plusieurs mois. Selon Charles Tillon[28], Jacques Duclos avait rencontré Thorez et même Staline à ce sujet ; c'était l'époque des grands procès dans les démocraties populaires comme celui de Artur London et Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie[29] ou celui de Rajk en Hongrie. Dans ce contexte, Duclos avait pu faire admettre à Staline qu'en France aussi, il y avait des traîtres.

Le rapport que Léon Mauvais présente le au Bureau Politique n'est qu'un assemblage hétéroclite de broutilles présentées comme des preuves d'une longue opposition à la ligne du parti. L'affaire se transforme en une véritable campagne de dénonciation politique des accusés qui s'étendit à Jean, le frère d'André Marty, franc-maçon qui « a des liaisons avec des milieux policiers ». Le Comité central[30] de Gennevilliers (du 5 jusqu'au ) raya de ses rangs Marty et Tillon. Marty est exclu du parti par sa cellule le . Un article signé Etienne Fajon dénonce les « liaisons policières de Marty ». Jacques Duclos avait également déclaré que Marty avait été démasqué comme policier, accusation dont personne n'a jamais trouvé le moindre fondement.

L'épisode de l'exclusion de ces deux dirigeants éminents du Parti communiste français que sont André Marty et Charles Tillon prend place dans un long cortège de dissidences depuis la fondation de ce parti[31]. Les deux victimes ont raconté elles-mêmes leur déboire : André Marty publie en 1955, non sans mal dit-il, L'affaire Marty. Charles Tillon, qui n'est pas exclu de l'organisation, ne publie son témoignage Un procès de Moscou à Paris qu'en 1970, quand ses désaccords politiques et ses griefs personnels le poussent à la rupture. Sur cette « affaire » interne au Parti communiste français les historiens livrent des hypothèses sans que des documents formels les étayent. Contrairement aux ruptures de l'avant-guerre, les désaccords politiques semblent (s'ils existent) une construction de l'accusation plus qu'une réalité. On ne voit guère d'autre explication concernant cette affaire que l'hostilité qui avait toujours existé entre Thorez et Marty, et l'accusation voilée de « non-résistance » que Tillon aurait faite à Jeannette Vermeersch, l'épouse de Thorez. Il est probable que l'absence physique de celui-ci ait pesé d'autant que le climat politique en France, loin d'être serein, amplifie une « paranoïa » de complots : voir par exemple les suites de la manifestation contre le général américain Ridgway, en 1952, qui aboutit à l’arrestation du numéro 2 du PCF, Jacques Duclos, quand deux pigeons sont trouvés dans sa voiture.

Décès

Complètement isolé, après avoir essayé, en vain d'en appeler à l'autorité de Staline, et s'être finalement rapproché des anarchistes et des trotskistes[réf. souhaitée], il meurt d'un cancer du poumon.

Postérité d'André Marty

Homme d'appareil tourné vers l'action internationale, André Marty avait accumulé une grande quantité de documents sur le PCF et le Komintern. Les « archives Marty », léguées à Jean Maitron, constituent aujourd'hui une mine pour les historiens du communisme.

La Révolte de la mer Noire, 1919-1968

Le nom d'André Marty est porteur d'un capital symbolique qui dépasse l'homme André Marty. Ce capital repose sur la popularisation et la glorification par le Parti communiste français des mutineries de la mer Noire (1919) plus que sur l'épisode des Brigades internationales durant la guerre d'Espagne. En 1929, le Bureau d'éditions du parti publie en deux volumes l'histoire de La Révolte de la mer Noire. Son auteur est André Marty[32].

En 1932, sous la signature d'André Marty, paraît chez le même éditeur une version « courte » des deux volumes précédents, Les Heures glorieuses de la mer Noire. Cette version courte est reprise en 1949 à l'occasion du trentième anniversaire des événements[33]. L'année suivante, L'Avant-garde, hebdomadaire de la Jeunesse communiste reprend la diffusion[34].

Délaissées par le PCF, ces textes sont repris par deux éditeurs de l'extrême gauche française après 1968 : les Éditions Maspero et les Éditions Norman Bethune[35]. Ces rééditions se situent dans le cadre de l'antimilitarisme développé après 1968 par l'extrême gauche et les anarchistes.

La « réhabilitation » d'André Marty au sein du Parti communiste, 1963-1998

« Procès de Moscou à Paris », selon Charles Tillon[36] l'autre exclu communiste célèbre de 1952, les exclusions de la période stalinienne du Parti communiste français sont, a posteriori, mises au même niveau que les procès qui se déroulent à Prague la même année[37]. Aucune défense commune ne s'organise entre les deux exclus. André Marty, pour sa part, se défend en publiant en 1955 L'Affaire Marty, un livre de 280 pages. Il meurt l'année suivante[1].

Au début des années 1960, son exclusion pour des motifs forgés de toutes pièces est mise au rang d'exemple par un groupe de militants oppositionnels organisés progressivement depuis autour de Jean Chaintron et Marcel Prenant qui publiait une revue mensuelle Unir pour le socialisme. Plusieurs exclus du Parti communiste des années 1950-1960 s'agrègent à ce groupe et lui donnent une visibilité apte selon eux à faire taire les accusations calomnieuses. Créant en 1962 une autre revue mensuelle, Le Débat communiste, ils organisent publiquement un Comité d'honneur national pour la réhabilitation d'André Marty et des victimes de la calomnie. Par un curieux retournement de l'histoire, les adversaires du stalinisme dressent ainsi contre lui la figure d'un homme réputé pour son autoritarisme et ses méthodes cassantes et peu démocratiques. La campagne du Comité est lancée en 1963[38]. Deux ans plus tard, en 1965[39], Unir et Le Débat communiste rendent publique la « liste des 100 membres du Comité national pour la réhabilitation d'André Marty »[1].

La réponse « officielle » et très symbolique de l'organisation interpellée intervient quarante-trois ans plus tard par la voix du secrétaire général du Parti communiste, Robert Hue[40], sans que soit cité le nom d'André Marty, sous la forme d'une condamnation sans appel[41] des « véritables procès » et des exclusions individuelles « injustes » qui jalonnent l'histoire du PCF.

Analyses historiques

L'historien de sensibilité trotskiste Jean-Jacques Marie après avoir rappelé le côté « brutal, braillard, grossier et maladivement soupçonneux » de la personnalité de Marty, voit en lui un homme politique qui diffère peu de la plupart des dirigeants du Parti communiste de l'époque.

« [Il] applique servilement les consignes du Kremlin et reflète la culture policière de l'appareil dirigeant du PCF[42]. »

Notes et références

  1. Article André Marty de Jean Maitron et Claude Pennetier in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.
  2. François Brigneau, 1939-1940 l'année terrible, St Brieux, publications FB, , 277 p., p. 17
  3. Patrice Morlat, La République des frères, Perrin, , 844 p.
  4. Nick Heat, « The Black Sea Mutiny: the Marty Myth and the Role of the Anarchists », traduction réalisée par le CATS (Collectif anarchiste de traduction et scannérisation), publié en juillet 2012, consulté le 2 janvier 2012.
  5. Arlette Schweitz, Les parlementaires de la Seine sous la Troisième République, tome 2, Publications de la Sorbonne, Paris 2001, p. 408-409, notice « André Marty ».
  6. Les électeurs de Perpignan, d'Hyères, d'Asnières, d'Aubervilliers, de Villejuif, de Vanves, de Noisy-le-Sec, de Prats-de-Mollo en font un élu départemental ou d'arrondissement.
  7. Marty recueille 63 591 voix, l'élu suivant en obtient 60 951 voix. La moyenne des voix de la liste s'établit à 61 033 voix soit 28 % des suffrages exprimés ce qui situe ces résultats parmi les meilleurs scores départementaux du Parti communiste.
  8. Les électeurs de cette circonscription (Argenteuil-Bezons) élisent, quatre ans plus tard Gabriel Péri. Pour lors, Marty arrivé largement premier au 1er tour est battu de près de mille voix au second tour.
  9. La 11e circonscription de Saint-Denis inclut principalement la ville de Puteaux. Au second tour il recueille 8 317 voix, son concurrent de droite en rassemble 7 679.
  10. Marty devancé de près de 1 700 suffrages au 1er tour, est battu au second tour de plus de 3 000 suffrages.
  11. Georges Lachapelle, « Élections législatives, 28 avril & 3 mai 1936 », Le Temps, 1936.
  12. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 237.
  13. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 238 et 638, n. 51.
  14. Arkadi Vaksberg, Hôtel Lux. Les Partis frères au service de l'Internationale communiste, Fayard, 1993, p. 51. (ISBN 2-213-03151-7)
  15. Viktor Fradkine, Dielo Koltsova, Moscou, 2002, p.297-298.
  16. Arnaud Imatz, « Guerre d’Espagne : mémoire historique ou mémoire hystérique ? », La Nouvelle Revue d'histoire, no 40, janvier-février 2009.
  17. Jacques Delperrie de Bayac, Les Brigades internationales, 1968, p. 179. Les pages 173 à 184 sont consacrées au « cas André Marty ».
  18. Rémi Skoutelsky, L'espoir guidait leur pas, Grasset, 1998, p. 261-262. Voir aussi la contribution à l'ouvrage collectif Tant pis si la lutte est cruelle, volontaires internationaux contre Franco, Paris, Syllepse, 2008 ; Pelai Pagés y Blanch, Marty, Vidal, Kleber et le Komintern, ce que nous apprennent les Archives de Moscou, p. 85-100.
  19. Le cabochard, mémoires d'un communiste, François Maspero, 1983.
  20. Roger Bourderon, Rol-Tanguy, Tallandier, 2004.
  21. Jean Chaintron, Le vent soufflait devant ma porte, p. 180 et suivantes.
  22. Histoire intérieure du Parti communiste, volume 4, biographies, notice André Marty, p. 419.
  23. Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried : le grand secret du PCF, Paris, Seuil, coll. « Archives du communisme », , 445 p. (ISBN 2-02-022050-4, présentation en ligne).
  24. René Lefeuvre, « La politique communiste, la ligne et les tournants », in Cahiers spartacus, mai 1946.
  25. P. Smirnov, Le Komintern et le Parti communiste français pendant la « drôle de guerre », 1939-1940. (D'après les archives du Komintern), Traductrice : Marie Tournié, Revue des Études Slaves, Année 1993, 65-4, pp. 671-690
  26. Expression désignant l'abondance d'officiers généraux de la Marine aux postes civils et militaires de l'État français.
  27. Charles Tillon, Un procès de Moscou à Paris, chapitre 6, « la nuit de la délation ».
  28. Charles Tillon, dans son autobiographie On chantait Rouge, revient sur sa mise à l'écart : il intitule son « affaire » : « Le procès pour le bien des peuples », chapitre 31, pages 489-500.
  29. L'aveu, écrit par une des victimes des procès de Prague, Artur London.
  30. Philppe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, tome 2, pages 218-24.
  31. Michel Dreyfus, PCF, crises et dissidences, pages 100-109.
  32. Ces deux volumes de 186 et 416 pages figurent jusqu'en 1939 au catalogue des Éditions sociales internationales (cf. le catalogue annuel de ces éditions dans l'Almanach ouvrier paysan dit aussi Almanach de l'Humanité). En 1970 les Éditions Maspero en publient une réédition.
  33. Une grosse brochure de 100 pages, aux « éditions du Parti communiste français », diffusée par les militants.
  34. Trois brochures, préfacées par Marcel Cachin en supplément des no 287, 288, 289 de L'Avant-garde, mai 1950.
  35. Les Éditions Norman Bethune reprennent aussi en 1972 une brochure d'André Marty, À la Gloire des lutteurs de 1907.
  36. Charles Tillon, Un procès de Moscou à Paris, éditions du Seuil, Paris, 1971.
  37. Artur London, L'Aveu, Gallimard, Paris, 1968.
  38. Le Débat communiste, no 17-18, 15 juillet-15 août 1963. Cf. Jean Chaintron, Le vent soufflait devant ma porte, édition du Seuil, Paris, 1993, pages 383-392.
  39. Le Débat communiste, no 40, 15 juillet-15 août 1965.
  40. L'Humanité, 2 octobre 1998.
  41. Cf. notice de Maurice Gleize.
  42. Sygmunt Stein, Ma Guerre d'Espagne, 1956, Paris, Éditions du Seuil, 2012, postface de Jean-Jacques Marie, p. 262.

Voir aussi

Sources et bibliographie

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Notices biographiques
    • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste français, Tome 4, Fayard, 1984, notice « André Marty », p. 415-420, et chronologie.
    • Jean Maitron et Claude Pennetier in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, éditions de l'Atelier, notice « André Marty », version papier, tome 36, p. 8-22.
    • même ouvrage, Claude Pennetier, avec André Balent et Nathalie Ténine-Michel, notice « Jean Marty », p. 24-25.
  • Paul Boulland, Claude Pennetier et Rossana Vaccaro (dir.), André Marty, l'Homme, l'Affaire, l'Archive, Paris, Éditions Codhos, 2005, 189 p., [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Axelle Brodiez, « La double stratégie d'André Marty : Secours populaire français et comités Henri Martin », in Alain Ruscio (dir.), L'Affaire Henri Martin et la lutte contre la guerre d'Indochine, Le Temps des Cerises, 2005, p. 109-137, (ISBN 2-84109-500-2) [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Paul Langevin, Discours au meeting organisé salle Wagram pour la libération d'André Marty et des marins emprisonnés, 1921 ; La défense d'André Marty, texte inclus dans le recueil La Pensée et l'Action, les Éditeurs français réunis, 1950.

Sur la participation d'André Marty à la guerre d'Espagne

  • Sygmunt Stein, Ma guerre d'Espagne, Seuil, 2012 (ISBN 2021039323).
  • Jacques Delperrie de Bayac, Les Brigades internationales, Fayard, 1969.
  • Rémi Skoutelsky, L'espoir guidait leurs pas (Les volontaires français dans les Brigades internationales 1936-1939), préface d'Antoine Prost, Grasset, 1998 (ISBN 2-246-55561-2)
  • Pierre Broué et Émile Témime, La Révolution et la guerre d'Espagne, Éditions de Minuit, 1961.
  • Carlos Serrano, L'enjeu espagnol : PCF et guerre d'Espagne (PCF et guerre d'Espagne), Messidor, 1987 (ISBN 2-209-05870-8)
  • Nick Guillain, Le Mercenaire : carnet de route d'un combattant rouge, Fayard, 1938.
  • André Figueras, Marty sans laisser d'adresse, 1978.
  • Le témoignage d'un brigadiste international
    • Roger Codou, Le Cabochard : mémoires d'un communiste 1925 - 1982, François Maspero, 1983.
  • Le roman
    • Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas.

Sur l'« affaire Marty-Tillon »

  • Michel Dreyfus, PCF, crises et dissidences, éditions Complexe, 1990 (ISBN 2-87027-320-7).
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, volume 2 1945-1972, de la Libération à l'avènement de Georges Marchais. Pour suivre l'affaire dans ses méandres, pages 318-339.
  • Le témoignage d'André Marty (voir supra).
  • Le témoignage du coaccusé d'André Marty, Charles Tillon.
    • Un procès de Moscou à Paris (précédé d'une contribution de Raymond Jean), éditions du Seuil, 1970.
    • On chantait rouge, Robert Laffont, Paris, 1977, 580 p.
  • Yves Le Braz (pseudonyme), Les Rejetés, La Table Ronde, 1974. L'ouvrage est sous-titré : l'affaire Marty-Tillon, pour une histoire différente du PCF.
  • Pierre Daix, Les Hérétiques du PCF, Robert Laffont, Paris 1980 (ISBN 2-221-00537-6)
  • Artur London, L'Aveu, éditions du Seuil, Paris, 1968.
  • Pour suivre la postérité de l'« affaire Marty-Tillon », les témoignages de deux membres du Comité central qui acceptèrent la destitution des deux hommes, puis animèrent le Comité national pour sa réhabilitation.
    • Jean Chaintron, Le vent soufflait devant ma porte, éditions du Seuil, Paris 1993 (ISBN 2-02-020807-5)
    • Roger Pannequin, Adieu, camarades, Le Sagittaire, Paris, 1977.
  • Celui qui fut le secrétaire d'André Marty de 1946 à 1952, livrait aussi son témoignage.

Ouvrages publiés par André Marty

  • Dans les prisons de la République, Librairie de l'Humanité, 1924
  • La Révolte de la mer Noire, Bureau d'éditions, Paris, 1929. Réédition en fac-similé, éditions François Maspero, 1970.
    • Première partie (un volume), Des tortures… et du sang.
    • Deuxième partie (un volume), Les Soulèvements.
  • Les Heures glorieuses de la mer Noire, 30e anniversaire, éditions du Parti communiste français, 1949, Paris 9e, 96 pages.
  • L'Affaire Marty, éditions des Deux-Rives, Paris, 1955, 292 pages.

Articles connexes

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