Oulan-Bator

Oulan-Bator[3] (en mongol : Улаанбаатар /ʊɮɑːm.bɑːtʰɑ̆r/ « Héros rouge ») est la capitale de la Mongolie. Elle en est à la fois le centre politique, économique, industriel, scientifique et culturel. Administrativement, elle a le statut, unique dans le pays, de municipalité, comparable à celui de province.

Ne doit pas être confondu avec Oulan-Oudé.

Pour les articles homonymes, voir Ulan Bator (homonymie).

Oulan-Bator
Ulaanbaatar

Héraldique

Drapeau

Centre-ville d'Oulan-Bator en 2009, place Gengis Khan au centre.
Administration
Pays Mongolie
Maire Sükhbaataryn Batbold[1]
Code postal 210 xxx
Démographie
Gentilé Oulan-Batorais [2]
Population 1 444 669 hab. (2018)
Densité 307 hab./km2
Géographie
Coordonnées 47° 55′ 00″ nord, 106° 55′ 00″ est
Altitude 1 350 m
Superficie 470 440 ha = 4 704,4 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Mongolie
Oulan-Bator
Liens
Site web ulaanbaatar.mn/

    La ville, qui s'étire d'est en ouest au fond de la vallée de la rivière Toula, sur une vingtaine de kilomètres, rassemble plus d'un million d'habitants, soit plus du tiers de la population du pays. La vie à Oulan-Bator a été bouleversée par l'afflux de nomades venus de la steppe : en 2011, l'exode rural avait déjà poussé vers UB (le surnom que donnent les Mongols à leur capitale) plus de 500 000 personnes. Oulan-Bator est classée seconde ville la plus polluée au monde par l'OMS[4].

    Nom

    örgöö, Ikh khüree, Niislel khüree, Ulaanbataar

    La cité changea plusieurs fois de nom dans son histoire ; à sa création en 1639, örgöö (ᠥᠷᠭᠦᠭᠡ/Өргөө) (qui donne la traduction célèbre Urga), en 1651, Nomyn khüree (ᠨᠣᠮ ᠤᠨ ᠬᠦᠷᠢᠶᠡᠨ/Номын хүрээ), en 1706 Ikh khüree (ᠶᠡᠬᠡ ᠬᠦᠷᠢᠶᠡᠨ/Их хүрээ), en 1912 Niislel khüree (ᠨᠡᠶᠢᠰᠯᠡᠯ ᠬᠦᠷᠢᠶᠡᠨ/Нийслэл хүрээ) et enfin en 1924, le nom actuel, Ulaanbaatar (ᠤᠯᠠᠭᠠᠨᠪᠠᠭᠠᠲᠤᠷ/Улаанбаатар)[5].

    Histoire

    L'histoire de la création d'Oulan-Bator, est intimement liée à la vie politique de la Mongolie au XVIIe siècle. L'État mandchou, qui prospérait au milieu du XVIIe siècle à l'est de la Mongolie et occupa le sud de la Mongolie en 1636, menaçait d'envahir Khalkha et l'ouest de la Mongolie. Dans le but de continuer une politique centralisée en Mongolie, Gombodorji (1594 - 1655), le Khan des Tüsheet, l'un des trois Khans Khalkha, nomma son fils Zanabazar à la tête de la religion bouddhiste en Mongolie. Zanabazar fut nommé Jebtsundamba Khutuktu (nom d'une lignée de réincarnations bouddhistes, dont le 8e et dernier sera proclamé roi de Mongolie entre 1911 et 1924 ; il s'agit de la réincarnation du moine Jonangpa Taranatha) par le chuulgan (assemblée) des rois khalkha et des noyods (seigneurs) tenue à Tsagaan Nuur en 1639.

    En 1639, Zanabazar, fonda dans l'actuelle province d'Övörhangay un monastère nomade appelé Da-Khüriye, où da signifie « grand » en chinois et khüriye (khüree en mongol moderne) désignait autrefois le campement organisé en cercle autour de la yourte d'un chef. Ce bâtiment fut détruit au début du XVIIIe siècle par les Dzoungars (ou Jüüngar, des Mongols de Dzoungarie). Il fut reconstruit et changea seize fois de place entre 1719 et 1778, année durant laquelle il se fixa près de la rivière Toula, au nord du Bogd Uul, la « Montagne sacrée ». Résidence permanente des Jebtsundamba Khutuktu, il devint le noyau d'une cité que les Occidentaux connurent sous le nom d'Ourga. C'est une déformation, par l'intermédiaire du russe, du nom mongol örgöö (ᠥᠷᠭᠦᠭᠡ/Өргөө), « résidence d'un prince, palais ». Ce terme n'a rien à voir avec l’urga, perche-lasso utilisée par les éleveurs pour attraper leurs animaux.

    Durant les deux siècles qui suivirent, la Mongolie fut sous domination mandchoue. Située sur la route du thé entre la Chine et la Russie, Ourga devint au XIXe siècle un important centre administratif et commercial, avec une population d'environ 50 000 habitants. Une centaine de temples (süm) et de monastères (khiid) y furent construits. Il n'en reste maintenant que quelques-uns. On peut citer le monastère de Gandan, datant de 1840, qui est resté en service jusqu'à aujourd'hui et qui est le siège d'une importante université bouddhique. Entre 1893 et 1903, le 8e Jebtsundamba Khutuktu, qui portait le titre de Bogdo gegen, se fit construire un palais au sud de la cité, pour y séjourner durant l'hiver. Il est aujourd'hui devenu un musée. Le palais d'été du Bogdo gegen a été totalement détruit. Pour son frère cadet, le Choijin lama, un monastère fut construit entre 1903 et 1906. Aujourd'hui, c'est également un musée.

    Oulan-Bator vu par le satellite Sentinel-2.

    La Mongolie proclama son autonomie en 1911 et la ville devint la capitale d'un régime bouddhiste dont le Bogdo gegen était le monarque avec le titre de Bogdo Khan. Elle fut appelée Niislel Khüree (Нийслэл Хүрээ), où niislel signifie « capitale ». Les premiers essais de modernisation de la Mongolie y furent organisés. Le Bouriate Djamtsarano tenta d'y ouvrir une première école laïque en 1913 mais se heurta à l'opposition du clergé bouddhique.

    Ourga resta la capitale de la Mongolie après la mort du Bogdo Khan le , mais, en tant que capitale de la nouvelle République populaire mongole, elle fut rebaptisée Ulaanbaatar Héros rouge » en mongol) en l'honneur du héros national et dirigeant communiste Damdin Sükhbaatar Héros à la Hache »), mort le , empoisonné par Bogdo Khan. Une statue de ce dernier est visible sur la place centrale de la ville. La théocratie fut abolie, la Mongolie devint une république populaire et il fut interdit de rechercher la réincarnation du Bogdo Gegen. La 9e réincarnation du Bogdo Gegen fut cependant découverte au Tibet à Lhassa. Au moment de l'invasion chinoise du Tibet, le 9e Bogdo Gegen s'exila en Inde. Il vit actuellement à Dharamsala où il notamment été nommé chef de l'école Jonangpa par le 14e dalaï-lama.

    Au début du XIXe siècle, près de 60 % des habitants vivaient dans des yourtes blanches entourées de palissades. Ces quartiers étaient privés des commodités les plus élémentaires, dont l'eau courante et des sanitaires. Comme dans d'autres bidonvilles, le taux de criminalité y était élevé, alimenté par l'alcoolisme, la misère et le désespoir. À partir des années 1930, les Russes entreprirent une urbanisation à la manière soviétique. Les habitants furent transférés dans des immeubles, mais beaucoup conservèrent leurs yourtes et leurs animaux (on dénombrait plus de 3 500 chevaux). Ils préféraient retourner dans leurs anciennes demeures durant l'hiver. C'est à cette époque que la quasi-totalité des édifices religieux ont été rasés. L'exode rural a contribué à maintenir l'existence de quartiers de yourtes, mais les habitants remplacent de plus en plus leur tentes par des cabanes en bois. L'enrichissement d'une petite partie de la population, grâce à l'économie de marché, entraîne la construction de maisons individuelles en dur.

    Le 14e dalaï-lama, vénéré par la population mongole, visita cinq fois Oulan-Bator. Lors de sa première visite en septembre 1991, 700 000 personnes avaient convergé vers la ville pour l'accueillir. La dernière visite du dalaï-lama en Mongolie remonte à août 2006. La venue du lauréat du Prix Nobel de la paix 1989 couronne une année de célébration pour la Mongolie, qui a fêté, en juillet 2006, les 800 ans de la création par Gengis Khan de l’État mongol. Dans les traces de ses prédécesseurs, le 14e dalaï-lama a donné une conférence dans la capitale mongole devant 10 000 personnes, au cours de laquelle il a notamment déclaré que « l’héritage bouddhiste du Tibet a aidé son peuple au cours des hauts et des bas de son histoire ».

    Géographie

    Oulan-Bator est située à 522 km au sud-sud-est d'Irkoutsk, en Russie, à 1 170 km au nord-ouest de Pékin, à 1 557 km à l'est-nord-est d'Ürümqi, en Chine, et à 4 635 km à l'est-sud-est de Moscou. La ville est construite le long de la rivière Toula, un cours d'eau appartenant au sous-bassin de la Selenga. Au sud-est de la ville se trouve le Choybalsan Uul, un petit massif régional culminant à 2 261 m et appartenant aux monts Khentii. Ce dernier ensemble montagneux, plus important, limite la vallée de la Toula au nord et se poursuit jusqu'en Russie.

    Économie

    Au cours des dernières années, la croissance économique de la ville était de 5 à 8 %. Depuis 1995, le produit intérieur brut ainsi que le revenu par habitant est en constante croissance, l'inflation est contrôlée et l'importance du secteur privé a considérablement augmenté, principalement au sein du secteur informel.

    Depuis peu, la ville profite des revenus de l'exploitation des mines de charbon, d'or et de cuivre, situées quelque 550 km plus au sud.

    Démographie

    En 2018, la population d'Oulan-Bator, en forte croissance (un peu moins de 3% par an) était estimée à 1 444 669 habitants. Cela représente environ 45 % de la population totale du pays (office national statistique de Mongolie).

    Elle était de 659 200 habitants en 1998 et de 846 500 habitants en 2002. Le nombre de salariés enregistrés était respectivement de 209 800 et de 254 200 durant ces mêmes années. L'espérance de vie était de 64,62 ans en 1999 et de 64,95 ans en 2002, soit environ une année de plus que la moyenne nationale.

    Climat

    Oulan-Bator est la capitale la plus froide du monde, elle bénéficie d'un climat continental froid et sec (de type Dwc selon la classification de Koppen). L'hiver est froid et long tandis que l'été est bref et frais. La quasi-totalité des précipitations a lieu en été.

    Relevé météorologique d'Oulan-Bator - altitude : 1 306 m (période 1961-1990)
    Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
    Température minimale moyenne (°C) −26,5 −24,1 −15,4 −5,8 2,7 8,3 11,2 9,3 2,2 −6 −16,2 −23,8 −7
    Température moyenne (°C) −24,6 −20,6 −9,8 0,3 8,9 14,6 16,6 14,7 7,3 −1,1 −13,2 −21,9 −2,4
    Température maximale moyenne (°C) −15,6 −11,4 −2 8,3 16,8 21,6 22,7 21,5 15,6 6,8 −4,4 −13,7 5,5
    Précipitations (mm) 1,1 1,7 2,7 8,3 13,4 41,7 57,6 51,6 26,2 6,4 3,2 2,5 216,4
    Nombre de jours avec précipitations 0,3 0,5 0,7 2,2 3,4 9,9 11 13,6 4,5 2,1 1,2 1,5 50,9
    Source : Le climat à Oulan-Bator (en °C et mm, moyennes mensuelles) Hong-Kong Observatory

    Transports

    Réseau routier

    Oulan-Bator est relié par la route à toutes les principales villes de Mongolie.

    Les « routes » sont en fait un réseau de pistes, souvent mauvaises, qui permettent de relier entre elles les villes principales. Un projet de construction d'une route traversant le pays de part en part existe, c'est la « Route du Millénaire », mais ce programme se déroule avec une extrême lenteur. Il n'y a pas de vraies autoroutes en Mongolie.

    Chemin de fer

    La gare d'Oulan-Bator est desservie par la branche mongole du Transsibérien : le Transmongol.

    Trolleybus

    Depuis 1987, il y a un trolleybus à Oulan-Bator.

    Aéroport et transport aérien

    Oulan-Bator est desservi par l'aéroport international Gengis-Khan. Un nouvel aéroport est en cours de construction[6].

    Sports

    La ville compte plusieurs clubs de football dont le Selenge Press qui évolue dans le championnat de Mongolie de football.

    Oulan-Bator a également accueilli les championnats internationaux d'ultimate frisbee les 25 et . L'altitude et les conditions météorologiques sont en effet propices à la pratique de ce sport.

    Patrimoine culturel

    Théâtre et ensembles

    • Le théâtre universitaire de l'Opéra et du Ballet de l’État de Mongolie[7].
    • Le théâtre académique National de l'Opéra et du Ballet de Mongolie
    • L'ensemble académique national de danse et de musique folkloriques
    • Le Théâtre de marionnettes d'État de Mongolie
    • Le théâtre en mouvement NAURUZ
    • L'ensemble Morin Khuur de Mongolie
    • The Moon Stone Folk, Ensemble Song & Dance
    • Tumen Ekh Ensemble
    • Le groupe Khusugtun (en mongol cyrillique : Хөсөгтөн хамтлаг), Khösögtön khamtlag.
    Le théâtre de l'Opéra et du Ballet de l’État de Mongolie. Le théâtre dramatique de l’État de Mongolie. La Galerie nationale

    Musées

    Bibliothèques

    La Bibliothèque nationale de Mongolie (Монгол Улсын Үндэсний Номын Сан) a été fondée le et se trouve à Oulan-Bator. Elle contient environ trois millions de livres dont un million de livres rares.

    Monuments

    Prison d'Urga

    La prison d'Urga.

    La prison d'Urga a existé au moins jusque dans les années 1910, selon plusieurs explorateurs de l'époque tels que John Hare (en), Roy Chapman Andrews ou encore Beatrix Bulstrode[8],[9],[Note 1], qui en fait état dans son œuvre A Tour in Mongolia. Les conditions de vie des prisonniers sont décrites comme « effroyables »[9] ; ils étaient en effet enfermés dans des boîtes en bois de quelques pieds de longueur, avec un trou pour respirer et faire passer de la nourriture[9],[10],[11],[12],[13].

    Culture

    Salon du livre

    Le salon (aussi dénommé foire) du livre d'Oulan-Bator est organisée chaque année en mai et en septembre. Plus de 300 auteurs, 120 maisons d'édition et organisations apparentées participent à cet événement organisé par le département culturel de la ville et le ministère de l'Éducation.

    Ce salon permet aux lecteurs de se familiariser avec les derniers livres, de rencontrer des auteurs, d'assister à leurs conférences, de se mettre en réseau et d'élargir leurs expériences culturelles du livre[14],[15],[16].

    Jumelages

    Personnalités liées à la ville

    Littérature

    Le polar de Ian Manook (Patrick Manoukian), Yeruldelgger, se déroule en grande partie à Oulan-Bator.

    Galerie

    Notes et références

    Notes

    1. Beatrix Bulstrode retourne en Angleterre durant les années 2010[9].

    Références

    1. Depuis 2016
    2. http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/no_106_janv-mars_2009_cle446315.pdf
    3. Terme recommandé par la Commission générale de terminologie et de néologie, et publié au Journal officiel de la République française le 24 septembre 2008. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000019509867&dateTexte=
    4. Article du Time Magazine
    5. (mn) « МОНГОЛ УЛСЫН НИЙСЛЭЛ УЛААНБААТАР ХОТЫН ТҮҮХ », sur ulaanbaatar.mn, (consulté le Mois invalide (mail))
    6. Chine Nouvelle, « La Mongolie lance la construction de son nouvel aéroport international », sur Chine Informations, (consulté le )
    7. « Mongolia Arts et Culture », sur legendtour.ru (consulté le )
    8. (en) « Mary Beatrix Nunns 1869 - ? », sur www.fivenine.co.uk (consulté le ).
    9. (en) « A Tour in Mongolia. », sur digital.library.upenn.edu (consulté le ).
    10. (en) Roy Chapman Andrews, Across Mongolian Plains, Lulu.com, (lire en ligne), p. 62-63.
    11. (en) Roy Chapman Andrews, Under a Lucky Star : A Lifetime of Adventure, Read Books Ltd, (lire en ligne).
    12. (en) John Hare (en), The Lost Camels Of Tartary : A Quest into Forbidden China, Hachette UK, (lire en ligne).
    13. (en) Henry Mills Alden, Thomas Bucklin Wells et Lee Foster Hartman, « Urga, the Sacred City of the Living Buddha », Harper's Monthly Magazine, vol. 141, , p. 156 (lire en ligne).
    14. (en) Batchimeg.B, « National Book Festival to take place this weekend », sur Montsame News Agency, (consulté le )
    15. (en) « Ulaanbaatar Book Fair opens on Sukhbaatar square », sur NewsMN, (consulté le )
    16. (en) « 'Ulaanbaatar Book Fair' to be celebrated at Chinggis square », sur mongolia.gogo.mn, Capital City Governor's Office, (consulté le )

    Voir aussi

    Liens externes

    • Portail de la Mongolie
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