Maurice d'Agaune

Maurice d'Agaune ou saint Maurice et ses compagnons coptes venus de Thèbes (soldats thébains), martyrs du Valais, sont des chrétiens morts pour leur foi sous l'empereur Dioclétien au début du IVe siècle (vers 303). Le récit de leur martyre est en partie altéré de légende. Celle-ci est née de l'invention de corps de martyrs, de la tradition de saint Maurice d'Apamée importée peut-être par le moine Jean Cassien, mais aussi du souvenir encore vivant de la legio Felix[1].

Pour les articles homonymes, voir Maurice et Saint Maurice.

Saint Maurice est fêté le 22 septembre[2] ou parfois le 27 décembre par confusion avec Maurice d'Apamée.

Légende et diffusion du culte

Saint Érasme et saint Maurice (à droite en armure), huile sur bois de Matthias Grünewald, c.1520–1524.

Pendant la persécution de Dioclétien, les soldats de la légion thébaine, venus d’Égypte, auraient reçu l’ordre de tuer[3] tous les habitants près d'Octodure (Martigny) au nord des Alpes, qui avaient été convertis au christianisme par saint Materne. Maurice et les soldats de sa légion refusèrent d'obéir à cet ordre et furent condamnés à mort.

Selon une autre version, peut-être mieux attestée, les troupes romaines étaient envoyées par Dioclétien pour réprimer en Gaule une révolte de bagaudes (entre 286 et 304). Faisant étape à Agaune, leur commandant, Maximien Hercule, césar de Dioclétien, décida d'organiser à Octodure, la ville proche, un sacrifice à Jupiter. Maurice et ses compagnons refusèrent d'y participer. Furieux, Maximien fit décimer la Légion thébaine sans entamer sa résolution. Une nouvelle décimation n'ayant pas eu davantage de résultat, il fit exécuter la totalité de cette troupe.

Le massacre de la légion thébaine prend place parmi les récits hagiographiques de martyre chrétien.

Selon une tradition légendaire, après la mort de Longin, la Sainte Lance aurait été transférée en Égypte, atteignant avant l'an 286 Thèbes, où saint Maurice l'aurait redécouverte. À la disparition de Maurice, la relique serait tombée dans les mains des empereurs romains païens qui ne lui accordent aucune attention jusqu'à ce que l'empereur Constantin, converti au christianisme, marque l'étendue de sa nouvelle Rome, Constantinople, en traçant ses limites avec la pointe de la lance. La lance devient ainsi un symbole de pouvoir dans le Saint Empire[4].

Saint Sigismond, souverain du royaume des Burgondes et plus tard le premier roi chrétien canonisé au nord des Alpes, fonde le monastère de Saint-Maurice d'Agaune qu'il dote puis, le , y inaugure la louange perpétuelle du martyr. Dans les siècles qui suivent, la noblesse du royaume de Bourgogne (actuellement : Suisse Romande, Franche-Comté, Lyonnais, Savoie, Dauphiné, Provence) mais aussi du Saint Empire (depuis Henri IV) adoptent le culte de saint Maurice[3].

Le récit d'Eucher

Le martyre de saint Maurice, tableau maniériste représentant le saint barbu[5] Le Greco, 1580.

« Il y avait à cette époque une légion de soldats, de 6 500 hommes, qu'on appelait les Thébains. Ces guerriers, valeureux au combat, mais plus valeureux encore dans leur foi, étaient arrivés des provinces orientales pour venir en aide à Maximien. Comme bien d'autres soldats, ils reçurent l'ordre d'arrêter des chrétiens. Ils furent toutefois les seuls qui osèrent refuser d'obéir. Lorsque cela fut rapporté à Maximien, qui se trouvait alors dans la région d'Octodurum (Martigny aujourd'hui), il entra dans une terrible colère. Il donna l'ordre de passer au fil de l'épée un homme sur dix de la légion, afin d'inculquer aux autres le respect de ses ordres.

Les survivants, contraints de poursuivre la persécution des chrétiens, persistèrent dans leur refus. Maximien entra dans une colère plus grande encore et fit à nouveau exécuter un homme sur dix. Ceux qui restaient devaient encore accomplir l'odieux travail de persécution. Mais les soldats s'encouragèrent mutuellement à demeurer inflexibles. Celui qui incitait le plus à rester fidèle à sa foi, c'était saint Maurice qui, d'après la tradition, commandait la légion. Secondé par deux officiers, Exupère et Candide, il encourageait chacun de ses exhortations. Maximien comprit que leur cœur resterait fermement attaché à la foi du Christ, il abandonna tout espoir de les faire changer d'avis. Il donna alors l'ordre de les exécuter tous. Ainsi furent-ils tous ensemble passés au fil de l'épée. Ils déposèrent les armes sans discussion ni résistance, se livrèrent aux persécuteurs et tendirent le cou aux bourreaux. »

Iconographie

Assemblée de l'Ordre du croissant sous le patronage de saint Maurice, peinture de Giovanni Bellini, XVe s.
Saint Maurice (détail) par Matthias Grünewald.

Patronage

Saint Maurice est le saint patron de la Savoie[8],[9], du Saint-Empire romain germanique[3], des chasseurs alpins, des gardes suisses, des teinturiers et des malades de la goutte[10], ainsi que de nombreuses unités de l’armée française : il est ainsi le saint patron de l'infanterie et de la guilde des Têtes noires.

Devenu depuis le XIe siècle un saint pas seulement militaire mais essentiellement impérial et germanique, pas moins de 700 églises lui sont dédiées[11], telle à Angers, la cathédrale du diocèse où lui et ses compagnons y sont représentés sur la façade, bon nombre d'églises en Pays de Savoie, ou encore la basilique Saint-Maurice d'Épinal.

Héraldique

Ainsi, sa tête tranchée par les Romains à la suite d'une désobéissance fut dès le Haut Moyen Âge un symbole héraldique, d’abord dans les Alpes et puis repris bien au-delà. La tête de Maure se serait ainsi imposée comme emblème en Sardaigne (4 têtes) et en Corse à la suite de la domination du roi d’Aragon[12],[13]. Certains remarquent toutefois que la domination ayant été de courte durée, il est possible que l’ajout soit postérieur[14],

d'autant plus qu'il n'y a pas de rapport entre Saint Maurice en Valais et le royaume d'Aragon, alors que ce dernier était un pourfendeur de Maures. Il n'y aurait donc probablement pas de rapport héraldique entre la Corse et la Sardaigne, et les Alpes.

Il faut toutefois remarquer qu'en héraldique, les saints et leur têtes sont représentés de face, hiératiquement suivant la tradition des icônes et tableaux religieux avant la Renaissance. L'héraldique étant un art médiéval conservateur, il est peu probable que les têtes tranchées de profiles représentées sans auréoles puissent être celle d'un quelconque saint, à la différence des blasons de la ville de Büderich et celle de Sandau (représentés ci-dessous). Notamment pour les îles méditerranéennes, les têtes de Maures semblent venir des captures des pirates mauresques (Maghrébins) musulmans qui rançonnaient et esclavagisaient les voyageurs européens jusqu'à la destruction de leur base d'Alger en 1830. Une autre tradition du drapeau Corse fait remonter cette tête au roi Maure décapité en 816 par Colonna. En plaçant une telle tête dans son blason, la Corse indiquait ainsi sa victoire et donc son indépendance de l’assujettissement des Maures. A l'origine, ces têtes de maures étaient représentées avec le bandeau sur les yeux, et c'est au XVIIIe siècle qu'il fut relevé.

Par ailleurs, la graphie héraldique n'étant pas fixe (seul sa description est fixe, son expression visuelle est laissée libre à l'artiste), il faudrait vérifier si les têtes de noirs représentés dans certains blasons tels que celui de Coburg, Mandach et Krauthem, sont biens des têtes de noirs qui se désignaient sous le nom latin nègre, ou des têtes d'Africain du Nord qui se désignaient sous le nom de Maure. Il y aurait donc deux meubles héraldiques différent avec probable glissement de l'un vers l'autre. Quant à saint Maurice, il s'agirait encore d'un troisième élément héraldique qui est sommes toutes traditionnellement représenté dans tout son corps, car rien dans son hagiographie n'indique qu'il fut décapité, et dont la tête est toujours auréolée, car c'est un saint martyre.

[réf. nécessaire]

Voir aussi

Bibliographie

  • Esther Dehoux, Saints guerriers : Georges, Guillaume, Maurice et Michel dans la France médiévale (XIe – XIIIe siècles), Rennes, PUR, 2014.
  • Louis Dupraz, Les Passions de S. Maurice d'Agaune : essai sur l'historicité de la tradition et contribution à l'étude de l'armée pré-dioclétienne (260-286) et des canonisations tardives de la fin du IVe siècle Studia Friburgensia », 27), Fribourg, Éditions universitaires, 1961.
  • Jean Prieur, Hyacinthe Vulliez, Saints et saintes de Savoie, La Fontaine de Siloé, , 191 p. (ISBN 978-2-84206-465-5, lire en ligne).

Postérité

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Albert Dufourcq et Françoise Monfrin, Etude sur les Gesta martyrum romains, De Boccard, , p. 26.
  2. Date de l'inauguration, le 22 septembre 1515, de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune.
  3. http://www.digi-archives.org/pages/besancon/besancon2009.html
  4. (en) Jerry E. Smith et George Piccard, Secrets of the Holy Lance, Adventures Unlimited Press, , p. 105
  5. Au premier plan, un tronc d'arbre coupé symbolise leur future mort. À côté rampe un serpent près d'une roche grise sur laquelle se détache un papier blanc avec le nom de l'artiste inscrit en grec dessus. Maurice vêtu de bleu et de pourpre, entouré de ses compagnons et de son page lui tenant son casque, attend le martyre avec résignation. En arrière-plan, les soldats de la légion thébaine qui serpentent en procession. El Greco ne peint pas la scène en Suisse, mais dans la province de Tolède avec ses « cigarrales » (grandes maisons de campagnes sur les collines, entourées d'arbres fruitiers).
  6. Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, Presses universitaires de France, , p. 937
  7. Edouard Aubert, Trésor de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune décrit et dessiné, A. Morel, , p. 161
  8. Jean Prieur et Hyacinthe Vulliez, Saints et saintes de Savoie, La Fontaine de Siloé, , 191 p. (ISBN 978-2-84206-465-5, lire en ligne), p. 181-182.
  9. Conférence de Christian Regat aux Amis du Val de Thônes, le 2 décembre 2011, « Saint Maurice et les foires de la Saint-Maurice » (lire en ligne).
  10. Le Petit livre des saints - Rosa Giorgi - Larousse - 2006 - (ISBN 2-03-582665-9)
  11. (de) G. Suckale Redlefsen, Mauritius : der heilige mohr, Menil Foundation, , p. 35
  12. Thierry OTTAVIANI, La Corse pour les Nuls poche, EDI8, , 396 pages p., « Les symboles de l’île »
  13. Patrice de La Condamine, Histoire en drapeaux et blasons - Cinq Pays Pyrénéens, éditions Les Enclaves Libres.
  14. Pierre Antonetti, Le drapeau à tête de Maure : études d'histoire corse, La Marge, , p. 12.
  15. http://passiondelire.blog.24heures.ch/archive/2018/11/18/un-mystere-lancinant-866521.html
  16. http://www.evsm.ch/creation-le-mystere-dagaune/
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