Jalal Talabani

Jalal Talabani (kurde : Celal Talebanî), né le dans le village de Kelkan au Kurdistan irakien et mort le à Berlin, est un homme d'État irakien d'ethnie kurde, président de la République de 2005 à 2014.

Jalal Talabani

Jalal Talabani en septembre 2005.
Fonctions
Président de la République d'Irak[N 1]

(9 ans, 3 mois et 17 jours)
Élection
Réélection
Vice-président Adel Abdel-Mehdi
Ghazi Machal Ajil al-Yawer
Tareq al-Hachemi
Khoudaïr al-Khouzaï
Premier ministre Iyad Allaoui
Ibrahim al-Jaafari
Nouri al-Maliki
Prédécesseur Ghazi Machal Ajil al-Yawer (transition)
Successeur Fouad Massoum
Président du Conseil intérimaire de gouvernement irakien
(chef du gouvernement)

(29 jours)
Administrateur Paul Bremer
Prédécesseur Iyad Allaoui
Successeur Abdul Aziz al-Hakim
Président du gouvernement régional du Kurdistan[N 2]

(12 ans, 11 mois et 10 jours)
Premier ministre Fouad Massoum
Kosrat Rassoul Ali
Barham Salih
Omar Fattah Hussain
Prédécesseur Poste créé
Successeur Massoud Barzani
Biographie
Nom de naissance Celal Talebanî
Date de naissance
Lieu de naissance Kelkan, Kurdistan irakien (Irak)
Origine Kurde
Date de décès
Lieu de décès Berlin, Allemagne
Nature du décès hémorragie cérébrale
Nationalité irakienne
Parti politique Parti démocratique du Kurdistan
(1947-1975)
Front populaire de libération de la Palestine
(années 1970)
Union patriotique du Kurdistan
(1975-2017)
Conjoint Hero Ibrahim Ahmed (en)
Enfants Qoubat Talabani
Profession avocat
Religion Islam sunnite

Chefs du gouvernement irakien
Présidents de la République d'Irak

Il a été élu président de la République par l'Assemblée nationale transitoire pour un mandat provisoire le puis réélu pour un premier mandat le . Le , il est réélu pour un deuxième mandat.

Jalal Talabani, plus connu sous le nom de Mam Celal Oncle Jalal ») chez les Kurdes, est aussi le fondateur de l'Union patriotique du Kurdistan, l'un des deux principaux partis politiques kurdes.

Biographie

Jeunesse

Jalal Talabani naît au Kurdistan irakien. Il est scolarisé dans un collège de Kirkouk, qui est alors majoritairement peuplée de Kurdes, puis poursuit des études de droit à l'université de Bagdad. Séduit par les idées marxistes, il embrasse la cause du nationalisme kurde incarnée par Moustapha Barzani, le fondateur du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), exilé en Union soviétique[1]. Talabani adhère au parti en 1947, entre au comité central en 1951 et épouse Hero Ibrahim Ahmed (en), la fille d'Ibrahim Ahmad (en), secrétaire général du PDK[1]. Durant ses études, il fonde un syndicat d'étudiants kurdes. Pour éviter d'être arrêté, il entre dans la clandestinité en 1956 et reste caché jusqu'à la chute de la monarchie hachémite[2]. Il sort diplômé de l'université en 1959 et devient avocat[3],[4].

Au sein du PDK

L'instauration de la République en 1958 par Abdel Karim Kassem permet à Moustapha Barzani de rentrer en Irak. Il cherche à reprendre le contrôle du PDK[1]. En 1961, une révolte éclate au Kurdistan irakien. Les combats se poursuivent jusqu'en 1964 lorsque Barzani, sans avoir obtenu l'accord du bureau politique du PDK, signe un accord de paix avec le pouvoir de Bagdad dont les conditions n'incluent pas l'autonomie de la région[3],[5]. Barzani exclut cinq membres du bureau politique, dont Ibrahim Ahmad, qui souhaitent continuer le combat. Le parti subit une scission et Jalal Talabani rejoint la faction dirigée par son beau-père. Leur appel à la révolte n'est pas suivi par les peshmergas et ils sont contraints de se réfugier en Iran. À leur retour, Ahmad et Talabani sont assignés à résidence[5]. À partir de 1966, ils combattent le PDK au sein d'une milice baassiste formée par le gouvernement irakien[1],[6]. Saddam Hussein, qui ne parvient pas à réduire la résistance kurde, dissout ses milices et signe en un accord avec Moustapha Barzani prévoyant un statut d'autonomie pour le Kurdistan irakien[5]. Une réconciliation a lieu au sein du mouvement kurde, mais Talabani se retrouve marginalisé. Il est envoyé à l'étranger afin de représenter le PDK à Beyrouth, puis Damas. Il y acquiert une stature internationale[1] et se rapproche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), dont il intègre le bureau politique[5].

À la tête de l'UPK

En 1975, la signature des accords d'Alger entre l'Irak et l'Iran de Mohammad Reza Pahlavi prive les combattants kurdes du soutien iranien. Moustapha Barzani abandonne le combat et quitte le pays. À Damas, Jalal Talabani fonde l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), puis retourne en Irak en 1977[1],[7]. Son parti regroupe des formations de gauche. Il s'oppose aux forces du PDK, maintenant dirigé par Massoud Barzani, fils du chef historique mort en exil en 1979. Celui-ci s'allie avec la République islamique d'Iran, qui est bientôt entraînée dans la guerre Iran-Irak. En 1986, l'UPK signe également un accord avec Téhéran[5]. L'opération Anfal menée en 1988 par le régime irakien de Saddam Hussein décime les populations du Kurdistan et pousse les forces de l'UPK et du PDK à s'allier au sein du Front du Kurdistan irakien[1].

Entre 1990 et 1991 se déroulent la guerre du Golfe et une nouvelle insurrection, qui s'étend au Kurdistan irakien. Au terme de la guerre, la région est protégée par une zone d'exclusion aérienne mise en place par les nations alliées. Des élections ont lieu en , au terme desquelles le PDK de Barzani dirige le Nord du Kurdistan, et l'UPK de Talabani le Sud de la région[3],[8]. Barzani ayant devancé Talabani d'à peine 5 000 voix, aucun président n'est désigné[5]. À partir de 1994[3], le PDK de Barzani, avec le soutien de l’armée gouvernementale irakienne, reprend l'offensive et s’empare du Sud du Kurdistan, poussant l'UPK à se replier en Iran[9]. Un accord de paix est signé à Washington en 1998 et le Parlement du Kurdistan irakien est réactivé en 2002[6]. L'année suivante, une direction collégiale de six membres, dont Massoud Barzani et Jalal Talabani, est mise en place au Kurdistan irakien[3],[8].

Président de la République d'Irak

En , Jalal Talabani est le candidat unique de l'UPK et du PDK au poste essentiellement honorifique de président de la République d'Irak[2]. Élu par le Parlement issu des élections législatives de janvier 2005 pour un mandat transitoire, il est le premier Kurde à accéder à ce poste. Avec ses deux vice-présidents, il constitue le Conseil présidentiel, qui doit désigner le Premier ministre[10].

Le , peu après l'adoption de la nouvelle Constitution, il est réélu pour un premier mandat permanent.

Le , la présidence de la République indique que le président Jalal Talabani, 74 ans, est hospitalisé en Jordanie après être tombé malade en raison d'une importante charge de travail au cours des jours précédents. Il reprend ses fonctions quelques semaines plus tard.

En , Talabani qualifie Tony Blair de « héros » pour son rôle dans la libération de l'Irak du joug de Saddam Hussein.

Le , il refuse de signer l’ordre d’exécution de Sultan Hashim al-Tai (en), un proche de Saddam Hussein. Au cours d’une conférence de presse à Soulaimaniyeh (son fief traditionnel au Kurdistan), il déclare « Je connais Sultan Hachim al-Tai. Nous étions en contact sous le régime de Saddam Hussein » et déclare aussi : « Nous l’incitions à l’époque à se révolter contre Saddam. Comment pourrais-je signer aujourd’hui l’ordre de son exécution […]. Non, non et non. Je ne le ferai pas »[11].

Le il exige, dans une lettre de protestation, la libération « immédiate » de Mahmoudi Farhadi, un Iranien accusé par l'armée américaine d'être impliqué dans la livraison d'armes à des groupes rebelles irakiens. Dans un communiqué il déclare : « Je demande sa libération immédiate pour maintenir les bonnes relations entre la région du Kurdistan et l'Iran, et pour la prospérité de la région du Kurdistan » dans le même communiqué il déclare aussi « Je vous informe de mon mécontentement après l'arrestation de ce visiteur civil sans que vous en informiez le gouvernement du Kurdistan et sans coordonner (l'opération) avec lui », poursuit le président Talabani. « Vous avez humilié le gouvernement régional, et vous avez ignoré son autorité. »[12].

Le , il déclare sur la chaîne CNN, qu'il souhaite que les États-Unis maintiennent trois bases permanentes en Irak, une au nord, une au centre et une dernière au sud du pays. Dans le même entretien, il se dit favorable à un plan de transformation de son pays en État fédéral[13].

Le , il est réélu pour un deuxième mandat[14].

Le , il est victime d'un accident vasculaire cérébral et d'un arrêt cardiaque[15] et est hospitalisé à l'étranger dès le surlendemain[16]. Il est alors dans un état quasi-végétatif[17], tandis que des sources annoncent sa mort clinique[18]. Jusqu'au , date de son retour en Irak, il suit divers traitements et une convalescence hors de son pays[19].

Aux termes de l'article 72 de la Constitution irakienne[20], Jalal Talabani ne peut solliciter de troisième mandat consécutif. Le , Fouad Massoum, élu président de la République par le Parlement le jour même, lui succède[21],[22].

Mort

Il meurt à l'âge de 83 ans le à Berlin[23] des suites d'une hémorragie cérébrale[24].

Le ont lieu ses funérailles au Kurdistan irakien, suscitant beaucoup de ferveur, ce qui est inhabituel en Irak car la plupart de ses prédécesseurs au poste de président sont morts exécutés ou en exil[25].

Famille

Jalal Talabani a épousé Hero Ibrahim Ahmed (en), la fille d'Ibrahim Ahmad (en). N'ayant pas suivi son mari à Bagdad, elle réside à Souleimaniye. Ils ont deux fils. Bafel travaille pour l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) et Qubad Talabani fait partie du gouvernement régional du Kurdistan, dont il a été le représentant aux États-Unis[26].

Notes et références

Notes

  1. Khoudaïr al-Khouzaï a été président par intérim du au .
  2. Massoud Barzani lui dispute le poste à partir du .

Références

  1. Cécile Hennion, « Un président kurde pour l'Irak », Le Monde, .
  2. (en) Simon Jeffery, « Former fighter who masks Kurdish divisions », The Guardian, .
  3. Joséphine Dedet, « Jalal Talabani, un peshmerga en costume-cravate », Jeune Afrique, .
  4. (en) « Jalal Talabani Fast Facts », CNN, .
  5. Berévan Adlig, « Le Kurdistan irakien », Hérodote, no 124, , p. 155-172 (ISSN 0338-487X, lire en ligne).
  6. (en) « Profile: Jalal Talabani », BBC News, .
  7. (en) Michael Gunter, Historical Dictionary of the Kurds, vol. 8, Scarecrow Press, coll. « Historical Dictionaries of Peoples and Cultures », , 2e éd., 456 p. (ISBN 9780810875074, lire en ligne), p. 285-287.
  8. Catherine Gouëset, « Chronologie du Kurdistan (1920-2013) », L'Express, .
  9. « Victoire éclair des Kurdes alliés de Bagdad Le PDK et l'armée irakienne ont chassé l'UPK de son fief Souleimanieh. », liberation.fr, (lire en ligne, consulté le ).
  10. Marc Semo, « La consécration d'un seigneur de la guerre kurde », Libération, .
  11. Nouvelles d'Arménie en Ligne.
  12. Romandie : toute l’info suisse romande : votre multi-portails régional.
  13. « Talabani table sur un retrait de 100 000 soldats américains d'ici fin 2008 », International, Cyberpresse.
  14. AFP, « Irak: le kurde Talabani réélu président », Le Figaro, (lire en ligne, consulté le ).
  15. « L’ancien président irakien Jalal Talabani est mort », sur Le Monde, (consulté le ).
  16. (en) BBC News, « Iraq's Jalal Talabani arrives in Germany for treatment », BBC News, (lire en ligne, consulté le ).
  17. Home, « Jalal Talabani, ancien président irakien, est mort », sur Le Figaro (consulté le ).
  18. Home, « Irak : interrogations sur l'état de santé du président Talabani », sur Le Figaro (consulté le ).
  19. lemonde.fr, « Après dix-huit mois de convalescence, le président irakien rentre dans un pays en proie au chaos », lemonde.fr, (lire en ligne, consulté le ).
  20. (en) Iraqi Constitution, sur le site iraqinationality.gov.iq, consulté le 20 juillet 2014.
  21. « Un Kurde élu président d'Irak », Le Figaro, 24 juillet 2014.
  22. « Irak : le Parlement élit le Kurde Massoum comme président », Le Monde, 24 juillet 2014.
  23. « Kurdish officials: Former Iraqi President Jalal Talabani has died in a Berlin hospital », SFGate, (lire en ligne, consulté le ).
  24. Mark McDonald, « Jalal Talabani, Kurdish Leader and Iraq’s First Postwar President, Is Dead at 83 » (consulté le ).
  25. « Irak : une foule immense aux obsèques de Talabani », Le Figaro, samedi 7 / dimanche 8 octobre 2017, page 9.
  26. (en) Jon Lee Anderson, « A gift for power »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?), The Guardian, .

Liens externes

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