Bourgogne côte saint-jacques

Le bourgogne-côte-saint-jacques[2] est un vin de Bourgogne[3]. Il s'agit d'une dénomination géographique au sein de l'appellation d'origine contrôlée bourgogne.

Bourgogne côte saint-jacques
Désignation(s) Bourgogne côte saint-jacques
Appellation(s) principale(s) bourgogne
Type d'appellation(s) AOC
Reconnue depuis 1975
Pays France
Région parente vignoble de Bourgogne
Sous-région(s) vignoble de la Basse-Bourgogne
Localisation Yonne
Climat tempéré océanique à tendance continentale
Sol argilo-calcaire
Superficie plantée 12,36 hectares
Cépages dominants pinot noir et pinot gris (pour les rouges et gris) et chardonnay (pour les blancs)
Vins produits rouges, gris et blancs
Production environ 650 hectolitres
Rendement moyen à l'hectare 55 à 69 hl/ha pour les rouges
60 à 75 hl/ha pour les blancs[1]

Son aire de production se limite à la commune de Joigny, dans l'Yonne. Il s'agit d'un des vignobles de la Basse-Bourgogne.

Histoire

Antiquité

L’édit de l'empereur romain Domitien, en 92, interdisait la plantation de nouvelles vignes hors d’Italie ; il fit arracher partiellement les vignes en Bourgogne afin d’éviter la concurrence. Mais Probus annula cet édit en 280[4].

Moyen Âge

Philippe II le Hardi

Dès le début du VIe siècle, l’implantation du christianisme avait favorisé l’extension de la vigne par la création d’importants domaines rattachés aux abbayes. La culture de la vigne à Joigny est attestée dès le XIe siècle : vignoble du quartier St Thibault mentionné dans des textes de 1082. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres[5]. Enfin en 1416, Charles VI fixa par un édit les limites de production du vin de Bourgogne[6]. En 1477, à la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché à la France, sous le règne de Louis XI.

Période moderne

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le vin gris et le vin rouge sont exportés par bateau vers Paris (par l'Yonne et la Seine) et sont la principale ressource des habitants des quartiers vignerons Saint-Thibault et Saint-André à Joigny. Dans son extension maximum, le vignoble comptera un millier d'hectares.

XIXe siècle

Dans le Vicomte de Bragelonne, Alexandre Dumas fait de ce vin le vin préféré de Jean de La Fontaine. Dans les décennies 1830-1840, la pyrale survient et attaque les feuilles de la vigne. Elle est suivie d'une maladie cryptogamique, l'oïdium[7]. Le Mildiou frappe le vignoble dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, l'activité viticole souffre du ravage du vignoble par le phylloxéra et de la concurrence des vins du sud acheminés par chemin de fer. La culture de la vigne sera pratiquement abandonnée et la tradition ne sera maintenue que par quelques passionnés.

XXe siècle

Le mildiou provoque un désastre considérable en 1910. L'enjambeur, dans les années 1960-70, remplace le cheval. En 1970, il ne reste qu'un à deux hectares de vignes et toute la partie basse de la côte Saint-Jacques a fini par être construite, rattrapée par l'extension de la ville. Dans les années 1970, le vignoble jovinien renaît, la côte saint-jacques est classée inconstructible, le vignoble obtient l'AOC en 1975 et aujourd'hui, sur 100 ha classés « Bourgogne », dont 13 ha relèvent de l'appellation « bourgogne côte saint-jacques », 25 ha sont plantés. Le renouveau des vins de Joigny et de l'appellation « côte saint-jacques » a été porté par le restaurant de ce nom, l'une des grandes tables de France. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique...).

Situation géographique

Le vignoble est planté au nord de l'implantation historique (vieille ville) de Joigny, sur des coteaux exposés sud, sud-est, situés entre Yonne au sud et plateau de la forêt d'Othe au nord.

La qualité des vins de Joigny n'est pas étrangère à cette exposition sud, sud-est des coteaux et au micro climat dû à la rivière Yonne d'une part et à la protection du vent du nord par la forêt d'Othe d'autre part.

Géologie et orographie

Calcaire tendre recouvert d'argile à silex (sous-sol du Turonien).

Climatologie

Climat tempéré à légère tendance continental.

Pour la ville d'Auxerre (alt. 207 m), les valeurs climatiques de 1961 à 1990 sont :

Relevés Auxerre 1961-1990
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 0,1 0,7 2,5 4,7 8,2 11,4 13,3 13,1 10,7 7,5 3,2 0,8 6,4
Température moyenne (°C) 2,9 4,2 6,7 9,7 13,4 16,7 19,1 18,7 16 11,9 6,4 3,5 10,8
Température maximale moyenne (°C) 5,6 7,7 10,9 14,7 18,6 22,1 24,9 24,3 21,4 16,3 9,7 6,2 15,2
Précipitations (mm) 54,2 50,1 49 43,4 74,9 62,5 47,2 54,9 52,1 58,1 52,8 57,3 656,6
Source : Infoclimat : Auxerre (1961-1990)[8]

Vignoble

Présentation

Le vignoble s'étend sur la commune de Joigny. Il comprend 11,94 hectares de vins rouges et gris[9], et 0,42 hectare de vins blancs[9]. La production donne 620 hectolitres de vins rouges et gris[9], et 28 hectolitres de vins blancs[9].

Encépagement

Pinot noir pour les vins rouges, Pinot gris pour les vins gris. Chardonnay pour les vins blancs.

Le pinot noir compose exclusivement les vins rouges de l'AOC. Il est constitué de petites grappes denses, en forme de cône de pin[10] composées de grains ovoïdes, de couleur bleu sombre[10]. C'est un cépage délicat, qui est sensible aux principales maladies et en particulier au mildiou, au rougeot parasitaire, à la pourriture grise (sur grappes et sur feuilles), et au cicadelles[11]. Ce cépage, qui nécessite des ébourgeonnages soignés, a tendance à produire un nombre important de grapillons[11]. Il profite pleinement du cycle végétatif pour mûrir en première époque. Le potentiel d'accumulation des sucres est élevé pour une acidité juste moyenne et parfois insuffisante à maturité. Les vins sont assez puissants, riches, colorés, de garde[12]. Ils sont moyennement tanniques en général.

Le chardonnay compose les vins blancs de l'AOC. Ses grappes sont relativement petites, cylindriques, moins denses que celles du pinot noir[13], constituées de grains irréguliers, assez petits, de couleur jaune doré[13]. De maturation de première époque comme le pinot noir, il s'accommode mieux d'une humidité de fin de saison avec une meilleure résistance à la pourriture s'il n'est pas en situation de forte vigueur. Il est sensible à l'oïdium et à la flavescence dorée. Il débourre un peu avant le pinot noir, ce qui le rend également sensible aux gelées printanières. Les teneurs en sucre des baies peuvent atteindre des niveaux élevés tout en conservant une acidité importante, ce qui permet d'obtenir des vins particulièrement bien équilibrés, puissants et amples, avec beaucoup de gras et de volume[11].

Méthodes culturales

Pied de vigne taillé en Guyot simple

Travail manuel

Ce travail commence par la taille, en « guyot simple », avec une baguette de cinq à huit yeux et un courson de un à trois yeux[14]. Le tirage des sarments suit la taille. Les sarments sont enlevés et peuvent être brûlés ou mis au milieu du rang pour être broyés. On passe ensuite aux réparations. Puis vient le pliage des baguettes. Éventuellement, après le pliage des baguettes, une plantation de nouvelles greffes est réalisée. L'ébourgeonnage peut débuter dès que la vigne a commencé à pousser. Cette méthode permet, en partie, de réguler les rendements[14]. Le relevage est pratiqué lorsque la vigne commence à avoir bien poussé. En général, deux à trois relevages sont pratiqués. La vendange en vert est pratiquée de plus en plus dans cette appellation. Cette opération est faite dans le but de réguler les rendements et surtout d'augmenter la qualité des raisins restants[14]. Pour finir avec le travail manuel à la vigne, se réalise l'étape importante des vendanges.

Travail mécanique

L'enjambeur est d'une aide précieuse. Les différents travaux se composent :

  • du broyage des sarments, réalisé lorsque les sarments sont tirés et mis au milieu du rang ;
  • de trous fait à la tarière, là où les pieds de vignes sont manquants, en vue de planter des greffes au printemps ;
  • de labourage ou griffage, réalisé dans le but d'aérer les sols et de supprimer des mauvaises herbes ;
  • de désherbage fait chimiquement pour tuer les mauvaises herbes ;
  • de plusieurs traitements des vignes, réalisés dans le but de les protéger contre certaines maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, pourriture grise, etc.) et certains insectes (eudémis et cochylis)[14] ;
  • de plusieurs rognages consistant à reciper ou couper les branches de vignes (rameaux) qui dépassent du système de palissage ;
  • des vendanges mécaniques se réalisant avec une machine à vendanger ou une tête de récolte montée sur un enjambeur.

Vins

Vinification en rouge

La récolte des raisins se fait à maturité et de façon manuelle ou mécanique. La vendange manuelle est le plus souvent triée, soit à la vigne soit à la cave avec une table de tri, ce qui permet d'enlever les grappes pourries ou insuffisamment mûres[14]. La vendange manuelle est généralement éraflée puis mise en cuve. Une macération pré-fermentaire à froid est quelquefois pratiquée. La fermentation alcoolique peut démarrer, le plus souvent après un levurage. Commence alors le travail d'extraction des polyphénols (tanins, anthocyanes) et autres éléments qualitatifs du raisin (polysaccharides etc.)[14]. L'extraction se faisait par pigeage, opération qui consiste à enfoncer le chapeau de marc dans le jus en fermentation à l'aide d'un outil en bois ou aujourd'hui d'un robot pigeur hydraulique. Plus couramment, l'extraction est conduite par des remontages, opération qui consiste à pomper le jus depuis le bas de la cuve pour arroser le chapeau de marc et ainsi lessiver les composants qualitatifs du raisin. Les températures de fermentation alcoolique peuvent être plus ou moins élevées suivant les pratiques de chaque vinificateur avec une moyenne générale de 28 à 35 degrés au maximum de la fermentation[14]. La chaptalisation est réalisée si le degré naturel est insuffisant : cette pratique est réglementée[14]. À l'issue de la fermentation alcoolique suit l'opération de décuvage qui donne le vin de goutte et le vin de presse. La fermentation malolactique se déroule après mais est dépendante de la température. Le vin est soutiré et mis en fût ou cuve pour son élevage. L'élevage se poursuit pendant plusieurs mois (12 à 24 mois)[14] puis le vin est collé, filtré et mis en bouteilles.

Vinification en blanc

Pressoir pneumatique servant au pressurage

Comme pour le rouge, la récolte est manuelle ou mécanique et peut être triée. Les raisins sont ensuite transférés dans un pressoir pour le pressurage. Une fois le moût en cuve, le débourbage est pratiqué généralement après un enzymage. À ce stade, une stabulation préfermentaire à froid (environ 10 à 12 degrés pendant plusieurs jours) peut être recherchée pour favoriser l'extraction des arômes[14]. Mais le plus souvent, après 12 à 48 heures, le jus clair est soutiré et mis à fermenter[14]. La fermentation alcoolique se déroule avec un suivi tout particulier pour les températures qui doivent rester à peu près stables (18 à 24 degrés)[14]. La chaptalisation est aussi pratiquée pour augmenter le titre alcoométrique volumique si nécessaire. La fermentation malolactique est réalisée en Fûts ou en cuves. Les vins sont élevés « sur lies », en fûts, dans lesquels le vinificateur réalise régulièrement un « bâtonnage », c'est-à-dire une remise en suspension des lies[14]. Cette opération dure pendant plusieurs mois au cours de l'élevage des blancs. À la fin, la filtration du vin est pratiquée pour rendre les vins plus limpides[14]. La mise en bouteille clôture l'opération.

Gastronomie, garde et température de service

Convient avec les poissons et par exemple un pot au feu de merlan ; son côté charnu, sa bonne acidité vont bien avec l'opulence de ce plat mêlant divers légumes au merlan (fenouil, carottes, céleri, champignons...)

Économie

Les producteurs de l'appellation

  • Alain Vignot, 12 ha dont 10 ha en « bourgogne-côte-saint-jacques », Paroy-sur-Tholon.
  • Serge Lepage, Champlay.
  • Michel Lorain (SCEV), Domaine du Clos Saint-Jacques, Joigny.

Notes et références

  1. Décret du 16 octobre 2009
  2. Références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine
  3. http://www.vins-bourgogne.fr/ Fiche Appellation: Côte Saint Jacques
  4. Henri Cannard : AOC Mercurey, Le vignoble d'hier, p. 27.
  5. Le Figaro et La Revue du vin de France (2008) : Vins de France et du monde (Bourgogne : Chablis), L'histoire, p. 26.
  6. Site du BIVB : Historique, consulté le 24 novembre 2008.
  7. Le Figaro et La Revue du vin de France (2008) : Vins de France et du monde (Bourgogne : Côte de Beaune), L'histoire, p. 26.
  8. Archives climatologiques mensuelles - Auxerre (1961-1990)
  9. [PDF]Site du BIVB, page sur le Bourgogne côte saint-jacques, consulté le 27 mars 2012
  10. Christian Pessey, Vins de Bourgogne, La vigne et le vin « Pinot noir », p.12
  11. Catalogue des variétés et clones de vigne cultivés en France ENTAV, Éditeur
  12. Christian Pessey, Vins de Bourgogne, La vigne et le vin « Pinot noir », p.13
  13. Christian Pessey, Vins de Bourgogne, La vigne et le vin « Chardonnay », p.13
  14. Conduite et gestion de l'exploitation agricole, cours de viticulture du lycée viticole de Beaune (1999-2001). Baccalauréat professionnel option viticulture-œnologie.

Bibliographie

  • Christian Pessey : Vins de Bourgogne (Histoire et dégustations), édition : Flammarion, Paris, 2002, Histoire (91 pages) et Dégustations (93 pages) (ISBN 2080110179)
  • Le Figaro et La Revue du Vin de France : Les vins de France et du monde (20 volumes), n°6 (Chablis), 96 pages, Édité par La société du Figaro, Paris, 2008, (ISBN 978-2-8105-0060-4)
  • Le Figaro et La Revue du Vin de France : Les vins de France et du monde (20 volumes), n°11 (Côtes de Beaune), 96 pages, Édité par La société du Figaro, Paris, 2008, (ISBN 978-2-8105-0065-9)

Voir aussi

Articles connexes


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