Charles Lanrezac

Charles Louis Marie Lanrezac, né le à Pointe-à-Pitre et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un général français qui s'est notamment illustré lors de la phase initiale de la Première Guerre mondiale, comme commandant la 5e armée française. Il dirige les batailles de Charleroi et de Guise. Des résultats de cette dernière découleront une grande partie des conditions du succès de la bataille de la Marne.

Charles Lanrezac

Naissance
Pointe-à-Pitre
Décès  72 ans)
Neuilly-sur-Seine
Origine France
Allégeance Armée française
Grade Général d'armée
Années de service 1870 – 1914
Commandement 5e Armée
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Charleroi
Bataille de Guise
Distinctions  : Grand officier de la Légion d'honneur
Mai 1923 : Grand-croix de l'ordre de la Couronne belge
 : Grand-croix de la Légion d'honneur

Biographie

Origine

Charles Louis Marie Lanrezac naît le rue Royale à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe[1]. Il est baptisé le dans l'église de Port-Louis (Guadeloupe)[2].

Sa famille, issue de la petite noblesse toulousaine, les Quinquiry d'Olive, a émigré à Hambourg durant la Terreur. À des fins d'anonymat, son nom est l'anagramme de « Cazernal » qui est lui-même issu d'une mauvaise transcription de Cabanial, fief de sa famille, il est à noter également que le mot "cazernal" existe en ancien occitan, il signifie " registre, cahier"[3][réf. incomplète]. Son père, Auguste Lanrezac, est officier d'infanterie de marine issu du rang. Il reçoit du préfet de la Manche, une bourse pour étudier alors que son père est en garnison à Cherbourg[4].

Pendant la guerre de 1870

Renvoyé du Prytanée militaire de la Flèche, il intègre l'École impériale spéciale militaire de Saint-Cyr en septembre 1869 avec le classement de 75e sur 250 admis. Il rejoint comme sous-lieutenant par anticipation le 13e régiment d'infanterie. Il est présent au 15e corps d'armée appartenant à l'Armée de la Loire. Il participe aux combats de Coulmiers, le , puis aux combats autour d'Orléans, le . En janvier 1871, son corps rejoint l'armée de l'Est du général Bourbaki dont la mission est de dégager Belfort et prendre les Prussiens à revers en Alsace. Il participe aux combats d'Héricourt du 15 au . Puis son unité se porte sur Besançon pour protéger la retraite de l'armée et échappe à l'internement en Suisse, à l'issue du combat de Larnod, le [5],[6].

Carrière et doctrine stratégique

À l'issue du conflit, il reprend ses études à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr dont il ressort 140e sur 176. Le , il est affecté au 30e régiment d'infanterie à Annecy comme lieutenant. Il est promu capitaine le et muté au 24e régiment d'infanterie à Paris, il entre à l'école de guerre le et en ressort breveté d'état-major 12e sur 72 en 1879. Le , il est nommé professeur adjoint d'art militaire à l'École spéciale militaire. Le , il est promu chef de bataillon et muté au 113e régiment d'infanterie à Blois. Le , il est envoyé comme stagiaire au sein de l'état-major de la brigade d'occupation de la Tunisie puis titularisé le . Le , il est nommé professeur adjoint d'histoire militaire, de stratégie et de tactique générale à l'École supérieure de guerre, promu chef de bataillon à l'ancienneté et rattaché au 115e régiment d'infanterie à Mamers. En 1898, il est promu lieutenant-colonel et nommé sous-directeur des études de l'École supérieure de guerre. En 1901, il est promu colonel et reçoit le commandement du 119e régiment d'infanterie à Louviers. En mars 1906, il commande par intérim la 43e brigade d'infanterie à Vannes qu'il commande pleinement lorsqu'il est promu général de brigade en juin 1906[4].

Professeur, puis commandant en second de l'École de Guerre, Charles Lanrezac apparaît alors comme l'un des plus fins stratèges français, mais aussi le moins écouté, à la veille du Premier Conflit mondial. En effet, opposé au recours systématique et préconçu de l'offensive à outrance, il préconise un recours plus fréquent à la manœuvre raisonnée qu'il résume ainsi : « Si chaque commandant de corps subordonné a le droit de bourrer, tête baissée, sur le premier adversaire à sa portée, le commandant en chef est impuissant à exercer la moindre action directrice ».[réf. nécessaire]

Commandant la 5e Armée

Lanrezac est placé, en avril 1914, par le généralissime Joffre, qui le connaît et le considère comme l'un de ses plus brillants généraux, à la tête de la 5e Armée française de mobilisation en remplacement de Gallieni atteint par la limite d'âge. Cette nomination s'accompagne en outre de son entrée au Conseil supérieur de la guerre, dont il devient, à 61 ans, le benjamin. Dans ses mémoires (p. 204), le généralissime écrit : « mon attention avait depuis longtemps été attirée sur le général Lanrezac, par les hautes qualités d'intelligence, d'activité, d'initiatives, de sens de la manœuvre dont il avait fait preuve au cours des travaux sur carte et des exercices sur le terrain. Nul ne sembla mieux préparé que lui au commandement de la 5e armée, celle dont la manœuvre serait la plus délicate à mener, celle à laquelle il serait dévolu un rôle essentiellement variable selon les circonstances ». Avant la déclaration de guerre, par un mémoire du 30 juillet 1914, il attire l'attention du généralissime Joffre sur le danger de voir les armées allemandes déboucher au nord de la Meuse et de la Sambre[7]. Il finit par le convaincre et porte ses troupes (290 000 hommes) sur le front de Charleroi.

Peu après la bataille de Charleroi, en août 1914, au plus fort de la bataille des frontières, le , de nombreux combats ont lieu à maints endroits : Tamines, Arsimont, Châtelet, Gozée, Thuin, Lobbes. L'impréparation des armées françaises est flagrante, notamment s'agissant de l'absence d'artillerie lourde. Lanrezac se rend compte du fait que son armée risque de se faire encercler par trois armées allemandes. Lors des combats qui se déroulent autour de Thuin, il prend seul la décision de faire reculer son armée.

Avec le recul, on estime généralement que cette décision de retraite, du , même si elle confirme une victoire tactique allemande, met en échec stratégiquement le plan Schlieffen-Moltke et lui permet fort probablement de sauver son armée[8],[9],[10]. Lors de la bataille de Guise le 29 août, durant laquelle la 5e Armée française est opposée aux Ire et IIe Armées allemandes dans une contre-attaque demandée par Joffre le , Lanrezac porte un coup d'arrêt partiel à l'ennemi[11]. Il l'oblige à resserrer son dispositif vers l'est. Cette bataille contribue ainsi, indirectement, à la victoire de la bataille de la Marne, 10 jours plus tard.

En effet, la IIe armée (von Bülow) change son axe de déplacement, passant d'une orientation sud-ouest à une direction sud-est pour poursuivre la 5e armée en repli. La Ire armée (von Kluck) lancée sur Amiens doit accomplir une conversion de 90 degrés pour garantir le flanc-garde de Bülow. En effet, il manque aux Allemands les 150 000 hommes et l'artillerie lourde qui sont retenus par le siège de la place forte d'Anvers et qui, s'ils avaient été disponibles sur le front français, auraient pu couvrir Kluck. Pour compenser cette absence, c'est von Bülow qui va offrir son flanc en changeant de cap, ce qui lève la menace qu'il faisait peser sur Paris. La capitale n'est désormais plus sur le passage du coup de faux du plan Schlieffen. La 6e armée (Maunoury) peut alors quitter la défense de Paris, pour s'installer sur le flanc de Kluck et frapper sa droite sur l'Ourcq (premier choc de la bataille de la Marne).

Le limogeage et la réhabilitation

Lanrezac est limogé le 3 septembre 1914 par Joffre[10] et remplacé par Franchet d'Esperey. Il lui est reproché, entre autres, sa mésentente avec le maréchal anglais French, ainsi qu'une lenteur d'exécution sur l'ordre de contre-attaque à Guise, justifiée par le général Lanrezac par un temps de préparation nécessaire mais perçue par Joffre comme un temps d'hésitation[11]. Désabusé, il refuse, en 1917, le poste de major général des Armées que lui propose Paul Painlevé, alors ministre de la Guerre.

Lanrezac publie, après la guerre, un pamphlet contre Joffre[11]. Peu de temps avant de mourir, il écrit : « À la place du général Joffre, j'aurais agi comme lui ; nous n'avions pas la même manière de voir les choses, ni du point de vue tactique, ni du point de vue stratégique ; nous ne pouvions pas nous entendre (…) J'étais bien décidé à ne pas attaquer le généralissime, car je n'avais pas le droit de juger ses actes sur les autres parties du champ de bataille »[12].

Distinctions et décorations

  • Légion d'honneur[13]
    •  : grand officier de la Légion d'honneur au motif : « A commandé, au cours des premières opérations de la campagne, une armée qui a eu à supporter le choc de masses ennemies très supérieures en nombre. Par sa science militaire et l'habileté de son commandement a réussi à exécuter une manœuvre des plus difficiles au cours de laquelle il a remporté des succès marqués et a rendu au pays les plus éminents services ».
    •  : grand-croix de la Légion d'honneur.
  •  : grand-croix de l'ordre de la Couronne belge avec attribution de la croix de guerre avec palme.

Œuvres

Voir aussi

Bibliographie

  • Jules Isaac, Joffre et Lanrezac : étude critique des témoignages sur le rôle de la 5e armée (août 1914), Étienne Chiron, , 127 p.
  • Louis-Albert Roques (préf. Jacques Bainville), La sécurité française : suivie d'une étude sur Lanrezac, Gallieni, Joffre, E.-H. Guitard, , 164 p.
  • Georges Beau et Léopold Gaubusseau, En août 1914, Lanrezac a-t-il sauvé la France ?, Presses de la Cité, , 285 p.
  • Pierre-Henri Aubry, Le Général Lanrezac, Paris, Argos, coll. « Maîtres de la stratégie », , 103 p. (ISBN 978-2-36614-037-8)
  • Roger Fraenkel, Joffre l'imposteur, Bruxelles, Les Éditions Jourdan, , 450 p. (ISBN 978-2-87466-323-9, OCLC 903023383)

Notes et références

  1. Registre d'état-civil de Pointe-à-Pitre, acte de naissance no 225 de l'année 1852, Archives nationales d'outre-mer, consultable en ligne page 60/95.
  2. Mention marginale sur la copie de l'acte de naissance dans le dossier de Légion d'honneur, base Léonore, http://www2.culture.gouv.fr/LH/LH095/PG/FRDAFAN83_OL1473046V031.htm
  3. François Raynouard, Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, comparée avec les autres langues de l'Europe latine, 1838-1844
  4. « Charles Lanrezac », sur le site Chemins de mémoire, Ministère des armées
  5. H. Adolphe Lara, Contribution de la Guadeloupe à la pensée française : 1635-1935, Paris, éditions Jean Crès, , 301 p. (lire en ligne), p. 272-273
  6. « États de services - dossier de la Légion d'honneur (Page 20 sur 33) », sur Base Léonore
  7. Fernand Encerand, rapporteur de la commission d'enquête sur la métallurgie, « La perte de Briey : Le général Lanzerac membre du conseil supérieur de la guerre à M. le général Joffre chef d'état major général des armées », dans Les archives de la Grande guerre, vol. n°13, 2e année, Paris, 40 rue de Seine, Edition Chiron, (lire en ligne), p. 43
    Disponible sur Galica
  8. Collectif, La bataille de Charleroi, 100 ans après... : Actes de colloque, Académie royale de Belgique, (présentation en ligne)
  9. Philippe Valode, La grande guerre sans les clichés, Archipel, (présentation en ligne)
  10. Pierre Montagnon, Dictionnaire de la Grande Guerre, Pygmalion, (lire en ligne), « Lanzerac, Charles »
  11. Erwan Le Gall, « Un non-lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale : la bataille de Guise », En Envor, no 1, (lire en ligne)
  12. Fernand Engerand, « Lanrezac », Le Correspondant, t. 262, no 4, , p. 583 (lire en ligne)
  13. « Cote LH/1473/46 », base Léonore, ministère français de la Culture

Liens externes

  • Armée et histoire militaire françaises
  • Portail de la Première Guerre mondiale
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