Protestantisme à Paris
Cet article a trait à l'histoire de la communauté protestante de Paris. Par « communauté protestante », il faut entendre les individus et les assemblées fidèles à la doctrine et aux rites de la Réforme.
Histoire
Sous l'Ancien régime
Sous Henri IV, les protestants célébraient leur culte dans la salle des Cariatides qui faisait partie du palais du Louvre et pouvait contenir jusqu’à 1 500 personnes. On l’appelait l’église de Madame. Durant le massacre de la Saint-Barthélemy le , l’amiral Gaspard de Coligny est assassiné ainsi que 3 000 protestants à Paris. L’édit de Nantes de 1598 apporte une certaine paix, mais les protestants n’ont le droit de construire leur temple qu’à plus de quatre lieues de Paris ; le temple de Charenton-le-Pont est alors construit sur le territoire de l'actuelle commune de Saint-Maurice.
En 1725, Louis XV, tolère l'ouverture du cimetière du Port-au-Plâtre, à titre précaire et clandestin mais connu de la police, afin d'y inhumer les protestants étrangers et français.
De l'édit de tolérance à la chute de Robespierre
Après l'édit de tolérance, signé le par Louis XVI et enregistré par le parlement de Paris le , les protestants de Paris vont être à la recherche d'un lieu de culte. Le premier pasteur agréé par la communauté protestante de Paris sur proposition du pasteur Jean-Paul Rabaut de Saint-Étienne, président de l’Assemblée constituante, en 1790, est Paul-Henri Marron. Le premier lieu de culte, en , est l'arrière-salle d'un marchand de vin, rue Mondétour. Puis les protestants se réunissent au 105, rue Dauphine, dans un hôtel où Antoine Court de Gébelin avait installé le cénacle du Musée de Paris et où se réunissait la loge maçonnique des Neuf Sœurs. Le maire de Paris, Jean Sylvain Bailly leur permis d'obtenir le bail de l'église désaffectée Saint-Louis-du-Louvre. C'est le de la dédicace a été faite, le jour de Pâques. Paul-Henri Marron manifesta son soutien aux nouvelles institutions politiques. Le , il prêche en présence du maire de Paris sur le texte de l'évangile de Jean (Jean 8,32) : « Vous connaissez la vérité et la vérité vous rendra libre ». L'assistance aux offices va croissante.
Après avoir été le lieu du sacre des premiers évêques constitutionnels par Talleyrand, en , la congrégation de l’Oratoire a été dissoute par les révolutionnaires le . Les bâtiments changent d'affectation. Des services administratifs occupent les logements. L'église est affectée à un magasin de décors de théâtres. La plupart des décors de l'église ont alors été supprimés, y compris les statues de la façade sur la rue Saint-Honoré. Le tombeau de Bérulle est détruit. Le maître-autel de Pierre Caqué est démonté en janvier-. Vingt quatre tableaux sont envoyés au dépôt des Petits-Augustins d'Alexandre Lenoir.
L'instauration de la Commune révolutionnaire va poser des problèmes. Paul-Henri Marron est arrêté à trois reprises. La chute de Robespierre le libère définitivement. Le culte réformé est repris en .
Sous le Condordat
Les protestants parisiens vont entretenir des relations avec le pouvoir, le Directoire, puis le Consulat. Après le Concordat de 1801, la loi du 18 germinal an X () concernant les cultes présents en France reconnait la place des protestants à l'intérieur de la communauté nationale.
La loi de germinal a été imposée par Napoléon Bonaparte sans discussion avec les représentants des églises. Pour les protestants, elle prévoit une église dite « consistoriale ». Elle indique dans son article 16 : « Il y aura une église consistoriale par six mille âmes de la même communion ». Dans un rapport remis par le pasteur Marron au préfet de la Seine, Nicolas Frochot, en , il estime à plus de 20 000 protestants déclarés à Paris. Cela suppose donc trois églises consistoriales, ce qui est contraire à la tradition ecclésiastique réformée. Le gouvernement accepte finalement, le , qu'il n'y ait qu'une seule Église consistoriale réformée à Paris. Cette église regroupe les protestants de Paris, de la banlieue et les petits groupes de l'Île-de-France. La loi prévoit que ces Églises consistoriales doivent être dirigées par une assemblée, le Consistoire, regroupant le pasteur et un groupe de laïcs, les « anciens », « choisis parmi les citoyens les plus imposés au rôle des contributions ». Le , l'ancien consistoire choisit douze personnalités pour l'aider à choisir les anciens. On trouve parmi eux sept banquiers. Le , les anciens du nouveau consistoire sont élus. Le Consistoire est reçu par Bonaparte le qui les félicite des choix faits.
Le Consistoire désigne les trois premiers pasteurs qui sont nommés par le Premier Consul : Henri-Paul Marron, Jacques-Antoine Rabaut dit Rabaut Pommier, frère de Rabaut-Saint-Étienne et de Rabaut-Dupuy, et Jean-Frédéric Mestrezat, descendant d'un pasteur de Charenton contre lequel avait écrit François Véron.
Le ministre des Cultes Jean-Étienne-Marie Portalis affecte l'ancienne église Saint-Louis-du-Louvre au Consistoire, le . Deux autres églises désaffectées ont été données aux protestants parisiens : la chapelle du couvent des Visitandines, en 1802, ancienne église du couvent de la Visitation Sainte-Marie (couvent installé à l'initiative de François de Sales et de Jeanne de Chantal) située rue Saint-Antoine, et l'ancienne chapelle des Bernardines de Penthemont, rue de Grenelle. Cette dernière, utilisée par l'armée, n'a été libérée qu'en 1842.
L'église Saint-Louis-du-Louvre va rapidement se montrer trop petite pour accueillir tous les fidèles. Dès , le Consistoire a la certitude que le projet de réunification du palais des Tuileries avec le Palais du Louvre va entraîner la démolition de l'église Saint-Louis. Le Consistoire envisage de s'installer aux Théatins, quai Voltaire, puis à l'Oratoire du Louvre qui est occupé par les magasins de décors de l'Opéra, du Vaudeville et du Théâtre Français. L'archevêque de Paris, le cardinal Maury, écrit le , au ministre des Cultes pour signifier sa vive opposition à ce projet[1].
Finalement, le , le ministre des Cultes écrit au préfet de la Seine : « Monsieur le Comte, Sa Majesté a autorisé l'ouverture de l'église de l'Oratoire en faveur du culte protestant, mais provisoirement seulement, en attendant qu'il ait été pris un parti définitif sur le temple qui leur sera accordé ».
Le représentant du Consistoire réussit à obtenir que tous les décors soit déplacés pour les Rameaux et tout le mobilier de l'église Saint-Louis-du-Louvre est alors transporté dans l'ancienne église de l'Oratoire. Le premier culte est célébré le . Depuis lors, le culte protestant a été célébré chaque dimanche à l’Oratoire du Louvre, mais l'édifice ne fut concédé définitivement au culte protestant qu'en 1844.
Protestantisme luthérien
En 1808, l'empereur Napoléon autorise la Ville de Paris à acquérir l'ensemble des bâtiments Cloître et église des Billettes pour les affecter au Consistoire de l'Église luthérienne.
Notes et références
- Marc Pernot, pasteur de l'Eglise Reformee de France, « De la Chapelle de Hollande à l'Oratoire du Louvre », sur oratoiredulouvre.fr (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- « Cimetières des Huguenots à Paris aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. 1563-1792 », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1862, 11e année, I-De 1563 à l’Édit de Nantes (1598), p. 132-150, II. De l’Édit de Nantes (1598) à la Révocation (1685) « 1re-Le cimetière de la Trinité, à Paris », p. 351-359, 1863, 12e année, « 2e-Le cimetière de Saint-Germain ou Saint-Père », p. 33-41, « 3e-Le cimetière Saint-Marcel ou des Poules », p. 141-142, « 4e-Le cimetière de Charenton », p. 143, « 5e-Usages des Réformés et prescriptions de la discipline ecclésiastique. Décisions synodales et consistoriales touchant les inhumations et les cimetières. Tumulte à la Trinité, en 1611 », p. 143-148, « 6e-Les registres des quatre cimetières protestants parisiens », p. 274-284, 1864, 13e année, 6e-Les registres des quatre cimetières protestants parisiens (suite) de 1642 à mai 1651 », p. 224-230
- Athanase Coquerel fils, « Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris. Première époque. 1512-1594 », Nouvelle revue de théologie, janvier-juin 1862, volume 9, p. 36-49 (lire en ligne), Tableau des pasteurs de Paris depuis l'origine (1855) jusqu'au 1er janvier 1862, p. 90-96
- Athanase Coquerel fils, « Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris. Deuxième époque. L'Église sous l'Édit de Nantes. 1594-1685 », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1866, 15e année p. 19-35, 353-371, 462-483, 547-570
- Nathanaël Weiss, « Les Protestants parisiens entre 1564 et 1569 », Bulletin historique et littéraire de la Société de l'histoire du protestantisme français, vol. 50, , p. 617-653 (lire en ligne)
- Sous la direction de Yannick Fer et Gwendoline Malogne-Fer, Le protestantisme à Paris. Diversité et recompositions contemporaines, Labor et Fides, Genève, 2017 (ISBN 978-2830915990) ; 420 p.
- Sous la direction de Philippe Braunstein, L'Oratoire du Louvre et les protestants parisiens, Labor et Fides, Genève, 2011 (ISBN 978-2-8309-1432-0) ; p. 349
- (en) David Garrioch, The Huguenots of Paris and the coming of religious freedom, 1685-1789, Cambridge, Cambridge University Press, , 296 p. (ISBN 978-1-107-04767-9, lire en ligne)