Robert Lepage

Robert Lepage, né le à Québec[1], est un metteur en scène, scénographe, auteur dramatique, acteur et cinéaste québécois. Salué par la critique internationale, il crée et porte à la scène des œuvres qui bousculent les standards en matière d’écriture scénique, notamment par l’utilisation de nouvelles technologies.

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Biographie

Études

Très tôt, Robert Lepage découvre un intérêt prononcé pour la géographie qu’il rêve d'enseigner. Attiré par toutes les formes d’art, il commence à s’intéresser au théâtre. En 1975, alors qu'il est âgé de dix-sept ans, il entre au Conservatoire d'art dramatique de Québec. En 1978, il fait un stage à Paris, sous la direction d'Alain Knapp. À son retour, il participe à plusieurs créations dans lesquelles il cumule les rôles de comédien, d’auteur et de metteur en scène.

Débuts au théâtre

En 1980, il se joint au Théâtre Repère. Les années au sein de cette troupe sont déterminantes pour Lepage. Elles vont lui permettre de s'approprier une manière de créer basée sur l'improvisation. Lepage a d'abord appris cette technique lors de sa formation en interprétation au Conservatoire d'art dramatique de Québec, puis lors de son passage comme improvisateur dans la LNI (Ligue nationale d'improvisation) dans les années 1980. Il a pu la peaufiner grâce aux Cycles Repère. Cette méthode de recherche élaborée par Jacques Lessard, membre fondateur, passe par l'improvisation à partir de ce qu'il appelle la «ressource sensible». Lessard la définit comme étant toute chose autre que le texte et le thème qui génère une émotion au créateur, contrairement à la façon de faire dans les années 1970. Pour Lepage, l'objet est souvent le point de départ de ses créations collectives et de ses solos. C'est d'ailleurs au Théâtre Repère qu'il s'initie à ces deux manières de créer des spectacles[2].

En 1984, sa pièce Circulations connaît un succès national et reçoit le prix de la meilleure production canadienne à la Quinzaine internationale de théâtre de Québec. C'est l'année suivante, avec la pièce La Trilogie des dragons, qu'il devient connu du public mondial. Il créera ensuite les pièces Vinci (1986), Le Polygraphe (1987) et Les Plaques tectoniques (1988).

Metteur en scène et directeur artistique

De 1989 à 1993, Lepage occupe le poste de directeur artistique au Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa. Parallèlement à cette nouvelle fonction, il poursuit sa démarche artistique en présentant Les Aiguilles et l’Opium (1991), Coriolan, Macbeth, La Tempête (1992) et A Midsummer Night’s Dream (1992), pièce qui lui permet de devenir le premier Nord-Américain à diriger une pièce de William Shakespeare au Royal National Theatre de Londres.

C’est avec succès qu’il met en scène, lors d’un même programme, les opéras Le Château de Barbe Bleue et Erwartung (1993). En 1993, il signe la mise en scène de la tournée mondiale du spectacle de Peter Gabriel, The Secret World Tour. Il revient à la scène lyrique en assurant la mise en scène de La Damnation de Faust, au Japon en 1999, puis à Paris et au Metropolitan Opera de New York. En 2000, il participe à l’exposition Métissages au Musée de la civilisation de Québec. En 2002, il fait de nouveau équipe avec Peter Gabriel en assurant, à sa demande, la mise en scène du spectacle Growing Up Live.

Robert Lepage se réfère constamment à son expérience cinématographique et l'applique dans son travail théâtral. Ce dernier est selon lui enrichi par le cinéma, notamment par la réflexion sur les trajectoires du regard, et permet de nouvelles possibilités scénographiques.

Il travaille la scène comme un film dont il est réalisateur. Les scènes courtes, se succédant rapidement et entrecoupées par des noirs, renvoient directement au montage cinématographique. Il déplace des scènes entières, modifie l'ordre, remonte des successions de séquences dans des ordres différents, comme s'il s'agissait d'une matière filmée.

Dans certains de ses spectacles l'allusion à la scène de cinéma est permanente. Il use de projections de génériques, d'écrans de grandes dimensions, d'acteurs projetés en hologramme.

Ex Machina

Ex Machina à Québec.

En 1994, Lepage fonde sa propre compagnie de création multidisciplinaire, Ex Machina à Québec. Lui et sa nouvelle équipe présenteront coup sur coup Les Sept Branches de la rivière Ôta (1994), Le Songe d'une nuit d'été (1995) et un spectacle solo, Elseneur (1995).

C’est sous son impulsion que le centre de production pluridisciplinaire La Caserne voit le jour en juin 1997, à Québec. Dans ces nouveaux locaux, il crée La Géométrie des miracles (1998), Zulu Time (1999), La Face cachée de la Lune (2000) et La Casa Azul (2001), une nouvelle version de La Trilogie des dragons avec de nouveaux acteurs (2003), The Busker’s Opera (2004), Le Projet Andersen (2005), Lipsynch (2007), Le Dragon bleu (2008) et Éonnagata (2009).

Le projet Jeux de cartes (2012) se décline en quatre spectacles, PIQUE, CŒUR, CARREAU et TRÈFLE, explorant chacun un univers inspiré de l’atout qui le représente. PIQUE a pris l’affiche à Madrid en mai 2012. CŒUR sera créée à l’automne 2013, alors que la pièce Les Aiguilles et l’opium sera remise en scène au même moment.

Il produit, en collaboration avec Betty Bonifassi[3], le spectacle musical SLÀV présenté lors du Festival de jazz de Montréal en juillet 2018[4]. Cette œuvre, qui a pour sujet l'esclavage et ne mettant en scène que des femmes, fut décriée car elle a été perçue par certains comme étant « une réappropriation de la culture noire, voire une démarche raciste » et que seule deux artistes sur scène étaient issues de la communauté noire. Le spectacle a été annulé après trois représentations par le Festival International de Jazz de Montréal à la suite de la triple fracture à la cheville de la chanteuse principale Betty Bonifassi et pour "des raisons de sécurité"[5],[6].

Une autre production de Robert Lepage est plongée dans la controverse quelques semaines plus tard lorsque plusieurs personnes issues de la communauté autochtone déplorent qu'aucun membre des Premières Nations ne fait partie de la distribution du spectacle Kanata, qui met en scène l'histoire du Canada d'un point de vue amérindien[7]. Cette production théâtrale devait prendre l'affiche au Théâtre du Soleil à Paris au mois de décembre 2018. Le spectacle a été annulé à la suite de l'annonce du retrait de certains coproducteurs nord-américains qui devaient ensuite présenter ce spectacle[8] pour être remis sur les rails quelques semaines plus tard[9]. Dans une version largement remaniée et incluant la controverse elle-même[10], la première parisienne a fait salle comble le 15 décembre 2018 à la Cartoucherie[11]. Les discussions avec des autochtones à la suite de la polémique provoquée par l’absence de comédiens et comédiennes autochtones auraient été fructueuses. Les groupes autochtones finissent par soutenir le projet.[12]

Cinéma

En 1994, Lepage scénarise et réalise son premier long métrage, Le Confessionnal, présenté l’année suivante à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Deux ans plus tard, il réalise Le Polygraphe. En 1997, il signe , pour lequel il fait de nouveau appel à son actrice-fétiche, Anne-Marie Cadieux, pour camper le rôle principal. En 2000, il réalise son premier film en langue anglaise, Possible Worlds (en français : Mondes possibles). En 2003, il adapte pour le cinéma sa pièce La Face cachée de la Lune, sans doute son œuvre la plus connue internationalement. En 2013, il coréalise Triptyque[13] avec Pedro Pires, une adaptation cinématographique de sa pièce Lipsynch.

Acteur

Robert Lepage joue parfois au cinéma. Dans La Face cachée de la Lune (2003), une adaptation de sa pièce à succès qu'il porte lui-même à l'écran, il campe les deux personnages principaux. Il tient également des rôles dans deux films de Denys Arcand : Jésus de Montréal (1989) et Stardom (2001). Il apparaît dans Ding et Dong : le film (1990) d'Alain Chartrand, Montréal vu par... (segment Desperanto de Patricia Rozema, 1991), Tectonic Plates (1992) de Peter Mettler, Viper (1994) de Tibor Takács, L'Audition (2005) de Luc Picard, No-Vacancy (2006) de Gaël G.J. d'Ynglemare, Dans les villes (2006) de Catherine Martin et La Belle Empoisonneuse (2007) de Richard Jutras. On le retrouve également dans le second tome du photo-roman revisité Mars et Avril de Martin Villeneuve (éd. de la Pastèque, 2006), dont il signe la préface et dans lequel il prête ses traits au cosmologue Eugène Spaak. Il reprend ce rôle dans l'adaptation cinématographique du même titre, sorti à l'automne 2012[14],[15]. Il incarne l'oncle Rodolphe dans Pieds nus dans l'aube, un film réalisé par Francis Leclerc dont le scénario a été coécrit avec le conteur Fred Pellerin, une adaptation libre du roman éponyme de Félix Leclerc. En 2020, Robert Lepage revient au cinéma dans la Trilogie Imelda de Martin Villeneuve, aux côtés de Ginette Reno, dans laquelle il incarne le père de Martin et Denis Villeneuve, un notaire[16],[17].

Autres projets

Il collabore avec le Cirque du Soleil en assumant la conception et la mise en scène de (2005), un spectacle permanent à Las Vegas, et Totem (2010), un spectacle sous grand chapiteau qui effectue une tournée mondiale.

Dans le cadre des festivités entourant le 400e anniversaire de la ville de Québec. En 2008, Robert Lepage et Ex Machina créent la plus grande projection architecturale jamais réalisée : Le Moulin à images. En 2009, Aurora Borealis, un éclairage permanent qui s’inspire des véritables couleurs des aurores boréales est créé sur le même site.

Il compte également parmi ses réalisations à l’opéra : 1984 tiré du roman de George Orwell et dont Maestro Lorin Maazel assure la direction musicale (2005), The Rake’s Progress (2007) et Le Rossignol et autres fables présenté en grande première à la Canadian Opera Company de Toronto (2009), au Festival d’Aix-en-Provence et à l’Opéra de Lyon en 2010.

Das Rheingold, prologue de Der Ring des Nibelungen de Wagner, est créé en septembre 2010 au Metropolitan Opera; le cycle complet s’étale sur les saisons 2010-11 et 2011-12. Sa mise en scène de The Tempest, de Thomas Adès, selon le livret de Meredith Oakes et tiré de la pièce éponyme de William Shakespeare, prend l’affiche à Québec dans le cadre du Festival d'opéra de Québec, ainsi qu'à New York en 2012. Toujours pour le Festival d'opéra de Québec, c'est sa mise en scène de la Damnation de Faust qui prend l'affiche au Grand Théâtre de Québec en 2013.

À partir du 27 octobre 2015, Robert Lepage présente l'exposition La bibliothèque, la nuit, conçue en partenariat avec sa compagnie de création Ex Machina, d'après une idée originale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. L'exposition est inspirée du roman d'Alberto Manguel. Elle est présentée à la Grande Bibliothèque jusqu'au 28 août 2016.

En 2015 sort le film documentaire Hôtel La Louisiane [18]du réalisateur québécois Michel La Veaux. Robert Lepage y intervient et parle de ses nombreux séjours passés à écrire. Pour lui, l'Hôtel La Louisiane a été une source d'inspiration pour ses créations théâtrales.

Filmographie

Réalisateur

Scénariste

Acteur

Concepteur

Théâtrographie

Mises en scène

Parfois dramaturge et comédien (voir les précisions)

Directeur artistique

En musique

Metteur en scène

Prix et distinctions

Lauréat

Honneurs

Nomination

Notes et références

  1. « Robert Lepage » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. (consulté le ).
  2. Jean-Marc Larrue, « De l’expérience collective à la découverte des cycles », L’Annuaire théâtral: Revue québécoise d’études théâtrales, no 8, , p. 9 (ISSN 0827-0198 et 1923-0893, DOI 10.7202/041105ar, lire en ligne, consulté le )
  3. VÉRONIQUE LAUZON, « « NOUS N’AVONS JAMAIS MÉRITÉ AUTANT DE HAINE » », La Presse Plus, (lire en ligne, consulté le ).
  4. Bertin, Raymond, « Un été chaud », Jeu, no 168, , p. 1 (ISSN 0382-0335, lire en ligne)
  5. Roxane Ocampo, « SLAV annulé par souci de santé et de sécurité, explique le FIJM », L'actualité, (lire en ligne, consulté le ).
  6. « SLĀV: Robert Lepage dénonce «l'affligeant discours d'intolérance» », La Presse, (lire en ligne, consulté le ).
  7. Cédric Bélanger, « La controverse a raison d'un deuxième spectacle de Robert Lepage », Le Journal de Montréal, (lire en ligne, consulté le ).
  8. MARIO GIRARD, « Le spectacle Kanata de Robert Lepage est annulé », La Presse, (lire en ligne, consulté le ).
  9. LUC BOULANGER, « Kanata sera finalement présentée à Paris », La Presse, (lire en ligne, consulté le ).
  10. Camille Khoury, « Kanata : les enjeux de la controverse: Kanata – Episode I – La Controverse, Robert Lepage/ Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, dans le cadre de la 47e édition du festival d’Automne. », Agôn. Revue des arts de la scène, (ISSN 1961-8581, DOI 10.4000/agon.7332, lire en ligne, consulté le )
  11. JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, « La première de Kanata fait salle comble à Paris », La Presse, (lire en ligne, consulté le ).
  12. « « J’ai eu plus de problèmes avec [la réaction des] Blancs », dit Robert Lepage »
  13. (en) Triptyque sur l’Internet Movie Database
  14. « An unforgettable ride through a futuristic Montreal », Brendan Kelly, The Gazette, 12 octobre 2012.
  15. « Mars and April / Mars & Avril », Boyd van Hoeij , Variety, 16 juillet 2012.
  16. « En ouverture au FCVQ, IMELDA 2 : LE NOTAIRE de MARTIN VILLENEUVE », CTVM.info, .
  17. « TRILOGIE IMELDA AVEC ROBERT LEPAGE & GINETTE RENO », Vimeo On Demand, .
  18. « Hôtel La Louisiane - K-Films Amérique », sur kfilmsamerique.com (consulté le )
  19. Source: TV Hebdo, Volume XXXIII, Numéro 38, Semaine du 12 au 18 septembre 1992, Les Beaux Dimanches - Tenue de Soirée, texte de Anne-Marie Cloutier, pages 17 et 18.
  20. « La Bibliothèque, la nuit », sur banq.qc.ca, (consulté le )
  21. Voir sur soriq.com.
  22. Voir sur prixsamueldechamplain.org.
  23. Voir sur arts.mit.edu.
  24. Voir sur prix-excellence.com.
  25. Caroline Montpetit, « Robert Lepage nommé Artiste pour la paix 2019 », Le Devoir, (lire en ligne)
  26. « Les gagnants des Aurore 2013 », sur infoman.radio-canada.ca (consulté le ).

Bibliographie

Liens externes

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