Lodi Gyari Rinpoché

Lodi Gyari, Lodi Gyaltsen Gyari, Lodi Gyari Rinpoché ou Kasur Lodi Gyari, né à Nyarong au Tibet oriental le et mort le à San Francisco en Californie, est un homme politique tibétain.

Exilé en Inde depuis 1959, il a été l'envoyé spécial du 14e Dalaï Lama aux États-Unis et le président de l’International Campaign for Tibet.

Biographie

Lodi Gyari est né en 1949 à Nyarong dans le Tibet oriental où il est reconnu comme un tulkou[1].

Lodi Gyari Rinpoché est le fils de Gyari Nyima Gyaltsen, administrateur de la région de Nyarong dans le Kham[2]. Dans les années 1950, son père Gyari Nyima Gyaltsen et son grand-père Gyari Dorje Namgyal sont placés en résidence surveillée. Son grand-père meurt en détention durant l’automne 1955[3]. À la suite d'une révolte menée par Dorje Yudon, femme de Gyari Nyima, les Chinois décident de libérer son époux, mais annoncent qu'il s'est échappé[4].

Pema Gyalpo Gyari est son frère, et Dolma Gyari sa sœur.

Exil en Inde

Lodi Gyari, deuxième à partir de la gauche, avec les fondateurs du Tibetan Youth Congress, 1970 en Inde.
Le dalaï-lama arrivant à l’aéroport de Kloten à Zurich en octobre 1973. Gyari est en arrière plan, à gauche.

En 1959, il s'exile avec sa famille en Inde. Initialement partisan de la résistance armée, Lodi Gyari est choisi pour être formé en tant que traducteur pour les combattants de la résistance formés aux États-Unis. Au lieu de cela, il a utilisé l’anglais pour éditer la première publication tibétaine en anglais, la Tibetan Review[5],[6],[7], ce qui l’a entraîné dans la politique du gouvernement tibétain en exil[5].

Comprenant l’importance de faire connaître au monde la lutte des Tibétains, il devient rédacteur en chef de l’hebdomadaire en langue tibétaine Tibetan Freedom Press et l’un des membres-fondateurs du mensuel en langue anglaise Tibetan Review[8],[9],[7]. Selon Tinley Nyandak, journaliste de Voice of America (VOA), l'« avocat de la résistance armée » qu'était Lodi Gyari avait été choisi pour être formé en tant que traducteur pour les combattants de la résistance entraînés aux États-Unis. Au lieu de cela, il avait utilisé l’anglais pour éditer la première publication tibétaine en anglais, la Tibetan Review[10].

Selon Matt Schudel, en 1970, il a été un des traducteurs pour les combattants tibétains s'entraînant aux États-Unis, dans le cadre du programme tibétain de la CIA[11],[12][pertinence contestée]

En 1970, Lodi Gyari est un des membres fondateurs du Congrès de la jeunesse tibétaine (TYC) dont il est élu président en 1975[13],[12].

En 1973, il se rend en Suisse quand le dalaï-lama effectue son premier voyage en Europe, et assiste à ses conférences publiques où il parle comme toujours de responsabilité universelle, de compassion et de bonté. Lodi Gyari va le trouver pour lui demander de parler du Tibet. Le dalaï-lama lui explique que les personnes auxquels ils s'adressent ont d'autres problèmes à l'esprit, et il ne veut pas leur ajouter un poids qu'il doit assumer[14].

Président de la 7e Assemblée tibétaine

Le dalaï-lama entouré de Lodi Gyari et Losang Thonden (en) et d'autres Tibétains après une conférence sur l'éducation pour la langue et la littérature tibétaine à Dharamsala en 1980.

En 1979, il est élu au Parlement tibétain en exil. Alors âgé de 30 ans, il est le plus jeune président élu du Parlement pour la 7e Assemblée tibétaine[15],[16].

En tant que président de l'Assemblée tibétaine[17], Gyari se rend en Chine en 1982 (du au avec Phuntsok Tashi Takla et Juchen Thupten Namgyal[18]) puis en 1984 (du au avec la même délégation[18]) comme l'un des trois membres d'une délégation de haut niveau chargée de pourparlers exploratoires[19].

Ministre des Affaires étrangères du gouvernement tibétain en exil

Le Président George H. W. Bush avec Lodi Gyari, Tenzin Namgyal Tethong et le dalaï-lama le 16 avril 1991 à la Maison Blanche.

En 1988, il est ministre du département de l'information et des relations internationales, le ministère des Affaires étrangères du gouvernement tibétain en exil[20].

Il est un des six membres de la délégation tibétaine, avec Tashi Wangdi, Alak Jigme Lhundup, Wangdue Dorjee, Sonam Topgyal et Lhamo Tsering, qui devait débuter en des négociations sur l'avenir du statut du Tibet avec les officiels chinois à Genève en Suisse[21]. La Chine refusa cependant cette proposition, mettant en avant que des membres de la délégation sont liés au gouvernement tibétain en exil qu'elle ne reconnaît pas[22].

Après la répression des manifestations de la place Tian'anmen en 1989 où plusieurs centaines d'étudiants furent tués[23], le dalaï-lama lui demande de rédiger avec Tenzin Geyche Tethong une déclaration soutenant les étudiants, au nom de la démocratie et des droits de l'homme et rejetant la violence[23], compromettant[23] ainsi les efforts diplomatiques de Gyari pour renouer le dialogue avec les autorités chinoises. Il apprend plus tard que Deng Xiaoping l'a pris personnellement et n'a jamais pardonné au dalaï-lama cette déclaration[24].

Dans les années 1980 et 1990, Gyari dirige une initiative Tibétaine aux Nations unies. Son équipe et lui contribuent à réintroduire la question du Tibet aux Nations unies après 25 ans de silence lorsque la Sous-Commission de la prévention des discriminations et de la protection des minorités des Nations unies adopte la résolution des Nations Unies sur le Tibet en août 1991[19].

Installation aux États-Unis

Le dalaï-lama, Lodi Gyari, Al Gore et Bill Clinton à Washington en avril 1993

En 1991, Lodi Gyari s’installe aux États-Unis en tant qu'envoyé spécial du 14e Dalaï Lama et est peu après choisi comme président de l'association Campagne internationale pour le Tibet[25],[26].

En 1999, Lodi Gyari devient citoyen américain[26].

Gyari a longtemps résidé à Washington. Selon le gouvernement tibétain en exil, il a joué un rôle déterminant dans l'adoption du Tibet Policy Act en 2002 par le Congrès. La loi guide l'objectif de la politique américaine sur le Tibet, encourageant le dialogue sino-tibétain et la protection de l'identité culturelle tibétaine[6].

Rôle dans le dialogue du gouvernement tibétain en exil avec la Chine de 2002 à 2010

Lodi Gyari est, avec Kelsang Gyaltsen, l'un des émissaires du 14e dalaï-lama engagé dans une série de dialogue avec la Chine ayant pour but d'entamer des négociations sur le futur statut du Tibet[27]. Du au , Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, se rendent en Chine pour leur 6e visite de discussions sur le Tibet dont la première a eu lieu en 2002. Lodi Gyari a donné une interview quelques mois auparavant[28].

La 7e rencontre se tient le à Shenzhen dans la province de Guangdong (Canton), dix mois après la précédente visite, et pour la première fois après les troubles au Tibet, qui ont eu lieu cette même année[29].

Les émissaires du dalaï-lama s'entretiennent avec lui, avant de donner une conférence de presse[30],[31].

Lodi Gyari affirme le à la Asia Society à New York que « si le problème n'est pas résolu, alors j'ai peur qu’une partie des Tibétains recourra à la violence ». Le Dalaï Lama propose d'accepter un rôle pour le Parti communiste et le socialisme dans les secteurs tibétains, une idée qui n'est pas populaire parmi les Tibétains à cause de ressentiments. « Mais quand le Dalaï Lama fait une telle déclaration, il n’y a pas de forte opposition à cela. Ceci montre clairement la force et la profondeur de la vénération [pour le Dalaï Lama]. Si les Chinois souhaitent trouver une solution, c’est le moment, parce qu'ils ont une personne avec qui ils peuvent s’entendre ». Lodi Gyari présente des idées sur la façon dont les Tibétains voient l'autonomie lors du huitième round de discussion[32].

Le , Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen démissionnent de leur rôle de représentants du dalaï-lama dans les discussions avec le gouvernement chinois, invoquant leur « frustration » liée à l’absence de réponse positive des autorités chinoises et à la façon dont la Chine gère la région où se produisent les immolations de Tibétains[33].

Professeur

Après avoir pris sa retraite en 2014, Gyari devient chercheur universitaire dans le programme d'études sur les sciences asiatiques de l'Université de Georgetown et chercheur principal non résident pour le programme de politique étrangère de Brookings Institution. Gyari consacre la fin de sa vie à la rédaction de ses mémoires[19].

Dans un entretien en 2014, Gyari déclare rester optimiste malgré des décennies de négociations infructueuses avec les Chinois. Xi Zhongxun, le père du dirigeant actuel de la Chine, Xi Jinping, a rencontré le dalaï-lama dans les années 1950, et le dirigeant tibétain lui a offert une montre de luxe qu'il a montrée à Gyari lors de leur réunion de 1982. Ce dernier espère que Xi Jinping a hérité de l'affinité de son père pour le Tibet[6].

Il a cependant mis en garde la Chine si elle refusait le retour du dalaï-lama au Tibet de son vivant[34].

Prix

Le , une résolution du Sénat des États-Unis rendant hommage aux contributions de Lodi Gyaltsen Gyari en tant qu'envoyé spécial du dalaï-lama et à la promotion des droits légitimes et des aspirations du peuple tibétain est adoptée[26].

Mort

Lodi Gyari Rinpoché meurt le à San Francisco en Californie à l'âge de 69 ans[35]. Son corps doit être transporté au monastère de Mindroling en Inde pour des cérémonies funéraires[36].

Gyari laisse derrière lui son épouse, Dawa Chokyi, leurs six enfants, Tenzing Dechen, Tenzing Choyang, Norbu Wangmo, Tashi Chodon, Tulku Penam et Tenzing Tsering, cinq petits-enfants, sa mère, ainsi que quatre frères et trois sœurs[19].

Notes et références

  1. (en) Lodi Gyari Rinpoche (rigpawiki.org)
  2. (en) Lhasa Apso and Tibetan Culture.
  3. Ama Adhe, Ama Adhe voix de la mémoire, du Tibet libre à l'exil, propos recueillis par Joy Blakeslee, préface du Dalaï Lama, 1999, Éditeur Dangles, (ISBN 978-2-7033-0490-6), p. 83, (en) Adhe Tapontsang, Joy Blakeslee, The Voice that Remembers: One Woman's Historic Fight to Free Tibet, in particular p.56 .
  4. (en) Carole McGranahan, Narrative Dispossession: Tibet and the Gendered Logics of Historical Possibility , Comparative Studies in Society and History, 2010;52(4):768–797.
  5. (en) Tinley Nyandak, Lodi Gyaltsen Gyari, Advocate for Tibet, Nonviolence, Dies at 69, VOA, 1er novembre 2018
  6. (en) Austin Ramzy, « Lodi Gyari, Top Envoy for the Dalai Lama, Dies at 69 », sur New York Times,
  7. (en) Austin Ramzy, « Lodi Gyari, Top Envoy for the Dalai Lama, Dies at 69 », sur New York Times,  : « He became active in the cause of Tibetan independence as a young man in exile in India, and at one point was recruited to work as a translator for a C.I.A. effort to train Tibetan fighters. But he went into journalism instead, editing a Tibetan-language newspaper and then an English-language publication that became The Tibetan Review. »
  8. (fr) Tibetan Review
  9. (en) « Tibet : status of the SinoTibetan dialogue : hearing », DIANE Publishing, (ISBN 1422323943), p. 11
  10. Tinley Nyandak, op. cit. : « An advocate of armed resistance, Gyari was selected to be educated as a translator for the resistance fighters being trained in the United States. Instead, he used English to edit the first English-language Tibetan publication, which is now the Tibetan Review, a position that drew him into the politics of Tibet’s government in exile. »
  11. (en) Carl Gershman, « The fate of freedom in Tibet hinges on democracy in China », sur The Washington Post,  : « Earlier in his career, when he was an interpreter for the Tibetan resistance fighters training in the United States and helped found the Tibetan Youth Congress, Gyari was committed to the struggle for Tibetan independence. »
  12. (en) Matt Schudel, « Lodi Gyari: ‘Reincarnated lama’ who sought political and cultural autonomy for the Tibetan people », sur The Independent : « In 1970[...]Gyari, who became a skilled English language writer and speaker, was a translator for Tibetan resistance fighters training in the United States »
  13. (en) Tenzin Dharpo, Gyari Rinpoche passes away aged 69, Phayul.com, 30 octobre 2018
  14. Dalai Lama, Victor Chan, The Wisdom Of Forgiveness, p. 34-35
  15. Lodi Gyaltsen Gyari
  16. (en) « "The Tibetan National Emblem" - International Network of Parliamentarians » (version du 21 septembre 2013 sur l'Internet Archive)
  17. (en) Tsering Wangyal, Sino-Tibetan Negotiations since 1959 in Resistance and Reform in Tibet, Robert Barnett, Shirin Akiner, 1994, p. 205
  18. (en) Dawa Norbu, China's Tibet Policy, p. 325
  19. (en) Tenzin Saldon, CTA mourns demise of true Tibetan patriot Kasur Gyari Lodi Gyaltsen, ACT, 30 octobre 2018
  20. Lodi Gyaltsen Gyari, tibetanwhoswho.wordpress.com
  21. News-Tibet, 1988 : "The Tibetan Government in-exile announced on Oct. 25 that it had proposed to hold the first round of talks with Chinese officials on the future status of Tibet next January in Geneva, Switzerland. ... The Tibetan proposal for the Geneva talks was presented to a senior councilor of the Chinese Embassy in New Delhi on Oct. 25, 1988 by ... The delegation includes three cabinet ministers headed by Kalon Tashi Wangdi. The other two are: Kalon Lodi G. Gyari and Kalon Jigme Lhundup who have been promoted to Kalons from their deputy positions in November 1988. The three other members are: Wangdu Dorjee, a former Cabinet Minister; Sonam Topgyal, General Secretary of the Office of Information and International Relations and Lhamo Tsering, former Additional General Secretary of the Security Office ..."
  22. Pierre-Antoine Donnet, Tibet mort ou vif, p. 283
  23. (en) Sander Tideman, https://books.google.fr/books?id=kqo0DwAAQBAJ&pg=PT112 Business as an Instrument for Societal Change: In Conversation with the Dalai Lama], Routledge, 2017, (ISBN 1351284584 et 9781351284585), p. 112
  24. Dalai Lama, Victor Chan, The Wisdom Of Forgiveness, p. 54-55. Voir aussi la traduction de l'ouvrage en français, Savoir pardonner, p. 73 : « « Votre Sainteté, vous êtes consciente, bien entendu, que notre effort de négociation va en pâtir, peut-être pendant très longtemps. » [...] « Oui, c'est vrai, vous avez votre avis. Mais si je ne m'exprime pas maintenant, je n'aurai plus aucun droit, du point de vue moral de m'exprimer sur la liberté et la démocratie. Ces jeunes gens ne demandent rien de plus, rien de moins que ce que je demande moi-même. Et si je ne peux pas parler pour eux ... » Lodi hésitait, fouillant dans sa mémoire pour y trouver le mot juste. « ... j'aurai honte à l'avenir de parler de liberté et de démocratie. » ».
  25. (en) « Lodi Gyaltsen Gyari », International Campaign for Tibet
  26. Senate Resolution 557 of 2012, congress.gov
  27. (en) « Statement on Sino-Tibetan Dialogue by Envoys of His Holiness the Dalai Lama »
  28. (en) « All Tibetan people should be under one single administration: Lodi Gyari »
  29. « Les négociateurs chinois et tibétains ne parviennent à aucun résultat », Le Monde.,
  30. (en) « Envoys will brief His Holiness the Dalai Lama on 7 May »
  31. (en) Lodi Gyari’s Statement on the Recent Talks
  32. (en) « Special Envoy Fears Possible Violence if Talks Fail », site internet Phayul.com
  33. « Deux négociateurs tibétains démissionnent », AP, 4 juin 2012
  34. Gyari Lodi Gyaltsen Rinpoche - A Photo Feature Story YouTube, TibetTV, 4 novembre 2018 : "If China refuses His Holiness to return to Tibet in his lifetime, and if His Holiness passes away in exile the Tibetan people will not forget it for centuries. This pain will not simply remain dormant in their hearts. The pain will burst out. Once this happens, no one can predict what will happen!"
  35. (en) Craig Lewis, « Former Special Envoy to the Dalai Lama Lodi Gyari Rinpoche Passes Away », sur Buddhistdoor Global, (consulté le )
  36. Dalai Lama’s Top Diplomat Lodi Gyari Dies at 69, RFA, 30 octobre 2018

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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