Portrait photographique d'Alexandre Dumas par Felix Nadar

Alexandre Dumas (1802 — 1870) est un écrivain français. Ses cendres furent transférées au Panthéon, le 30 novembre 2002.

Citations propres à l'auteur

Le Capitaine Pamphile, 1839

Le soir, je rentrai assez tard, comme c'est ma coutume. Aux premiers pas que je fis dans ma chambre, je sentis que quelque chose craquait sous ma botte. Je levai vitement le pied, rejetant tout le poids de mon corps sur l'autre jambe : le même craquement se fit entendre de nouveau ; je cru que je marchais sur des œufs. Je baissai ma bougie... Mon tapis était couvert d'escargots.
Joseph m'avait ponctuellement obéi : il avait acheté de la salade et des escargots, avait mis le tout dans un panier au milieu de ma chambre ; dix minutes après, soit que la peur d'être croqués les eût saisis d'émoi, toute la caravane s'était mise en route, et elle avait même déjà fait passablement de chemin ; ce qui était facile à juger par les traces argentées qu'ils avaient laissées sur les tapis et sur les meubles.
Quant à Gazelle, elle était restée au fond du panier, contre les parois duquel elle n'avait pu grimper. Mais quelques coquilles vides me prouvèrent que la fuite des Israélites n'avait pas été si rapide, qu'elle n'eût mis la dent sur quelques-uns avant qu'ils eussent le temps de traverser la mer Rouge.

  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), I. Introduction à l'aide de laquelle le lecteur fera connaissance avec les principaux personnages de cette histoire et l'auteur qui l'a écrite, p. 43

Chemin faisant, je songeai qu'au train dont allait Gazelle, je la trouverais morte d'indigestion le lendemain si je la laissais au milieu d'un magasin de vivres aussi copieux ; au même moment et comme par inspiration, j'avisai dans mon souvenir certain baquet placé dans la cour et dans lequel le restaurateur du rez-de-chaussée mettait dégorger son poisson : cela me parut une si merveilleuse hôtellerie pour une testudo aquarum dulcium, que je jugeai inutile de me casser la tête à lui en chercher une autre, et que, la tirant de son réfectoire, je la portai directement au lieu de sa destination.
Je remontai bien vite et m'endormis, persuadé que j'étais l'homme de France le plus ingénieux en expédients.

  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), I. Introduction à l'aide de laquelle le lecteur fera connaissance avec les principaux personnages de cette histoire et l'auteur qui l'a écrite, p. 44
Il faut avoir vu la plaine Saint-Denis un jour d'ouverture, pour se faire une idée du spectacle insensé qu'elle présente. Pas une alouette, pas un moineau franc ne passe, qu'il ne soit salué d'un millier de coups de fusil. S'il tombe, trente carnassières s'ouvrent, trente chasseurs se disputent, trente chiens se mordent ; s'il continue son chemin, tous les yeux sont fixés sur lui ; s'il se pose, tout le monde court ; s'il se relève, tout le monde tire.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio Classiques », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), chap. III Comment Mlle Camargo tomba en la possession de M. Decamps, p. 62

« La stupéfaction fut grande à bord du navire impérial. Le capitaine avait reconnu, la veille, un navire marchand, et s'était endormi là-dessus en fumant sa pipe à opium ; mais voilà que, dans la nuit, le chat était devenu tigre, et qu'il montrait ses griffes de fer et ses dents de bronze.
« On alla prévenir le capitaine Kao-Kiou-Koan de la situation dans laquelle on se trouvait. Il achevait un rêve délicieux : le fils du soleil venait de lui donner une de ses sœurs en mariage, de sorte qu'il se trouvait beau-frère de la lune.
« Aussi eut-il beaucoup de peine à comprendre ce que lui voulait le capitaine Pamphile.

  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), V. Comment Jacques Ier fut arraché des bras de sa mère expirante et porté à bord du brick de commerce la Roxelane (capitaine Pamphile), p. 83
Le capitaine Pamphile, en passant à la hauteur du cap des Palmes, en vue de la Guinée supérieure, avait attrapé dans sa chambre un magnifique papillon, véritable fleur volante des tropiques, aux ailes diaprées et étincelantes comme la gorge d'un colibri. Le capitaine, ainsi que nous l'avons vu, ne négligeait rien de ce qui pouvait avoir une valeur quelconque à son retour en Europe ; en conséquence, il avait pris son hôte imprudent avec les plus grandes précautions, afin de ne point miroiter le velours de ses ailes, et l'avait cloué avec une épingle contre le lambris de l'appartement. Il n'y a pas un de vous qui n'ait vu l'agonie d'un papillon, et qui, entraîné par le désir de conserver, dans une boîte ou sous un verre, ce gracieux enfant de l'été, n'ait étouffé sous ce désir la sensibilité de son cœur.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), VII. Comment Tom embrassa la fille de la portière, qui montait de la crème, et quelle décision fut prise à l'égard de cet événement, p. 101

[...] comme le locataire du rez-de-chaussée du n°111 avait le bonheur d'être abonné au Constitutionnel, il se rappela avoir lu, quelques jours auparavant, sous la rubrique de Valenciennes, que cette ville avait été le théâtre d'un phénomène fort singulier : une pluie de crapauds était tombée avec accompagnement de tonnerre et d'éclairs, et cela en telle quantité, que les rues de la ville et les toits des maisons en avaient été couverts. Immédiatement après, le ciel, qui, deux heures auparavant, était gris de cendre, était devenu bleu indigo. L'abonné du Constitutionnel leva les yeux en l'air, et, voyant le ciel noir comme de l'encre et Tom dans son jardin, sans pouvoir se rendre compte de la manière dont il était entré, il commença à croire qu'un phénomène pareil à celui de Valenciennes était sur le point de se renouveler, avec cette seule différence qu'au lieu de crapauds, il allait pleuvoir des ours. L'un n'était pas plus étonnant que l'autre; la grêle était plus grosse et plus dangereuse : voilà tout. Préoccupé de cette idée, il se retourna vers son baromètre, l'aiguille indiquait pluie et tempête ; en ce moment, le roulement de la foudre se fit entendre. La flamme bleuâtre d'un éclair pénétra dans l'appartement ; l'abonné du Constitutionnel jugea qu'il n'y avait pas un instant à perdre, et, pensant qu'il allait y avoir concurrence, il envoya chercher par son valet de chambre le commissaire de police, et, par sa cuisinière un caporal et neuf hommes, afin de se mettre à tout événement sous la protection de l'autorité civile et sous la garde de la force militaire.
Cependant les passants, qui avaient vu sortir du n°111 la cuisinière et le valet de chambre effarés, s'étaient assemblés devant la grande porte et se livraient aux conjectures les plus incohérentes ; ils interrogèrent le portier ; mais le portier, à son grand désappointement, n'en savait pas plus que les autres ; tout ce qu'il put leur dire, c'est que l'alerte, quelle qu'elle fût, venait du corps de logis situé entre cour et jardin. En ce moment, l'abonné du Constitutionnel parut à la porte du perron qui donnait sur la cour, pâle, tremblant, et appelant à son aide ; Tom l'avait aperçu à travers les carreaux, et, habitué à la société des hommes, il était arrivé en trottant, afin de faire connaissance avec lui ; mais l'abonné du Constitutionnel, se méprenant à ses intentions, avait vu une déclaration de guerre dans ce qui n'était qu'une démarche de politesse, et avait prudemment battu en retraite. Arrivé à la porte du jardin ; alors la retraite s'était changée en véritable déroute et le fuyard était apparu, comme nous l'avons dit, aux yeux des curieux et des badauds, donnant des signes visibles de la plus grande détresse et appelant au secours de toute la force de ses poumons.

  • Tom est un ours apprivoisé.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), VIII. Comment Tom démit le poignet à un garde municipal, et d'où venait la frayeur que lui inspirait cette respectable milice, p. 111
Aucune route n'était tracée dans la forêt ; mais, avec l'instinct du chasseur et la science du marin, il n'eût qu'à jeter un coup d’œil sur la terre et le ciel pour s'orienter à l'instant ; il s'avança donc sans hésitation, comme s'il eût été familier avec ces immenses solitudes ; plus il pénétrait dans la forêt, plus elle prenait un caractère grandiose et sauvage. Peu à peu la voûte feuillée s'épaissit au point que le soleil cessa d'y pénétrer ; les arbres poussaient rapprochés les uns des autres, droits et élancés comme des colonnes supportant un toit impénétrable à la lumière. Le vent lui-même passait sur ce dôme de verdure, mais sans se glisser dans ce séjour des ombres : on eût dit que, depuis la création, toute cette partie de la forêt avait sommeillé dans un crépuscule éternel.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio Classiques », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), chap. XII Comment le capitaine Pamphile passa deux nuits fort agitées, l'une sur un arbre, l'autre dans une hutte, p. 165
Toute cette immense étendue, qui conservait, même pendant la nuit, ses teintes chaudes et tranchées, était éclairée par cette lune brillante des tropiques, qui seule sait ce qui se passe au milieu des grandes solitudes du continent africain ; de temps en temps, le silence était troublé par les rugissements des hyènes et des chacals qui suivaient les deux armées, et au-dessus desquels s'élevait, comme le roulement du tonnerre, le rauquement lointain de quelque lion. Alors tout se taisait, comme si l'univers eût reconnu la voix du maître, depuis le chant du bengali qui racontait ses amours, balancé dans le calice d'une fleur, jusqu'au sifflement du serpent qui, dressé sur sa queue, appelait sa femelle en élevant sa tête bleuâtre au-dessus de la bruyère ; puis le lion se taisait à son tour, et tous les bruits divers qui lui avaient cédé l'espace s'emparaient de nouveau de la solitude et de la nuit.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio Classiques », 2003  (ISBN 978-2-07-042652-2), chap. XVII Comment le capitaine Pamphile, ayant abordé sur la côte d'Afrique, au lieu d'un chargement d'ivoire qu'il venait y chercher, fut forcé de prendre une partie de bois d'ébène, p. 243

Les Trois Mousquetaires, 1844

Un jeune homme… – traçons son portrait d’un seul trait de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans, don Quichotte décorcelé, sans haubert et sans cuissards, don Quichotte revêtu d’un pourpoint de laine dont la couleur bleue s’était transformée en une nuance insaisissable de lie-de-vin et d’azur céleste.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 7-8 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Pour vous et pour les vôtres [...], ne supportez jamais rien que de M. le cardinal et du roi.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 9 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Je vous ai fait apprendre à manier l’épée ; vous avez un jarret de fer, un poignet d’acier ; battez-vous à tout propos ; battez-vous d’autant plus que les duels sont défendus, et que, par conséquent, il y a deux fois du courage à se battre.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 9 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Plus tard, M. de Tréville se battit contre d’autres dans son premier voyage à Paris, cinq fois ; depuis la mort du feu roi jusqu’à la majorité du jeune sans compter les guerres et les sièges, sept fois ; et depuis cette majorité jusqu’aujourd’hui, cent fois peut-être ! –Aussi, malgré les édits, les ordonnances et les arrêts, le voilà capitaine des mousquetaires, c’est-à-dire chef d’une légion de Césars, dont le roi fait un très grand cas, et que M. le cardinal redoute, lui qui ne redoute pas grand-chose, comme chacun sait.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 9-10 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
L’hôte avait compté sur onze jours de maladie à un écu par jour ; mais il avait compté sans son voyageur. Le lendemain, dès cinq heures du matin, d’Artagnan se leva, descendit lui-même à la cuisine, demanda, outre quelques autres ingrédients dont la liste n’est pas parvenue jusqu’à nous, du vin, de l’huile, du romarin, et, la recette de sa mère à la main, se composa un baume dont il oignit ses nombreuses blessures, renouvelant ses compresses lui-même et ne voulant admettre l’adjonction d’aucun médecin. Grâce sans doute à l’efficacité du baume de Bohême, et peut-être aussi grâce à l’absence de tout docteur, d’Artagnan se trouva sur pied dès le soir même, et à peu près guéri le lendemain.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 19 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
– Ma lettre de recommandation ! s’écriait d’Artagnan, ma lettre de recommandation, sangdieu ! ou je vous embroche tous comme des ortolans !
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 19-20 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Sans remords dans le passé, confiant dans le présent et plein d’espérance dans l’avenir, il se coucha et s’endormit du sommeil du brave.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. I (« Les trois présents de M. D'Artagnan père »), p. 22 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
- Ils aimeraient mieux mourir sur la place que de faire un pas en arrière… Se sauver, détaler, fuir, c’est bon pour les mousquetaires du roi, cela !
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. III (« L'audience »), p. 36 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Je suis venu à Paris avec quatre écus dans ma poche, et je me serais battu avec quiconque m’aurait dit que je n’étais pas en état d’acheter le Louvre.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. III (« L'audience »), p. 40 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Ah ! ah ! fit-il, qu’est-ce que cela ?

– C’est avec Monsieur que je me bats, dit Athos en montrant de la main d’Artagnan, et en le saluant du même geste.
– C’est avec lui que je me bats aussi, dit Porthos.
– Mais à une heure seulement, répondit d’Artagnan.
– Et moi aussi, c’est avec monsieur que je me bats, dit Aramis en arrivant à son tour sur le terrain.

– Mais à deux heures seulement, fit d’Artagnan avec le même calme.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. V (« Les mousquetaires du roi et les gardes de M. le Cardinal »), p. 58-59 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Et maintenant que vous êtes rassemblés, messieurs, dit d’Artagnan, permettez-moi de vous faire mes excuses.
Vous ne me comprenez pas, messieurs, dit d’Artagnan en relevant sa tête, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui en dorait les lignes fines et hardies : je vous demande excuse dans le cas où je ne pourrais vous payer ma dette à tous trois, car M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui ôte beaucoup de sa valeur à votre créance, Monsieur Porthos, et ce qui rend la vôtre à peu près nulle, Monsieur Aramis. Et maintenant, Messieurs, je vous le répète, excusez-moi, mais de cela seulement, et en garde !
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. V (« Les mousquetaires du roi et les gardes de M. le Cardinal »), p. 59-60 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Messieurs, dit-il, je reprendrai, s’il vous plaît, quelque chose à vos paroles. Vous avez dit que vous n’étiez que trois, mais il me semble, à moi, que nous sommes quatre.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. V (« Les mousquetaires du roi et les gardes de M. le Cardinal »), p. 61-62 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Tous pour un, un pour tous, c’est notre devise.
  • Paroles de d'Artagnan
  • Les trois mousquetaires (1844), Alexandre Dumas, éd. Bookking International, coll. « Classiques français », 1994  (ISBN 2-87714-198-5), chap. 9 « D'Artagnan se dessine », p. 112 (texte intégral sur Wikisource)
– Votre nom ? demanda le commissaire.

– Athos, répondit le mousquetaire.
– Mais ce n’est pas un nom d’homme, ça, c’est un nom de montagne ! s’écria le pauvre interrogateur qui commençait à perdre la tête.
– C’est mon nom, dit tranquillement Athos.
– Mais vous avez dit que vous vous nommiez d’Artagnan.
– Moi ?
– Oui, vous.
– C’est-à-dire que c’est à moi qu’on a dit : « Vous êtes M. d’Artagnan ? » J’ai répondu : « Vous croyez ? » Mes gardes se sont écriés qu’ils en étaient sûrs. Je n’ai pas voulu les contrarier. D’ailleurs je pouvais me tromper.
– Monsieur, vous insultez à la majesté de la justice.
– Aucunement, fit tranquillement Athos.
– Vous êtes M. d’Artagnan.

– Vous voyez bien que vous me le dites encore.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XIII (« Monsieur Bonacieux »), p. 155-156 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
D’Artagnan admira à quels fils fragiles et inconnus sont parfois suspendues les destinées d’un peuple et la vie des hommes.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XXI (« La comtesse de Winter »), p. 155-156 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
La reine entra dans la salle : on remarqua que, comme le roi, elle avait l’air triste et surtout fatigué. Au moment où elle entrait, le rideau d’une petite tribune qui jusque-là était resté fermé s’ouvrit, et l’on vit apparaître la tête pâle du cardinal vêtu en cavalier espagnol. Ses yeux se fixèrent sur ceux de la reine, et un sourire de joie terrible passa sur ses lèvres : la reine n’avait pas ses ferrets de diamants. [...]

Le roi fendit la foule et, sans masque, les rubans de son pourpoint à peine noués, il s’approcha de la reine, et d’une voix altérée :
« Madame, lui dit-il, pourquoi donc, s’il vous plaît, n’avez-vous point vos ferrets de diamants, quand vous savez qu’il m’eût été agréable de les voir ? »
La reine étendit son regard autour d’elle, et vit derrière le roi le cardinal qui souriait d’un sourire diabolique.
« Sire, répondit la reine d’une voix altérée, parce qu’au milieu de cette grande foule j’ai craint qu’il ne leur arrivât malheur.
– Et vous avez eu tort, madame ! Si je vous ai fait ce cadeau, c’était pour que vous vous en pariez. Je vous dis que vous avez eu tort. »
Et la voix du roi était tremblante de colère ; chacun regardait et écoutait avec étonnement, ne comprenant rien à ce qui se passait.
« Sire, dit la reine, je puis les envoyer chercher au Louvre, où ils sont, et ainsi les désirs de Votre Majesté seront accomplis.
– Faites, madame, faites, et cela au plus tôt : car dans une heure le ballet va commencer. »
La reine salua en signe de soumission et suivit les dames qui devaient la conduire à son cabinet. De son côté, le roi regagna le sien. Il y eut dans la salle un moment de trouble et de confusion. [...]
Le cardinal s’approcha du roi et lui remit une boîte. Le roi l’ouvrit et y trouva deux ferrets de diamants.
« Que veut dire cela ? demanda-t-il au cardinal.
– Rien, répondit celui-ci ; seulement si la reine a les ferrets, ce dont je doute, comptez-les, Sire, et si vous n’en trouvez que dix, demandez à Sa Majesté qui peut lui avoir dérobé les deux ferrets que voici. » [...]
Le roi tressaillit de joie et le cardinal de colère ; cependant, distants comme ils l’étaient de la reine, ils ne pouvaient compter les ferrets ; la reine les avait, seulement en avait-elle dix ou en avait-elle douze ? [...]
Le roi figurait en face de la reine, et chaque fois qu’il passait près d’elle, il dévorait du regard ces ferrets, dont il ne pouvait savoir le compte. Une sueur froide couvrait le front du cardinal. [...]
« Je vous remercie, madame, lui dit-il, de la déférence que vous avez montrée pour mes désirs, mais je crois qu’il vous manque deux ferrets, et je vous les rapporte. »
À ces mots, il tendit à la reine les deux ferrets que lui avait remis le cardinal.
« Comment, Sire ! s’écria la jeune reine jouant la surprise, vous m’en donnez encore deux autres ; mais alors cela m’en fera donc quatorze ? »
En effet, le roi compta, et les douze ferrets se trouvèrent sur l’épaule de Sa Majesté.
Le roi appela le cardinal :
« Eh bien, que signifie cela, monsieur le cardinal ? demanda le roi d’un ton sévère.
– Cela signifie, Sire, répondit le cardinal, que je désirais faire accepter ces deux ferrets à Sa Majesté, et que n’osant les lui offrir moi-même, j’ai adopté ce moyen.
– Et j’en suis d’autant plus reconnaissante à Votre Éminence, répondit Anne d’Autriche avec un sourire qui prouvait qu’elle n’était pas dupe de cette ingénieuse galanterie, que je suis certaine que ces deux ferrets vous coûtent aussi cher à eux seuls que les douze autres ont coûté à Sa Majesté. »

Puis, ayant salué le roi et le cardinal, la reine reprit le chemin de la chambre où elle s’était habillée et où elle devait se dévêtir.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XXII (« Le ballet de la Merlaison »), p. 245-247 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Elle se retourna, non plus comme une femme furieuse mais comme une panthère blessée.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XXXVII (« Le secret de Milady »), p. 416 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Et maintenant, dit Athos en reprenant son manteau et en replaçant son feutre sur sa tête, maintenant que je t’ai arraché les dents, vipère, mords si tu peux
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XLV (« Scène conjugale »), p. 488 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
C'est par mon ordre et pour le bien de l'État que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. 3 décembre 1627. Richelieu
  • Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas, éd. Bureaux de l'écho des feuilletons, 1856, chap. XLV, p. 557
Nous avons fait un pari, un pari qui ne pouvait être prévu, et dont je défie qui que ce soit de deviner la véritable cause : nous allons, pour le gagner, tenir une heure dans le bastion. Ou nous serons attaqués, ou nous ne le serons pas. Si nous ne le sommes pas, nous aurons tout le temps de causer et personne ne nous entendra, car je réponds que les murs de ce bastion n’ont pas d’oreilles ; si nous le sommes, nous causerons de nos affaires tout de même
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XLVI (« Le bastion Saint-Gervais »), p. 493 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
– Avez-vous oublié quelque chose ? demanda Aramis.
– Et le drapeau, morbleu ! Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XLVII (« Le conseil des mousquetaires »), p. 509 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Ainsi, Athos avait trouvé le mot : affaire de famille.

Aramis avait trouvé l’idée : les laquais.
Porthos avait trouvé le moyen : le diamant.
D’Artagnan seul n’avait rien trouvé, lui ordinairement le plus inventif des quatre ; mais il faut dire aussi que le nom seul de Milady le paralysait.

Ah ! si ; nous nous trompons : il avait trouvé un acheteur pour le diamant.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. XLVIII (« Affaire de famille »), p. 515 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Ainsi, reprit de Winter en riant, ces beaux cheveux savamment étalés, cette peau blanche et ce langoureux regard ne t’ont pas encore séduit, cœur de pierre ?
– Non, Milord, répondit l’impassible jeune homme, et croyez-moi bien, il faut plus que des manèges et des coquetteries de femme pour me corrompre.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LII (« Première journée de captivité »), p. 562 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Faible ou forte, répétait Milady, cet homme a donc une lueur de pitié dans son âme ; de cette lueur je ferai un incendie qui le dévorera.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LII (« Première journée de captivité »), p. 564 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Milady le savait bien, sa plus grande séduction était dans sa voix, qui parcourait si habilement toute la gamme des tons, depuis la parole humaine jusqu’au langage céleste.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LIV (« Troisième journée de captivité »), p. 573 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Elle venait de lire au plus profond du cœur du jeune homme : la mort de Buckingham y était écrite en toutes lettres.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LVIII (« Évasion »), p. 619 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
En débarquant à Portsmouth, Milady était une Anglaise que les persécutions de la France chassaient de La Rochelle ; débarquée à Boulogne, après deux jours de traversée, elle se fit passer pour une Française que les Anglais inquiétaient à Portsmouth, dans la haine qu’ils avaient conçue contre la France.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXI (« Le couvent des Carmélites de Béthune »), p. 639 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Vous n’êtes pas une femme, dit froidement Athos, vous n’appartenez pas à l’espèce humaine, vous êtes un démon échappé de l’enfer et que nous allons y faire rentrer.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVI (« L'exécution »), p. 687 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide ; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.
Une idée superstitieuse la frappa sans doute ; elle comprit que le Ciel lui refusait son secours et resta dans l’attitude où elle se trouvait, la tête inclinée et les mains jointes.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVI (« L'exécution »), p. 689-690 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Monsieur, dit le cardinal, vous avez été arrêté par mes ordres.

– On me l’a dit, Monseigneur.
– Savez-vous pourquoi ?

– Non, Monseigneur ; car la seule chose pour laquelle je pourrais être arrêté est encore inconnue de Son Éminence.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVII (« Conclusion »), p. 694 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Je ne tiens pas assez à la vie pour craindre la mort.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVII (« Un messager du Cardinal »), p. 695 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
  • Citation choisie pour le 19 mai 2020.
Le jeune mousquetaire était en excellente disposition pour trépasser héroïquement.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVII (« Un messager du Cardinal »), p. 696 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Richelieu pensait toujours, roulait et déroulait le papier dans ses mains. Enfin il leva la tête, fixa son regard d’aigle sur cette physionomie loyale, ouverte, intelligente, lut sur ce visage sillonné de larmes toutes les souffrances qu’il avait endurées depuis un mois, et songea pour la troisième ou quatrième fois combien cet enfant de vingt et un ans avait d’avenir, et quelles ressources son activité, son courage et son esprit pouvaient offrir à un bon maître.
D’un autre côté, les crimes, la puissance, le génie infernal de Milady l’avaient plus d’une fois épouvanté. Il sentait comme une joie secrète d’être à jamais débarrassé de ce complice dangereux.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. LXVII (« Un messager du Cardinal »), p. 696 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
D’Artagnan prit possession de son grade. Porthos quitta le service et épousa, dans le courant de l’année suivante, Mme Coquenard, le coffre tant convoité contenait huit cent mille livres. [...]

Aramis, après un voyage en Lorraine, disparut tout à coup et cessa d’écrire à ses amis. [...]
Athos resta mousquetaire sous les ordres de d’Artagnan jusqu’en 1633, époque à laquelle, à la suite d’un voyage qu’il fit en Touraine, il quitta aussi le service sous prétexte qu’il venait de recueillir un petit héritage en Roussillon. [...]
D’Artagnan se battit trois fois avec Rochefort et le blessa trois fois.

Je vous tuerai probablement à la quatrième, lui dit-il en lui tendant la main pour le relever.
  • « Les Trois Mousquetaires », dans Les Trois Mousquetaires - Vingt Ans après, Alexandre Dumas, éd. Gallimard, 1962  (ISBN 2-070-10180-0), chap. (« Épilogue »), p. 700-701 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)
Le cœur de la meilleure femme est impitoyable pour les douleurs d'une rivale.
  • Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas, éd. Pocket, 2006, p. 404

Le Comte de Monte-Cristo, 1844

Jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots :
« Attendre et espérer ! »
  • Le Comte de Monte-Cristo (1845 — 1846), Alexandre Dumas, éd. Le Livre de poche Jeunesse, coll. « Roman historique », 2002  (ISBN 2-01-322008-1), t. 2, chap. 74 « Conclusion », p. 535 (texte intégral sur Wikisource)
  • Citation choisie pour le 3 janvier 2010.

Vingt ans après, 1845

– Et la bataille qu'elle représente ?
– Est celle de Marignan. C'est le moment où l'un de mes ancêtres donne son épée à François 1er, qui vient de briser la sienne. Ce fut à cette occasion qu'Enguerrand de la Fère, mon aïeul, fut fait chevalier de Saint-Michel. En outre, le roi, quinze ans plus tard, car il n'avait pas oublié qu'il avait combattu trois heures encore avec l'épée de son ami Enguerrand sans qu'elle se rompît, lui fit don de cette aiguière et d'une épée que vous avez peut-être vue autrefois chez moi, et qui est aussi un assez beau morceau d'orfèvrerie. C'était le temps des géants, dit Athos. Nous sommes des nains, nous autres, à côté de ces hommes-là.

  • Vingt ans après (1845), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2007  (ISBN 978-2-07-040478-0), p. 164

– Donc, signez, dit Aramis en lui présentant la plume.
Mazarin se leva, se promena quelques instants, plutôt rêveur qu'abattu. Puis s'arrêtant tout à coup :
– Et quand j'aurai signé, Messieurs, quelle sera ma garantie ?
– Ma parole d'honneur, Monsieur, dit Athos.
Mazarin tressaillit, se retourna vers le comte de La Fère, examina un instant ce visage noble et loyal, et prenant la plume :
– Cela me suffit, Monsieur le comte, dit-il.
Et il signa.

  • Vingt ans après (1845), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 2007  (ISBN 978-2-07-040478-0), p. 874

Causeries, 1860

[...] partout, depuis le Vaux-Hall jusqu'à Epsom, c'est-à-dire pendant sept lieues, on vogue à pleines voiles, au milieu d'écueils mouvants, parmi lesquels il faut être non-seulement cocher, mais encore pilote, attendu que vous avez bien plus affaire à des vagues qu'à des rochers; et chaque vague crie, hurle, murmure, glapit, jure, chante, menace, maudit, raille, car elle a depuis quatre jusqu'à vingt tètes.
  • « Les courses d'Epsom », dans Causeries (2ème série), Alexandre Dumas, éd. Michel Levy, 1860, p. 220

Le Bagnard de l'Opéra, 1868

J'avais dans la tête un drame bien intime, bien sombre, bien terrible, que je voulais faire passer de ma tête sur le papier [...].
Mais je remarquai une chose : c'est que, pour le travail profond et assidu, il faut les chambres étroites, les murailles rapprochées, et le jour éteint par des rideaux de couleur sombre.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 1. Le forçat, p. 9

Les vastes horizons, la mer infinie, les montagnes gigantesques, surtout lorsque tout cela est baigné de l'air pur et doré du Midi, tout cela vous mène droit à la contemplation, et rien mieux que la contemplation ne vous éloigne du travail [...].
Je contemplais, et je l'avoue, cette Méditerranée d'azur, avec ses paillettes d'or, ces montagnes gigantesques belles de leur terrible nudité, ce ciel profond et morne à force d'être limpide.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 1. Le forçat, p. 9

Il est vrai que la nuit, quand je pouvais prendre sur moi de fermer mes volets aux rayons tentateurs de la lune ; quand je pouvais détourner mes regards de ce ciel tout scintillant d'étoiles ; quand je pouvais m'isoler avec ma propre pensée, je ressaisissais quelque empire sur moi-même. Mais, comme un miroir, mon esprit avait conservé un reflet de ses préoccupations de la journée, et, comme je l'ai dit, ce n'étaient plus des créatures humaines avec leurs passions terrestres qui m'apparaissaient, c'étaient de beaux anges qui, à l'ordre de Dieu, traversaient d'un coup d'aile ces espaces infinis ; c'étaient des démons proscrits et railleurs, qui, assis sur quelque roche nue, menaçaient la terre ; c'était enfin une œuvre comme La Divine Comédie, comme le Paradis perdu ou comme Faust, qui demandait à éclore, et non plus une composition comme Angèle ou comme Antony.
Malheureusement je n'étais ni Dante, ni Milton, ni Goethe.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 1. Le forçat, p. 10

Puis il y avait les jours de tempête, les jours où le ciel si pur se voilait de nuages sombres, où cette Méditerranée si azurée devenait couleur de cendre, où cette brise si douce se changeait en ouragan.
Alors le vaste miroir du ciel se ridait, cette surface si calme commençait à bouillir comme au feu de quelque fournaise souterraine. La houle se faisait vague, les vagues se faisaient montagnes. La blonde et douce Amphitrite comme un géant révolté, semblait vouloir escalader le ciel, se tordant les bras dans les nuages, et hurlant de cette voix puissante qu'on n'oublie pas une fois qu'on l'a entendue.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 1. Le forçat, p. 11

— Mais qu'est-ce donc que ce manant-là, qui croit qu'on est obligé de donner à des gens comme nous des soufflets pour les faire battre ?
— Ce que c'est ? c'est un monsieur qui se fait appeler le vicomte Henry de Faverne.
— Henry de Faverne ? je ne connais pas cela.
— Ni moi non plus.
— Eh bien ! comment avez-vous une affaire avec un homme que vous ne connaissez pas ?
— C'est justement parce que je ne le connais pas que j'ai avec lui une affaire : cela vous paraît étrange ; qu'en dites-vous ?
— Je l'avoue.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 3. Le foyer de l'Opéra, p. 32

— Ah çà ! mon cher Olivier, lui dis-je, vous êtes donc un Saint-Georges pour parler comme cela d'avance.
— Non, je tire même assez mal, mais j'ai le poignet solide, et, sur le terrain, un sang-froid de tous les diables ; d'ailleurs, cette fois-ci, j'ai affaire à un lâche.

  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 4. Préparatifs, p. 41
— Oui, je l'ai insulté ; mais je voulais me battre avec lui, et quand on veut se battre avec les gens il faut bien les insulter.
  • Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. « Classiques & Contemporains », 2001  (ISBN 978-2-210-75424-9), 8. Le malade, p. 73

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