Dollar glut

Le dollar glut désigne l'accumulation des dollars américains en dehors des États-Unis en tant que monnaie de réserve internationale dans les années 1960 et 1970. Cette abondance de dollars à l'étranger rend impossible pour les États-Unis d'assurer la libre convertibilité du dollar en or, et mène à la fin du système de Bretton-Woods.

Concept

Peu avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, les pays européens font face à une situation de dollar gap. Alors qu'ils ont besoin de dollars américains pour payer les entreprises nord-américaines, la politique déflationniste américaine à la suite de la Grande Dépression a réduit le volume de devise en circulation. Cela empêche les États-Unis de trouver des débouchés pour leurs produits[1].

Conscients de l'opportunité qui s'offre à eux, l'après Seconde guerre mondiale conduit les États-Unis à mener une politique commerciale expansionniste et ambitieuse afin de trouver des débouchés pour ses produits, notamment manufacturés. Les entreprises américaines exigeants d'être payées en dollars américains, les États-Unis produisent des dollars afin d'inonder l'Europe et le Japon, qui en font une monnaie de réserve, ainsi qu'une monnaie de paiement avec les entreprises des États-Unis[2].

Cette surabondance de dollars permet certes aux Occidentaux et aux Japonais de commercer avec la première puissance économique mondiale, mais elle cause également un dollar glut, c'est-à-dire que l'offre de la monnaie devient trop élevée par rapport aux besoins de l'économie mondiale[3]. En effet, depuis les accords de Bretton-Woods, les États-Unis s'engageaient à assurer une conversion du dollar en or ; à partir du moment où la réserve d'or des États-Unis diminue et où les dollars en circulation ont une valeur plus élevée que les réserves, la convertibilité libre du dollar en or n'est plus tenable[4].

La situation est d'autant plus critique que le pays n'a aucun moyen de détruire les dollars en circulation dans les pays étrangers, qui sont détenus principalement par les banques centrales qui les conservent dans leurs réserves de change[5]. Un rapport au Congrès des États-Unis publié en 1965 pointe du doigt le fait que, même si les Etats-Unis venaient à dégager un excédent budgétaire afin de retirer des dollars en circulation, cela n'aurait aucun impact sur les réserves détenues par les agents économiques et institutionnels étrangers[6].

Le président des États-Unis Richard Nixon prend la décision de suspendre la convertibilité en 1971. La décision est entérinée en 1976 à la suite des accords de la Jamaïque[7].

Notes et références

  1. (en) Mordechai Elihau Kreinin, International Economics: A Policy Approach, Dryden Press, (ISBN 978-0-03-045242-0, lire en ligne)
  2. (en) George Nikolaus Halm, A Guide to International Monetary Reform, Lexington Books, (ISBN 978-0-669-98061-5, lire en ligne)
  3. (en) Alvin Harvey Hansen, The Dollar and the International Monetary System, McGraw-Hill Book Company, (lire en ligne)
  4. (en) R. J. Barry Jones, Routledge Encyclopedia of International Political Economy, Routledge, (ISBN 978-1-136-92746-1, lire en ligne)
  5. Guy Mandon, Les mutations de l'économie mondiale au XXe siècle: D'une internationalisation à l'autre (1895-1973), Editions Sedes, (ISBN 978-2-301-00080-4, lire en ligne)
  6. (en) United States Congress Senate Committee on Banking and Currency Subcommittee on International Finance, Balance of Payments, 1965: Hearings, Eighty-ninth Congress, First Session, U.S. Government Printing Office, (lire en ligne)
  7. Oatley, International Political Economy 2007

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