Sambenito

Le sambenito ou san-benito (catalan : gramalleta ou sambenet) est un vêtement d'infamie utilisé à l'origine par les pénitents chrétiens afin de montrer publiquement leur repentance[1],[2]. Il fut par la suite utilisé par l'Inquisition espagnole pour humilier ceux qui étaient condamnés pour des délits religieux[1].

Différents sambenitos et corozas en Espagne et au Portugal, 1748.

Il s'agissait au départ d'un sac de laine béni par un curé, d'où son nom de saco bendito sac bénit » en espagnol) ensuite transformé en sambenito en raison de la proximité phonétique de ce mot avec San Benito (Saint Benoît en espagnol).

Le sambenito utilisé par l'inquisition était une sorte de grand scapulaire ressemblant à un poncho. Il était constitué d'une toile rectangulaire percée d'un trou pour la tête qui, une fois mise arrivait un peu en dessous de la ceinture du condamné laissant les épaules découvertes. Pour compléter l'humiliation, le sambenito se portait assorti d'un haut chapeau pointu appelé coroza.

Pénitent vêtu d'un sambenito et chapeauté d'un coroza devant l'Inquisitión, Goya, 1812-19

Des motifs rappelant la nature de la condamnation étaient le plus souvent peints sur le sambenito : une croix de saint André pour les délits peu importants, des démons et des flammes dans le cas de délits et crimes graves (comme le judaïsme ou le mahométisme) généralement punis par la mort sur le bûcher. Souvent aussi, ils portaient le nom des condamnés comme c'est le cas des sambenitos exposés dans l'église Santo Domingo de Palma de Majorque, qui permirent pendant plusieurs siècles d'identifier et de marginaliser les Chuetas, ces descendants majorquins de marranes condamnés pour crypto-judaïsme[3],[4].

Les condamnés étaient menés dans les rues de la ville pieds-nus, vêtus du sambenito et tenant un grand cierge allumé et en général vert, à la main.

Le sambenito était ensuite exposé publiquement dans la ville ou le village du pénitent, afin qu'il serve d'exemple et conserve la mémoire des condamnations passées.

Quelquefois, lors la sentence, l'accusé était condamné à porter constamment le sambenito dans son quotidien (sauf à son domicile) pendant plusieurs années ou durant tout le reste de son existence pour « se réconcilier »[5],[6]. Dans le cas où le condamné ne portait pas son sambenito, l'Inquisition le poursuivait pour délit d'« impénitence » ou de « transgression »[7]. Ainsi, au tribunal de Valence, entre 1566 et 1700 notamment, sur les 1 422 condamnés à revêtir le sambenito, 126 durent le porter à vie[8].

Condamnés par l'Inquisition à Lima, portant tous le sambenito et selon, un coroza, une corde au cou, une muselière, un cierge, XVIIe

Le port du sambenito était assorti de celui du coroza (ou « caroche ») et/ou d'un cierge (vela) et/ou d'une corde (soga) au cou et/ou d'un baillon muselière (mordaza), soit de plusieurs de ces éléments, lors d'expositions publiques

Notes et références

  1. (es) « Sambenitar - Sambenito », sur buscon.rae.es, DLE, Diccionario de la lengua española (consulté le )
  2. (en) « Definition of SANBENITO », sur www.merriam-webster.com (consulté le )
  3. José Amador de los rios, Historia de los judíos de España y Portugal, t. III, p. 489
  4. (en) Joseph Pérez, The Spanish Inquisition : A History, Yale University Press, , 248 p. (ISBN 0-300-11982-8, lire en ligne)
  5. Joseph Perez, Breve Historia de la Inquisición en España, Barcelone, 2009 et 2012, (ISBN 978-84-08-00695-4), p. 147
  6. Jean Dumont, Procès contradictoire de l'Inquisition espagnole, Famot, , p. 96.
  7. Anita Gonzalez-Raymond, Inquisition et société en Espagne : les relations de causes du tribunal de Valence (1566-1700), Presses Univ. Franche-Comté, , 374 p. (ISBN 978-2-251-60618-7, lire en ligne), p. 51
  8. Gonzales-Raymond, op. cit., p. 80


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