Patricia Hearst

Patricia Hearst, surnommée Patty Hearst, née Patricia Campbell Hearst le à San Francisco, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst (1863-1951), est une héritière et une actrice occasionnelle. Enlevée en 1974, alors qu'elle est âgée de dix-neuf ans, par un groupe terroriste d'extrême gauche américain, l'Armée de libération symbionaise, elle participera par la suite à des actions de ce groupe[1].

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Biographie

Patricia Hearst, née à San Francisco en Californie, est la troisième des cinq filles de Randolph Apperson Hearst et Catherine Wood Campbell. Son père est un riche homme d'affaires, propriétaire du groupe de médias Hearst Corporation. Elle grandit à Hillsborough, banlieue aisée de San Francisco.

Son enlèvement, son parcours criminel et son arrestation

Le , alors qu'elle se trouve dans un appartement du campus de l'université de Berkeley où elle poursuit ses études avec Steven Weed, son compagnon de l'époque, elle est enlevée par l'Armée de libération symbionaise (ALS), à la suite d'une opération parfaitement organisée. Après le refus d'un échange contre la libération de membres emprisonnés appartenant au groupe, l'ALS, au lieu d'une rançon, réclame que le père de Patricia distribue pour 70 dollars de vivres à chacun des « économiquement faibles » de Californie, ce qui représente une somme de 6 millions de dollars. Aidée par des dons de millions d'Américains qui envoient leurs chèques au manoir des Hearst, la famille décide de verser la somme nécessaire. Mais l'organisation est désastreuse, et la nourriture est mal partagée : au fil des semaines, les camions censés distribuer les denrées repartent souvent avec le plus gros de la marchandise. L'Armée de libération symbionaise réclame alors qu'en conséquence, le double soit donné aux plus démunis. La famille de Patricia Hearst leur fait cependant savoir qu'elle ne dispose pas de moyens suffisants[2].

Image externe
Photo de Patricia Hearst posant devant le cobra à sept têtes symboliques de l'ALS

L'inefficacité du FBI profite au groupe terroriste, lequel quitte Los Angeles. Bien que Patricia Hearst ait subi des maltraitances de la part de ses ravisseurs, elle est gagnée par le syndrome de Stockholm. Sous le pseudonyme de « Tania[3] » donné par Willie Wolfe (en), un de ses ravisseurs qui l'a violée[4], elle va, à travers plusieurs messages audio, critiquer le caractère « bourgeois » de ses parents, ainsi que le « sexisme » de son compagnon au moment de l'enlèvement. Le , la presse reçoit un message dans lequel elle annonce avoir décidé de lutter au sein de l'ALS et une photo qui la montre le béret de Guevara sur la tête et une mitraillette dans les mains. Elle participe ainsi à plusieurs braquages à main armée. Le , des caméras automatiques enregistrent son image lors d'un braquage dans une banque de San Francisco.

Patricia Hearst criant aux clients d'une banque lors d'un braquage.

Le les membres de l'état-major de l'ALS sont encerclés dans un immeuble du ghetto noir de Los Angeles. La télévision américaine retransmet en direct ce qui est alors la plus longue fusillade de l'histoire des États-Unis, dans une scène digne des studios d'Hollywood[5] : pendant 7 heures, les téléspectateurs suivent l'assaut donné par 410 policiers. La bataille rangée au cours de laquelle sont échangées 9 000 balles dure quarante-cinq minutes. Des grenades à fragmentation incendiaires qui sont utilisées provoquent l'embrasement de l'immeuble. Six membres de l'ALS périssent carbonisés. L'organisation est décapitée mais Patricia Hearst ne fait pas partie des victimes car elle se cache avec Bill et Emily Harris dans un motel près de Disneyland à la suite d'un braquage manqué. Malgré le recrutement de trois autres membres, le groupe en est à sa fin. Il participe encore à plusieurs braquages. Une femme succombe à l'une de leurs attaques. Le , des agents du FBI déguisés en hippies arrêtent Tania dans un appartement du quartier populaire de Mission, à San Francisco.

Procès, condamnation et réhabilitation

Après 39 jours de procès, Patty Hearst est déclarée le , coupable d'attaque à main armée et condamnée à sept années de prison, peine réduite à deux ans par le président américain Jimmy Carter, car elle aurait agi sur ordre de ses ravisseurs, et n'aurait à aucun moment pu échapper à leur attention. Cependant, des doutes persistent sur ce sujet. En effet, les membres survivants affirment que le choix lui a été donné de partir. De plus, les caméras de surveillance des banques braquées montrent qu'elle a eu plusieurs occasions de s'échapper, et n'a jamais tenté de le faire. Elle a par ailleurs participé à plusieurs actions humiliantes sur des otages.

Après sa peine de prison, Patricia Hearst se marie le premier avec Bernard Shaw, policier qui lui servait de garde du corps pendant son procès[6]. Elle vit avec son mari et ses deux enfants, Gillian et Lydia dans le Connecticut où son mari est devenu chef de la sécurité d'Hearst Corporation[7].

Le , elle est entièrement réhabilitée par le président Bill Clinton qui, la veille de son départ de la Maison-Blanche, signe sa grâce définitive[8].

L'affaire dans la culture, l'art et la fiction

Son histoire inspira Michel Berger qui écrivit une comédie musicale, Angélina Dumas (1975), finalement abandonnée, mais dont il reprendra l'idée lors de sa collaboration avec le Québécois Luc Plamondon pour l'écriture de l'opéra-rock Starmania (1978), pour Cristal, le personnage incarné par France Gall.

En 1975, le chanteur Sammy Walker (en) lui consacre la chanson Song for Patty, qui donne son titre à l'album qu'il sort cette année-là chez Folkways.

En 1976, la troupe de théâtre musical The Mystic Knights of the Oingo Boingo jouent une chanson appelée "You Got Your Baby Back", qui parle de Patricia Hearst. La chanson est écrite et chantée par Danny Elfman.

En 1988, le réalisateur Paul Schrader signe un film biographique sur Patricia Hearst intitulé Patty Hearst avec Natasha Richardson dans le rôle-titre.

Le film Time Out (2011) reprend le thème de la riche héritière kidnappée et qui prend parti pour les actions de son ravisseur en faveur des défavorisés.

En 2012, l'histoire de Patricia Hearst inspire à l'écrivain américain Christopher Sorrentino (en) son livre Transes.

En 2014, l'écrivain Jean-Marc Flahaut retrace l'affaire Patricia Hearst dans un court roman intitulé Stockholm.

Son nom est cité par le chanteur américain John Grant dans la chanson No More Tangles sur l'album Grey Tickles, Black Pressure (2015).

En 2017, l'écrivaine Lola Lafon rapproche dans un roman intitulé Mercy, Mary, Patty, le destin de trois jeunes femmes, dont Patricia Hearst, qui « désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des « ennemis de la civilisation » de leur époque. »

La notoriété de Patricia Hearst est en partie due à sa participation à différents films. Elle apparaît notamment dans plusieurs films de John Waters (Cry-Baby, Serial Mother, Pecker, Cecil B. DeMented, A Dirty Shame) et la série Veronica Mars.

En 2019, l'épisode 7 de la seconde saison de S.W.A.T est largement inspiré par l'affaire Patricia Hearst, le scénario impliquant lui aussi un commando suivant une idéologie révolutionnaire enlevant la fille d'un riche homme d'affaires dans le monde des médias.

En 2019, son histoire inspire énormément Myriam Boudenia dans l'écriture de sa pièce de théâtre Héloïse ou la rage du réel qui met en scène Héloïse, une jeune fille enlevée par une mystérieuse organisation, La Steppe.

Filmographie

Notes et références

  1. Patricia Hearst, l’héritière à la mitraillette, sur France Culture.
  2. (en) Steven Weed et Scott Swanton, My Search for Patty Hearst, Crown Publishers, , p. 116.
  3. Nom en hommage à une camarade de lutte de Che Guevara.
  4. (en) Paul Krassner, Patty Hearst & The Twinkie Murders : A Tale of Two Trials, PM Press, , p. 46.
  5. (en) Michael Newton, The FBI Encyclopedia, McFarland & Company, , p. 330.
  6. (en) Shirelle Phelps, World of Criminal Justice, Gale Group, , p. 354.
  7. (en) Jeffrey Toobin, American Heiress : The Wild Saga of the Kidnapping, Crimes and Trial of Patty Hearst, Knopf Doubleday Publishing Group, , p. 147.
  8. (en) John W. Johnson, Historic U.S. Court Cases. An Encyclopedia, Routledge, , p. 145.

Émission radiophonique

Liens externes

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