Riz doré

Le « riz doré » est une variété de riz (Oryza sativa) génétiquement modifiée. Il a été créé à l'École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) et les détails scientifiques ont été pour la première fois publiés dans la revue Science en 2000[1]. Cette variété a été développée pour essayer de compenser le déficit en vitamines A du riz en introduisant des gènes additionnels afin de permettre la synthèse de β-carotène. En 2005, la nouvelle variété appelée riz doré 2 a été annoncée, qui produit jusqu'à 23 fois plus de β-carotène que la variété originale de riz doré[2].

Riz doré (à droite)

Les adversaires du projet affirment que, pour éviter les carences, il faudrait en manger plusieurs kilogrammes par jour[3] et qu'il n'est pas certain que le β-carotène soit converti en vitamine A[4], mais les recherches montrent que 100 à 150 g de riz doré cuit suffisent à subvenir à 60 % des apports journaliers recommandés en vitamine A en Chine[5]. De nombreux auteurs[Qui ?] considèrent que la solution à la carence en vitamine A réside dans la diversification de l’alimentation, et non dans l’extension de la monoculture. Pour Vandana Shiva, ce serait l'approche même qui est à revoir, les carences en vitamine A étant des conséquences de la monoculture instaurée par la révolution verte : la solution résiderait alors dans la restauration de la biodiversité[6].

Depuis début 2018, l'Australie et la Nouvelle-Zélande autorisent la commercialisation de nourriture contenant du riz doré[7].

En 2021, les Philippines deviennent le premier pays au monde à autoriser la culture du riz doré à des fins commerciales[8].

Création

Un aperçu simplifié de la biosynthèse du caroténoïde dans le riz doré. Les enzymes présents dans l'endosperme du riz doré, ici en rouge, catalysent la biosynthèse du β-carotène extrait du géranylgéranyl-pyrophosphate. Le β-carotène est normalement converti en rétinien puis en rétinol (vitamine A) dans les intestins.

Le riz doré a été créé par Ingo Potrykus de l'Institute of Plant Sciences à l'École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse), en collaboration avec Peter Beyer de l'université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). Le projet a démarré en 1992 et, au moment du rapport, en 2000, le riz doré était considéré comme une découverte capitale en biotechnologie car les chercheurs ont élaboré une voie de biosynthèse entière.

Le riz doré était destiné à produire de la vitamine A issue du β-carotène dans la partie consommable du riz, l'albumen. La production de β-carotène (pigment caroténoïde) a lieu naturellement sur le plant de riz mais pas au niveau de l'albumen qui ne participe pas à la photosynthèse.

Le riz doré a été créé par transformation du riz avec trois gènes de biosynthèse de la β-carotène :

  1. syp (phytoene synthase)
  2. lyc (lycopène cyclase), les deux venant de la jonquille (Narcissus pseudonarcissus), et
  3. crt1 de la bactérie de sol Erwinia uredovora

Les gènes syp, lyc and crt1 ont été insérés dans le génome du noyau, sous le contrôle d'un promoteur spécifique de l'albumen, de sorte qu'ils soient seulement exprimés dans l'albumen. L'exogène lyc a une séquence de peptide en transit lié de telle sorte que sa cible soit le plastide, où la formation de géranylgéranyl-pyrophosphate a lieu. L'utilisation du gène de la bactérie crt1 permet de catalyser de nombreuses étapes de la synthèse du caroténoïde, alors que toutes ces étapes nécessitent plusieurs enzymes au niveau de la plante[9]. Le produit fini de la voie élaborée est la lycopène, mais, si le plant en accumule trop, le riz peut devenir rouge. De récentes analyses ont montré que l'enzyme endogène de la plante traite la lycopène au β-carotène dans l'albumen, donnant au riz la couleur jaune distincte qui lui a donné son nom[10]. À l'origine le riz doré était appelé SGR1 et, en serre chauffée, il produisait 1,6 µg/g de caroténoïde.

En 2005 une équipe de chercheurs de la compagnie de biotechnologie Syngenta a réalisé une nouvelle variété appelée riz doré 2 en combinant le gène de la phytoène synthase du maïs avec crt1 venant du riz doré original. Le Riz doré 2 produit 23 fois plus de caroténoïde que le Riz doré (jusqu'à 37 µg/g), et accumule davantage de β-carotène (jusqu'à 31 µg/g des 37 µg/g de caroténoïde). Il a été estimé que consommer 144 g de ce riz était suffisant pour couvrir les apports journaliers recommandés (AJR)[11].[réf. nécessaire]

En 2004, sous la conduite de l'université d'État de Louisiane AgCenter en 2004[12], des parcelles d'essais ont été plantées en riz doré avec des cultures de riz locaux aux Philippines, à Taïwan et avec le riz américain Cocodrie. Les tests alimentaires effectués sur la production de ces parcelles ont permis d'affiner la valeur nutritionnelle de ce riz et, notamment, ont démontré que les cultures de plein champ produisaient trois à quatre fois plus de β-carotène que celles réalisées en serre[13].

En , le chercheur Peter Beyer a reçu des fonds de la fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation) pour améliorer de manière significative le riz doré, notamment en augmentant les niveaux et la biodisponibilité de la pro-vitamine A, de la vitamine E, du fer et du zinc et améliorer la qualité des protéines par modification génétique[14].

Riz doré et carence en vitamine A

Prédominance de carence en vitamine A[15].

La recherche menant au riz doré a été conduite dans le but d'aider les enfants souffrant d'une carence en vitamine A (CVA). Au début du XXIe siècle, on estime que 124 millions de personnes, dans 118 pays en Afrique et en Asie du Sud-Est, sont affectés par une CVA. La CVA est responsable chaque année de un à deux millions de morts, de 500 000 cas de cécité irréversible et de millions de cas de xérophtalmie[16].

Puisque la majorité des enfants carencés en vitamine A vivent dans des pays ayant pour aliment principal le riz, la modification génétique de celui-ci pour qu'il produise de la provitamine A (β-carotène) est apparue comme une alternative simple et peu coûteuse, comparativement aux suppléments vitaminés ou à l'augmentation de la consommation de légumes verts ou de produits animaux. Les promoteurs du riz doré ont fait le parallèle entre cette méthode et ce qui a été réalisé avec l'eau fluorée ou le sel iodé pour d'autres types de carences.

Toutefois des études théoriques sur les effets potentiellement bénéfiques d'une consommation de riz doré ont montré que celle-ci n'éliminait pas totalement les problèmes de cécité ou de surmortalité. Au mieux, elle devrait être utilisée conjointement avec d'autres méthodes de substitution de la vitamine A[17].

Propriété intellectuelle

Ingo Potrykus argumenta pour que le riz doré soit distribué gratuitement pour la subsistance des fermiers. Pour autoriser la libre distribution, cette demande fut relayée auprès des compagnies qui possédaient un droit de propriété intellectuelle sur une partie des résultats de la recherche de M. Beyer. Ce sont 32 entreprises ou universités différentes qui détenaient 70 brevets ou autres droits de propriété intellectuelle liés à la création du riz doré. Lors du financement du projet de recherche, l'équipe reçut des fonds du programme Carotène Plus de la commission européenne : en acceptant ces fonds, on lui demanda par contrat de céder les droits de ses découvertes à l'entreprise sponsorisant ce programme, Zeneca (aujourd'hui Syngenta). Pour que Syngenta puisse autoriser les partenaires du projet à distribuer gratuitement le riz doré à titre humanitaire, il fallait donc établir des licences libres[18].

Les licences libres ont été obtenues relativement rapidement, grâce à la critique positive reçue par le projet du riz doré, notamment dans un article du magazine américain TIME de [19] qui affirmait que ce riz pourrait sauver un million d'enfants par an.

Le groupe devait définir la limite entre l'utilisation humanitaire et l'utilisation commerciale. Dans ce cas, il a été fixé à 10 000 $. Donc, aussi longtemps qu'un fermier ou un prochain utilisateur du riz doré génétique ne gagne pas plus de 10 000 $ par an[20], aucune participation pour utilisation commerciale ne devrait être payée à Syngenta. Il n'y a pas de taxe pour l'utilisation du riz doré, et ainsi les fermiers peuvent conserver des graines et les replanter.

Controverses

Greenpeace s'est opposé aux récoltes avec des arguments basés sur la quantité de vitamine A dans le riz doré. Les premières objections développées sont qu'il y a seulement 1,6 µg de β-carotène par gramme de riz, ce qui signifie qu'une personne devrait manger 1,5 à 2 kg de riz par jour pour satisfaire aux apports journaliers recommandés en provitamine A. Même après la mise au point de variétés à expression de β-carotène améliorée, Greenpeace a maintenu son opposition au nom de son refus de cultures d'organismes génétiquement modifiés (OGM) en plein champ conduisant à leur dissémination dans l'environnement et à leur introduction dans la chaîne alimentaire. Selon l'association, le riz doré est un cheval de Troie qui « ouvrira la porte » à une extension de l'utilisation des OGM[21].

Vandana Shiva, philosophe indienne luttant contre les OGM, argumente que le problème n'est pas des déficiences particulières dans les récoltes elles-mêmes, mais plutôt la pauvreté et le risque de perte de la biodiversité dans les cultures. Ces risques pourraient s'aggraver avec la prise de contrôle de l'industrie agroalimentaire sur l'agriculture qui produit et promeut une nourriture génétiquement modifiée. Shiva expose qu'en se concentrant sur un point sensible (carence en vitamine A), les propriétés du riz doré obscurcissent le grand problème du manque de nourriture en disponibilité et en diversité suffisantes, et de source nutritionnelle adéquate[22].

D'autres groupes agissant de manière similaire ont expliqué qu'un régime varié contenant de la nourriture riche en vitamine A, comme des patates douces, légumes verts et des fruits donneraient aux enfants suffisamment de vitamine A[23]. Cela dit, d'autres affirment au contraire qu'un régime varié est au-delà des moyens de beaucoup de personnes pauvres, et en concluent que leur survie repose sur le riz.

La couche à aleurone qui enveloppe l'endosperme du riz est enlevée par un procédé appelé mouture et décorticage dans la plupart des pays, pour améliorer la durée de conservation du riz. Dans le riz rouge, la couche d'aleurone contient plus de vitamine B, de fer, de manganèse, de sélénium, de zinc et de phosphore que le riz décortiqué. Si le riz n'était pas moulu, ce substitut ne serait pas nécessaire[24]. Cependant les données de l'USDA montrent que le riz rouge ne contient pas plus de β-carotène que du riz moulu[25],[26]. Des scientifiques de l'Institut international de recherche sur le riz étudient le plasma germinatif et essaient de multiplier les approches conventionnelles pour multiplier les variétés avec du β-carotène amélioré dans la couche à aleurone[27].

Selon Marc Dufumier[28], parlant de la vitamine A du riz doré :

« Il s'avère que la plante utilise ses propres hydrates de carbone pour la produire. Conséquence, elle a un moindre rendement. Mieux vaut ajouter des tomates ou des carottes dans son assiette pour avoir de la vitamine[29]. »

L'appel de 107 lauréats d'un prix Nobel

Le , 107 lauréats d'un prix Nobel[30], dont une quarantaine de Nobel de médecine, ont demandé aux gouvernements du monde entier de désavouer la campagne de Greenpeace contre les OGM et plus particulièrement contre le riz doré, dans une lettre ouverte. Ils appellent les gouvernements du monde entier « à désavouer la campagne de Greenpeace » et faire « tout ce qui est en leur pouvoir » pour « accélérer l'accès des agriculteurs à tous les outils de la biologie moderne », dans leur lettre, également adressée à l'ONU[31]. Cependant, il faut préciser que la campagne de l'appel des 110 Nobels fut en partie organisée par Jay Byrne, ancien directeur de la communication de Monsanto, première entreprise mondiale de commercialisation d'OGM[32].

D'après l'anthropologue Glenn Stone « il s'agit d'une manipulation de l'opinion publique par l'utilisation de scientifiques qui ne sont pas informés des faits sur le sujet »[33].

Suzanne Dalle, de Greenpeace répond à l'appel des Nobel en prétendant qu'il faudrait manger d'énormes quantités de riz doré pour atteindre les besoins journaliers en vitamine A[3]. Cette information a été démentie plusieurs fois par la suite [34],[35].

Notes et références

  1. X Ye, S Al-Babili, A Klöti, J Zhang, P Lucca, P Beyer et I Potrykus, « Engineering the provitamin A (beta-carotene) biosynthetic pathway into (carotenoid-free) rice endosperm », Science, vol. 287, no 5451, , p. 303–5 (PMID 10634784, DOI 10.1126/science.287.5451.303)
  2. Paine et al. 2005. Improving the nutritional value of Golden Rice through increased pro-vitamin A content. Nature Biotechnology [lire en ligne]
  3. « Greenpeace répond à l'appel des prix Nobel pro-OGM », sur http://www.liberation.fr, (consulté le ).
  4. (en-US) « Genetically modified Golden Rice falls short on lifesaving promises | The Source | Washington University in St. Louis », The Source, (lire en ligne, consulté le ) :
    « it is still unknown if the beta carotene in Golden Rice can even be converted to Vitamin A in the bodies of badly undernourished children. There also has been little research on how well the beta carotene in Golden Rice will hold up when stored for long periods between harvest seasons, or when cooked using traditional methods common in remote rural locations »
  5. « Testing the performance of Golden Rice »
  6. Première réunion du Comité intergouvernemental pour le protocole de Cartegena.
  7. Foods containing GM golden rice can be sold in Australia and New Zealand du 3 juin 2018.
  8. « OGM : les Philippines vont produire du « riz doré », censé combattre la cécité infantile », Sud Ouest, (lire en ligne)
  9. Hirschberg, J. 2001. Carotenoid biosynthesis in flowering plants. Current Opinion in Plant Biology 4:210-218.
  10. Schaub, P. et al. 2005. « Pourquoi le riz doré est doré (jaune) et non pas rouge ? », Plant Physiology 138:441–450.
  11. « Riz doré, faux rêve ? », Science et vie, no 1162, .
  12. LSU AgCenter Communications. « Le «Riz doré» peut-il aider à réduire la malnutrition  « Copie archivée » (version du 28 septembre 2007 sur l'Internet Archive), 2004
  13. Voir sur goldenrice.org .
  14. Grand Challenges in Global Health, communiqué de presse du 27 juin 2005.
  15. Source : OMS
  16. Humphrey, J.H., West, K.P. Jr, and Sommer, A. 1992. Carence en vitamine A et mort attribué aux moins de 5 ans. WHO Bulletin 70: 225-232.
  17. Dawe, D., Robertson, R. and Unnevehr, L. 2002. « Le riz doré : quel rôle peut-il jouer dans l'allègement de la carence en vitamine A ? », Food Policy 27:541-560.
  18. Potrykus, I. 2001. Golden Rice and Beyond. Plant Physiology 125:1157-1161.
  19. J. Madeleine Nash. « This Rice Could Save a Million Kids a Year », TIME, 31 juillet 2000.
  20. (en) « Golden rice project frequently asked questions »
  21. Greenpeace. 2005. « All that glitters is not Gold: The False Hope of Golden Rice ».
  22. Shiva, V. « The Golden Rice Hoax »
  23. Friends of the Earth. « Golden Rice and Vitamin A Deficiency ».
  24. Institut des sciences dans la société « The 'Golden Rice' - An Exercise in How Not to Do Science ».
  25. USDA National Nutrient Database for Standard Reference. « Rice, brown, long-grain, cooked »
  26. USDA National Nutrient Database for Standard Reference. « Rice, white, long-grain, regular, cooked ».
  27. Institut international de recherche sur le riz. 2005. « Program 3 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le ), Rapport annuel du directeur général 2004-05.
  28. Ingénieur agronome, il dirige la chaire d'agriculture comparée à AgroParisTech et mène des projets de développement agricole en France et dans les pays en développement.
  29. « Manger bio, pas cher et pour tous, une utopie ? » sur le site du journal Rue89.
  30. « ogm : 100 prix nobel contre la campagne de greenpeace », sur https://www.20minutes.fr/planete, (consulté le )
  31. « OGM: les Nobel accusent Greenpeace d'être dogmatique et "anti-scientifique" », sur http://www.lexpress.fr, (consulté le )
  32. « Criminel, Greenpeace? » (consulté le ).
  33. Stéphane Foucart, « Greenpeace est-elle vraiment coupable de « crime contre l’humanité » ? », Le Monde, (lire en ligne)
  34. « Riz doré : Le Monde vole au secours de Greenpeace », sur https://contrepoints.org,
  35. Le Point magazine, « La cynique campagne de Greenpeace contre le riz doré », sur Le Point, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

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