Appel du 10 juillet 1940

L'Appel du est un texte du Parti communiste français (PCF), intitulé Peuple de France, rédigé aux alentours du par Jacques Duclos, signé Thorez-Duclos et distribué à partir de la fin [1].

Plaque commémorative à Bobigny reprenant des extraits de l'appel : « La France veut vivre libre et indépendante » « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves »

Dans les années 1950, le Parti communiste français fabriquera une fausse Humanité clandestine datée du contenant une version remaniée du premier texte.

Contexte

Le , l'URSS signe le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression (et secrètement de partage de l'Europe centrale) avec l'Allemagne nazie, faisant suite aux accords de Munich entre le Reich, la France, et le Royaume-Uni, menant au démantèlement de la Tchécoslovaquie, et à l'échec du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle en vue d'une éventuelle défense face à l'Allemagne nazie. Un tiers des députés se désolidarise de la nouvelle ligne de condamnation de la « guerre impérialiste » dictée par le Komintern, mais la direction suit les directives de Moscou[2].

Le gouvernement Daladier, estimant que les communistes découragent l'effort de guerre, interdit la presse communiste le . Les députés restant votent à l'Assemblée les crédits de guerre le [2], mais le Parti communiste (SFIC) est ensuite interdit par un décret-loi du . Les 43 députés restés fidèles à la ligne du parti fondent le Groupe ouvrier et paysan français à la Chambre des députés[3]. Ces députés sont toutefois arrêtés le , déchus de leur mandat le , puis condamnés à des peines allant de quatre ans de prison avec sursis à cinq ans de prison ferme[4]. Certains parlementaires vivent dans la clandestinité en France ou sont emprisonnés. Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, mobilisé, déserte l'armée française en , et se réfugie en Belgique, où est reconstituée la direction du PCF, désormais clandestin.

En , des militants suivis de près par Jacques Duclos et Maurice Thorez[5],[6] demandent aux autorités allemandes l'autorisation de faire reparaître légalement L'Humanité. En dépit des promesses obtenues par les Allemands, l'autorisation n'est pas accordée.

Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain, alors président du Conseil[7].

Contenu de l'appel

Rue du à Vitry-sur-Seine.

Selon Raymond Dallidet (dit Raph), chargé d'organiser le service d'impression clandestin des publications communistes[8], le tract aurait été tiré à 600 000 exemplaires par l’imprimeur Roger Tirand[9] , ancien maire des Molières, en Seine-et-Oise, et distribué clandestinement à travers le pays[10],[7].

Ce texte a souvent été cité comme témoignant de l’engagement précoce du PCF dans la Résistance. De fait, il prend à partie « la clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre », à cause de laquelle « la moitié du territoire français subit l'occupation allemande ». Il affirme plus d'une dizaine de fois « la volonté d'indépendance de tout un peuple » (souligné dans le texte), la volonté de la France de « vivre libre et indépendante » (souligné dans le texte), son refus de devenir « une sorte de peuple colonisé ». Plus généralement, le texte pose en principe son refus de toute « oppression d'un peuple par un autre peuple » : « Il n’y a de paix véritable que dans l’indépendance des Peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance (souligné dans le texte), proclament aussi le droit à l’indépendance des Peuples coloniaux asservis par les impérialistes ».

Selon Emmanuel d'Astier, « à aucun moment » le contenu du tract ne viserait à résister contre les Allemands[11]. D'après la lecture de d'Astier, il dénoncerait exclusivement les « gouvernements indignes » qui ont voulu la guerre contre l’Allemagne et qui sont responsables de la défaite et de l’occupation (la condamnation d'une "occupation allemande" contraire à l'exigence de liberté prêtée au peuple français est cependant bien présente dès cet appel du ) ; il évoque « la France enchaînée au char » non pas seulement de l’Allemagne hitlérienne mais aussi « de l’impérialisme britannique » ; il vilipende « les aventuriers de Vichy », « le Parti de Blum et de Paul Faure », « les Princes de l’Église », « ces Messieurs du gouvernement de Vichy », les « fauteurs et profiteurs de guerre » ainsi que Pétain, Laval et « la dictature des forbans ». Il entre en cohérence avec les présupposés qui avaient conduit à la signature du « Pacte germano-soviétique », pacte expressément nommé et invoqué. Il exige que les députés et sénateurs communistes, déchus et emprisonnés par Daladier à cause de leur approbation du Pacte germano-soviétique (), soient libérés et rétablis dans leurs droits et fonctions et aussi que reparaisse la presse du Parti communiste. De fait, au moment de la rédaction de l'appel, des représentants du Parti négocient avec les autorités allemandes la reparution légale de l’Humanité. Pour Stéphane Courtois, la formule frontiste développée dans le texte préfigure celle que le PCF adoptera au printemps 1941[1].

Le tract est signé « au nom du Comité Central du Parti Communiste Français » à la fois par Maurice Thorez, Secrétaire général (qui se trouvait alors en URSS), et Jacques Duclos, Secrétaire (qui résidait dans la clandestinité près de Paris).

Postérité et remaniement du texte après la guerre

L'historien Rémi Dalisson relève que dès 1946, « les commémorations opposent bien deux mémoires antagonistes et la commémoration de l'appel du 10 juillet 1940 par le Parti communiste français (PCF) devient une « anti-commémoration » du 18 juin 1940 »[12].

Dans les années d'après-guerre, afin de graver dans le marbre et dater un appel qui pouvait être mis en parallèle avec l’appel du , le PCF a fabriqué une fausse Humanité clandestine datée du , en réagençant certains passages du texte Peuple de France sous le titre Appel du [13].

Sur l'authenticité du tract, l'historien Antoine Prost note également que le texte censé avoir été rédigé le dénonce des ministres nommés le , ajoutant que son contenu ne cadrait pas avec la stratégie du PCF à l'égard de l'occupant à ce moment-là[14].

Les historiens Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier expliquent que le faux a été fabriqué dans les années 1950[15]. Un tract originel différent du texte de l’Humanité a bien existé, comme l'admet Claude Pennetier en 2007, rejoignant les autres historiens qui s’étaient exprimés sur le sujet depuis la thèse de Stéphane Courtois (1980) : « Cela dit le texte Peuple de France existe bien, il a été diffusé largement fin juillet, début août. » On peut en voir un exemplaire au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, dont le conservateur est Guy Krivopissko.

Toutefois, l'historien Roger Bourderon rappelle que le texte intégral de l'appel figure dans la publication des Œuvres de Maurice Thorez de 1964[16].

Bibliographie

  • Roger Bourderon, La négociation. Été 1940 : crise au PCF, Syllepse, Paris, 2001, 253 p.
  • Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40 : La négociation secrète, Paris, L'Atelier, , 208 p.
  • Roger Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943 : de la guerre impérialiste à la lutte armée, Syllepse, Paris, 2012, 186 p.

Références

  1. Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.139-140
  2. P. Smirnov, Le Komintern et le Parti communiste français pendant la « drôle de guerre », 1939-1940. (D'après les archives du Komintern), Traductrice : Marie Tournié, Revue des Études Slaves, Année 1993, 65-4, pp. 671-690.
  3. « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », Journaux officiels, (consulté le ), p. 11832.
  4. Florimond Bonte, Le chemin de l'honneur, Éditions Hier et Aujourd'hui, 1949, p. 345.
  5. Jean-Pierre Azéma, « Le parti communiste français à l'épreuve des années noires », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, vol. 2, , p. 77-82 (lire en ligne).
  6. Michel Lefebvre, « Quand le PCF négociait avec les nazis », sur lemonde.fr, .
  7. « Commémoration de l'appel du... 10 juillet 1940 », sur leparisien.fr, (consulté le ).
  8. RAYMOND DALLIDET, humanite.fr, 15 janvier 2002
  9. Notice « TIRAND Roger, Henri », par Marie-Cécile Bouju, Le maitron en ligne.
  10. Raymond Dallidet, Vive le Parti communiste français, Société d'éditions générales, 1987, p. 94-102
  11. C’est l’opinion d’Emmanuel d’Astier cité par Henri Amouroux dans La grande histoire des Français sous l’occupation Robert Laffont, réed 1997 dans la collection Bouquins, p.796, alors qu’André Moine plaide pour une formulation discutable et inadaptée
  12. Rémi Dalisson, Les guerres et la mémoire : enjeux identitaires et célébrations de guerre en France de 1870 à nos jours, Paris, CNRS éditions, , 334 p. (ISBN 978-2-271-07904-6, lire en ligne).
  13. Michel Lefebvre, « Le "parti" et la Résistance », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  14. Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Points Seuil, 2014, page 61.
  15. Besse et Pennetier 2006, p. 116–117.
  16. Roger Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, p. 11.

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