Guerrier de Hirschlanden

Le guerrier de Hirschlanden est une statue de pierre découverte en 1963 à Hirschlanden, aujourd'hui Ditzingen, en Bade-Wurtemberg, (Allemagne). Elle représente un guerrier nu, ithyphallique. C'est la plus ancienne statue anthropomorphe grandeur nature découverte au Nord des Alpes. Elle est rattachée à la culture de Hallstatt, vers le VIe siècle av. J.-C.

Découverte

En 1963, un tumulus à moitié arasé est fouillé à Hirschlanden. Un mur de pierres sèches et un cercle de pierres dressées l'entouraient. Sur le versant nord, une statue en calcaire est dégagée, elle mesure 1,50 mètre bien que les jambes soient détruites un peu en dessous des genoux. Le tumulus révèle la présence des restes de seize sépultures. On suppose que la statue se tenait à l'origine à son sommet. La surface érodée de la pierre, une roche siliceuse (grès, dite « pierre de sable »), montre que la statue a été pendant un temps assez long exposée aux intempéries. Elle est conservée au musée archéologique Württembergisches Landesmuseum de Stuttgart.

Description

La statue représente un guerrier, il est nu et porte un torque et une ceinture à la taille dans laquelle est passé un long poignard à antennes ou une courte épée. Son sexe est clairement représenté en érection, symbole de vigueur et de fécondité. Sur la tête, il porte un chapeau conique, figurant peut-être un casque. Les jambes sont traitées en ronde-bosse, dans un style vigoureux qui rappelle la sculpture étrusque. Les bras sont sculptés en bas-relief, croisés sur la poitrine dans une position traditionnelle qu'on retrouve sur les statues-stèles un peu antérieures. Les traits du visage sont plutôt ébauchés mais les oreilles, assez grandes, sont bien figurées[1],[2],[3],[4],[5],[6].

Étude historique

Cette statue s'inscrit dans l'évolution de la sculpture hallstattienne bien représentée dans cette partie méridionale de l'Allemagne[7],[1],[2],[4],[6]qui s'est d'abord développée, à partir du VIIe siècle av. J.-C., sous la forme de stèle au sommet arrondi où les détails étaient simplement gravés[5],[3]. La statue de Hirschlanden, plus récente, est assez particulière car on y trouve une claire influence du monde méditerranéen qui n'est pas sans rappeler les Kouroï de la Grèce archaïque[8],[3],[4],[6].

En 1996, une statue d'un style proche a été trouvée à Glauberg près de Francfort[3],[5],[9]. De même, le Guerrier de Capestrano, statue découverte en 1934, dans les Abruzzes, présente de forte similitudes avec le Guerrier de Hirschlanden. À ce titre, l'historien et celtologue Venceslas Kruta, met en évidence le lien qui unit l'œuvre exhumée dans le Hohenasperg et celle retrouvée dans l'Aquila :

« C'est également des environs du Hohenasperg que provient l'œuvre de statuaire la plus remarquable de l'aire hallstatienne, l'effigie de pierre presque grandeur nature d'un homme, figuré nu mais avec tous les insignes de son rang [...], qui ornait le sommet d'un tumulus de Hirschlanden. L'inspiration de cette figure exceptionnelle, qui est une adaptation du thème grec du kouros, doit être certainement cherchée dans le milieu adriatique où ce type de représentation est documenté à la même époque notamment par la statue de Capestrano. »

 Venceslas Kruta, , page 148[10].

Bibliographie

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Pierre Bonenfant, Jean-Paul Guillaumet, François Boyer, La Statuaire anthropomorphe du premier âge du fer, Presses universitaires franc-comtoises, volume 667, 1999 - [lire en ligne] - (ISBN 225160667X)
  • Patrice Brun, Princes et princesses de la Celtique : le premier âge du fer en Europe (850-450 av. J.-C.), Paris, Errance, coll. « Hespérides », , 216 p. (ISBN 2-903442-46-0)
  • Ruth Megaw et John Megaw (trad. de l'anglais), Art de la Celtique : des origines au Livre de Kells, Paris, Errance, , 276 p. (ISBN 2-87772-305-4)
  • Olivier Buchsenschutz (dir.) et al., L'Europe celtique à l'âge du fer : VIIIe – Ier siècles, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », , 437 p. (ISBN 978-2-13-057756-0, ISSN 0768-2379)
  • Armelle Duceppe-Lamarre, « Unité ou pluralité de la sculpture celtique hallstattienne et laténienne en pierre en Europe continentale du VIIe au Ier s. av. J.-C. », Documents d’archéologie méridionale, no 25, , p. 285-318 (ISSN 1955-2432, lire en ligne, consulté le )
  • H. Zürn, Hallstattforschungen in Nordwürttemberg, Stuttgart, 1970, p. 67 ss.
  • Venceslas Kruta, "L'art protohistorique des Celtes", Revue de l'art, CNRS, 1979, p. 72, 3 col.
  • Martin A. Guggisberg, « La statue en pierre du Glauberg (Allemagne) vers 400 av. J.-C. », L'Archéologue, no 103, , p. 44-47 (ISSN 1255-5932)
  • Félix Müller, « La statue de pierre de Hirschlanden (Allemagne) vers 530 av. J.-C. », L'Archéologue, no 103, , p. 32-33 (ISSN 1255-5932)
  • (en) Joseph J. Basile, « The Capestrano Warrior and Related Monuments of Seventh to fifth Centuries B.C. », Revue des archéologues et historiens de l'art de Louvain, vol. XXVI, , p. 9-31 (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway et Carlo Tronchetti, « Mediterranean comparanda for the statues from Monte Prama (Ridgway). Nuragic Statuary from Monte Prama (Tronchetti)) », dans Miriam S. Balmuth (dir.), Sardinia in the Mediterranean, University of Michigan Press, coll. « Studies in Sardinia Archaeology » (no II), , 279 p. (ISBN 978-0472100811).

Voir aussi

Notes et références

  1. Buchsenschutz 2015, p. 132.
  2. Buchsenschutz 2015, p. 133.
  3. Buchsenschutz 2015, p. 134.
  4. Müller 2009, p. 32.
  5. Duceppe-Lamarre 2002, p. 63.
  6. Duceppe-Lamarre 2002, p. 64.
  7. « Les sculptures hallstattiennes allemandes forment un ensemble assez homogène qui ne trouve pas d’équivalent dans le reste de l’Europe celtique. La découverte fortuite en Suisse en 1961 d’une stèle anthropomorphe gravée, éventuellement datable de la période hallstattienne, constitue le seul exemple existant à ce jour hors de la région sud de l’Allemagne » Documents d'archéologie méridionale
  8. Buchsenschutz 2015, p. 135.
  9. Guggisberg 2009, p. 44.
  10. Venceslas Kruta, Les Celtes : Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1005 p. (ISBN 2-221-05690-6), page 148.
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