Cindyniques

Les cindyniques (du grec κίνδυνος / kíndunos, danger), ou « sciences du danger », sont consacrées à l'étude et à la prévention des risques. Elles se sont développées à partir de la fin des années 1980 à l'initiative d'opérateurs économiques (assureurs, industriels...), et adoptent une approche centrée non pas sur les aspect techniques de la prévention, mais sur les aspects humains et organisationnels.

Origines et développement

À la suite des catastrophes de Bhopal, Challenger, et Tchernobyl, un numéro hors série des Annales des Mines consacré aux risques technologiques majeurs était publié en octobre 1986. À la suite de cette publication, l’ACADI (l’Association Française des Cadres Dirigeants pour le Progrès Social et Economique), présidée par Georges-Yves Kervern, a organisé des réunions de travail entre experts de différents domaines comme le nucléaire, l’aéronautique, le pétrole ou la chimie[1].

Ces réunions ont mené à l’organisation d’un colloque international à l’UNESCO: l’assureur UAP et le magazine “Industries et Techniques” rejoignent l’ACADI, et un comité d’organisation réunissant des experts de la maîtrise des risques travaille plusieurs mois pour préparer ce colloque, qui aura lieu  les 7 et 8 décembre 1987, et réunira 1 475 personnes venant de 13 pays, et représentant 320 sociétés et 90 universités. Les participants expriment le besoin d’une structure permanente dédiée aux problématiques abordées, ce qui donnera naissance à l’Institut Européen des Cindyniques.

Le mot cindyniques a été créé à partir du grec κίνδυνος parce que le mot accidentologie était un barbarisme latino-grec qui avait été rejeté par les spécialistes de la Langue française consultés à ce sujet en 1987[2]. Ce néologisme a été proposé par Georges-Yves Kervern en 1987[3]. Il apparait pour la première fois dans Le Monde le [4], [5]. Le terme « riscologie » avait été proposé pour l'étude générale et scientifique des risques[6], pour éviter une confusion entre « danger » et « risque ».

Le ministère de la Culture français définit la cindynique comme « l'étude des risques et des situations dangereuses qui prend en compte les aspects techniques, humains et organisationnels liés à une activité donnée » et la classe dans le domaine de l'environnement[7].

S'il a parfois été utilisé au singulier, le mot cindyniques est utilisé au pluriel par les cindyniciens, pour refléter la variété des domaines d'application : Santé[8], Cindyniques urbaines, Géocindynique, infocindynique…

Enjeux

Son objectif est de répondre aux questions suivantes :

  • comment identifier le risque (direct et indirect, immédiat et, ou différé), y compris via les signaux faibles ou signaux précoces[9],[10] ?
  • comment le mesurer ?
  • comment le hiérarchiser (par rapport à d'autres risques) ?
  • quelles en sont les conséquences systémiques avec d'autres risques ?
  • comment le contourner ?
  • comment le prévenir ?

Méthode

La cindynique combine des aspects de sciences naturelles (géologie et météorologie pour les catastrophes naturelles, chimie et physique pour les catastrophes industrielles), des aspects de sciences humaines (psychologie, urbanisme, économie). Elle connaît en aval des applications possibles en informatique (plan de continuité à la suite d'une catastrophe) ou dans la gestion de projets stratégiques complexes.

Les risques sont analysés comme portant une probabilité de réalisation binaire (« se réalise » ou « ne se réalise pas »). Il est ainsi possible de prévoir les enchaînements possibles avals de risques et donc de chiffrer l'allocation financière requise pour y remédier. On parle alors d'arbre des risques.

Il existe différentes façons d'évaluer et de quantifier les risques. Les principales techniques utilisées pour analyser les risques technologiques sont HAZOP, AMDEC, AMDE, HAZID, APR. L'évaluation quantitative des risques (QRA) est un peu plus singulière dans la façon d’exprimer et de représenter les résultats de l’analyse de risques. Son objectif est d’évaluer la probabilité de dommages causés par un accident potentiel.

La détermination du risques s'appuie sur plusieurs variables, d’une part la probabilité qu’un individu, à un emplacement donné, meure des effets de l’accident, qualifié de risque individuel et, d’autre part, la fraction de la population susceptible de mourir des effets de l’accident et la fréquence associée, qualifiées de risque sociétal.

Applications

La cindynique s'applique aux risques industriels (comme le risque nucléaire), aux risques naturels (incendies de forêt ou avalanches, par exemple), aux risques économiques, aux risques humains, urbains, etc.

Elle trouve également des applications dans certains grands projets informatiques.

La cindynique utilise souvent les notions d'évènement non souhaité (ENS) et d'effet pervers. Finalement, il s'agit de construire des méthodes de prévention et de les réviser continuellement grâce à un apprentissage par la catastrophe ou par l'accident.

Notes et références

  1. Georges-Yves Kervern. Une perspective historique et conceptuelle sur les sciences du danger : les cindyniques. Dans : Jean-Luc Wybo (dir.), Introduction aux cindyniques. Paris : Ed. Eska, 1998. (ISBN 978-2-86911-646-7)
  2. Georges-Yves Kervern, Jean-Luc Wybo. Le retour d'expérience de la gestion des crises : d'octobre 1986 a septembre 2001. Revue des Ingénieurs de l’École des Mines, 2002, p. 34-36 - https://hal-mines-paristech.archives-ouvertes.fr/hal-00550518/document
  3. Risques et menaces biologiques. Cahiers du CEREM. Octobre 2019, no 12. Centre d’Études et de Recherche de l’École Militaire. Disponible à l’adresse : https://www.irsem.fr/data/files/irsem/documents/document/file/1290/Cahier_du_cerem_n_12.pdf
  4. « Naissance de la cindynique Une science du risque », Le Monde, (lire en ligne)
  5. Kervern G.-Y & Boulenger P., Cindyniques, concepts et mode d'emploi, Paris, Economica, , 101 p. (ISBN 978-2-7178-5287-5)
  6. G. Jousse, Traité de riscologie - La science du risque, Imestra Éditions, 2009, 2015, 2e édit.
  7. « Cindynique », sur culture.fr
  8. Jean-Marie Fessler, Cindyniques et santé, Paris, Economica, (ISBN 978-2-7178-5656-9)
  9. Agence européenne de l'environnement (AEE), Late Lessons from Early Warnings no 2 ; 750 pages communiqué AEE intitulé L’AEE publie ‘Signaux précoces et leçons tardives, volume 2’, daté 23 janvier 2013, mis à jour 6 février 2013 et consulté 22 mars 2013
  10. Agence européenne de l'environnement (2001), Signaux précoces et leçons tardives, (Late Lessons from Early Warnings) ; Environmental issue report no 22/2001 ; Publié le 9 janvier 2002 et résumé

Voir aussi

Bibliographie

  • Georges-Yves Kervern et Patrick Rubise, L'Archipel du danger : introduction aux cindyniques, Paris, Economica, , 444 p. (ISBN 2-7178-2061-2)
  • Georges-Yves Kervern, Éléments fondamentaux des cindyniques, Paris, Economica, , 110 p. (ISBN 2-7178-2756-0)
  • Une pragmatique de la précaution : du rationnel au raisonnable, Les Cahiers du Groupe Épistémologie des Cindyniques, no 4, janvier 1998, Institut européen des cindyniques, Paris, 143 p.
  • Georges-Yves Kervern et Philippe Boulenger, Cindyniques : Concepts et modes d'emploi, Paris, Economica, coll. « Cindyniques – Sciences du danger », , 101 p. (ISBN 978-2-7178-5287-5)
  • Maryline Specht et Guy Planchette, Le défi des organisations face aux risques: Sciences humaines et cindyniques, Paris, Economica, , 256 p. (ISBN 978-2-7178-5762-7)
  • Jean-Marie Fessler, Cindyniques et Santé: Contribution des sciences du danger à la santé, Paris, Economica, , 160 p. (ISBN 978-2-7178-5656-9)
  • Jean-Luc Wybo, Introduction Aux Cindyniques, Paris, Éditions Eska, , 201 p. (ISBN 978-2-86911-646-7)
  • Bastien Soulé, Cindynique sportive : Une approche interdisciplinaire des accidents de sport, Paris, Economica, (ISBN 978-2-7178-5672-9)
  • Guide pour l’estimation des dommages matériels potentiels aux biens des tiers en cas d’accidents majeurs, Ministère de l'écologie et du développement durable, 42 p. (lire en ligne)
  • Ventroux, J., & Planchette, G . Mieux manager la complexité des méga-projets en intégrant une démarche Cindynique. Congrès Lambda Mu 21, «Maîtrise des risques et transformation numérique: opportunités et menaces». 2018 (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02071121/document)

Articles connexes

Liens externes

  • Portail des sciences
  • Portail de la production industrielle
  • Portail de l’environnement
  • Portail des risques majeurs
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Partage dans les Mêmes. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.