Sueurs froides

Sueurs froides, souvent désigné sous son titre original Vertigo[1], est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en , avec dans les rôles principaux James Stewart et Kim Novak

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Sueurs froides
Affiche du film, créée par Saul Bass.
Titre original Vertigo
Réalisation Alfred Hitchcock
Scénario Alec Coppel
Samuel Taylor
d'après le roman de Boileau-Narcejac
Musique Bernard Herrmann
Acteurs principaux
Sociétés de production Paramount Pictures
Alfred J. Hitchcock Productions, Inc.
Pays d’origine États-Unis
Genre Thriller, romance
Durée 128 minutes
Sortie 1958


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le scénario du film s'inspire du roman D'entre les morts de Boileau-Narcejac.

Rencontrant un succès mitigé à sa sortie, il est aujourd'hui classé parmi les meilleurs films de l'histoire du cinéma, et se trouve à la septième place dans la liste AFI's 100 Years...100 Movies en .

Synopsis

À San Francisco, John Ferguson (dit « Scottie ») est un ancien policier qui vit de ses rentes. Lors d'une tragique course-poursuite sur les toits, un collègue est mort en lui sauvant la vie. Rongé par la culpabilité, Scottie est devenu acrophobe et a quitté son métier. Il entretient une relation devenue amicale avec Marjorie Wood dite « Midge » (« Betty » dans la version française), toujours éprise de lui.

Un jour, l'un de ses anciens camarades d'études, Gavin Elster, le contacte pour qu'il suive Madeleine, sa jeune épouse de 26 ans. Il la croit possédée par l'esprit de son arrière-grand-mère maternelle Carlotta Valdes, abandonnée par son amant et morte désespérée, au même âge qu'elle, un siècle plus tôt. D'abord hésitant, Scottie accepte.

Au cours de patientes filatures il constate, intrigué puis séduit, que Gavin a dit vrai. Madeleine va se recueillir sur la tombe de son aïeule. Elle passe de longues heures au musée, devant un portrait peint de Carlotta. Elle s'identifie à elle en adoptant sa coiffure, en portant ses bijoux passés de mode  dont un pendentif orné de trois pierres rouges  et en achetant un bouquet de fleurs analogue à celui du modèle. Elle a même loué une chambre dans l'ancienne demeure de la défunte, devenue un hôtel.

Un jour, Madeleine se jette, désespérée, dans la baie de San Francisco. Scottie la sauve de la noyade et la ramène chez lui. Ils font connaissance et tombent amoureux. Mais victime d'un nouvel accès de dépression, la jeune femme se rend dans une ancienne mission catholique espagnole qu'elle a fréquentée durant son enfance. Elle grimpe au sommet d'un clocher. Paralysé par son acrophobie, Scottie ne peut avancer qu'à mi-hauteur. Madeleine se jette dans le vide et s'écrase sur le toit. Un procès a lieu, à l'issue duquel ni Scottie ni Gavin ne sont reconnus coupables.

Après une hospitalisation pour dépression nerveuse, Scottie retourne sur les lieux qu'il a fréquentés avec Madeleine. Il croit la voir partout. Puis il croise Judy (Lucie dans la version française) ; rousse et vulgaire quand la disparue était blonde et distinguée, elle possède toutefois ses traits. Fasciné, il l'aborde. Malgré les réticences de Judy, ils entament une relation. Scottie cherche à la transformer en Madeleine : il lui achète le même tailleur et lui fait teindre les cheveux en blond. Affligée, Judy le laisse faire car elle s'est éprise de lui.

Un soir où le couple s'apprête à sortir, Judy noue autour de son cou un collier où Scottie reconnaît le bijou que Carlotta arbore sur le portrait du musée. Il comprend alors subitement qu'il a été victime d'une cynique machination. Gavin souhaitait se débarrasser de sa femme légitime, qu'il avait reléguée à la campagne. Il avait engagé Judy, sosie de Madeleine, pour incarner une épouse dépressive. Après avoir brisé la nuque de Madeleine, il avait transporté son corps sans vie dans le clocher. Lorsque Judy avait atteint seule le sommet, il avait précipité le cadavre de Madeleine pour simuler un suicide dont Scottie serait témoin. Ensuite, il avait demandé à Judy de disparaître, en achetant son silence contre une somme d'argent. Mais il lui avait offert, en prime, le pendentif de Carlotta : cette erreur l'aura trahi.

Scottie emmène Judy dans l'église où Madeleine s'est prétendument suicidée. Surmontant son vertige, il l'entraîne en haut du clocher pour lui faire avouer la supercherie. Attirée par leurs éclats de voix, une religieuse surgit. Effrayée par cette apparition fantomatique, Judy se jette dans le vide.

Fiche technique

Distribution

Kim Novak et James Stewart, dans la scène du premier baiser.

Production

Entrée de l'immeuble de Madeleine Elster, Brockelbank Apartments, San Francisco.

Lieux de tournage :

  • Hôtel Vertigo, 940 Sutter Street, San Francisco : c’est l’hôtel Empire du film, rebaptisé en 2008[2].
  • The Brocklebank Apartments, 1000 Mason Street, San Francisco : c’est dans ce bel immeuble de Nob Hill que réside Madeleine.
  • Mission Dolores, San Francisco : on y trouvait la tombe de Carlotta Valdes.
  • Fort Point, sous le Golden Gate Bridge : c'est à cet endroit que Madeleine tente de se suicider en se jetant dans les eaux du Pacifique.
  • Muir Woods National Monument, une plantation de sequoia sempervirens où Madeleine indique sur la tranche d'un sequoia l'année où elle est née et l'année où elle est morte.
  • Palais de la Légion d’honneur, San Francisco : Madeleine passe des heures dans ce musée devant le portrait de Carlotta Valdes.
  • Mission San Juan Bautista, à 140 km au sud de San Francisco : c’est du clocher de cette église que Madeleine se jette dans le vide.
  • Hôtel Fairmont, 950 Mason Street, San Francisco : Alfred Hitchcock et son équipe logent dans cet hôtel pendant le tournage.
  • 900 Lombard Street, San Francisco : appartement de Scottie

Accueil

Accueil critique

Sueurs froides jouit d'une adoration particulière de la part des cinéphiles et des cinéastes du monde entier. Le film se classe régulièrement au sommet des classements des meilleurs films de toute l'histoire du cinéma (par exemple dans les revues françaises Positif et Les Cahiers du cinéma[3]).

L’American Film Institute le classe dans la liste des dix meilleurs films américains de tous les temps[4].

En , le magazine de cinéma britannique Sight and Sound le classe meilleur film de tous les temps[5], détrônant ainsi Citizen Kane, qui occupait ce titre depuis 1962[6].

Analyse

Scénario

S'il existe des similitudes entre Bruges-la-Morte (1892) de Georges Rodenbach[7] et le roman D'entre les morts (1954) de Boileau-Narcejac, Alfred Hitchcock n'a jamais nulle part mentionné s'être inspiré du premier.

La technique au service de la mise en scène

Pour illustrer les scènes de vertige, Alfred Hitchcock utilise la caméra subjective d’une façon particulière. Alors qu’il filme, vers le bas, la profondeur de la cage d’escalier que James Stewart est censé voir avec angoisse, la caméra opère deux mouvements simultanés : un mouvement d’appareil vers l’arrière (travelling arrière) et un zoom avant (augmentation de la longueur focale de l'objectif de la caméra). Le résultat de cet artifice technique appelé travelling contrarié, utilisé ici pour la première fois dans un film, est une image qui se déforme, comme si la cage d’escalier s’allongeait.

Autour du film

  • Le traditionnel caméo d'Alfred Hitchcock intervient à 10 min 50 s : il passe devant le portail d'entrée du chantier naval.
  • Hitchcock aurait forcé Kim Novak à faire semblant de se noyer alors qu'il savait qu'elle ne savait pas nager, lors de la scène au Presidio de San Francisco[réf. nécessaire].
  • Tourné en VistaVision, le film a été tiré sur film 70 mm avec un son stéréophonique à six pistes magnétiques. La version sur DVD[Lequel ?] utilise également une stéréophonie 5.1 en version originale alors que la version française est uniquement dans la version d'origine mono[réf. nécessaire].
  • Le film a été restauré en 1996[8].

Postérité

Références au film dans la culture populaire

Notes et références

  1. Les sources francophones utilisent très régulièrement le titre original plutôt que le titre français. C'est par exemple le cas d'un supplément des Inrockuptibles sur le film paru en , ou d'un ouvrage de Jean-Pierre Esquenazi intitulé Hitchcock et l’aventure de Vertigo, l’invention à Hollywood (2001).
  2. San Francisco, ville hantée, Ulysse, Le Monde, 01.11.2008.
  3. http://www.cahiersducinema.com/article1337.html
  4. « Info et Actualité en direct - Toutes les actualités et infos - MYTF1News », sur MYTF1NEWS (consulté le )
  5. Fabien, « Vertigo, le meilleur film de tous les temps, à la place de Citizen Kane », sur Critictoo Cinema, (consulté le )
  6. « Citizen Kane » n’est plus le meilleur film au monde sur http://bigbrowser.blog.lemonde.fr du 2 août 2012
  7. Arte, « Quand Vertigo croise Bruges-la-Morte », sur YouTube.com, (consulté le ).[réf. incomplète]
  8. Mention spécifiée à la fin du générique de Sueurs froides, « Collection Alfred Hitchcock », DVD 9027841, édité en 2006.
  9. http://www.cnac-gp.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/BA9C20B309DD3166C1256E890035CE85?OpenDocument&sessionM=&L=1&view=
  10. Intact Insurance, « Dans les coulisses - Vertigo - Intact Assurance », sur YouTube, (consulté le )

Voir aussi

Ouvrages

  • Jean Douchet, Hitchcock, Paris, L'Herne, , 277 p. (ISBN 2-85197-201-4), « Le suspense érotique », p. 15-48
  • Donald Spoto, L'Art d'Alfred Hitchcock, 50 ans de cinéma, 1976, trad. par Christian Rozeboom, Edilig, 1986 ; le chapitre Sueurs froides : p. 203-232
  • Jean-Pierre Esquenazi, Hitchcock et l’aventure de Vertigo, l’invention à Hollywood, CNRS éditions,

Articles de presse

  • Gilbert Salachas, « Sueurs froides (Vertigo) », Téléciné, no 82, .
  • « Supplément sur Vertigo », Les Inrockuptibles, no 94, .
  • « San Francisco, ville hantée », Le Monde, .

Liens externes

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