Musée international de la céramique de Faenza

Le musée international de la céramique de Faenza (Museo Internazionale delle Ceramiche in Faenza ou MIC) est l'un des plus importants musées d'art de la céramique du monde.

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Il est situé au no 19 viale Baccarini dans la commune de Faenza, en Émilie-Romagne.
Son espace muséal rassemble les œuvres des ateliers de céramique italienne du Moyen Âge au XVIIIe siècle, du Proche-Orient antique, de l'aire méditerranéenne à l'époque hellénistique, précolombienne et islamique. Une vaste section est dédiée aussi à la céramique moderne et contemporaine.
Depuis 1963 le Musée organise, tous les deux ans, un concours international de la céramique artistique, ce qui lui a permis de compléter ses collections avec des œuvres du monde entier.

Plat historié représentant le sacrifice de Marco Curzio. atelier du maître Pietro Bergantini. Faenza 17 juin 1529

Histoire

Flacon de la moitié du XVIe siècle

L'origine du musée remonte à 1908, lors de l'Esposizione Internazionale di Faenza (Exposition Internationale de Faenza) dédiée au troisième centenaire de la naissance d'Evangelista Torricelli. Pour l'occasion, tout un quartier de la ville fut aménagé et vit affluer à Faenza les artistes les plus connus dans le domaine des arts appliqués. Ce fut un grand succès et Gaetano Ballardini, animateur de la manifestation et créateur du musée de la céramique, put en recueillir les fruits en commençant par installer, dans les salles de l'ex-couvent de Saint Magloire, une première collection de céramique. Puis, il entreprit de sensibiliser les collectionneurs privés et les organismes publics obtenant, des uns et des autres, donations et reconnaissance institutionnelle.

En plus de l'agrandissement du musée et de l'extension des collections, Ballardini voulut également la création d'une école de formation technique et artistique dans le domaine de la céramique, aujourd'hui appelée Istituto d'Arte per la Ceramica Gaetano Ballardini. Unique dans son genre, le musée faentin acquit toujours plus de prestige au niveau international et dès 1926, il comprenait, outre les collections antiques, une section dédiée aux célèbres ateliers de céramique européens et aux céramistes contemporains reconnus.

Durant la Seconde Guerre mondiale le musée fut lourdement endommagé, et malgré son âge, Ballardini se remit à l'ouvrage, recueillant des fonds, sensibilisant le monde de l'art et les institutions de telle manière que dès 1949, il put rouvrir les premières salles d'expositions grâce aux dons de grands artistes comme Picasso, Léger, Matisse et Marc Chagall. D'autres œuvres provenant de collections privées intégrèrent ce déjà important patrimoine : Merenghi, Benini, Ugolini, Rusconi, jusqu'à celles plus récentes de Cora, Fanfani et Cantagalli. Aujourd'hui, le musée se flatte d'un corpus de plus de 40 000 pièces de céramique.

Le parcours muséal

L'exposition permanente du MIC se développe à travers deux itinéraires qui séparent la partie consacrée aux collections antiques, situées dans les espaces restructurés de l'ex quadrilatère conventuel, de celle du XIXe siècle abritée dans les nouvelles ailes édifiées à la fin du siècle dernier. Avec ce choix le musée a voulu mettre en évidence le fécond rapport entre les caractères des différents styles et le « savoir-faire de la céramique » au cours des siècles, jusqu'à nos jours.

Céramique en Italie du Moyen Âge au XIXe siècle

Le XVe siècle

Plat au « lion rampant ». Décor zaffera en relief. Faenza, début du XVe siècle.
Encrier avec la représentation du jugement de Pâris. Faenza, fin du XVe siècle.

Au début du XVe siècle, à la fin de la phase archaïque, les céramiques faentines commencèrent à se distinguer par la blancheur, la structure des émaux et l'addition de nouveaux pigments colorés. La production se caractérisa par des thèmes ornementaux variés qui surent éviter les excès stylistiques.

Deux genres décoratifs principaux se succédèrent dans ce qui sera défini comme le Style sévère.

Dans le premier genre, les maîtres faentins reprendront les thèmes du style archaïque en s'inspirant, pour les ornements, des décors byzantins. Ils atteignent une rare perfection dans le style zaffera — de l'arabe al-safra (cobalt), où, sur un fond parfaitement blanc, se détache un émail cobalt épais et intense.

Dans le style « italo-mauresque », c'est l'influence des majoliques hispano-mauresques, en provenance de l'île de Majorque et de l'Espagne, qui prédomine.

On trouve autant de maîtrise dans ce style, qui imite magistralement la nuance dorée du « lustre métallique » hispano-mauresque à travers l'association des couleurs bleu et jaune (le cobalt s'éclaircit et s'atténue en grisant et le jaune s'approche de la citrine).

Dans le second genre, à côté des thèmes chers au gothique tardif, floral et flamboyant (dont le motif par excellence est celui de la « feuille roulée »), naîtront les styles décoratifs en provenance des régions orientales et de la Chine, que véhiculent les porcelaines introduites en Europe le long de la Route de la Soie.

Ce sont les styles à l'« œil de plume de paon », à la « palmette perse » et « à la porcelaine », décors repris sur les premières céramiques chinoises importées en Occident, pendant la première période de la dynastie Ming.

Le XIXe siècle

Vase à décor islamique. Pio Fabbri, Rome, seconde moitié du XIXe siècle.
Médaillon ovale. Autoportrait d’Achille Farina. Faenza, Achille Farina, 1876.

Durant toute la première moitié du XIXe siècle, la faïence italienne vit une phase de lente et progressive décadence, reprenant le plus souvent, dans une qualité stylistique et formelle populaire, des modèles du XVIIIe siècle. Simultanément, la faïence semble acquérir un rôle prééminent en s’inspirant des modèles des grandes manufactures du nord.
Au contraire, dans la deuxième moitié du siècle, on assiste à un renouveau de la production de majoliques dans la lignée de la veine picturale naturaliste et romantique. Cette sensibilité pousse à la redécouverte des sujets liés à l’Historicisme, à la Renaissance et au Maniérisme.

Plat à décor de paysage. Giuseppe Ghinassi, Faenza, dernier quart du XIXe siècle.

Dans l’ébullition des ferments culturels de la fin du XIXe siècle, l'Italie septentrionale, et plus particulièrement Faenza, connaîtra une période d’intense créativité, grâce à des personnalités comme Achille Farina, dont nous avons un exemple d’autoportrait, Antonio Berti, Angelo Marabini, Giuseppe Ghinassi, Lodovico Bellenghi.
Les productions des manufactures de Scandiano, du bolonais Angelo Minghetti, de la Société Coopérative d'Imola, de la manufacture Galvani de Pordenone représentent le revival des modèles renaissances et baroques. On y trouve également des services de table et des objets des régions Lombardie et Vénétie, très influencés par le goût néo-rococo

Le XXe siècle en Europe

Le département de la céramique européenne du XXe siècle comporte une multiplicité d'œuvres, expression des principaux courants artistiques depuis les années 1900, de l'Art nouveau au Jugendstil et à la Sécession viennoise.
Sont présentées des œuvres de Jutta Silka, Josef Hofmann, Auguste Delaherche, Clément Massier, Alice Colonieu, Edmond Lachenal, Theodoros Colenbrander, Vilmos Zsolnay, et des manufactures de Brouwer, Distel, Fischer, Rozenburg, Bauscher, Villeroy & Boch, Meissen, Nymphenburg, Wahliss et Manufacture royale de Copenhague. La Fabrique Impériale et Royale de Nemy et les productions de Robj représentent la période Art déco conjointement aux œuvres de Kurt Wendler pour Rosenthal.

Dans l’immédiat après-guerre, les grands noms du parterre mondial de l'art répondirent à l'appel pour la reconstruction du musée. Pablo Picasso, Marc Chagall, Fernand Léger, Matisse, Paul Pouchol, pour ne citer que les plus célèbres, réalisèrent des œuvres en céramique qu’ils donnèrent au musée. L’exposition leur fait en retour une place d’honneur.
Les donations eurent un vaste écho en Europe, entraînant l’adhésion, dans les années 1950 et 1960, des artistes du courant informel qui exprimèrent à travers la céramique leurs inquiétudes existentielles. L'engagement de ces artistes, largement représenté le long du parcours muséal sera de « bouleverser et manipuler la donnée certaine du faire céramique, pour effilocher la toile de l'histoire et atteindre à une nouvelle synthèse. »

Le XXe siècle en Italie

Lucio Fontana, Sphère (concetto spaziale sferico). Terre-cuite vernissée et terre-cuite oxydée, 1957

Le caractère unique de la céramique italienne du XXe siècle sur la scène mondiale provient autant de sa qualité stylistique et formelle que de l’abondance de productions remarquables, tant artisanales qu'industrielles.
Une longue liste d’artistes se sont appliqués à l'art céramique au cours du XXe siècle. Le musée expose des œuvres significatives de Galileo Chini, Alfredo Biagini, Giosetta Fioroni, Ettore Sottsass, Duilio Cambellotti, Salvatore Fancello, Tullio d’Albissola, Lucio Fontana, Golia, Fausto Melotti, Giuseppe Macedonio, Alberto Burri, Enrico Baj, Gio Ponti aussi bien que Nanni Valentini, Antonio Zancanaro, Aligi Sassu et beaucoup d’autres.
On observe le réveil spontané d’anciens centres céramiques traditionnels ou réapparaît une production riche et innovante : Vietri sul Mare, Albissola, Nove, Deruta, Montelupo Fiorentino, Pesaro e Sesto Fiorentino ainsi que des manufactures comme Richard Ginori, Società Ceramica Italiana, Gregorj, Galvani, MGA, Franco Pozzi, Laboratorio Pesaro, Lenci, Bitossi, Mancioli e Rometti.
Ils traduisent dans les nouvelles exigences du design moderne les avancées décoratives et formelles de l'art contemporain.

On assiste alors en Italie à la naissance d'une production mineure et parfois éphémère, mais toujours porteuse de ferments artistiques novateurs.

Articles connexes

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