Idris Ier

Idris Ier ou Idriss Ier (arabe : إدريس بن عبد الله الكامل (Idrīss ibn ʿAbdallah al-Kamil), berbère : ⴷⵔⵉⵙ ⵓ ⵄⴱⴷⵍⵍⴰⵀ ⵍⴽⴰⵎⵉⵍ (Driss u ʿAbdellah Lkamil)) ou Moulay Idriss, né en 743 à La Mecque et mort en mai ou juin 791[1] à Volubilis[2], est une personnalité historique d'origine arabe, fondateur des villes de Fès, de Moulay Idriss ainsi que de l'imamat idrisside, communément considéré comme le premier État marocain[3], sur lequel il a régné de 788 à 791. Il est l'arrière petit-fils du calife Ali et de Fatima, fille de Mahomet.

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La tradition marocaine

Idrîss Ier contesta le droit des Abbassides à exercer le pouvoir sur la terre de l'islam et entra en conflit avec eux. Mais il fut battu à la bataille de Fakh près de La Mecque en 786 (h. 169). Il réussit à s'échapper avec son compagnon Rachid[4], gagna La Mecque puis s'enfuit au Maroc en 786 pour éviter que les Abbassides massacrent sa famille.

Il fut accueilli en 788 par la tribu berbère des Awraba, dans la région de Walili (Volubilis), près de l'actuelle Meknès. Après une période de trois ans pendant laquelle il régna et consolida son pouvoir sur une petite partie du Maroc et conquit la ville de Tlemcen. Le calife abbasside Haroun Al-Rachid, furieux de ce succès et craignant une expansion du royaume idrisside en direction de son empire, décida d'envoyer un alchimiste dénommé Souleiman ibn Jarir Ash-Shamakh avec mission de le tuer. En 791 (175 de l'hégire), Souleyman réussit à l'empoisonner. Le roi mourut en laissant sa femme Kenza al-Awrabiya enceinte. Son fils posthume, Idriss II, né deux mois plus tard, accéda au trône à l'âge de 11 ans.

Le tombeau d'Idriss Ier se trouve à Moulay Idriss Zerhoun, petite ville à flanc de montagne près des ruines de Volubilis. Il est toujours l'objet d'un pèlerinage fréquenté et d'un moussem (fête votive annuelle) particulièrement important.

Titulature

Au Maroc, il est appelé « Moulay Idriss al-Akbar », fils de Mawlâna `abd Allah al-Kâmil « le Parfait », fils d'al-Hassan « al-Mothana », fils d'al-Hassan « es-Sabt », fils de Ali ibn Abi Talib et de Fatima Zahra, fille de Mahomet. Il fait partie des Ahl al-bayt.

Histoire

Ruines de Volubilis avec, en arrière-plan (la tache blanche), la ville de Moulay Idriss Zerhoun où est enterré Idrîs Ier.

Idrîss Ier est le fondateur de la ville de Fès qui deviendra la capitale du royaume sous le règne du fils et successeur Idriss II. Il s'est fait reconnaître comme roi par la tribu berbère des Awraba qui vit autour de Volubilis, une ville romaine.

Il lança ensuite plusieurs expéditions militaires[réf. nécessaire] au nord, au sud et à l'est du Maroc. Ces expéditions permirent d'unifier pour la première fois la majorité des tribus berbères vivant au Maroc et d'élargir les frontières du royaume. Les sources les plus anciennes ne mentionnent que les expéditions à Taza et à Tlemcen. Des sources tardives mentionnent des expéditions vers le Tamesna et vers le Fazaz, peuplé de païens, de juifs et de chrétiens[5].

Rachid

Rachid était un esclave affranchi d'Idrîss[réf. souhaitée] qui l'avait protégé et accompagné dans son exil depuis Bagdad jusqu'au Maroc. Il a exercé une sorte de régence avec Abû Khalil al-`Abdîy. Deux mois après la mort d'Idriss Ier, son épouse, Kenza al-Awrabiya, mit au monde un garçon qui reçut le nom d'Idrîss en 791. Il grandit sous la protection de Rachid, de sa mère et des Berbères qui voyaient en lui le porteur de la baraka du prophète. Les Abbassides propagèrent la rumeur qu'Idriss II était en réalité le fils de Rachid, né quinze mois après la mort de son père[6]. Rachid prit le pouvoir après la mort d'Idrîss Ier en attendant la majorité d'Idriss II, qui est le successeur de la dynastie idrisside. Rachid frappa même des pièces de monnaie en son nom dans la ville de Volubilis.

Religion

Si les premiers textes le concernant mentionnent à son propos une confession mutazilite ou chiite, Idriss semble avoir plutôt été zaïdite, une branche hétérodoxe du chiisme[7] reconnaissant les califats d'Abu-Bakr, d'Omar et d'Othman. Mais à la suite du chroniqueur Sulaymân al-Nawfali — un auteur du Xe siècle abondamment cité par l'historien Al-Bakri — qui le premier a tenté de gommer cet aspect « hérétique » des premiers Idrissides, la tradition l'a progressivement rattaché à la confession sunnite[8].

Notes et références

  1. suivant Tabari, cf. (en) Tabari (trad. C. E. Borsworth), The History of al-Tabari Vol. 30 : The 'Abbasid Caliphate in Equilibrium, State Univesity of New York Press, , p. 29.
  2. Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique sẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill, , p. 25.
  3. (en) David M. Hart, « Moroccan dynastic shurfa’‐hood in two historical contexts : Idrisid cult and ‘Alawid power », The Journal of North African Studies, vol. 6, no 2, , p. 82-94.
  4. arabe : rāšid, راشد.
  5. Brignon et Amine, Histoire du Maroc.
  6. Ibn Khaldûn Le livre des Exemples, tome I, Gallimard, (ISBN 2-07-011425-2), page 32.
  7. (en) Abdallah Laroui, The History of the Maghrib : An Interpretive Essay, Princeton University Press, , p. 109-110.
  8. Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique sẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill, , p. 24, 46.

Annexes

Article connexe

Bibliographie

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Chafik T. Benchekroun, « Les Idrissides : L’histoire contre son histoire », Al-Masaq: Journal of the Medieval Mediterranean, vol. 23, no 3, , p. 171-188.
  • Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique sẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill, (lire en ligne).
  • « Idris Ier (788-791) », Encyclopédie berbère, vol. 24, Édisud, 2001, p. 3633-3635 (lire en ligne).
  • Jean Brignon, Abdelazziz Amine et alii, Histoire du Maroc, coédition Hatier-Paris et Librairie nationale-Casablanca, 1968, page 61.
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, édition originale 1931, réédition Payot, Paris, 1994.

Liens externes

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