Les Lignes de Wellington

Les Lignes de Wellington (titre original : portugais : As linhas de Torres Vedras) est un film franco-portugais réalisé en 2012 par Valeria Sarmiento, la compagne de Raoul Ruiz. Celui-ci avait commencé le projet, mais est mort avant le tournage. Le film est présenté en compétition officielle lors de la Mostra de Venise 2012. Il est également sélectionné pour représenter le Portugal aux Oscars du cinéma 2014 dans la catégorie meilleur film en langue étrangère[1].

Les Lignes de Wellington
Portrait de Wellington par Goya, 1814.
Titre original As linhas de Torres Vedras
Réalisation Valeria Sarmiento
Scénario Carlos Saboga
Raoul Ruiz
Musique Jorge Arriagada
Acteurs principaux
Sociétés de production Alfama Films
France 3 Cinéma
Pays d’origine France
Portugal
Genre Film historique
Durée 151 minutes
Sortie 2012


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Œuvre romanesque et picturale, le film met en scène une série de petites histoires individuelles dans le cadre de la troisième invasion napoléonienne au Portugal dans le sillage des invasions françaises lors de la Guerre d'indépendance espagnole.

Synopsis

En 1810, les troupes napoléoniennes du maréchal Masséna envahissent depuis l'Espagne le nord du Portugal, afin de renverser la monarchie portugaise et mettre en place le blocus continental contre le Royaume-Uni. Cependant, les erreurs tactiques du maréchal français entraînent de lourdes pertes dans les rangs de son armée lors de la bataille de Buçaco. Les troupes anglo-portugaises, commandées par le duc de Wellington, en profitent pour se replier stratégiquement au sud, derrière des lignes de fortifications créées de toutes pièces par Wellington. Celui-ci n'hésite pas à pratiquer une politique à outrance de la terre brûlée.

Chargées de défendre Lisbonne, les lignes de Torres Vedras sont constituées de forts construits depuis 18 mois, dans le plus grand secret, par les Portugais et les Anglais. Ils se répartissent sur trois rangs de 15 lieues de large entre l'océan et le Tage, et sont l'ultime chance de contrer l'avance du corps d'armée français. La population rurale, entièrement réquisitionnée pour cela, paie un lourd tribut en matériel et en pillages. À l'exode massif vers le sud s'ajoutent les exactions des Français et les pillages de diverses bandes organisées, factions et déserteurs. Le pays est exsangue, mais nourri par la volonté farouche de la lutte nationaliste et religieuse pour battre la France révolutionnaire ; les Français sont décimés et affaiblis par les guérillas, la faim et l'absence de logistique ; quant à Wellington, il est obsédé par son image et celle qu'il laissera dans l'histoire.

Fiche technique

Distribution

Avec la participation spéciale de

Projet et réalisation du film

Ce film est avant tout né de la volonté du producteur portugais Paulo Branco qui voulait absolument faire un film d'époque retraçant les invasions napoléoniennes au Portugal[2]. Conforté dans ce projet par la région de Torres Vedras qui souhaite célébrer le bicentenaire de l'évènement et décide de financer le projet initial[2], Paulo Branco décide alors de demander l'écriture d'un scénario à Carlos Saboga que Raoul Ruiz, qui vient de terminer son précédent opus Mystères de Lisbonne (2010), devra réaliser[3]. L'ensemble du travail d'écriture et des préparatifs au film (constitution de l'équipe, distribution portugaise, repérages, création des costumes) sont menés à bien par le réalisateur[2], mais, atteint d'un cancer, Raoul Ruiz meurt à Paris à la suite d'une infection pulmonaire le sans pouvoir commencer le tournage. La production du film, un temps mise en suspens, est cependant poursuivie par Paulo Branco qui réussit à confirmer après la mort de Raoul Ruiz la participation d'acteurs vedettes[2] (John Malkovich et Michel Piccoli) et ainsi à boucler un budget de 4,8 millions d'euros[4] avec l'aide de la région et d'autres partenaires financiers[2] dont France 3 Cinéma. Le tournage est confié à Valeria Sarmiento, la compagne de Ruiz qui est également monteuse et réalisatrice[5].

Après la mort du réalisateur franco-chilien, la distribution des rôles revêt un caractère particulier. Ce sont ses acteurs fétiches et réguliers depuis de très nombreuses années qui intègrent le film[5] en une sorte de dernier hommage posthume. À cette fin, une scène réunissant Michel Piccoli, Catherine Deneuve, et Isabelle Huppert est spécialement écrite pour permettre leur participation au film[2]. Le tournage débute en et dure douze semaines[4]. Il est réalisé exclusivement au Portugal dans les villes de Lisbonne, Torres Vedras, Gouveia, et Óbidos (notamment au château de Óbidos)[6] et prend fin en . En , les compositions de Jorge Arriagada constituant la bande sonore de l'œuvre sont enregistrées sous la direction de Laurent Petitgirard au studio Acousti à Paris[7].

Comme pour Mystères de Lisbonne le précédent film de Raoul Ruiz, Les Lignes de Wellington est monté en un film unique de longue durée destiné au grand écran ainsi que dans une version augmentée pour la télévision diffusée sur Arte en trois épisodes[5] le .

Réception critique et publique

Le film reçoit un bon accueil lors de sa présentation à la Mostra de Venise, considérant que de reprendre le projet de Raoul Ruiz était relativement risqué mais que la réalisatrice « délivre une œuvre aboutie [...] dont la mise en scène dégage une amplitude virtuose[8] ». Dans Les Inrocks, le film est également un « coup de cœur » de la rédaction qui souligne la « mise en scène élégamment classique » et la capacité de Valeria Sarmiento à « mêler le collectif et le particulier, les scènes d’action et les passages intimistes, la grande histoire politique et la petite histoire des sentiments [...] dans une maîtrise romanesque et feuilletonesque irrésistibles[9] ».

Lors de sa sortie en France en , la critique du Monde souligne particulièrement le réalisme du film et l'analyse qu'il propose de la véritable nature de cette guerre dans un « précis de destruction » mêlant « la beauté plastique [...] à la description d'une situation cruelle[3] » tout en s'écartant de vouloir filmer des grandes batailles pour s'attacher aux conséquences à l'arrière du front, sur les troupes et sur les populations, une fois le brouillard de la guerre dissipé. Les Lignes de Wellington est pour La Croix une œuvre en forme de « recherche philosophique, jamais pesante, sur l’homme dans la guerre[10] ». Pour Le Point, il s'agit d'une « œuvre majestueuse [...], d'une éclatante réussite » dans laquelle le travail de Raoul Ruiz continue de se faire sentir, malgré sa mort, grâce à la qualité de réalisation de Valeria Sarmiento qualifiée d'« intelligente et romanesque[11] ». Serge Kaganski dans Les Inrocks est exactement sur la même ligne lorsqu'il constate la force romanesque et la beauté plastique de l'œuvre rappelant celle des « films à grand spectacle de jadis » tout en soulignant que la réalisatrice, usant d'un style « stendhalien », est « moins baroque, moins labyrinthique, moins gigogne » que ne pouvait l'être Raúl Ruiz, au style plus « proustien[12] ».

Moins enthousiaste Olivier Séguret dans Libération[13], s'il reconnait que la cinéaste a fait totalement sien un film dont Raoul Ruiz n'avait été qu'un instigateur — « [sans] cherch[er] à imiter ce que Ruiz aurait pu en faire ni à en faire chanter la nostalgie » —, il juge que le film « déroule son cours avec une constance sans dynamisme, sans déboîtement » et qu'au final la pléthore d'acteurs prestigieux venus honorer la mémoire du cinéaste disparu donne lieu à des scènes intéressantes formant alors « un vrai bloc de bon cinéma » mais qui restent en aparté de la trame d'un film, devenu « déséquilibré » et de ce fait « distordu », ne réussissant pas à s'intégrer dans un tout homogène pour former un « véritable orchestre » et que son travail sur les « portraits de proximité » reste le plus réussi. Alain Riou, lors de l'émission Le Masque et la Plume, juge que le film est une « longue marche lente de film subventionné », un « film décousu » provoquant un certain ennui ; il est soutenu en cela par Pierre Murat (et dans une moindre mesure par Jérôme Garcin) contrairement à Sophie Avon qui salue la « représentation de la guerre » notamment en ce qui concerne l'attachement de la cinéaste aux conséquences sur les populations[14].

Sur l'ensemble de sa période d'exploitation en salles, le film a réalisé 37 419 entrées en France[15].

Discographie

La bande originale du film Les Lignes de Wellington composée par Jorge Arriagada a été éditée sur CD chez Disques Cinémusique en 2013 [16].

Notes et références

  1. (en) « 76 Countries In Competition For 2013 Foreign Language Film Oscar », sur le site de l'AMPAS (consulté le )
  2. Les lignes de Wellington » : la bataille de Paulo Branco par Pascal Mérigeau dans Le Nouvel Observateur du 21 novembre 2012.
  3. « Les Lignes de Wellington » : Valeria Sarmiento gagne l'ultime guerre de Raul Ruiz par Jean-François Rauger dans Le Monde du 20 novembre 2012.
  4. Pour la postérité par Jimmy Jouve dans Le Film français no 3464 du 12 février 2012.
  5. Casting de rêve pour l'ultime film de Raoul Ruiz sur le site Allociné le 24 février 2012.
  6. (en) Lieux de tournage sur IMDb.
  7. (en) Les Lignes de Wellington sur le site des studios Acousti.
  8. Les Lignes de Wellington sur le site critkat.com le 6 septembre 2012.
  9. Mostra de Venise 2012, jour 6 par Serge Kaganski dans Les Inrocks du 5 septembre 2012.
  10. Les lignes de Wellington, une certaine idée de la guerre par Arnaud Schwartz dans La Croix du 20 novembre 2012.
  11. La mélancolie de Wellington, la joie de vivre de Pierre Niney par Florence Colombani dans Le Point du 20 novembre 2012.
  12. Les Lignes de Wellington par Serge Kaganski dans Les Inrocks du 20 novembre 2012.
  13. « Wellington », guère épais par Olivier Séguret dans Libération du 20 novembre 2012.
  14. Le Masque et la Plume sur France Inter le 2 décembre 2012.
  15. Les Lignes de Wellington sur le site http://www.jpbox-office.com
  16. CD Les Lignes de Wellington, sur www.disquescinemusique.com

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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