Gérard van Spaendonck

Gérard (ou Gerrit ou Gerardus) van Spaendonck, né à Tilbourg le et mort à Paris le , est un peintre et graveur d'origine néerlandaise installé en France, spécialiste des peintures de fleurs. Il est l'un des premiers peintres à avoir introduit dans un autre pays d'Europe la tradition de la peinture florale néerlandaise, parvenue à son apogée avec Jan van Huysum.

Biographie

Né d'un père intendant de la seigneurie de Tilbourg, dans le Brabant-Septentrional, et frère du peintre Cornelis van Spaendonck, il étudie son art à l'académie de peinture d'Anvers auprès de Guillaume Herreyns dans les années 1760. En 1769, il s'installe à Paris où, grâce à l'intervention de Claude-Henri Watelet, il est nommé miniaturiste de Louis XVI à l'âge de 28 ans. Il expose pour la première fois au Salon de 1777. En 1780, il est nommé professeur de peinture florale au Jardin des Plantes, où il succède à Madeleine Basseporte. Il est admis l'année suivante à l'Académie royale de peinture et de sculpture. En 1786, il est nommé peintre du cabinet de Marie-Antoinette.

Après la Révolution, il obtient en 1793 la chaire d'iconographie naturelle au Muséum national d'histoire naturelle nouvellement créé (il en crée l'emblème cette même année[1]) et il devient en 1795 l'un des premiers membres de l'Académie des beaux-arts. Sous l'Empire, il reçoit la Légion d'honneur en 1804 et il est anobli l'année suivante par Napoléon. Lorsqu'il meurt en 1822, son corps est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (11e division)[2].

Œuvre

Spécialiste de la technique du crachis, consistant à ajouter à la gravure des petits points destinés à affiner le rendu des détails et à nuancer les couleurs, il privilégiait l'aquarelle par-dessus la gouache en l'honneur à son époque. Gérard van Spaendonck a contribué à une cinquantaine d'aquarelles aux Vélins du Roi, une collection de peintures botaniques créée un siècle plus tôt à l'initiative de Gaston de France, frère de Louis XIII. Il a contribué aussi à des dessins à la Manufacture de Sèvres dans les années 1780. Entre 1799 et 1801, il a fait paraître une collection de 24 gravures intitulée Fleurs dessinées d'après nature, considérée comme l'une de ses œuvres majeures.

Diderot au Salon de 1781

« Tableau représentant un vase sculpté en bas-relief et rempli de fleurs et de fruits, se détachant sur un fond d'architecture.

De la plus grande beauté, rien à désirer... peut-être y aurait-il quelques observations à faire sur les parties qui sont dans l'ombre.

On a dit de ces fleurs, et la critique a paru du moins ingénieuse, que toutes belles qu'elles étaient, on pourrait bien leur reprocher de manquer d'odeur. Rien n'égale en effet l'éclat et la vivacité de leur coloris ; mais y trouve-t-on ce léger duvet, cette espèce de vapeur qui pourrait seule rappeler à la vue l'idée des doux parfums qu'elles exhalent ?

Le duc d'Enghien[3], un enfant de huit à neuf ans, demeurait enchanté devant ce beau vase de fleurs. « Ah ! Monsieur, lui dit le jeune prince avec une ingénuité pleine d'esprit et de grâce, voudriez-vous bien m'en permettre d'en prendre une ?[4] »

Le tableau de Spaendonck
vu par Grimm au Salon de 1785. Fontainebleau ; musée national du château de Fontainebleau.

Grimm au Salon de 1785

« Tableau représentant un piédestal d'albâtre, enrichi de bas-reliefs, sur lequel est posé une corbeille de fleurs et à côté un vase de bronze, par M. van Spaendonck (pour le roi). Je crois avoir vu quelques beaux Van Huysum, et ceci me paraît au-dessus de tout ce que j'ai jamais vu dans ce genre. Je ne pense pas que l'art puisse jamais aller plus loin. C'est la nature même, mais la nature dans toute sa fraîcheur, dans tout son éclat ; et il y autant de grâce, d'harmonie et de goût dans la manière dont ces fleurs se trouvent rassemblées qu'il y a d'exactitude et de vérité jusque dans les moindres détails qui en caractérisent si heureusement toutes les formes, toutes les nuances, celles même qui semblent trop fugitives pour ne pas échapper au pinceau[5]. »

Postérité

Son œuvre, qui reste hautement estimée parmi celles des grands peintres botaniques, fut très tôt appréciée par les savants. Georges Cuvier, qui prononça son éloge funèbre à l'Institut de France en 1822, y souligne le rôle joué par Van Spaendonck et ses émules dans l'histoire de l'iconographie naturaliste :

« Qui ne se souvient de l'imperfection et de la rareté des figures dans les ouvrages publiés encore au commencement du dernier siècle, et de la peine que le naturaliste avait à y reconnaître les espèces les plus communes ? Buffon même n'eut souvent que des planches incorrectement dessinées et grossièrement coloriées. Aujourd'hui des ouvrages nombreux et magnifiques ont multiplié à l'infini des images aussi reconnaissables que les originaux eux-mêmes. Les Redouté, les Huet, les Baraband, ont multiplié le Muséum d'histoire naturelle ; ils ont fourni en quelque sorte au monde entier des cabinets complets et portatifs ; et, nous pouvons en convenir sans honte, ce secours nouveau a contribué, autant que les travaux d'aucun de nous, à fixer la prééminence de notre pays dans les sciences naturelles[6]. »

Les peintures florales de Van Spaendonck connurent également en leur temps un grand succès auprès du beau monde, ainsi qu'en témoigne cet article paru dans Le Magasin pittoresque en 1843 :

« Peu d'artistes ont été assez heureux pour voir leurs œuvres aussi rapidement et aussi constamment appréciées. L'admiration unanime que l'on professait pour ses moindres ébauches peut s'expliquer à quelques égards par les mœurs du temps. Ce goût des fleurs en peinture s'accordait parfaitement avec l'engouement pastoral qui s'était emparé des esprits dans la haute société. On sait quelle merveilleuse passion l'abus du luxe et des plaisirs de la cour et de la ville avait fait éclore pour les bergeries et les fleurs. Il semblait qu'il fût devenu impossible de vivre au milieu de cette atmosphère viciée sans y aspirer, au moins par l'imagination, un peu de l'air des champs et des parfums de la nature. Pendant plusieurs années, on ne vit plus sur les tabatières, sur les bonbonnières et les boîtes d'ornement que des bouquets peints par Van Spaendonck[7]. »

Gérard van Spaendonck a eu entre autres pour élèves Pierre-Joseph Redouté, Alexandre Paul Joseph Véron, Pierre-Antoine Poiteau, Henriette Gertruide Knip, Jan Frans van Dael, Pancrace Bessa, Jean Henri Jaume Saint-Hilaire, Antoine Chazal, Piat Joseph Sauvage, Henriette Vincent et Sophie de Fuligny-Damas, marquise de Grollier.

En 2006, l'écrivain Philippe Sollers lui a consacré son ouvrage Fleurs : Le grand roman de l'érotisme floral[8].

Galerie

Notes et références

  1. Pierre Serna, 1793. La république des ANIMAUX, in l'Histoire', n°396, février 2014, (ISSN 0182-2411), p. 81.
  2. Jules Moiroux, Le cimetière du Père Lachaise, Paris, S. Mercadier, (lire en ligne), p. 339
  3. Le duc d'Enghien fut plus tard condamné à mort et fusillé à l'âge de 32 ans.
  4. Denis Diderot, Œuvres complètes, vol. XII, Beaux-Arts, arts du dessin (salons), Garnier, Paris, 1876, p. 54.
  5. Melchior Grimm, Correspondance littéraire, philosophique et critique, vol. XIV, Suite du Salon de 1785, Garnier, Paris, 1880, p. 271.
  6. Georges Cuvier, Éloges historiques lus dans les séances publiques de l'Institut de France, vol. III, nouvelle édition, 1861, Firmin Didot, Paris, p. 236. Un autre éloge fut prononcé le même jour par Quatremère de Quincy : Funérailles de M. van Spaendonck, Institut royal de France, Académie royale des beaux-arts, s.d.
  7. Anonyme, Le Magasin pittoresque, 11e année, 1843, p. 344.
  8. Hermann, Presses internationales polytechnique, Montréal, 2006 (ISBN 2705665935).

Liens externes

Spaend. est l’abréviation botanique standard de Gérard van Spaendonck.

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