Caciquisme

Le caciquisme est le nom qu'on a attribué à l'ensemble des relations politiques qui animaient les années de la Restauration des Bourbons en Espagne (1874-1931). On retrouve le même phénomène au Portugal pendant la Monarchie constitutionnelle (1820-1910).

Caricature de la revue républicaine La Flaca (1869-1876) dénonçant le caciquisme et la fraude électorale.

Ce terme provient du mot taïno « cacique », désignant le chef d'une tribu des Caraïbes ou d'Amérique centrale - et par extension un souverain absolu dans les empires de la civilisation précolombienne. On comptait notamment cinq caciquats dans l'île d'Hispaniola, partagée entre Haïti et la République Dominicaine.

Le caciquisme durant la Restauration bourbonienne

Bien qu'une victoire écrasante car frauduleuse aux élections soit une des principales caractéristiques du système caciquiste, elle n'est en fait qu'un de ses multiples aspects. Le caciquisme a eu comme principal appui le monde agricole, bien qu'il ait aussi été soutenu dans une moindre mesure dans les villes. Dans une Espagne majoritairement rurale, les terres du centre et du sud de l'Espagne se sont ainsi révélées être le lieu de développement du caciquisme.

Le caciquisme s'est consolidé en Espagne au cours de la Restauration Bourbonienne. Les caciques donnaient des directives de vote aux électeurs de leur commune (clientèle), ce qui constituait la base de l'alternance politique entre conservateurs et libéraux souhaitée par les Bourbons. En plus de leur puissance économique, les caciques disposaient de factions armées qui intimidaient les électeurs réticents à leur volonté.

Jusqu'à la Seconde République, et hormis quelques brèves exceptions, le régime libéral espagnol a ainsi été rythmé par la fraude électorale et l'abstentionnisme généralisé. En plus d'être un système de structuration inégalitaire de la société de l'époque, le caciquisme était un lien entre les villes, où se prenaient les décisions politiques, et les campagnes, où les caciques choisissaient leurs dirigeants par le biais des clientèles caciquistes.

Contrairement aux apparences, le réseau des caciques ne fut pas statique ni achevé dès le début de sa mise en place; il faut le concevoir comme un conglomérat dynamique qui se consolide petit à petit jusqu'à devenir quasi inébranlable par les politiques qui lui étaient hostiles. Il faudra néanmoins attendre la guerre civile pour voir l'irruption de nouvelles formes d'autorité politique en Espagne.

Fonctionnement

On a souvent considéré le caciquisme comme un concept uniquement politique et dont la seule ambition serait de contrôler l'électorat. Le cacique aura en fait été un composant de l'administration centralisée : c'était le chef au niveau local de l'un des partis en place de l'époque, et un maillon essentiel de la chaîne politique, puisque sa mission était la manipulation électorale dans le but d'obtenir des résultats plus ou moins factices, souvent par des moyens illégaux, et favorables au dirigeant de son parti.

L'anecdote du cacique de Motril, dans la province de Grenade, illustre parfaitement ce phénomène. Quand le résultat des élections tomba, il le consulta avec ses amis du parti, et déclara :

Nous, les libéraux, étions convaincus que nous gagnerions les élections. Cependant, Dieu en a voulu autrement. À ce qu'il paraît, ce sont nous, les conservateurs, qui avons gagné les élections.

Le déclin

Bien que des éléments caractéristiques du caciquisme aient perduré jusque dans les années 1940 dans la vie politique nationale, c'est au cours du règne d'Alphonse XIII que le système a commencé à être remis en question. Face à l'apathie populaire, le réseau caciquiste maintenait son emprise sur le pays sans qu'aucune force d'opposition ne réussisse à le démanteler. Il fallut attendre 1931 pour voir se dérouler une authentique démocratisation du régime politique.

Il y eut cependant des périodes pendant lesquelles l'opinion politique semblait chercher à rompre l'oligarchie caciquiste : au moment de l'instauration du suffrage universel en 1890 ou de la crise coloniale de 1898. Cette volonté de changement contribue à expliquer l'acceptation du coup d'État du général Miguel Primo de Rivera. En effet, cette dictature se donnait pour objectif la régénération de la politique nationale, en remplaçant le système décentralisé de clientélisme par une politique "authentique". Certains considéraient ainsi le général comme un messie qui allait libérer l'Espagne de sa prostration. Cependant, les mesures mises en place contre le régime caciquiste ne furent que de courte durée; on remplaçait les maires et les conseillers généraux par des délégations militaires envoyées par le gouvernement. Ces délégations jouaient alors souvent le jeu des caciques, ou étaient entravées par des juges qui faisaient eux aussi partie du réseau caciquistes.

Utilisation contemporaine

Par extension encore, dans son acception contemporaine, aussi empruntée à l'espagnol, le mot renvoie au mode de gestion politique despotique des notables puissants et potentats locaux. Dans le contexte universitaire, le mot cacique désigne en quelque sorte un mandarin.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

  • Portail de l’Espagne
  • Portail du XIXe siècle
  • Portail de la politique
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Partage dans les Mêmes. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.