Abwehr

L’Abwehr, mot allemand signifiant « défense », est une ancienne organisation de l'armée allemande qui opéra de 1921 à 1944. Elle constituait le service de renseignement de l'état-major allemand.

Abwehr
Création 1921
Dissolution
Pays Allemagne
Allégeance République de Weimar et Troisième Reich
Rôle Renseignement militaire du Reich allemand
Guerres Seconde Guerre mondiale
Commandant historique Wilhelm Canaris
Une radio de l'Abwehr.
Chiffrement à l'Abwehr et machine Enigma.

Histoire

Les débuts

L’Abwehr est mise en place en 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale, au sein de l'armée. Elle comprend à l'époque une section de reconnaissance, une section de chiffrage et d'écoutes radio, ainsi qu'une section de contre-espionnage.

La section de renseignement de la Reichsmarine est intégrée à l'Abwehr en 1928.

Le (avant donc l'arrivée au pouvoir d'Hitler), un marin prend la tête du bureau : le capitaine de vaisseau Conrad Patzig (de). Le poste n'est pas jugé très important, à l'époque, et peut donc être confié à un militaire sans trop d'ambition.

Assez rapidement, l’Abwehr entre en conflit avec Himmler et Heydrich, notamment parce que l'Abwehr organise des vols de reconnaissance en avion en territoire polonais, et que les services de la SS craignent que cela n'éveille la méfiance des Polonais. En , le Capitaine Patzig est donc muté sur le cuirassé Graf Spee.

1935 : arrivée de Canaris

L'amiral Wilhelm Canaris est nommé à la tête de l’Abwehr en . Averti par Patzig de la volonté de la SS de prendre le contrôle de l'Abwehr, Canaris pense pouvoir s'opposer à ces vues. Il devra cependant continuellement affronter l'antagonisme de la SS. Une illustration de ce conflit plus ou moins larvé est le vol des documents de l'Abwehr relatifs à la collaboration germano-soviétique (notamment lors des purges de Staline) par la SS, en 1937. Toute trace de ces vols est effacée à la suite d'un incendie.

1938 : réorganisation

Canaris remanie les trois sections :

  1. La division centrale, ou département Z (Abteilung Z en allemand) qui chapeaute les deux autres, a la main sur les finances, le personnel et est dirigée par Hans Oster ;
  2. La division extérieure (Amtsgruppe Ausland en allemand) est dirigée par Leopold Bürkner (en) et regroupe plusieurs fonctions :
    • les relations avec l'OKW et les services généraux ;
    • la coordination avec les autres ministères, affaires étrangères ;
    • l'évaluation des données venant de l'étranger comme la presse, les émissions radio et les documents interceptés.
  3. Abwehr I, II et III, regroupées sous le terme de contre-espionnage, font davantage de la collecte et de l'évaluation de données :
    • I depuis l'étranger, commandé par le Colonel Hans Piekenbrock,
    • II le sabotage, commandé par le Colonel Erwin von Lahousen,
    • III contre-espionnage sur le sol allemand, planification de faux documents, pénétration des services étrangers, enquête sur les actes de sabotage, commandée par le Colonel Franz Eccard von Bentivegni (de).

Chaque district militaire du Reich, Wehrkreis, ici appelée Ast ou encore Abwehrstelle avait sa déclinaison locale des sections I à III. Le commandant local était un officier d'une des trois armes et avait une certaine latitude pour recruter des agents locaux.

La qualité du recrutement (principalement des civils) a souvent laissé à désirer, d'où de nombreuses déconvenues lors de missions.

1939-1943

Dans les pays occupés, l’Abwehr dispose d'antennes pour y mener la lutte contre les Résistants. En France, l'organisation occupait l'Hôtel Lutetia à Paris.

Dans les pays neutres, les agents de l’Abwehr se cachent sous la couverture d'attachés d'ambassade, de personnel de mission commerciale. Ces postes étaient appelés Organisation de guerre ("Kriegsorganisationen" ou "KO's" en allemand).

Canaris prend grand soin à choisir des chefs et du personnel proche qui soient anti-nazis. Le seul à être retourné par la Sipo-SD est Rudolf Bamler. À partir de 1943, plusieurs de ses membres, y compris Wilhelm Canaris lui-même, commencent à participer à la résistance allemande, ils sont connus sous le nom du complot Orchestre noir (Die Schwarze Kapelle).

Parmi les opérations menées par l’Abwehr, citons : l'opération Pôle nord ou l'opération Tannenbaum, l'opération Felix, l'opération Pastorius.

Canaris utilise des Juifs dans son équipe, leur fournissant des passeports, ce qui permet d'en sauver de la Shoah. Cette action fut reconnue après-guerre[1].

L'efficacité de l'Abwehr est amoindrie par les tensions avec la SS, qui soupçonne (à juste titre) certains membres de l'Abwehr de comploter contre Hitler. Certains agents sont des antinazis, comme Erich Vermehren et sa femme la comtesse Elizabeth von Plettenberg, stationnés à Istanbul et qui, menacés d'être démasqués par la Gestapo, passent à l'ennemi britannique. L'amiral Canaris lui-même remettait de fausses informations au pouvoir nazi.

1944

En , l’amiral Canaris, accusé de défaitisme, est limogé ; dégradé, il est nommé à la tête d'une coquille vide, le Bureau de la Guerre Commerciale et Économique. Le RSHA prend le contrôle complet de l’Abwehr et de ses agents à l'étranger. Après le complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler, Canaris est arrêté.

1945

Canaris sera pendu en au camp de Flossenbürg. Dix jours plus tard, ce camp est libéré par les troupes alliées[2].

Chefs

Organes de l'Abwehr

Fiction

Dan Simmons a écrit un roman Les Forbans de Cuba, basé sur des faits et personnages historiques, relatant la rivalité entre le SD et l'Abwehr.

Pierre Assouline a écrit un roman historique intitulé Lutétia dans lequel le fameux hôtel parisien devient le siège de l'Abwehr durant la Seconde Guerre Mondale.

L'Abwehr apparaît dans le roman Le maître du haut château de Philip K. Dick. Le roman est une uchronie centrée sur un univers parallèle dans lequel les nazis ont gagné la guerre en 1945. Dans le roman, l'Abwehr est toujours dirigée par Canaris, et le conflit de l'organisation avec la S.D. (qui est un organisme SS/nazi) influe une partie de l'intrigue. Un des membres de l'Abwehr est en effet envoyé à San Francisco (contrôlé par le Japon), et ensuite traqué par l'ambassadeur d'Allemagne à San Francisco et le chef de la S.D.

Sources

Bibliographie

  • Jacques Abtey, Fritz Unterberg-Gibhardt, Deuxième bureau contre Abwehr, Table ronde, 1967, 231 pages
  • Grégory Célerse, La Traque des Résistants nordistes, Les Lumières de Lille, .
  • Gilbert Guillaume, Mes missions face à l'Abwehr: Contre-espionnage, 1938-1945, Plon, 1971
  • Eric Kerjean, Wilhelm Canaris, l'espion d'Hitler, in Histoire(s) de la Dernière Guerre, no 9, .
  • Eric Kerjean, Canaris - Le maître espion de Hitler, Paris, Perrin, 2012, 227p.
  • Oscar Reile, L'Abwehr, le contre-espionnage allemand en France, Éditions France-Empire, 1970, 318 pages
  • Lily Serguéiew, Seule face à l'Abwehr, Fayard, 1966, 284 pages
  • Paul Paillole, Services spéciaux (1935 - 1945), Robert Laffont, 1975, 579 pages
  • Franz Josef Burghardt et Daniela Topp-Burghardt, Amours sous les Armes Secrètes d'Hitler. Les agents du contre-espionnage allemand pour la sécurité des armes-V et leurs amies françaises dans le Nord de la France 1943/44, Paris 2021 (ISBN 978-2-322-37966-8)

Notes et références

Liens externes

Annexes

Articles connexes

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