Élisabeth Tible

Élisabeth Tible, dont le nom a parfois été orthographié fautivement Thible[1], est une aéronaute française, née à Lyon vers 1760 et morte en un lieu indéterminé après 1784. Elle est la première femme de l'histoire[2] à avoir effectué un vol à bord d'un aérostat libre, la montgolfière La Gustave à Lyon le .

Biographie

Vie privée

Élisabeth Tible est née vers 1760[3], de Pierre Estrieux ou Estrieu, marchand quincaillier demeurant rue Mercière à Lyon, et d'Agathe Declaux. Elle est marchande de mode quand elle épouse en janvier 1772 Claude Tible, fabricant lyonnais de bas de soie[4],[5],[6].

Mariée à douze ans, elle aurait ensuite été délaissée[7]. Son époux a aussi été décrit comme un industriel, fabricant et montreur d'objets en cire[8], et elle comme soprano à la comédie de Lyon[9], mais ces dernières affirmations sont à prendre avec précaution car elles sont parfois contradictoires et non corroborées[10].

Histoire

L'envol de La Gustave par Charles-Ange Boily

Le 4 juin 1784 Elizabeth Tible prend place avec un peintre, Fleurant, à bord d'une montgolfière baptisée La Gustave en l'honneur du roi Gustave III de Suède, en visite à Lyon ce jour-là sous le nom de comte de Haga[8].

Fleurant devait s'envoler avec le comte de Laurencin qui avait déjà été passager du Flesselles, mais refroidi probablement par l'atterrissage rude du ballon, le comte laisse sa place à Élisabeth Tible pour ce vol expérimental[8].

L'engin décolle des Brotteaux à Lyon, entre les actuelles rues Duguesclin, Créqui, Sèze et Bossuet[11].

Élisabeth aurait été costumée en Minerve : robe blanche de taffetas serrée à la taille d'une ceinture de soie bleue, et chapeau oriental à large bord[9]. Elle chante des extraits de l'opéra La Belle Arsène et Fleurant lui répond par d'autres de l'opéra Zémir et Azor[12].

Ils montent à une hauteur estimée de 3 500 m pour un vol de 45 minutes. Ils atterrissent brutalement à km[13] de leur point de départ, dans le haut du clos de la Piémente, près de la montée de Balmont (actuellement dans le 9e arrondissement de Lyon). Élisabeth Tible se foule la cheville lors de l'atterrissage[8].

Élisabeth Tible et Fleurant sont conduits au Grand Théâtre (à l'emplacement de l'actuel Opéra de Lyon) où le roi de Suède avait souhaité assister à Warwick et à L'Amant jaloux, puis au Palais archiépiscopal où le roi Gustave dîne avec l'archevêque et des notables de la ville. Pour amuser le roi le pied d'Élisabeth Tible y est l'objet d'une démonstration de soin par magnétisme animal (sans succès)[8].

Quelques jours après il est donné La belle Arsène au Grand Théâtre, avec Élisabeth dans l'assistance[14].

Elle se rend ensuite à Paris et demande en vain à l'abbé Miolan et à Jean-François Janinet de l'associer au voyage en montgolfière qui doit partir du jardin du Luxembourg le 11 juillet 1784[15].

Postérité

La Fresque du Centenaire, place Jean Macé, présente un panneau avec un ballon nommé « Le Gustave ».
  • Une rue Élisabeth Tible se trouve à La Rochelle.
  • Un panneau sur la gare de Lyon-Jean-Macé rappelle ce moment.
  • En 1983 le valet de carreaux du jeu de cartes Grimaud Les Montgolfières figure La Gustave.
  • En 1983 et 1984 des timbres ont été réalisés pour célébrer le bicentenaire du vol de La Gustave : à Cuba en 1983, en France et au Zaïre en 1984[16].
  • En 1990 un film, Venus im Wolkenschiff (Vénus sur un vaisseau de nuages), a été réalisé par Annette Reeker (de) avec Anouk Plany dans le rôle d'Élisabeth Tible.

Notes et références

  1. En 1772 ou 1784, son nom est toujours orthographié "Tible", par elle-même ou ses contemporains. En 1787 apparaît fautivement "Thible" dans Spectacle et tableau mouvant de Paris ou Variétés amusantes de Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, p. 99, repris ensuite.
  2. Elizabeth Tible est la première femme à faire un vol libre en montgolfière, mais pas la première à faire un vol en montgolfière : le 20 mai 1784, la marquise et la comtesse de Montalembert, la comtesse de Podenas et une demoiselle de Lagarde avaient effectué une ascension dans un ballon captif à Paris. En 1804 Sophie Blanchard sera la première femme à piloter son propre ballon et à devenir aérostière professionnelle. Elizabeth, elle, n'a pas piloté le ballon toute seule.
  3. La date de 1765 parfois avancée est fausse, puisqu'il est prouvé qu'elle se marie en 1772.
  4. « archives municipales de Lyon, registre des mariages de Saint-Nizier, année 1772, acte n° 39, cote 1GG200 », sur www.fondsenligne.archives-lyon.fr, (consulté le )
  5. « Cercle aéronautique Louis Mouillard - Nova 3 - des femmes dans le ciel lyonnais », sur https://calm3.jimdo.com (consulté le )
  6. « Minute du notaire Louis Joseph Baroud (père) : mariage le 4 janvier 1772 entre Elizabeth Estrieu et Claude Tible. Archives départementales et métropolitaines de Lyon, cote 3 E 2660. », sur fr.wikisource.org, (consulté le )
  7. Dans sa Lettre à Montgolfier du 6 juin 1784 (p.22), le comte de Laurencin écrit : "Décidé à ne pas monter la Montgolfiere, à qui , Monsieur, croyez-vous que j'ai cédé ma place ? à une jeune & jolie femme, à Madame Tible, née à Lyon, épouse, sans l'aveu de son cœur, dès l'âge de douze ans, d'un mari qui n'est pas homme, ignorant jusqu'au lieu où se tient caché le trompeur, enchaînée conséquemment par des liens qui l'empêchent d'en former de mieux assortis, & qui sans doute a voulu se consoler avec la gloire, des torts perfides de l'hymen. Mille personnes de son sexe ont su nous prouver que le courage n'est pas un attribut exclusif du nôtre ; mais je réponds que nulle ne l'a prouvé mieux qu'elle ; que nulle n'a mis plus de sens froid, plus de vérité dans sa détermination ; que nulle, fiere d'un péril inconnu, n'a goûté plus de plaisir à le braver."
  8. Raoul de Cazenove, « Ascension du ballon le Gustave, à Lyon en juin 1784 », Revue Lyonnaise, , p. 551 (lire en ligne)
  9. Nicolas Witkowski, Trop belles pour le Nobel : Les femmes et la science, Paris, Seuil,
  10. « Venus im Wolkenschiff. Ein Frauen-Traum vom Fliegen | Film », sur kinematoscope.org (consulté le )
  11. « Montgolfier - Les Rues de Lyon », sur lesruesdelyon.hautetfort.com (consulté le )
  12. Jean-Baptiste de Laurencin, Lettre de M. le comte de Laurencin à M. J[ose]ph de Montgolfier, Sur l' Expérience Aérostatique faite à Lyon le 4 juin 1784, en présence du Roi de Suède, , 32 p.
  13. « Les femmes pionnières de la conquête de l’air | Le blog de Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le )
  14. Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, Spectacle et tableau mouvant de Paris ou Variétés amusantes, t. I, Paris, chez la veuve Duchesne, , p. 99-100
  15. Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des Lettres en France, t. 26, Londres, chez John Adamson, (lire en ligne), p. 82
  16. « 1784 la folie des ballons. », sur cabanus.e-monsite.com, (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • Fleurant, Avis du sieur Fleurant sur la montgolfière qu'il a construite aux Broteaux, Lyon, Imprimerie de la ville, , [2] p.
  • Elisabeth Tible, « Lettre à Mme ***[relatant les détails du voyage que j'ai fait dans les airs le 4 juin] », Journal encyclopédique ou universel, dédié à Son Alt. Sérénissime Mgr. le Duc de Bouillon Etc. Etc. Etc., vol. 7, no 1, , p. 289-294 (OCLC 421932427, lire en ligne)
  • Jean-Baptiste de Laurencin, Lettre de M. le comte de Laurencin à M. J[ose]ph de Montgolfier, Sur l' Expérience Aérostatique faite à Lyon le 4 juin 1784, en présence du Roi de Suède, 32 p. (lire en ligne)
  • Le Journal des sçavans, Paris, Jean Cusson, (lire en ligne), p. 760 sqq.
  • « De Paris le 18 Juin », La Gazette d'Amsterdam, , p. 5-6 (lire en ligne)
  • Louis Petit de Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres en France, depuis MDCCLXII jusqu'à nos jours, t. 26, Londres, John Adamson, , 292 p. (lire en ligne), p. 58 et 82
  • Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, Spectacle et tableau mouvant de Paris ou Variétés amusantes, t. I, Paris, chez la veuve Duchesne, (lire en ligne), p. 99-100
  • Raoul de Cazenove, « Ascension du Ballon Le Gustave à Lyon - 4 juin 1784 », Revue lyonnaise, , p. 549 (lire en ligne)
  • Ariane, « Les femmes et la conquête de l'air », Nouveauté : modes, ouvrages, variétés, roman, , p. 7 ; 9 (lire en ligne)
  • Élisabeth Boselli, « Élisabeth Thible : La première femme volante », Icare, no 124, , p. 112-115
  • Nicolas Witkowski, Trop belles pour le Nobel : les femmes et la science, Paris, Seuil, , 259 p.
  • Bernard Marck, Elles ont conquis le ciel : 100 femmes qui ont fait l'histoire de l'aviation et de l'espace, Paris, Arthaud, , 232 p. (ISBN 978-2-7003-0121-2).

Articles connexes

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