Alma Mahler

Alma Maria Mahler, née Schindler à Vienne le et morte à New York le , est une peintre et musicienne qui a composé des lieder.

Pour les articles homonymes, voir Mahler (homonymie).

Elle fut successivement l'épouse du compositeur Gustav Mahler, de l'architecte Walter Gropius et du romancier Franz Werfel.

Biographie

Fille du peintre paysagiste Emil Schindler et de la cantatrice Anna Bergen (1857-1938), Alma grandit à Vienne[1]. Parmi les amis de son père, on compte Gustav Klimt, à qui elle doit son « premier baiser » volé lors d'un voyage à Gênes en 1899[2].

Elle est généralement reconnue comme une femme ambitieuse. La lecture croisée du chapitre féroce d'Elias Canetti ("Trophées" dans Jeu de regard. Histoire d'une vie. 1931-1937.), du journal intime d'Alma (qui contient ses propres hésitations et aspirations) et de la somme d'Henry-Louis de La Grange, biographe de Mahler, permet de se faire une idée des tiraillements entre la légende et le caractère réel de la femme qu'on devine pas toujours facile à saisir.

Issue d'un milieu cultivé, musicienne, belle, intelligente, indépendante d'esprit, Alma est courtisée du Tout-Vienne. Elle fréquente quelques personnages éminents de la capitale, dont Klimt, le directeur de théâtre Max Burckhard et le compositeur Alexander von Zemlinsky. C'est en 1901, à une soirée chez Berta Zuckerkandl-Szeps (belle-sœur de Georges Clemenceau) qu'elle fait la connaissance de Gustav Mahler, alors directeur de l'Opéra de Vienne depuis 1897. Un an après ils se marient, le , à la Karlskirche de Vienne[3]. Alma et Gustav, de dix-neuf ans son aîné, mènent une vie de couple tumultueuse. Son charme naturel et sa vivacité transforment Mahler qui rencontre, grâce à elle, d'éminents artistes comme le poète dramatique Gerhart Hauptmann, les peintres Gustav Klimt et Koloman Moser ou le chef de file de l'avant-garde musicale viennoise, Arnold Schönberg.

Alma Mahler, Walter Gropius et leur fille Manon.

En épousant Mahler, il a été convenu qu'elle doit abandonner ses propres aspirations artistiques en musique et en peinture. Frustrée, souvent sacrifiée au travail d'un mari distrait et exigeant, Alma succombe au charme de l'architecte Walter Gropius, avec lequel elle s'engage dans une relation extra-conjugale[4]. Mais le divorce est exclu. En raison de l'échec de leur relation conjugale que Mahler attribue à son âge, il consulte Sigmund Freud, le 27 août 1910 à Leyde, aux Pays-Bas, et s'entretient avec lui durant quatre heures lors d'une conversation-promenade[5]. « Votre femme cherche son père dans l'homme qu'elle aime, vous êtes celui-là », lui dit-il[6]. L'entretien semble avoir été d'un certain secours au compositeur qui écrit à sa femme « …Suis joyeux. Conversation intéressante… »[7]. De fait, Mahler recouvre « sa capacité d'amour » pour Alma durant les derniers mois de sa vie[7].

Alma a deux enfants avec Mahler, Maria (1902-1907), qui meurt des suites de la scarlatine compliquée d'une diphtérie, et Anna (1904-1988) qui deviendra sculptrice après avoir été l'élève de Giorgio de Chirico, à Rome[8].

À la mort de Mahler, en 1911, d'une endocardite, une maladie du cœur rare, Alma, jeune veuve riche, est engagée, en novembre de la même année, comme assistante par le biologiste autrichien Paul Kammerer, qui devint son amant. Mais leur relation prend fin au printemps 1912. Pendant deux ans, Alma est la maîtresse de l'écrivain et peintre Oskar Kokoschka, qui, pour représenter leur amour, réalise la toile La Fiancée du vent. Effrayée par la passion qu'elle suscite en lui, Alma rompt avec Kokoschka, qui part pour Berlin.

Alma, qui, dans le même temps, fréquentait toujours Gropius, l'épouse le à Berlin, et de leur union naît Manon, en 1916. Cette dernière meurt de la poliomyélite en 1935, à l'âge de 18 ans. Le compositeur Alban Berg, grand ami d'Alma et qui aimait beaucoup Manon, lui dédie le Concerto à la mémoire d'un ange. Dès 1919, Alma vit avec le romancier Franz Werfel. Enceinte de lui (elle a quarante ans), alors qu'elle est toujours mariée avec Gropius, elle divorce en 1920, mais leur enfant, Martin Carl Johannes, naît prématurément et meurt à dix mois. Elle épouse Werfel en [9].

En 1938, Alma et Werfel fuient l'Anschluss et se réfugient en France, où ils trouvent asile auprès d'autres intellectuels exilés à Sanary-sur-Mer, dans le Var, (Exil en paradis, artistes et écrivains sur la Riviera (1933-1945), Manfred Flügge). Mais l'invasion et l'occupation de la France par les Allemands en 1940 les contraignent de nouveau à fuir avec l'aide du journaliste américain Varian Fry installé à Marseille. Ils franchissent à pied les Pyrénées pour se rendre en Espagne puis au Portugal d'où ils embarquent pour les États-Unis.

Ils s'installent à Los Angeles, où Werfel connaît le succès lorsque Le Chant de Bernadette est adapté au cinéma, avec notamment Jennifer Jones. Erich Wolfgang Korngold lui dédie son Concerto pour violon en 1945, date de la mort de Werfel. Alma, désormais surnommée la « veuve des quatre arts », retourne à New York. Elle devient citoyenne américaine en 1946. Elle devient une actrice majeure de la vie culturelle new-yorkaise. Elle est présente lors des répétitions de Leonard Bernstein[10], grand admirateur de la musique de Gustav Malher, ainsi qu'il l'a signalé dans son cours de 1973 à la chaire Charles Eliot Norton d'Harvard. Benjamin Britten considère qu'elle est un "lien vivant" entre Malher et Alban Berg et lui dédie son morceau Nocturne for Tenor and Small Orchestra[11].

Elle meurt le , à l'âge de 85 ans.

L'histoire de sa vie a été adaptée au cinéma dans le film de Bruce Beresford, Alma, la fiancée du vent. Elle a également été l'objet d'un best-seller de Françoise Giroud (Alma Mahler, ou l'art d'être aimée). Il est à noter que sa présence dans l'imaginaire public est davantage liée aux rencontres de sa vie amoureuse qu'à ses œuvres - ce dernier ouvrage refuse explicitement, par exemple, de parler de sa musique[12].

L'œuvre

Peintre, Alma Schindler commence des études de composition avec Alexander von Zemlinsky en 1900. Mais elle n'est artistiquement productive que durant sa jeunesse. Elle compose quelques lieder et des pièces instrumentales, tout en commençant à travailler sur un opéra.

Les cinq lieder de 1910

Les quatre lieder de 1915

Les cinq lieder de 1924

  • Hymne, (Novalis) ;
  • Ekstase, (Otto Julius Bierbaum) ;
  • Der Erkennende, (Franz Werfel) ;
  • Lobgesang, (Richard Dehmel) ;
  • Hymne an die Nacht, (Novalis).

Publications posthumes

En 2000, deux nouveaux lieder sont publiés[13] :

  • Kennst du meine Nächte, (Leo Greiner) ;
  • Leise weht ein erstes Blühn, (Rainer Maria Rilke).

Elle aurait composé une centaine de lieder qui restent encore inédits.

Sa musique connaît un regain d'enregistrements, mais toujours sur la base des quatorze à seize lieders publiés ; elle n'est en revanche que très rarement programmée en concert.

Notes et références

  1. Catherine Sauvat, Alma Mahler, Payot, , p. 28.
  2. François Blondel, Gustav Klimt (1862-1918), entre femmes et paysages, VisiMuZ Editions, , p. 47.
  3. Catherine Sauvat, Alma Mahler, Payot, , p. 120.
  4. Catherine Sauvat, Alma Mahler, Payot, , p. 138.
  5. (en-GB) « Mahler Foundation - Meeting with Freud », sur Mahler Foundation (consulté le )
  6. Henry-Louis de La Grange, Gustav Mahler. Chronique d'une vie. III Le Génie foudroyé 1907-1911, Fayard, 1984
  7. Gustav Mahler, Lettres à Alma, Van de Velde, 1979, traduction de M. et R. d’Asfeld
  8. http://www.musicologie.org/Biographies/s/schindler_alma.html
  9. Catherine Sauvat, Alma Mahler, Payot, , p. 178.
  10. Elle est photographiée lors de ces répétitions par Alfrend Eisenstaedt. Voir par exemple le blog Euterpe
  11. Françoise Giroud, Alma Mahler ou l’art d’être aimée, Paris, Laffont,
  12. « L'art n'y a peut-être rien perdu de majeur, comment savoir ? La plupart de ses œuvres ont disparu. Mais ce n'est pas la question. » Cité par : Danielle Roster in Die großen Komponistinnen, Insel Verlag, Frankfurt-sur-le-Main 1998 (ISBN 3-458-33816-0). Traduit en français par Denise Modigliani comme : Les Femmes et la création musicale. Éditions l'Harmattan, Paris 1998 (ISBN 2-7384-6565-X).
  13. Susan M. Filler, Hildegard Publ. Comp., Bryn Mawr, États-Unis

Bibliographie

  • Guide de la mélodie et du Lied, sous la direction de Brigitte François-Sappey et Gilles Cantagrel, Fayard, 1994.
  • Henry-Louis de La Grange, Gustav Mahler. Chronique d'une vie. I Vers la Gloire 1860-1900. Fayard, 1979.
  • Henry-Louis de La Grange : Gustav Mahler. Chronique d'une vie. II L'âge d'Or de Vienne 1900-1907. Fayard, 1983.
  • Henry-Louis de La Grange : Gustav Mahler. Chronique d'une vie. III Le Génie foudroyé 1907-1911. Fayard, 1984.
  • Gustav Mahler : Lettres à Alma, traduction de M. et R. d’Asfeld, Van de Velde, 1979.
  • Alma Mahler-Werfel : Gustav Mahler − Mémoires et correspondance, traduit par Nathalie Godard, Lattès, 1980.
  • Alma Schindler-Mahler : Ma vie, traduction Gilberte Marchegay, Hachette, 1985.
  • Karen Monson : Alma Mahler, muse de tous les génies, Buchet-Chastel, 1985.
  • Françoise Giroud : Alma Mahler ou l’art d’être aimée, Laffont, 1985.
  • Françoise Lalande : Alma Mahler, Actes Sud, 1989.
  • Catherine Sauvat : Alma Mahler − Et il me faudra toujours mentir, Payot & Rivages, 2009.
  • Alma Mahler-Werfel : Journal intime, Suites 1898-1902, traduction Alexis Tautou, Payot & Rivages, 2010.
  • Agnès Boucher : Comment exister aux côtés d'un génie, Fanny Mendelssohn, Clara Schumann, Alma Mahler et les autres, L'Harmattan, 2012 (ISBN 978-2-296-96153-1)
  • Agnès Boucher : Alma Mahler, naissance d'une ogresse, L'Harmattan, 2013 (ISBN 978-2-343-01208-7)

Liens externes

  • Portail de la peinture
  • Portail de la musique classique
  • Portail de l'Autriche
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Partage dans les Mêmes. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.