Hirsutisme

L'hirsutisme est l'apparition d'une pilosité répartie selon un type masculin, dans des zones normalement glabres chez la femme (visage, cou, thorax, ligne blanche, régions fessières et intergénitocrurales). Les poils du corps poussent selon une distribution masculine (poils androgéniques) et c'est surtout un sujet de préoccupation cosmétique et psychologique[1]. L'hirsutisme est un symptôme plutôt qu'une maladie mais peut être le signe d'une indication médicale plus sérieuse, surtout s'il se développe bien après la puberté.

Dessin d'une femme présentant de l'hirsutisme illustré dans Les Chroniques de Nuremberg (1493).

L'hirsutisme est à distinguer de l'hypertrichose, développement excessif du système pileux, congénital ou acquis, généralisé ou localisé, mais sans répartition masculine.

Causes

La cause de l'hirsutisme peut être soit un niveau élevé d'androgènes (les hormones mâles) ou une hypersensibilité aux androgènes des follicules des poils[2]. Les hormones mâles comme la testostérone stimulent la croissance de poils, accroissent leur longueur et accentuent leur pigmentation. D'autres symptômes associés à un niveau élevé d'hormones masculines incluent l'acné, des règles irrégulières, une voix plus grave et un accroissement de la masse musculaire.

Il existe une association entre des niveaux élevés d'insuline et le développement de l'hirsutisme chez la femme. Cette théorie s'accorde avec l'observation que les femmes obèses (dont on peut présumer qu'elles sont hyperinsulinémiques et résistantes à l'insuline) ont un risque élevé de devenir hirsutes. Les femmes non-obèses, présentant un syndrome polykystique des ovaires avec hirsutisme ont un taux d'insuline plus élevé que celles ayant le même syndrome sans hirsutisme[3]. Par ailleurs, les traitements qui abaissent les niveaux d'insuline amènent une réduction de l'hirsutisme.

L'insuline à une concentration suffisamment haute, stimule les cellules thécales ovariennes pour produire des androgènes, in vitro[3] . Il peut également y avoir un effet des niveaux élevés d'insuline qui activent dans ces mêmes cellules le récepteur du facteur de croissance « I » semblable à l'insuline (IGF-1). Ce qui, en conséquence, accroît la production d'androgènes.

Malgré cet accroissement, en cas de surpoids ou d'hyperinsulinisme, le dosage de la testostérone peut être non augmenté, par diminution de la protéine porteuse des stéroïdes sexuels[4].

Voici quelques maladies susceptibles d'accroître chez une femme le niveau d'hormones mâles, normalement bas :

Certains traitements médicamenteux peuvent être en cause[5] : ciclosporine, diazoxide, minoxidil ou glucocorticoïdes, par exemple.

La ménopause, par la chute de la production en œstrogènes avec une conservation d'un taux de testostérone à peu près normal, peut se traduire, dans certains cas, par un hirsutisme[6].

L'hirsutisme peut aussi survenir en cas de prise de médicaments stéroïdes anabolisants ou encore de traitements œstroprogestatifs avec effets androgéniques marqués.[7]

Diagnostic

La constatation de l'excès de pilosité, parfois évident, peut dépendre de la tolérance de la personne à ce fait[8]. Une échelle, dite de Ferriman et Gallwey, peut être utilisée[9]. En pratique, elle n'est utile que dans un but de recherche.

Le dosage de la testostérone est peu utile s'il n'existe pas de point d'appel. Un diabète de type 2 doit être systématiquement recherché chez la femme obèse avec hirsutisme, l'association avec un syndrome métabolique étant fréquent. La recherche d'un taux de cortisol sanguin élevé doit être faite si l'on suspecte un syndrome de Cushing.

Traitement

L'Endocrine Society (USA) a publié en 2008 des recommandations quant à la prise en charge de l'hirsutisme[10].

Les traitements généraux demandent un délai de plusieurs mois avant d'avoir une efficacité visible sur la pilosité car ils diminuent essentiellement la poussée de nouveaux poils, sans agir sur ceux qui sont présents[6]. Plusieurs molécules ont été testées avec des résultats plus ou moins bons[11] : metformine, contraception œstroprogestative[12], spironolactone[13], flutamide, acétate de cyprotérone[14]

Les techniques traditionnelle d'épilation (cire, rasage…) peuvent être employées. Le laser a une certaine efficacité à court terme mais les effets à long-terme ne sont pas évalués[15]. L'éflornithine, en application locale, a une efficacité modérée[16]. Ce traitement a la particularité d'agir sur des enzymes impliqués dans la pousse des poils. Cette enzyme, qu'on appelle ornithine décarboxylase, est bloquée dans son action par l'éflornithine, l'empêchant ainsi de remplir son rôle dans la pousse des poils.

Notes et références

  1. (en)Lipton MG, Sherr L, Elford J, Rustin MH, Clayton WJ, Women living with facial hair: the psychological and behavioral burden, J Psychosom Res, 2006;61:161-8
  2. Drapier-Fauré E., Faure M., « Hirsutismes et hypertrichoses », sur www.therapeutique-dermatologique.org, (consulté le 20 juillet 2012)
  3. (en) R.S. Rittmaster, « Hirsutism », Annals of Internal Medicine, vol. 106, , p. 95-107 voir p.99
  4. A. Bachelot, « Conduite à tenir devant un hirsutisme », La Revue du Praticien - Médecine Générale, vol. 24, no 845, 6 au 10 septembre 2010, p. 539-542
  5. Bennet A, « Hypertrichose et hirsutisme. Démarche diagnostique et thérapeutique chez l'adulte [Hirsutism and hypertrichosis in adults: investigations and treatment] », Ann Dermatol Venereol, vol. 129, no 5 Pt 2, , p. 804-12. (PMID 12223963, DOI DERM-05-2002-129-5-C2-0151-9638-101019-ART6)
  6. Koulouri O, Conway GS, « Management of hirsutism », BMJ, 2009;338:b847
  7. « Hirsutisme - Informations et traitements | Vitaemed.com », sur www.vitaemed.com (consulté le 14 décembre 2016)
  8. (en)DeUgarte CM, Woods KS, Bartolucci AA, Azziz R, Degree of facial and body terminal hair growth in unselected black and white women: toward a populational definition of hirsutism, J Clin Endocrinol Metab, 2006;91:1345-50
  9. (en)Ferriman D, Gallwey JD. Clinical assessment of body hair growth in women. J Clin Endocrinol 1961;21:1440-7
  10. (en) Martin KA, Chang RJ, Ehrmann DA, Ibanez L, Lobo RA, Rosenfield RL et als. Evaluation and treatment of hirsutism in premenopausal women: an Endocrine Society clinical practice guideline, J Clin Endocrinol Metab, 2008;93:1105-20.
  11. (en) Koulouri O, Conway GS, A systematic review of commonly used medical treatments for hirsutism in women, Clin Endocrinol, 2008;68:800-5.
  12. (en) Batukan C, Muderris II, Ozcelik B, Ozturk A, Comparison of two oral contraceptives containing either drospirenone or cyproterone acetate in the treatment of hirsutism, Gynecol Endocrinol, 2007;23:38-44.
  13. (en) Farquhar C, Lee O, Toomath R, Jepson R, Spironolactone versus placebo or in combination with steroids for hirsutism and/or acne, Cochrane Database Syst Rev, 2003;(4):CD000194.
  14. (en) Van der Spuy ZM, le Roux PA, Cyproterone acetate for hirsutism, Cochrane Database Syst Rev, 2003;(4):CD001125.
  15. (en) Haedersdal M, Peter C. Gøtzsche, Haedersdal M, Laser and photoepilation for unwanted hair growth], Cochrane Database Syst Rev, 2006;(4):CD004684.
  16. (en) Wolf JE Jr, Shander D, Huber F, Jackson J, Lin CS, Mathes BM et als. Randomized, double-blind clinical evaluation of the efficacy and safety of topical eflornithine HCl 13.9% cream in the treatment of women with facial hair, Int J Dermatol, 2007;46:94-8.

Voir aussi

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