Opinel

Le couteau d'Opinel, ou par antonomase l'Opinel, est un couteau de poche pliable au manche en bois, avec le symbole d'une « main couronnée » sur la lame. Créé en 1890, Il est fabriqué par la société savoyarde du même nom. De nombreuses déclinaisons à lame fixe ou pliable ont vu le jour au fil du temps. Son usage par Marc Veyrat ou Éric Tabarly a contribué à sa promotion internationale[1].

Opinel

Création 1890

1958 (société actuelle)

Fondateurs Joseph Opinel
Personnages clés Maurice Opinel
Forme juridique Société par actions simplifiée
Siège social Chambéry (Savoie)
 France
Direction François Opinel représentant le holding Arvium et Denis Opinel
Actionnaires Famille Opinel
Activité Fabrication de coutellerie
Produits Couteaux
Société mère Arvium
Filiales Opinel USA inc.
Opinel Distribution
Effectif 100 à 199 salariés
SIREN 745 821 025
Site web www.opinel.com

Chiffre d'affaires comptes annuels non déposés

(estimé à 25 millions d'euros)

En 2015, depuis sa création, plus de 350 millions de lames ont été vendues dans 71 pays différents.

Histoire

Opinel N° 8 avec lame carbone (en haut) et inox (en bas)

Le couteau Opinel a été inventé par Joseph Opinel (1872-1960) en 1890, alors qu'il avait 18 ans à Gevoudaz, hameau d’Albiez-le-Vieux (Savoie)[2]. À l'origine taillandier de métier[3], le jeune homme fabriquait parallèlement pour ses amis des couteaux de poche. Un de ses modèles ayant beaucoup plu, il s'est lancé dans la fabrication industrielle de couteaux et son invention a vite dépassé le cercle familial. En 1909, il dépose « la Main couronnée » du duché de Savoie, présente sur toutes les lames[4]. La marque Opinel est déposée par son créateur en 1909 et connaît un engouement immédiat[5]. La célèbre virole de sécurité date seulement de 1955[3]. Au début de la Seconde Guerre mondiale, 20 millions d'exemplaires avaient déjà été vendus, et en 2009 ce chiffre est porté à 280 millions d'unités[3].

Après une phase de diversification dans les années 1970, la marque se recentre sur les couteaux dans les années 1980[1]. En 1989, Opinel ouvre son propre musée en transformant l'atelier du grand-père de Jacques Opinel. En 2013, le musée subit une rénovation et un agrandissement[6].

L'entreprise est toujours détenue et dirigée par la famille Opinel. Maurice Opinel (1927-2016[7], petit-fils du fondateur), d'abord directeur-général puis président à partir de 1998[5], réalise l'internationalisation de l'entreprise. Son fils Denis Opinel lui succède comme directeur-général en 1998[3].

Importante PME industrielle savoyarde

Sites

Usine de fabrication des couteaux Opinel à Chambéry (avenue Henry Bordeaux).
Différentes tailles et modèles de la gamme des couteaux Opinel.

L'Opinel est fabriqué en Savoie depuis les années 1890 jusqu'en 1916 dans le lieu-dit de Gevoudaz (commune de Albiez-le-Vieux) près de Saint-Jean-de-Maurienne[3] puis, dès 1915[8], à Cognin dans la banlieue de Chambéry. L'activité s'est progressivement délocalisée vers une usine à Chambéry[3] construite en 1973. Depuis 2003, le siège est basé également à Chambéry, l'activité de fabrication des bagues de sécurité a été la dernière à partir de l'usine de Cognin pour intégrer le site de Chambéry en 2013, qui réunit l'ensemble des activités et a été agrandi en 2015[5]. En , une filiale est implantée à Chicago[9].

Productions

En 2010, l'entreprise a réalisé près de 12 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 90 salariés produisant environ trois millions d'unités par an[3]. En 2015, le CA s'élève à 20,8 millions d'euros (18,8 en 2014, 17 en 2013), dont 9 millions d'euros d'exportation (4,5 millions d'euros en 2010)[9]. Cent vingt salariés (dont 75 en production) réalisent environ 5 millions d'unités par an[10]. Deux millions sont exportés (45 %[10]), d'abord en Italie, en Espagne, en Allemagne, ensuite aux États-Unis, en Scandinavie et en Europe de l'Est, et enfin en progression en Chine[1],[9].

Description

Matériaux utilisés

Le modèle traditionnel originel était composé d'un manche en bois de merisier et d'une lame en acier à haute teneur en carbone qui donne un bon tranchant mais nécessite d'être régulièrement aiguisée et doit être gardée propre pour éviter le ternissement et la rouille. Aujourd'hui le modèle traditionnel est en hêtre et disponible en lame acier inoxydable 12C27 modifié Sandvik. De multiples versions du manche sont également proposées en chêne, noyer, olivier, charme, buis, ébène, padouk, amarante, frêne, bouleau, palissandre ou en corne blonde, il existe également des manches en diverses essences de bois assemblées suivant un procédé breveté.

Il existe différentes gammes de couteaux à lame fixe ou repliable, à manche en bois ou en matériau synthétique.

Fabrication des couteaux

La bague de sécurité est tournée pour maintenir la lame en position ouverte.
Le même couteau avec la bague tournée pour replier la lame.

La fabrication du couteau est simple. Elle consiste en l'assemblage de cinq pièces : la lame, le manche en bois, une bague fixe en acier et son rivet, sur laquelle la lame pivote, et (sauf pour les plus petits modèles) une bague de sécurité tournante pour empêcher la lame de se refermer sur la main de l'utilisateur (il n'y a pas de ressort pour la garder ouverte). Ajoutée en 1955, la bague de sécurité a été modifiée en 2000 pour pouvoir aussi bloquer la lame en position fermée et éviter une ouverture accidentelle.

Manche

La fabrication du manche en bois n’a pas changé depuis sa création en 1890 et peut être en hêtre ou en buis, voire en bubinga ou en olivier pour la gamme « Effilé ». Un manche en polyoxyméthylène/fibre de verre est proposé en gammes « Bricolage » (avec porte-embout tournevis) et « Outdoor ».

Lame

Les lames des Opinel sont soit en acier inox soit en acier à haute teneur en carbone, selon les gammes. La lame de gamme « outdoor » est crantée et dotée d'une fente à l'instar des démanilleurs.

Une lame à bout rond est proposée dans la gamme « Enfants - Mon premier Opinel » en no 07.

La courbe de la lame est un design traditionnel connu sous le nom de « Yatagan »[11], inspirée d'un sabre turc, à la pointe relevée.

La collection Opinel s'est élargie avec des couteaux de poche de forme plus élancée « Les Effilés », une gamme de petits outils de jardin (couteau à champignon, serpettes, scies), mais également des gammes de couteaux de cuisine et de table.

Bague de sécurité

La bague de sécurité, baptisée « Virobloc » d'après le mot virole et inventée en 1955 par Marcel Opinel, permet (à partir du no 6) de garder la lame ouverte ou de la garder fermée pour sécuriser l'utilisation ou le transport.

Différentes tailles

Deux Opinels n° 7 vintages (années 30 et années 50) sans virobloc, manche en chêne.
Gamme complète « carbone » actuelle, du n° 2 au n° 12, présentée en coffret.

Les Opinels à lame repliable existent en 11 tailles numérotées de 2 à 13 (lame de 3,5 cm à 22 cm), les numéros 1 et 11 ayant été arrêtés respectivement en 1932 et 1935[5]. Le no 8 (lame de 8,5 cm) est certainement la taille la plus appréciée et la plus pratique pour un usage courant, bien que les modèles plus grands soient utilisables comme couteaux de cuisine ou de camping.

  • no 02 : lame repliable 3,5 cm (existe en version porte-clé)
  • no 03 : lame repliable cm
  • no 04 : lame repliable cm (existe en version porte-clé)
  • no 05 : lame repliable cm
  • no 06 : lame repliable cm
  • no 07 : lame repliable cm
  • no 08 : lame repliable 8,5 cm (existe en version « champignon » avec lame courbe et brosse)
  • no 09 : lame repliable cm (existe en version « ouvre-huître »)
  • no 10 : lame repliable 10 cm, avec ou sans tire-bouchon
  • no 12 : lame repliable 12 cm
  • no 13 : lame repliable 22 cm, dit « le Géant »
  • no 15 : lame repliable 15 cm, gamme « Effilé »
  • no 112 : lame fixe 10 cm
  • no 116 : lame fixe 21 cm (couteau à pain)
  • no 118 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 119 : lame fixe 10 cm (santoku)
  • no 120 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 121 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 122 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 123 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 124 : lame fixe 10 cm (fourchette)
  • no 126 : lame fixe 10 cm (couteau de cuisine)
  • no 216 : lame fixe 21 cm (couteau à pain)

Sécateur

Lors de son 125e anniversaire, la marque lance un nouveau produit qui complète sa gamme horticole : le sécateur[12].

Existent aussi des serpettes de vigneron, et des rasoirs « coupe-choux », de marque Opinel, ainsi que des hachettes de ménage.

Logotype

Les armes de Saint-Jean-de-Maurienne se blasonnent ainsi : D'azur à la main bénissant d'argent, vêtue de même.

La main couronnée était déjà présente sur la lame des premiers modèles, tout maître coutelier depuis Charles IX avait en effet l'obligation d'apposer son emblème sur ses produits. Plus tard, les mots OPINEL et FRANCE ont été ajoutés, ainsi que INOX pour les lames inoxydables.

Les trois doigts sur la lame représentent les reliques de saint Jean-Baptiste que sainte Thècle rapporta d'Alexandrie (Égypte) au VIe siècle. Ils figurent également sur les armes de la ville de Saint-Jean-de-Maurienne.

Des couteaux Opinel ont également été commercialisés sous les marques « Le Savoyard », « Croix de Savoie », « Cœur de Savoie » ainsi que « Croix et palmes » ; pour cette dernière, la fabrication s'est arrêtée en 1967[13].

Statut culturel et popularité

Le couteau Opinel est léger et polyvalent. Son prix relativement bas lui permet d'être vendu dans des ensembles en boîte. S'il est bien entretenu (la lame en acier particulièrement), un Opinel dure longtemps.

Il fait partie des 999 « classiques du design » recensés dans le Phaidon Design Classics, il a été exposé au Museum of Modern Art (MoMA) de New York et, en 1985, le Victoria and Albert Museum de Londres l'a sélectionné pour une exposition consacrée aux « 100 plus beaux objets du monde », aux côtés de la Porsche 911 et de la montre Rolex[14],[5]. Pablo Picasso l'a utilisé pour sculpter[14], Alain Colas a échappé à la mort en coupant un lien qui lui bloquait la jambe[2], Éric Tabarly ne jurait que par son Opinel[14]. Les tueurs en série Francis Heaulme[15] et Guy Georges[16] l'utilisaient également. Ce dernier a d'ailleurs été condamné pour des meurtres commis avec un Opinel no 12[17]. En 1970, suite à l'évocation d'un Opinel dans L'Iris de Suse de Jean Giono, l'écrivain aurait reçu du fabricant un Opinel « d'une taille gigantesque »[18].

Séries télévisées

Dans l'épisode 2 de la saison 1, de la série Cosmos 1999, à la 36e minute environ, le commandant Koenig découpe un fruit jaune avec un Opinel sur la planète Terra Nova.

Cinéma

  • Stardust, le mystère de l'étoile : Vers la fin du film, dans le palais des trois sorcières, Tristan, le personnage principal, se défend contre le prince Septimus à l'aide d'un Opinel.
  • Hannibal Lecter: les origines du mal : Dans la scène ou Hannibal tue Enrikas Dortlich encordé à un arbre, il se fait une brochette de joues humaine avec des champignons. Lorsqu'il coupe les champignons, on peut voir qu'il utilise un Opinel.

Musique

Le couteau est cité dans la chanson Laisse béton de Renaud : « Viens faire un tour dans la ruelle, J'te montrerai mon Opinel, J'te chouraverai ton blouson... ».

Il est également cité dans la chanson du groupe IAM Un cri court dans la nuit, issue de l'album L'École du micro d'argent : « Gratuitement, la lame est soudaine, L'Opinel pénètre, 10 centimètres dans l'abdomen. Ça fait déjà un an, il aurait seize ans... »

Orelsan le cite dans la chanson-teaser RaelSan qui annonce la sortie de son deuxième album Le chant des sirènes : « ...Autant tenter un salto avant d'échouer au pied du mur, Je suis de retour avec ma sous-culture — Ouais, sauf que c'est nous le futur, Je viens retourner l'Opinel entre les points de suture... »

Le rappeur Jul le cite aussi dans sa chanson BWO issue de l'album Inspi d'ailleurs «  J'les blesse à tous, t'inquiète pas besoin d'être 12. Opinel 12, caché dans la Canada Goose... »

Notes et références

  1. Interview de Luc Simon, directeur général adjoint ventes et marketing d'Opinel, sur France Info le 30 novembre 2015.
  2. « L'Opinel, une fine lame toujours à l'affût », Rhône-Alpes, avril 2006.
  3. « Opinel : plus qu'un couteau, un objet culte » dans Les Échos du 7 août 2009.
  4. « Le couteau Opinel (1909) », sur INPI (consulté le ).
  5. 125 bougies pour Opinel, article de Chambéry magazine, page 35, no 122, juin 2015.
  6. « Opinel : le petit couteau du paysan savoyard est devenu grand », sur Le Dauphiné, (consulté le ).
  7. « Mort de Maurice Opinel, président des couteaux Opinel », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  8. « « Maurice Opinel, le plus Cogneraud de la saga Opinel » selon les anciens maires Claude Vallier et Jean Fressoz », Le Dauphiné libéré, vol. Savoie, .
  9. SG, « Une filiale américaine pour Opinel », sur http://eco-pays-savoie.fr/, (consulté le ).
  10. T-D. N., « L'Amérique aiguise l'appétit d'Opinel », Challenges, no 483, , p. 59 (ISSN 0751-4417).
  11. « Opinel n° 8 inox », sur opinel.com (consulté le ).
  12. Olivia Detroyat, « Pour ses 125 ans, l'Opinel se transforme en sécateur », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le ).
  13. Informations complémentaires pour les hobbyistes et collectionneurs, sur le site personnel de Michel Montlahuc, 2004-2012.
  14. « Couteau Opinel, une lame universelle », Directsoir, no 233, 30 octobre 2007.
  15. Brigitte Vital-Durand, « Mon style, c'est l'Opinel », Libération, 18 avril 2002.
  16. Nelly Terrier, « Guy Georges l'homme aux deux visages », Le Parisien, 21 mars 2001.
  17. Patricia Tourancheau, « Guy Georges se démasque en « pointeur-violeur » », sur Libération, (consulté le ).
  18. Jean Giono, Un roi sans divertissement et autres romans, Paris (France), Gallimard, , 1313 p. (ISBN 978-2-07-288291-3 et 2-07-288291-5, OCLC 1154042425, lire en ligne)

Voir aussi

Film

  • L'âme des couteaux, de Claude-Pierre Chavanon (52 min), Octogone-Productions. Un documentaire sur l'histoire du couteau Opinel, des frères Opinel, des premières fabrications dans les fermes jusqu'aux usines de Cognin, avec de nombreuses archives.

Articles connexes

Liens externes

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