Louis Boekhout

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Louis Boekhout ( aux Pays-Bas - au Québec ) est un peintre québécois - canadien d'origine néerlandaise[1].

Biographie

Fils de Theodoor Boekhout et de Anna Maria Heijs[1],[2], Louis Boekhout a deux mois quand sa famille déménage à Bandung en Indonésie, où son père, un ex-officier de l’armée néerlandaise, travaille comme haut fonctionnaire des Chemins de fer nationaux indonésiens. Ses parents aiment les arts, son père est violoniste à ses heures et sa mère, artiste peintre. Louis est le troisième d’une famille de six garçons.

Il a 13 ans lorsque leur mère meurt d’un cancer en 1932. Son père se remarie et Louis y gagne quatre sœurs. Il passe une partie de sa jeunesse à Bandung, près de Djakarta, où il puise ses connaissances en peinture auprès de professeurs chinois et japonais. Parallèlement à son goût pour la peinture, il aime jouer dans la nature et se baigner avec ses frères et ses cousins. Dès sa tendre enfance, il nage comme un poisson. À l'adolescence, il devient un nageur de compétition; il tentera de se qualifier pour représenter l'Indonésie aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, mais il arrivera deuxième aux éliminatoires dans son pays. Tout cet entraînement de même que la grande forme physique et la détermination nécessaires pour réaliser un tel exploit, lui serviront toute sa vie[pourquoi ?].

La famille revient de l’Indonésie vers 1938 et demeurera alors à Breda, tout près de la frontière belge. Louis entreprend des études collégiales et artistiques à Académie royale des beaux-arts d'Anvers en Belgique sous la supervision de Floris de Cuyper (1875 – 1965). Mais Bandung imprégnera toujours l’âme de l’homme, de l’artiste et du philosophe.

Lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, Louis Boekhout vient de terminer ses études à l'académie, avec distinction. Isolé de sa famille au moment de l'invasion allemande en mai 1940, il se réfugie en France, fuyant vers le sud. Les membres de son convoi seront pris en charge par la Croix-Rouge et envoyés à Puisserguier où il vivra dans une famille pendant plusieurs mois. Il partira ensuite seul à Marseille par train où il survivra tant bien que mal jusqu'à ce qu'il soit arrêté en 1942 par des agents de la Gestapo et envoyé dans un camp de travail à Merseburg, à l'ouest de Leipzig.

Louis sera finalement libéré par une division de l'armée américaine au printemps 1945. Polyglotte, il est rapidement recruté par le gouvernement militaire en place; il parle néerlandais, indonésien, soundanais, javanais, anglais, français, allemand, comprend le japonais et le mandarin et un peu le polonais, le russe et l'espagnol. Louis revoit Charlotte Krzok (1926-2002), une jeune femme née en Pologne que le hasard avait un jour mise sur sa route.

Quelques heures seulement avant l’arrivée des Soviétiques aux commandes de la zone est de l'Allemagne, Louis quitte précipitamment Merseburg tel que lui suggère un haut-gradé de l'armée américaine. Il se rend à Frankfurt-sur-Mein, près de 400 km qu'il parcourra à bicyclette, non sans avoir prévenu Charlotte, qui le retrouvera plus tard. Il trouvera un travail à Marbourg auprès d'un organisme d'aide aux réfugiés, le United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA), en opération en Europe de 1943 à 1947. D'abord interprète et correspondant à Marbourg, il sera ensuite transféré à Arolsen, siège social de UNRRA. Louis et Charlotte se marieront à Arolsen, où naîtra leur premier enfant en .

Dans l'après-guerre, l’heure est aux déplacements et aux retrouvailles. Ses parents, ses frères et ses sœurs ont survécu, à l'exception de Hanz, mort soldat vers la fin de la guerre; tous vivent épars à travers le monde.

L’Europe se relève difficilement de la guerre. Après 1947, Louis travaillera aux Pays-Bas en représentation pour la firme Oldelft Optics à Delft – une nouvelle entreprise du nom du vieux canal – et chez Quaker Oats à Rotterdam avant d'émigrer vers le Canada. Le , Louis, Charlotte et leurs deux enfants, Irène et Roger, débarquent à Québec après huit jours en mer à bord du Scythia de la compagnie Cunard Line. Louis retrouve son jeune frère Rudy, horticulteur, et son épouse Riet, installés à Montréal depuis la fin de la guerre. Un troisième enfant, Peter, voit le jour.

Louis cherche à percer comme artiste-peintre mais il ne reçoit pas un véritable accueil au sein de la communauté artistique. « Nous prendrons vos toiles seulement quand vous serez connu », lui dit-on. Pour faire vivre les siens, il travaille d’abord comme employé de bureau et représentant chez Canadair, tout en continuant à peindre. Très rapidement, il vivra de son art.

Louis vit à Cartierville, puis à Laval où il fréquente les galeristes et les amateurs d’art. Il rencontre le peintre Marc-Aurèle Fortin (1888-1970), qui vit à Sainte-Rose ; il peint quelquefois en sa compagnie. C’est l’époque noire du grand peintre, quatre années ─ de 1955 à 1959 ─ où la maladie occupe toute la place. Louis aime parler philosophie avec le peintre et il le visite régulièrement jusqu'en 1966, année où il entre lui-même dans une période sombre : son couple se sépare. Louis quitte alors le Québec pour Laguna Beach en Californie où il sera peintre et galeriste durant près d'une année; Charlotte s’installera en Colombie-Britannique où elle vivra jusqu’à sa mort en 2002.

Louis revient au Québec en 1969 après un court séjour en Colombie-Britannique. Il ne reverra jamais son ami Marc-Aurèle Fortin, qui meurt en Abitibi le . Louis reprend contact avec un vieil ami de Montréal qui l’amène en visite à sa maison de campagne au lac Simon, en Outaouais. Louis est séduit par la Petite-Nation, l’endroit, les paysages et les gens ; il ne tarde pas à s'y installer pour de bon. Il vivra toutes ces années près de Chénéville dans cette nature qui l'a tant inspiré. Il quittera rarement le pays, sauf pour visiter la Barbade et l'Australie. Il n'est jamais retourné en Europe[3].

Louis Boekhout s’est arrêté de peindre récemment, quelques jours avant d'atteindre ses 92 ans en disant tout simplement: « Je ne peux plus, mes yeux se ferment doucement. » Ils se sont éteints pour toujours le , vers midi, moins d'une année plus tard. Peindre était sa vie.

Puisserguier vers 1940

Louis étudiait à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers lorsque les Allemands ont envahi les Pays-Bas, la Belgique et la France. Fuyant Anvers à bicyclette, Louis faisait partie d'un convoi de réfugiés en route vers le sud lorsqu'il fut pris en charge par la Croix-Rouge près de Montpellier et dirigé vers Puisserguier.

La Croix-Rouge lui avait trouvé un lit chez des gens qui vivaient en dehors des limites de la ville circulaire et elle lui donnait quelques francs par jour pour vivre. Lui revient régulièrement en tête cette phrase du voisin de palier à son petit frère : « Maurice, Maurice, mon couillon, viens, viens, maman t'appelle ! » avec cet accent chantant qu'il imite gentiment. Il est resté près d'un an dans cette ville avant de se rendre à Marseille. Il se rappelle la gentillesse des Puisserguiérains: « C'était du bien bon monde ! Ils appréciaient mes dessins que je vendais quelques francs. En pleine période d’austérité, ils m’en achetaient quand même. Ils aimaient la culture ! » C'est près de la rivière Lirou à Puisserguier qu’il aimait se détendre avec d’autres Belges.

Louis aimait marcher jusqu’au Château des Béranger, Place des Cathares ou Plan dals Cathars en occitan, et monter à la tour pour regarder le paysage et faire ses croquis. Chaque jour à midi, il y avait roulement de tambours Place de la Mairie alors située près de l'église Saint-Paul. Le maire s’adressait à la foule après que le greffier eut entonné : « Avis. Avis. Le maire de Puisserguier communique à la population que… » Ainsi étaient transmises les informations sur la guerre. Les volets dans les petites rues s'ouvraient au soleil du jour et s'y accoudaient au rebord des fenêtres, les vieilles femmes toutes habillées de noir pour se parler d'une maison à l'autre.

Vers la fin du jour, Louis marchait vers le boulevard Victor-Hugo, la rue des platanes, se joindre aux promeneurs, non loin de la pharmacie. Il aimait bien rencontrer les filles qui y venaient pour se mêler aux garçons. Ils échangeaient un sourire en se croisant devant la statue de la Marianne, Place de la République puis ils faisaient un brin de causette. Quelquefois, il invitait une jeune fille au cinéma. Il n’a jamais revu ces jeunes gens… mais ne les a jamais oubliés non plus.

Quel rayon de soleil que ces moments de normalité pour ce réfugié, étranger en France, seul et sans famille, toujours menacé d’être emprisonné ou déporté, pour un oui ou pour un non ! Épris d’aventures, Louis quitte la ville par après et… il en vivra des aventures.

À Marseille, un jour de 1942, il trouve sa chambre sens dessus dessous. Finie la semi-liberté ! La Gestapo l’amène à Paris et l’embarque sur un train, son petit bagage à la main. Derrière lui, toiles et cahier de croquis. Il est déporté pour le travail obligatoire en Allemagne. Destination : Merseburg près de Leipzig, dans un camp de travail dépendant de Buchenwald.

Le peintre

« Louis Boekhout peint avec une énergie peu commune. La nature constitue sa véritable source d’inspiration. Il maîtrise aussi bien l’huile que l’aquarelle, réussissant toujours à rendre l’atmosphère d’un paysage jusque dans ses moindres détails. Les amateurs d’art sont nombreux à tomber sous le charme de Louis Boekhout. Dans ses œuvres, ils perçoivent la douceur, le réconfort, voire la paix intérieure que le contact étroit avec la nature nous apporte à tous »[4].

Élève de Floris de Cuyper de l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers, il présente un style entre l'école des peintres de La Haye — d’autres diront de Barbizon — et les impressionnistes français. Pour Alain Lévesque, artiste peintre de Montebello, Louis Boekhout n’a pas d’origine néerlandaise que le nom. “ S’il est vrai que la génétique ne ment pas ” dira-t-il, “ il en va de même pour la palette, les ombres et les silhouettes fantomatiques dont Louis Boekhout est l’héritier. ”

Au cours de sa longue carrière, l’artiste participe à une multitude d’expositions collectives et solo en Europe, au Canada et aux États-Unis. Dans les années 1990, Louis Boekhout collabore au lancement du groupe Les Artistes des Deux Vallées, auxquels participent une douzaine d’artistes de la région, dont Alain Lévesque et Marthe Blain. Ils exposent à Plaisance en 1994, à Montebello en 1995 et à Masson en 1996. En tant que doyen des artistes peintres de la région, Louis sera accueilli au sein des 30 exposants du 9e Symposium Montebello en peinture les 3, 4 et 5 juillet 2009, où il expose ses plus récentes toiles dont deux sur un monde qu'il peint de mémoire et sur un thème qu'il n'a guère exploré, l'Indonésie de son enfance.

Les œuvres de Louis Boekhout se trouvent dans plusieurs collections privées au Canada, aux États-Unis et en Europe et dans celle de la prestigieuse collection institutionnelle du Musée national des beaux-arts du Québec. Plusieurs de ses œuvres font partie de la Collection Le Portal Art Tour présentée à la galerie-boutique Peau sur peau, rue du Petit-Champlain à Québec.

Le professeur

Louis Boekhout est aussi un professeur très apprécié que ses élèves aimaient taquiner en l’appelant à l’européenne, le Maître. En 1971, il commence une série de cours de peinture — financée par un projet d’éducation aux adultes à la Commission scolaire La Seigneurie — qui durera dix ans dans les villages de Buckingham, Thurso, Montebello, Saint-André-Avellin et Montpellier. Il poursuivra son enseignement par des ateliers privés.

Thérèse Whissel-Pilon, une de ses élèves, aime bien raconter l'état d'esprit qui régnait dans ses cours :

« Que de bons souvenirs de ces rencontres avec Louis à Saint-André-Avellin ! Pendant plus de 30 ans, à raison de 30 à 50 heures par année, Louis se pointait à l’heure, béret sur le coin de la tête, avec les salutations d’usage et… le cours débutait. Louis comprenait que le but de ces cours en était un de loisir, alors pas de cours magistral, pas de prof en avant dictant ses consignes et imposant ses idées. Pas du tout ! Il se devait quand même d’enseigner les rudiments de cet art. Après tout, nous étions là pour ça ! Imaginez le scénario : une douzaine d’élèves, de débutants à semi-professionnels, maniant l’aquarelle, l’huile, l’acrylique et le crayon, puis un travail différent car chacun était libre de choisir son sujet. Louis se partageait entre tous, observant le travail de chacun pour saisir ce que nous voulions exprimer. Avec patience, il nous expliquait la technique; avec encouragement, il nous faisait cheminer; avec sincérité, il nous félicitait et avec doigté, il corrigeait nos erreurs. Tout cela dit avec tact, sans jamais de commentaires blessants : un enseignement individualisé à l’intérieur d’un groupe »[5].

Dans les années 1970, Louis a aussi enseigné le français et les arts plastiques à la Presentation Brothers High School de Montebello, un pensionnat pour garçons en difficulté. Il a également donné des cours privés; Kurt Sailer, Louise Falstrault, Francine Périard[6], Martin Blanchet [7]et bien d’autres ont bénéficié de ses talents de maître. Aujourd’hui, certains sont devenus professionnels et professeurs à leur tour et lui font honneur.

Références

  1. Généalogie Québec Louis Boekhout
  2. Généalogie Theodoor Louis Gerrit Boekhout et Anna Catharina Maria Heijs
  3. Extraits d'un texte sur la vie de Louis Boekhout par Marie Josée Bourgeois publié pour l'exposition Hommage à Louis Boekhout, 22 octobre au 6 décembre 2005, au Centre d'Art de Montebello
  4. Catalogue de l’exposition Les quatre saisons de Louis Boekhout, par Marie-Pier Bédard, Éditions Le Portal Artour de Québec, 2003 (ISBN 2980831107).
  5. Extrait du discours de Thérèse Whissel-Pilon le 22 octobre 2005 à l'occasion du vernissage pour l'exposition Hommage à Louis Boekhout, 22 octobre au 6 décembre 2005, au Centre d'Art de Montebello.
  6. Francine Périard, artiste-peintre, élève de Louis Boekhout
  7. Biographie de Martin Blanchet, artiste-peintre, élève de Louis Boekhout

Sources



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