Fenêtre à croisée

La croisée désigne à l'origine une ouverture pratiquée dans les murs d'un édifice pour laisser pénétrer la lumière à l'intérieur. La croisée doit sa dénomination à ce que son ouverture carrée ou oblongue était divisée par des meneaux ayant la forme d'une croix latine, qui apparaît en Europe occidentale à partir du XIVe siècle[3].

Maison des musiciens à Reims (1240)
A. Face extérieure. B. Face intérieure. C. Coupe. D. Corniche. E. Arc de décharge. G. Linteau de chêne. H. et I. Traverse. K. à M. Pivots et gâches[1].

Eugène Viollet-le-Duc. Maison des musiciens à Reims (1240).

Croisée, Château de Pierrefonds (1400)
A. Vue en plan. B. Face extérieure. C. Face intérieure. D. Volets. E. et F. Châssis vitrés[2].


Fenêtre à croisée : 1. traverse ; 2. linteau ; 3. montant ou meneau ; 4. jambage (construction) ; 5. appui.

Ce mot est employé par la suite dans le langage ordinaire pour indiquer une fenêtre et il est généralement regardé comme en étant synonyme : la fenêtre et la croisée sont des ouvertures pratiquées dans les murs d'un édifice pour laisser pénétrer le jour à l'intérieur mais l'une n'est qu'une variété de l'autre. Fenêtre est le mot générique, croisée le nom appliqué à une espèce du genre[3].

Au XIXe siècle, le terme « croisée » survit aussi pour désigner la « fermeture », soit le châssis de fenêtre (à l’exclusion des châssis de baie de porte qui sont désignés par « porte » et des bâtis dont l'intérieur n'est pas rempli de panneaux qui sont désignés par « châssis[4] »).

Le terme croisée tombe par la suite en désuétude sauf pour désigner les « fenêtres à croisées » originales.

Évolution de la croisée

Hôtel des archevêques de Sens (XVe siècle), croisée dans fenêtres ogivales à tympan bouché.

La fenêtre à croisée fait son apparition à partir du XIVe siècle. La croix est particulière à l'architecture de l'Europe occidentale et parait même assez tard en France. Elle ne se rencontre communément qu'à partir de la fin du XIVe siècle ou du commencement du XVe siècle et il est à remarquer qu'elle est particulière aux édifices civils et militaires. Il n'y a que de rares exemples au XVe siècle dans les églises ou les chapelles.[3].

Croisée à accolades XIVe siècle.

Au XVe siècle, la physionomie de la croisée change : ses montants, son trumeau et son croisillon sont chargés de nervures prismatiques. D'autres nervures en accolades, simulant des ogives, les encadrent parfois. Mais ce dernier ornement ne se rencontre pas toujours ; il est souvent remplacé par un encadrement ou chambranle saillant, en tout ou en partie, la croisée ; souvent encore, il arrive que ce chambranle ne dépasse que très peu le linteau ; alors ses extrémités inférieures reposent sur des corbeaux décorés d'armoiries, de figures grotesques, d'anges, d'animaux, etc.[3].

Ces mêmes figures se rencontrent aussi parfois au milieu du linteau ou du chambranle. On rencontre aussi au XVe siècle des croisées qui n'ont que le croisillon transversal. Elles sont plus étroites que les autres et pourraient être appelées « demi-croisées ». Elles ne doivent en effet leur origine qu'au défaut d'espace qui a empêché de placer à l'endroit où on les voit une croisée entière. Les baies des croisées comme celles des fenêtres au Moyen Âge vont en s'évasant à l'intérieur et sont ordinairement munies de bancs en pierre.

À partir du XVIIe siècle, le trumeau et les croisillons disparaissent, seule la forme carrée subsiste[3].

Renaissance

Croisée dont les bras sont sculptés, à Valernes (Alpes-de-Haute-Provence).
Une croisée d’angle, configuration assez rare (Les Mées, Alpes-de-Haute-Provence).

Lorsque la Renaissance vient au XVIe siècle remplacer le gothique, la croisée subsiste ; seulement les ornements, dont son chambranle et ses montants étaient décorés, changèrent; ils furent empruntés à l'art antique mêlé au style national des rinceaux, des oves des entrelacs remplacèrent les nervures[pas clair][3].

La croisée est la fenêtre emblématique de l'architecture de la Renaissance durant laquelle elle apparaît comme une composition de quatre baies. Par extension, elle est souvent appelée aussi « fenêtres à meneaux[5] ».

Au cours de cette période où la religion domine en marquant toute forme d'art, elle est conçue à partir des règles esthétiques du carré donnant le rectangle d’or contenant une croix. On rabat à la verticale les diagonales du carré pour constituer les grands côtés du rectangle. Ils formeront les jambages en hauteur de la fenêtre. On sépare en deux parties symétriques verticales l'ensemble par le meneau en pierre taillée symbolisant le pied de la croix latine chrétienne, et on ajoute le croisillon de la croix en pierre divisant en hauteur la fenêtre, croisillon normalement positionnée en reformant le carré en partie basse[réf. nécessaire].

Cette croisée a donné la fenêtre de même esprit et de moindre portée formée par seulement sa moitié verticale suivant cette conception, un demi-carré en bas délimité par une traverse dans un demi-rectangle d’or, ouverture dans des pièces de second ordre en général, et affirmant encore plus la verticalité en façade[réf. nécessaire].

La croisée en pierre a donné la croisée dont la croix latine est constituée en bois dans le second œuvre et non plus le gros œuvre porteur, mais dans ces deux cas en autorisant de deux à quatre battants par fenêtre suivant sa hauteur[réf. nécessaire].

La forme et les proportions généralisées dessinées hors du rectangle d'or ne l'ont été qu'à partir de l'architecture du XIXe siècle en procédant d'un autre esprit de composition de façade, quelques particularités architecturales les faisant subsister, par exemple la réhabilitation dans des zones bâties anciennes, et des idées personnelles d'architectes[réf. nécessaire].

Académisme

La forme verticale des fenêtres issue de la croisée est restée très généralisée et a pu profiter de l'académisme jusqu'au milieu du XXe siècle[réf. nécessaire].

Pendant la Révolution française

Un impôt sur les portes et fenêtres fut institué en France par le Directoire, pendant la Révolution française, le 4 frimaire an VII (), et abrogé en 1926, qui conduisit à la suppression des meneaux et traverses de beaucoup de croisées, une fenêtre à croisée de quatre panneaux comptant pour quatre fenêtres.

La croisée dans les châssis

Croisée de menuiserie, le châssis de fenêtre moderne (abbaye du Mont-Saint-Michel).

D'après Viollet-le-Duc, « les meneaux et les traverses persistent dans les fenêtres de l'architecture civile française jusqu'au commencement du XVIIe siècle, parce que jusqu'alors les croisées s'ouvraient par petites parties, et qu'on ne supposait pas qu'il fût commode de manœuvrer des châssis et des volets de trois mètres de hauteur. Ducerceau nous montre encore les fenêtres du Louvre, de François Ier et de Henri II, avec des meneaux de pierre. Des meneaux garnissent également les baies du palais des Tuileries. La suppression de ces accessoires, reconnus nécessaires jusque sous le règne de Louis XIV, a changé complètement le caractère de cette architecture en lui retirant son échelle ; les croisées de menuiserie n'ont pas l'aspect monumental des meneaux de pierre, sans pour cela donner plus de jour à l'intérieur des appartements[6] ».

Au XIXe siècle, le terme « croisée » survit donc pour désigner la « fermeture », soit le châssis de la fenêtre (à l’exclusion des châssis de baie de porte qui sont désignés par « porte » et des bâtis dont l'intérieur n'est pas rempli de panneaux qui sont désignés par châssis) dans un mur de face destinée à éclairer une pièce quelconque.

Les croisées prennent différents noms selon leur forme et leur assemblage[N 1].

  • Croisée à glaces ou à grands carreaux. Croisée qui n'a point de montants de petit-bois dans les châssis, mais seulement des traverses[N 1].
  • Croisée petit-bois ou à petits carreaux. Croisée qui à un ou deux rangs de montants de petits bois dans chaque châssis[N 1].
  • Croisée demi-mansarde ou à coulisse. Croisée qui est faite de deux châssis sur la hauteur, dont celui du haut est dormant et celui du bas ouvre en le levant[N 1].
  • Croisée mansarde. Croisée composée de quatre châssis, deux en haut et deux en bas dont les deux du bas sont ouvrants seulement comme le précédent[N 1].
  • Croisée un vantail. Croisée qui n'a qu'un châssis ouvrant dans le dormant[N 2].
  • Croisée deux vantaux. Croisée qui ouvre en deux châssis sur la largeur des croisées[N 2].
  • Croisée assemblée à pointe de diamant. Croisées qui sont assemblées à petit-bois, portant moulures et à double onglet, avec les traverses des mêmes petit-bois[N 2].
  • Croisée assemblée à trèfle. Croisée dont les petit-bois ont pour moulure un demi-rond entre deux baguettes ; ce qui présente dans la coupe la figure d'un trèfle[N 2].

Enfin, on désigne par « croisillons », tous les petit-bois qui remplissent les châssis des croisées à petits carreaux.

Cette distinction typologique des châssis est de nos jours tombée en désuétude. On désigne de nos jours toutes les fermetures de fenêtre par châssis. La subdivision des vitrages en panneaux distincts va souvent à l’encontre des propriétés isolantes d'un châssis à double vitrage. On obtient une subdivision en panneaux du vitrage, en collant ou en superposant des lattes sur le vitrage, qui sont nommées croisillons.

Notes et références

  1. « Il existe encore à Reims une façade de maison assez complète rue du Tambour, maison dite des Musiciens, qui date de 1240 environ. Les pièces du premier étage sont éclairées par de larges et hautes fenêtres, dont nous donnons en A la face extérieure, en B la face intérieure et en C la coupe. La corniche D, de la maison, est immédiatement posée sur les linteaux de ces fenêtres, derrière lesquels sont bandés des arcs de décharge E qui portent la charpente du comble. Les meneaux sont combinés de façon à recevoir les châssis vitrés sans le secours d'aucune ferrure. D'abord en G est posé, sous l'arc de décharge, un linteau de chêne, percé à ses extrémités de trous correspondant aux renforts circulaires F ménagés aux deux bouts de la traverse de pierre H. Ces renforts, dont le détail perspectif est tracé en I, reçoivent les pivots K des châssis inférieurs et ceux des châssis supérieurs. D'autres renforts analogues O, pris aux dépens de l'appui P, recevaient les pivots bas de ces châssis inférieurs. Les targettes des quatre châssis entraient dans les renflements R réservés à l'intérieur du meneau central. Nous donnons au dixième de l'exécution, en L la section du meneau, en M la face latérale d'une des gâches, et en N sa face intérieure. »
  2. « Sur ce dernier tracé, dans lequel nous avons indiqué la baie avec ses volets en D, avec ses châssis vitrés en E et dépouillée de sa menuiserie en F, on voit que les châssis ouvrants ainsi que les volets sont ferrés, non dans la pierre, mais sur des châssis dormants posés dans les larges feuillures des pieds-droits, du meneau et des traverses ; que l'on peut ouvrir séparément chaque volet et chaque châssis vitré, ce qui, pour de grandes fenêtres, présente des avantages ; que les volets sont plus ou moins découpés à jour afin de permettre à la lumière extérieure d'éclairer quelque peu les chambres lorsque ces volets sont clos; que ces baies ferment aussi bien que les nôtres, sinon mieux; qu'elles peuvent être hermétiquement calfeutrées, et qu'on pouvait, au moyen de ces châssis séparés, donner aux intérieurs plus ou moins d'air et de lumière. » Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle.
  3. Ange de Saint-Priest, Encyclopédie du dix-neuvième siècle. Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts : avec la biographie de tous les hommes célèbres, vol. 9, Au Bureau de l'Encyclopédie du XIXe siècle, (lire en ligne).
  4. J.-M. Morisot, Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages du bâtiment, Carilian, (lire en ligne).
  5. « Croisée », sur justinstorck.free.fr (consulté le ).
  6. Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Fenêtre.
  1. P. 17.
  2. P. 18.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

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