Pygargue à queue blanche

Haliaeetus albicilla

Haliaeetus albicilla
Pygargue à queue blanche.
Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Accipitriformes
Famille Accipitridae
Genre Haliaeetus

Espèce

Haliaeetus albicilla
(Linnaeus, 1758)

Statut CITES

Annexe I , Rév. du 04/02/1977

Statut de conservation UICN


LC  : Préoccupation mineure

Juvénile sur son nid

Pour les articles homonymes, voir Pygargue (homonymie).

Le Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) appelé également grand aigle de mer, aigle barbu, huard, orfraie ou encore haliète albicille, est une espèce de rapace de grande envergure de la famille des Accipitridae.

Description

Adulte en vol à Svolvær (Norvège).

Ce pygargue est le parent existant le plus proche du pygargue à tête blanche ; les deux espèces sont sœurs dans un complexe d'espèces, mais le pygargue à queue blanche est plus grand et a une envergure beaucoup plus importante. Dans la nature, ils remplissent la même niche écologique : ce sont tous les deux des rapaces diurnes qui se nourrissent de poissons, de petits mammifères et de membres de la famille des anatidés. Les deux espèces ont divergé des autres pygargues au plus tard lors du Miocène, il y a environ dix millions d'années et auraient été définitivement séparées par la dernière période glaciaire[1]. Les ornithologues modernes croient que les deux ont divergé dans le Pacifique Nord, se propageant vers l'ouest en Eurasie et vers l'est en Amérique du Nord, comme en témoignent les résultats du génome mitochondrial (ADNmt).

Pygargue très corpulent et de grande taille, il a une silhouette massive caractérisée par une large envergure et une queue courte cunéiforme. L'ensemble du plumage est brun foncé sauf la tête et la base du cou légèrement plus clairs. Les oiseaux âgés ont la tête et le cou blancs. Les adultes ont la queue blanche. La moitié de la longueur des pattes est emplumée. La tête est large et le bec très massif. Les pattes et le bec sont jaunes.

Le juvénile est beaucoup plus foncé, gagnant progressivement le plumage adulte en cinq ou six ans. La queue et le bec sont foncés, et la queue présente une bande terminale foncée chez les subadultes, avant de blanchir.

Le pygargue à queue blanche se fait entendre surtout pendant la nidification, les parades et la défense du territoire. Le mâle émet des cris puissants à la manière rauque des mouettes. La femelle a une voix plus grave. Le cri de contact est une série de « krick-rick-rick-rick », dont la fréquence et la tonalité augmentent. Le cri d'alarme « kli-kli-kli » prévient de l'arrivée d'un intrus sur le territoire.

Sa taille varie de 72 à 94 cm, pour un poids de 5 à kg. L'envergure de ce rapace peut atteindre 240 cm[2].

Habitat

Le pygargue à queue blanche est une espèce liée aux milieux aquatiques (côtes maritimes, grandes rivières, lacs, etc.), soit à l'intérieur des terres, soit au bord de mer. Dans les terres, le pygargue à queue blanche se plaît au bord des lacs et des fleuves propices à la prédation, dans la toundra et dans la forêt. Sur les côtes, il fréquente les falaises rocheuses escarpées.

Son aire de répartition s'étend du Groenland au nord de l'Europe et à la Sibérie. Quelques pays européens accueillent une forte population de pygargues à queue blanche : la Norvège, le nord de l'Allemagne, les pays baltes, la Pologne et la Russie.

Comportement

Pygargue à queue blanche emportant un poisson, près de Raftsund, Norvège. Avril 2018.

Cinq années lui sont nécessaires pour atteindre la maturité sexuelle. C'est un oiseau particulièrement discret en dehors de la période de reproduction. Il possède quasiment la même technique de chasse que les autres pygargues ou aigles pêcheurs, à la différence qu'il fait preuve d'endurance et est capable de poursuivre sa proie jusqu'à épuisement.

Pygargue à queue blanche en captivité

En Europe, les pygargues à queue blanche adultes sont en général sédentaires. Les oiseaux nordiques (nord de la Russie et Laponie) descendent vers le sud en hiver. Les oiseaux âgés vagabondent, mais les jeunes bougent davantage et sont presque migrateurs.

Les couples restent sur leur territoire à l'année. Ils sont unis pour la vie et se reproduisent dans le même territoire chaque année. Au printemps, les parades aériennes se déroulent au-dessus du territoire. Les deux partenaires volent à environ 200 mètres de hauteur, proches l'un de l'autre, et effectuent des figures, des piqués et simulent des attaques.

Le pygargue à queue blanche se nourrit d'oiseaux, de mammifères ou de poissons. Il apprécie le gibier d'eau (oies, foulques, canards, etc.) mais il est surtout friand de poissons. Il ne dédaigne pas les cadavres quand les temps sont durs et que la nécessité se fait sentir. Il chasse à l'affût, en volant assez bas ou en décrivant des cercles en hauteur afin de repérer ses proies.

Le pygargue à queue blanche tient ses ailes tendues à plat ou légèrement arquées quand il plane. Quand il glisse, elles sont serrées vers l'avant, et plutôt aplaties ou un peu arquées, souvent avec la main abaissée. Le vol est lourd, avec des séries de battements peu profonds, intercalés de courts glissés. En vol, le pygargue à queue blanche rappelle souvent le vautour.

S'apprêtant à agripper un poisson près de l'Île de Mull (Écosse).

Il pêche sur les eaux calmes qui lui permettent de voir les poissons. Quand une proie est repérée, il vole brièvement sur place, juste au-dessus, puis il la saisit au cours d'un vol rasant, en projetant rapidement ses serres dans l'eau. Il peut aussi rester immobile ou patauger sur le bord pour y trouver des poissons. Plus rarement, il pratiquera aussi le piqué. Lorsqu'un poisson est trop lourd, il le tire jusqu'à la rive en battant des ailes. Les oiseaux et les mammifères sont plutôt capturés par surprise. Il épuise les oiseaux aquatiques et leur chasse est plus longue. Sa victime plonge pour éviter l'attaque, et il choisit le moment où elle remonte pour se précipiter sur elle. C'est en répétant ces attaques qu'il parvient à capturer sa proie. Il capture aussi des oiseaux en vol, anatidés ou grands corbeaux. Il passe beaucoup de temps perché, sans bouger, sur un arbre, ou s'aventure en planant à travers son territoire.

Reproduction

oeufs de Haliaeetus albicilla - Muséum de Toulouse
oeufs de Haliaeetus albicilla groenlandicus - Muséum de Toulouse

Son nid, auquel il rajoute des branches chaque année, est particulièrement volumineux et construit soit au sommet d'un grand arbre soit à l'abri d'une falaise inaccessible. Chaque couple en a plusieurs qui sont utilisés à plusieurs reprises et pendant une période importante.

Le pygargue à queue blanche construit son nid à quelques kilomètres des lieux de gagnage, souvent en lisière de forêt ou à la campagne, à proximité de l'eau, dans de vieux arbres centenaires (pin sylvestre ou hêtre). Suivant la région, il peut aussi nicher sur des récifs ou des îles au large et sur les falaises.

La femelle dépose 2 à 3 œufs blancs, à intervalles de 2 à 5 jours, occasionnant ainsi des naissances échelonnées. L'incubation dure environ 35 à 45 jours, assurée par les deux parents, mais surtout par la femelle qui surveille les poussins en permanence pendant les premiers quinze jours qui suivent la naissance. À quatre semaines, ils restent seuls au nid, tandis que les adultes chassent. Ils commencent à voler à l'âge de deux mois et demi, et restent aux alentours du nid pendant deux à trois semaines. Il leur faudra encore deux mois ou plus pour devenir indépendants.

Sous-espèces

Pygargue à queue blanche dans la baie de Greifswald.

D'après Alan P. Peterson, cette espèce est constituée des deux sous-espèces suivantes :

  • Haliaeetus albicilla albicilla (Linnaeus) 1758 ;
  • Haliaeetus albicilla groenlandicus C.L. Brehm 1831.

Statut de conservation

Même si actuellement les effectifs du Pygargue à queue blanche sont en légère croissance, grâce à l'abandon des polluants les plus toxiques, et à sa protection dans toute l'Europe, la population en Europe ne dépasse pas les 2 500 couples (dont 700 couples en Pologne). La chasse, les empoisonnements, la pollution des eaux, les prélèvements d'œufs et de poussins ainsi que la destruction et la disparition des zones humides, sont les principaux dangers qui la menacent.

L'oiseau est officiellement déclaré disparu du territoire français depuis 1959.

En 2016, son statut IUCN en France est passé de RE (Espèce disparue de France métropolitaine) à CR (en danger critique d'extinction)[3],[4], à la suite notamment de la découverte d'un unique couple nicheur à proximité du Lac du Der, observé à partir de 2015[5].

Protection

Le Pygargue à queue blanche bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Il est inscrit à l'annexe I de la directive Oiseaux de l'Union européenne[6]. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Répartition

  • habitat permanent
  • zone d'hivernage
  • nidification

En France, on le retrouve occasionnellement en bordure de milieux humides. Il est présent majoritairement dans la moitié Nord de la France sur de rares sites (Jura, pays des étangs...)[7].

Voir aussi

Adulte effectuant un virage (Île de Skye).

Références taxinomiques

Références

  1. Wink, M.; Heidrich, P.; Fentzloff, C. (1996). "A mtDNA phylogeny of sea eagles (genus Haliaeetus) based on nucleotide sequences of the cytochrome b gene" (PDF). Biochemical Systematics and Ecology. 24 (7–8): 783–791. doi:10.1016/S0305-1978(96)00049-X.. The authors' reservations about using the generalised "2%" rate of molecular evolution have since proven to be well founded.
  2. J. Felix, Oiseaux des Pays d'Europe, éditions Artia, 1978. p. 117.
  3. Liste Rouge des Oiseaux de France métropolitaine 2016 (UICN Fr)
  4. Oiseaux nicheurs de France métropolitaine, Synthèse des changements de catégories entre 2008 et 2016 (UICN Fr)
  5. « Pygargue à queue blanche », sur champagne-ardenne.lpo.fr (consulté le )
  6. Le statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux
  7. « Visualisateur Cartographique », sur inpn.mnhn.fr (consulté le )

Liens externes

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