Ordnance QF 6 pounder

Le canon Ordnance QF 6-pounder 7 cwt, ou 6 pdr, est un canon anti-char britannique de calibre 57 mm en usage au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il fut utilisé pour la première fois durant la guerre du désert, en mai 1942, et remplaça rapidement l'Ordnance QF 2 pounder comme canon anti-char, permettant de réaffecter l'Ordnance QF 25 pounder à son rôle d'artillerie de campagne. L'armée américaine adopta également le QF 6 pdr comme canon anti-char principal, sous le nom de 57 mm Gun M1.

Ordnance QF 6 pounder 7 cwt

Canon antichar Ordnance QF 6-pounder 7-cwt exposé à Marysville (Nouveau-Brunswick, Canada).
Caractéristiques de service
Type canon anti-char
Service 1942-1960
Utilisateurs Empire britannique
Canada
United States
Israël
Irlande
Pays-Bas
Pakistan
Corée du Sud
France
Union soviétique
Brésil
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre de Corée
Crise du canal de Suez
Production
Concepteur Woolwich Arsenal
Année de conception 1940
Constructeur Woolwich Arsenal
Combined Ordnance Factories
Production 1941-1945
Exemplaires produits 35 000
Variantes QF 6 pdr
QF 6 pdr Mk I (L/50)
QF 6 pdr Mk II (L/43)
QF 6 pdr Mk III (version pour char du Mk II)
QF 6 pdr Mk IV (L/50)
QF 6 pdr Mk V (version pour char du Mk IV)
Molins Classe M - 6 pdr (Version aérienne et marine avec chargeur auto)
57mm Gun M1 (version américaine du Mk II en L/50)
Caractéristiques générales
Poids du canon et de l'affût 1 140 kg
Longueur du canon seul 2,45 m(Mk II et III)
2,82 m (Mk IV, V et M1)
Longueur en calibre 43 calibres (Mk II et III)
50 calibres (Mk IV, V et M1)
Support Affut biflèche
Calibre 57 mm
Cadence de tir 14 coups par minute
Vitesse initiale 792 à 1219 m/s
Portée pratique 1 510 m
Portée maximale 4 600 m
Munitions Obus de 57×441 mm.R
Alimentation manuelle
Hausse −5° à +15°
Azimut 90°
Mécanisme Culasse à glissement vertical
Servants 6
Organe de visée No.22c

Conception et production

QF 6 pdr au musée de Batey ha-Osef (Israël).

Conception

Les limites de l'Ordnance QF 2 pounder (QF 2 prd) étaient apparues alors même qu'il entrait en service et les efforts pour lui trouver un successeur débutèrent dès 1938. L'arsenal royal de Woolwich fut chargé de sa conception. On choisit le calibre 57 mm, utilisé par la Royal Navy depuis la fin du XIXe siècle, ce qui permettait d'utiliser l'outil de production existant. La conception de la pièce fut terminée en 1940, mais celle de son affût dura jusqu'à l'année suivante.[citation nécessaire] La production fut aussi retardée par la défaite lors de la bataille de France : les pertes en équipement et la perspective d'une invasion allemande rendirent urgent de rééquiper l'armée en canons anti-char, et on décida de poursuivre la production du QF 2 pdr, pour ne pas perdre le temps nécessaire au changement de production et à la nouvelle formation des artilleurs. Le QF 6 pdr n'entra donc en production qu'en et en service qu'en .

Contrairement au QF 2 pdr, il avait un affût bipode traditionnel. Sa première variante, le Mk II, se distinguait du Mk I de pré-production par un canon plus court (43 calibres, soit 43 x 57 = 2 451 mm), par manque de tours adaptés. Le modèle Mk IV bénéficia d'un canon plus long (50 calibres) et d'un frein de bouche. Des boucliers optionnels furent produits pour une meilleure protection des artilleurs ; ils furent apparemment peu utilisés.

Bien que le QF 6 pdr restât relativement efficace tout au long de la guerre, l'armée lança dès 1942 le développement d'un canon plus puissant, pour des dimensions et un poids similaire. Le premier prototype fut un 8 pdr de 59 calibres, mais il était trop lourd pour remplir les fonctions du QF 6 pdr. Un second modèle, plus court (48 calibres), n'apporta que des améliorations marginales par rapport au QF 6 pdr. Le programme fut finalement stoppé en .

Le QF 6 pounder eut pour successeur un canon anti-char de nouvelle génération, l'Ordnance QF 17 pounder, qui entra en service à partir de . Plus petit et plus maniable, le QF 6 pdr resta en usage dans l'armée britannique jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis encore une vingtaine d'années.

Comme pour le QF 2 pdr, on conçut pour lui un réducteur de calibre (57/42,6 mm), mais il ne fut jamais adopté.

Production

La production se fit au Royaume-Uni et au Canada. Les Combined Ordnance Factories (COFAC) d'Afrique du Sud en produisirent aussi 300 exemplaires.

La fabrication du QF 6 pdr aux États-Unis fut proposée par l'Ordnance Corps en . À cette époque, l'armée américaine préférait encore le canon M3 37 mm et la production fut lancée seulement dans le cadre du programme Lend-Lease. La version américaine, nommée 57 mm Gun M1, était basée sur le 6 pdr Mk II (dont deux exemplaires avaient été envoyés par les britanniques), mais contrairement à celui-ci, elle avait le canon long d'origine. La production commença au début 1942 et dura jusqu'en 1945.

Production du canon М1
Année 1942 1943 1944 1945 Total
Production 3 877 5 856 3 902 2 002 15 637

Comme l'armée britannique, l'armée américaine expérimenta un réducteur de calibre (57/40 mm T10), mais le programme fut abandonné.

Histoire au combat

Un QF 6-pdr en action dans le désert, 1942

Armée britannique

Les QF 6 pdr (et 4242 M1 reçus des américains) furent d'abord attribués aux régiments d'artillerie anti-char des divisions d'infanterie et des divisions blindées sur le front de l'ouest (quatre batteries de 12 pièces chacune), et plus tard aux pelotons anti-char des bataillons d'infanterie (6 pièces chacun). Chaque bataillon aéroporté avait une compagnie anti-char, avec deux pelotons anti-char de 4 canons. Le théâtre oriental n'était pas prioritaire et l'organisation y était différente, en raison de la moindre importance des blindés. Le QF 6 pdr fut aussi utilisé par les forces du Commonwealth, avec des formations similaires à celles des britanniques.

Au début, sa munition était un obus anti-blindage standard (AP), mais à partir de il disposa d'un obus anti-blindage à pointe molle (APC), éventuellement à tête aérodynamique (APCBC). Un obus à explosif brisant fut également produit pour le tir contre les cibles non-blindées.

Le QF 6 pdr connut son baptême du feu en à la bataille de Gazala. Son impact fut immédiat, car il était capable de percer tous les tanks ennemis alors en service. Au cours de l'action la plus connue, les canons du deuxième bataillon de la Rifle Brigade (avec une partie de la 239e batterie anti-char sous ses ordres), détruisirent plus de 30[réf. souhaitée] chars ennemis à Outpost Snipe au cours de la Seconde bataille d'El Alamein (fin ). Cependant, l'année suivante, des chars allemands beaucoup plus lourds entrèrent en service, notamment le Tigre et le Panther. De face, l'obus standard du QF 6 pdr n'était plus efficace contre eux qu'à courte portée et avec des angles fermés (et seulement contre la tourelle du Panther). Il était encore efficace par le côté et par l'arrière et fut le premier à détruire un char Tigre en Afrique du nord (le char Churchill équipé du QF 6 pdr fut aussi le premier tank occidental à détruire un char Tigre lors d'une bataille de tanks). Il reste a noter que le QF 6 pdr n'a jamais affronté de char Panther en Afrique du Nord, ce dernier ayant effectué son baptême du feu durant la bataille de Koursk en août 1943, deux mois après la dissolution de l'Afrika Korps.

La situation fut un peu améliorée par la mise au point d'obus plus sophistiqués.

À partir de 1943, les régiments de la Royal Artillery furent aussi équipés du canon Ordnance QF 17 pounder, mais dans les unités d'infanterie, le QF 6 pdr resta le seul canon anti-char, jusqu'en 1960 où il fut déclaré obsolète.

Armée américaine

Un M1 tirant sur un blockhaus près de Saint-Malo (Bretagne)

Au printemps 1943, après l'expérience de la guerre du désert, l'infanterie de l'U.S. Army reconnut le besoin d'un canon anti-char plus lourd que le M3 37 mm. Selon sa Table of Organization and Equipment (TO&E) du , les compagnies anti-char de ses régiments devaient comporter 9 canon de 57 mm et chaque bataillon avait un peloton antichar de 3 canons, ce qui donnait un total de 18 canons par régiment. Ceux-ci étaient tractés par des camions Dodge WC-62 / WC-63 6x6. À la mi-1944 le M1 était devenu le canon anti-char standard de l'infanterie américaine sur le front de l'ouest et dépassait le M3 en Italie.

Comme cette utilisation n'avait pas été prévue, la seule munition disponible à la mi-1943 était l'obus anti-blindage standard (AP). Les obus à haut pouvoir explosif (HE) n'atteignirent le champ de bataille qu'après la bataille de Normandie (les unités américaines purent parfois en obtenir en quantité limitée auprès de l'armée britannique) et les obus à balles ne furent disponibles qu'en petite quantité, ce qui limita l'efficacité du QF 6 pdr comme support d'infanterie.

Le commandement aérien avaient rejeté le M1 à l'été 1943, le déclarant impropre au transport aérien et son TO&E de prévoyait que les divisions aéroportées étaient toujours équipées de leurs canons M3 37 mm. Néanmoins, la 82e et la 101e division aéroportée furent rééquipées de QF 6 pdr Mk III (24 par bataillon AA, et 9 dans le régiment d'infanterie de planeur) pour le débarquement de Normandie. Ils furent ensuite officiellement introduits dans le TO&E en . Selon la nouvelle organisation, chaque division recevait 50 exemplaires : 8 dans l'artillerie, 24 dans le bataillon AA, et 18 dans le régiment d'infanterie de planeur ; les régiments de parachutistes n'avaient pas de canon anti-char. Les canons britanniques étaient simplement appelés 57 mm guns.

Le M1 fut retiré du service aux États-Unis peu après la fin de la guerre.

Autres utilisateurs

Dans le cadre du programme Lend-Lease, le M1 fut aussi fourni aux Forces françaises libres (653 ex.), à l'Armée rouge (400) et au Brésil (57).

Israël utilisa le QF 6 pdr dans les années 1950. Fin 1955, il possédait 157 unités, auxquelles s'ajoutèrent 100 autres achetées en 1956 aux Pays-Bas, trop tard pour servir lors de la crise de Suez. Certains d'entre eux sont décrits comme des « canons de 57 mm, presque identiques au 6 pounders et tirant la même munition », donc apparemment des M1 fabriqués aux États-Unis.

Le QF 6 pdr fut aussi utilisé par l'armée pakistanaise ; on peut encore en voir de nombreux exemplaires à l'entrée des bases militaires de ce pays.

Usage actuel

Le M1 est populaire auprès des collectionneurs d'artillerie, car il est relativement facile d'obtenir des projectiles.

Il serait encore en usage dans les armées de quelques pays d'Amérique du Sud.

Variantes

Affûts britanniques :

  • Mk 1
  • Mk 1A : axe et roues différentes
  • Mk 2 : plus simple
  • Mk 3 : modifié pour les troupes aéroportées américaines

Affûts américains :

  • M1
  • M1A1 : roues et pneus américains
  • M1A2 (1942) : mécanisme de pointage latéral amélioré
  • M1A3 (1943) : crochet de transport modifié ; première version adoptée par l'armée américaine
  • M2 (1944) : caster wheel added to the right trail, relocated trail handles, new utility box
  • M2A1 (1945) : mécanisme de hausse amélioré

Usages automoteurs

Un T48 devant le Musée de la police à Varsovie.

Le QF 6 pdr fut monté sur les chars Crusader III, Cavalier, Centaur I et II, Cromwell I à III, Valentine VIII à X et Churchill III et IV, ainsi que sur le char canadien Ram Mk II et le char léger américain expérimental T7E2.

Les canons automoteurs Deacon et Alecto Mk II (expérimental) étaient équipés du QF 6 pdr, tout comme un autre véhicule expérimental, un chasseur de chars Firefly, basé sur la voiture de reconnaissance Morris.

Le seul porteur du M1 produit en masse fut le T48, une autochenille basée sur le Halftrack M3 (et aussi connu sous son nom soviétique SU-57). La production de l'automitrailleuse T18 Boarhound fut arrêtée après le 30e exemplaire. Un projet de chasseur de chars armé du M1, le T49, fut abandonné après la construction d'un seul prototype - photo du T49. De même, le T44 sur roue, basé sur un châssis Ford 4x4 0,75 tonnes fut abandonné après quelques essais.

Munitions

Munitions disponibles
Type Modèle Poids, kg Charge Vitesse en m/s (canon de 2,45 m) Vitesse en m/s (canon de 2,82 m)
Munitions britanniques
Anti-blindage - AP Shot, AP, Mks 1 à 7 2,86 - 853 892
APC (à partir de ) Shot, APC, Mk 8T 2,86 - 846 884
APCBC (à partir de ) Shot, APCBC, Mk 9T 3,23 - 792 831
APCR (à partir d') Shot, APCR, Mk 1T 1,90 - 1 082
APDS (à partir de ) Shot, APDS, Mk 1T 1,42 - 1 219
haut pouvoir explosif - HE Shell, HE, Mk 10T approx. 3 820
Munitions américaines
AP AP Shot M70 2,85 - 853
APCBC/HE APC Shot M86 3,30 Dunnite, 34 g 823
HE (autorisé en ) HE Shell T18 / M303
obus à balles (produits à partir de ) Canister Shot T17 / M305

Références

  • (en) Peter Chamberlain, Anti-Tank Weapons, New York, Arco Publishing Company,, (ISBN 0-668-03505-6)
  • (en) Ian V. Hogg, Allied Artillery of World War Two, Ramsbury, Crowood Press, Ramsbury, , 205 p. (ISBN 978-1-86126-165-6, OCLC 40810967)
  • (en) R. P. Hunnicutt, Stuart : A History of the American Light Tank., Presidio Press, , 512 p. (ISBN 978-0-89141-462-9)
  • (en) R. P. Hunnicutt, Armored Car : A History of American Wheeled Combat Vehicles., Novato, Presidio Press, , 1re éd., 340 p. (ISBN 978-0-89141-777-4, LCCN 2002074966)
  • (en) When the Engines Roared : 50th Anniversary to the Sinai War (ברעום המנועים : 50 שנה למלחמת סיני ), Ministry of Defence, Israel, (ISBN 978-965-05-1337-5)
  • (en) Steven J. Zaloga (ill. Brian Delf), US Anti-tank Artillery 1941-45, Osprey Publishing, (ISBN 1-84176-690-9)
  • (en) Steven J. Zaloga, US Airborne Divisions in the ETO 1944-45, Osprey Publishing, (ISBN 978-1-299-59506-4)

Liens externes

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