Gouvernement de la Défense nationale

Le gouvernement de la Défense nationale, aussi connu sous le nom de gouvernement provisoire de 1870 ou gouvernement provisoire de Défense nationale, est formé à Paris durant la Guerre franco-allemande, le après la capture de Napoléon III à la bataille de Sedan, la déchéance de l'empereur prononcée sous la pression de la foule au palais Bourbon par le Corps législatif et la proclamation de la République à l'hôtel de ville.

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Gouvernement de la Défense nationale

Troisième République (provisoire)

Le gouvernement de la Défense nationale. De haut en bas et de gauche à droite : Jules Favre, le général Trochu, Léon Gambetta, Emmanuel Arago, Adolphe Crémieux, Henri Rochefort, Ernest Picard, Alexandre Glais-Bizoin, Jules Simon, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Jules Ferry, Eugène Pelletan.
Président du gouvernement Louis Trochu
Formation
Fin
Durée 5 mois et 15 jours
Composition initiale
Gouvernement De Défense Nationale (1870-1871), Essai au module de 10 Centimes ballon monté 1870 A (Paris)

Actes gouvernementaux

Le général Louis Jules Trochu assume la présidence du gouvernement composé de députés républicains de Paris avec entre autres Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur, Jules Favre, ministre des Affaires étrangères et Jules Ferry comme secrétaire du gouvernement.

Le gouvernement déclare vouloir consacrer toute l’énergie du pays à sa défense. Dans une proclamation à l’armée, il justifie la destitution de l’ancien pouvoir et affirme : « Nous ne sommes pas au pouvoir, mais au combat [1] », en ajoutant deux jours plus tard : « Ne pensez qu’à la guerre et aux mesures qu’elle doit engendrer[2]. »

Cependant, l'historien Henri Guillemin avance qu'à Paris, où le général Trochu est gouverneur militaire, le gouvernement, préoccupé par le risque de révolte populaire, fait peu d'efforts pour défendre efficacement la capitale et cherche à traiter avec les Prussiens pour maintenir l'ordre social[3]. Le , le général de la Motterouge, affecté au commandement supérieur des gardes nationales de la Seine, est promu gouverneur militaire de la 15e région, à Nantes ; il est remplacé par le général d'artillerie Tamisier, qui avait été cassé de son grade sous le Second Empire.

Le gouvernement ayant choisi de rester dans Paris encerclé par les troupes prussiennes et leurs alliés, une délégation est envoyée à Tours pour coordonner l'action en province sous les ordres d'Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, accompagné par Alexandre Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon.

Elle est rejointe le 9 octobre par Léon Gambetta investi des ministères de la guerre et de l'intérieur pour former de nouvelles armées : l'Armée du Nord, l'Armée de la Loire puis l'Armée de l'Est. Le , le général Trochu, qui avait qualifié de « rumeur » la reddition sans combat de l'armée de Bazaine à Metz, doit reconnaître les faits sous la pression de la foule. L'exaspération envers l'inertie des gardes nationales après la chute du Bourget et l'envoi d'Adolphe Thiers à Versailles pour négocier avec Bismarck se solde par le soulèvement du 31 octobre 1870, où Trochu ne parvient à sauver son gouvernement qu'en rassemblant les dernières brigades encore loyales, notamment avec l'aide de Jules Ferry.

Le gouvernement parvient à s'assurer de son soutien à Paris par un plébiscite, le , et organise deux jours plus tard des élections municipales à Paris.

À la suite de ces événements, Tamisier donne sa démission le et reprend le poste de chef d'escadron d’artillerie au 5e secteur de Paris. En province, où la victoire du général de Paladines à la tête de l'Armée de la Loire avait ressuscité l'espoir, les mauvaises nouvelles s'accumulent tandis que l’étau se resserre autour de Paris. La « Grande sortie » visant à briser l'encerclement allemand a lieu dans la nuit du  ; dans la bataille de Champigny qui s'ensuit, les Français perdent trois fois plus d'hommes que l'ennemi (notamment faute d'un équipement adéquat contre le froid), mais l'impact psychologique sur les assiégés est plus grand encore car le siège n'a pas été levé. Une deuxième tentative, impliquant des troupes de la Garde Nationale, échoue le : c'est la deuxième bataille de Buzenval.

Devant l'avance des armées allemandes, la délégation se replie sur Bordeaux.

Un des éléphants du zoo de Paris vient d'être fusillé pour fournir de la viande pendant le siège de Paris

Il était désormais évident que Paris allait tomber tôt ou tard. La nourriture, déjà rare en décembre, commençait à manquer dans certains quartiers et bien que les tirs d'artillerie ennemis fussent curieusement inefficaces, leur impact sur le moral des Parisiens était dramatique. Le gouvernement limogea le général Trochu le (mais ce dernier ne fut pas formellement remplacé en tant que Chef du gouvernement) et choisit comme gouverneur militaire de Paris le général Vinoy. Jules Favre, qui conservait la confiance des gardes nationaux, s'imposa dans ces dernières semaines comme le véritable chef du gouvernement : il parvint notamment à réprimer par la force un début d'émeute le . Le 28, il offrit la reddition de la capitale et signa une convention d’armistice avec Bismarck stipulant diverses mesures humiliantes pour les vaincus, notamment le versement sous quinzaine d'une amende d'un montant de 200 millions de francs, plus de 5 milliards de francs de réparations de guerre, et l'abandon à l'ennemi de tous les forts entourant Paris. Depuis Bordeaux, Gambetta apprit le la capitulation par télégramme. Quoiqu'il eût voulu poursuivre la lutte en province, une délégation gouvernementale menée par Jules Simon et venue en train de Paris le 1er février finit par le convaincre de cesser le combat. Il démissionna le .

Certains Parisiens se sentirent trahis[4], comme l'indique le jeune Clemenceau, nommé en septembre maire du XVIIIe arrondissement de Paris, qui fait placarder le 31 octobre 1870 sur les murs de Paris[5] :

« La municipalité du XVIIIe arrondissement proteste avec indignation contre un armistice que le Gouvernement ne saurait accepter sans trahison[6]. »

Apprenant qu’un armistice vient d’être signé, Victor Hugo écrit le  : « Un nain qui veut faire un enfant à une géante. C’est là toute l’histoire du gouvernement de la Défense nationale. Avortement[7]. »

Les termes de l'armistice prévoyaient l'organisation de nouvelles élections nationales pour former une Assemblée qui investirait un gouvernement à la légitimité claire. Dans des délais très brefs, tous les électeurs résidant sur des portions non-occupées du territoire national furent appelés aux urnes pour le . La nouvelle Assemblée nationale issue de ces élections, dominées par le poids du vote rural et bourgeois, était majoritairement conservatrice et monarchiste. Elle mit fin au Gouvernement de la Défense nationale et élut le Adolphe Thiers chef du gouvernement, en remplacement du général Trochu. Le nouveau gouvernement se fit une priorité de l'évacuation de l'armée d'occupation allemande, que Bismarck conditionnait au paiement des réparations.

Composition

Le général Trochu, chef du gouvernement de la Défense nationale.
Gouvernement de la Défense nationale (), photomontage d'Eugène Appert.

Plébiscite local du 3 novembre 1870

Le contexte

Le , à la suite de l'annonce de la défaite du Bourget survenue la veille, la population parisienne se soulève. L'Hôtel de ville de Paris, siège du gouvernement provisoire, ainsi que la préfecture de police sont occupés par des activistes d'extrême-gauche. La tentative de mise en place d'un Comité de Salut Public par Gustave Flourens avec Auguste Blanqui et Charles Delescluze est tenue en échec par l'emploi de la Garde nationale et de la Garde mobile composée de Bretons. En réaction à cette contestation de sa légitimité et de son autorité, le 1er novembre, le Gouvernement de la Défense Nationale, qui a failli être renversé[8], se soumet dans la foulée à un plébiscite local le . Ce vote a pour but de faire ratifier la proclamation de fait et non de jure du gouvernement provisoire le , par « le Peuple de Paris »; à défaut de réellement consulter le peuple français, chose qui n'interviendra pas avant 1871 avec les législatives de février et les municipales d'octobre.

Gambetta, Ministre de l'Intérieur, s'oppose catégoriquement à la tenue du plébiscite estimant que « l'acclamation » du est selon lui suffisante[8]. Il écrit à Jules Favre pour protester[8].

Deux jours plus tard ont lieu les élections municipales de Paris. Treize maires sur vingt (dont Clemenceau) sont reconduits. Cinq nouveaux sont des modérés. Seuls Delescluze (XIXe) et Ranvier (XXe) représentent le parti révolutionnaire.

Le plébiscite

Intitulé : « La population de Paris maintient-elle OUI ou NON les pouvoirs du Gouvernement de la Défense Nationale ? »[9]

Résultats :

  • 557 996[9] (ou 330.000 selon les sources)[10] répondent « OUI ».
  • 61 638[9] (ou 52.000 selon les sources)[10] répondent « NON ».
  • Un certain nombre[Combien ?] s'abstient.

Chronologie

Notes et références

  1. Journal officiel de la République française, 6 septembre 1870, n° 245, p. 1529, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65801266/f1.item.r=destitue
  2. Journal officiel de la République française, 8 septembre 1870, n° 247, p. 1537, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65801281.item
  3. Cf. Henri Guillemin, Les origines de la Commune : L’héroïque défense de Paris (1870-1871), Gallimard, , 430 p..
  4. (fr) La Commune de Paris-La Guerre de 1870-Il faut en finir par Henri Guillemin 1971
  5. Cf. Gaston Monnerville, Clemenceau, libr. Arthème Fayard, , 769 p..
  6. Michel Winock, Clemenceau, éditions Perrin, 2007, chap. I, p. 16
  7. Victor Hugo, Choses vues, 1870-1885, Paris, Gallimard, folio, , 529 p. (ISBN 2-07-036141-1), p. 261
  8. Henri Dutrait-Crozon, Gambetta et la défense nationale, 1870-1871, Nouvelles Editions Latines, 1914, Paris, p.320
  9. La Grande Histoire de la Commune Edition du centenaire -1970
  10. Pierre Miquel, La Troisième République, Fayard, 1989, Paris, p.69

Annexes

Sources primaires

  • Jules Favre, Gouvernement de la Défense nationale [du au ], Paris, H. Plon, 1871-1875, 3 vol. (en ligne).

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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