Evernia prunastri

Évernie du Prunelier

Evernia prunastri (la mousse de chêne ou lichen fruticuleux) est un lichen de l'ordre des Lecanorales.

Étymologie

Le nom binomial vient du néolatin Evernia, forme irrégulière du grec euernēs, « bien né, florissant », dérivée de ernos, « branche, rameau », et de prunastri, en raison de sa présence fréquente sur les branches de pruneliers et autres feuillus (épiphytes corticoles)[1].

Description

Evernia prunastri (St Vallier-de-Thiey, Alpes-Maritimes, France)
Evernia prunastri en Suède. Avril 2020.

Son thalle fruticuleux est à ramifications dichotomiques isotomiques mais à fréquentes anisotomies dans leurs bifurcations annuelles et leurs rameaux adventices[2]. Le thalle très polymorphe est formé de lanières aplaties en forme de buisson pendant[2]. La face supérieure est gris vert, la face inférieure est gris blanc, ce qui le distingue de Pseudevernia furfuracea (autre lichen plus fréquent surtout en altitude et qui porte aussi le nom vernaculaire de mousse de chêne ou de mousses des arbres)[3] à la face inférieure le plus souvent canaliculée et noirâtre à la base. On trouve des sorédies sur les bords du thalle et un peu sur la face supérieure[4].

Répartition et habitat

Ce lichen affectionne les écorces d'arbres et, parfois, les murs. Très commun en zones humides et peu polluées, il est plus fréquent dans les zones ventées et éclairées[5]. En Europe, c'est le plus commun des lichens fruticuleux corticoles[6].

Intérêts

Médecine traditionnelle

Il a été utilisé en médecine traditionnelle sous forme de décoction en Espagne pour soigner les affections respiratoires et les maux intestinaux, en Égypte et en Turquie pour fabriquer du pain, de la gelée ou servir d'agent fermentant. Il a aussi été employé pour la teinture de la laine (couleur violette), notamment les toges des romains[7]. Les embaumeurs égyptiens exploitaient les propriétés conservatrices de ses acides lichéniques, ainsi que ses capacités à fixer les arômes des épices utilisées pour la momification, et comme rembourrage des momies[8]. Il servait autrefois de bourre pour les pierres à fusil et était utilisé avec des pétales de rose pour fabriquer une poudre servant à blanchir les perruques et à tuer les mites qui s'y logeaient[9].

Biosurveillance

Ce lichen est utilisé en biosurveillance de la qualité de l'air pour ses propriétés bioaccumulatrices de métaux lourds et de radioéléments[10].

Parfumerie

Les extraits des lichens Evernia prunastri et Pseudevernia furfuracea sont largement utilisés en parfumerie, les premiers apportant des notes boisées variées en fonction de leur arbre support (en particulier dans les eaux de toilette masculines), les seconds des notes marines plus utilisées dans les parfums féminins. Leur utilité est renforcée par leur capacité à produire des antioxydants stabilisateurs des parfums[5].

Au début des années 2000, plus de 6000 tonnes des lichens Evernia prunastri et Pseudevernia furfuracea étaient récoltées chaque année[11].

Cependant, la récolte de plusieurs tonnes par an décline car « la présence dans ces extraits de composés allergènes, notamment l’atranorine, impose aux fabricants le respect de la directive européenne 2003/15/CE qui oblige à faire figurer clairement la présence de tels extraits dans la liste des ingrédients, lorsque la concentration est supérieure à 0,001 % dans les produits non rincés (crèmes…) et à 0,01 % dans les produits rincés (shampooings…)[12] ». Ces composés bioactifs sont ainsi de plus en plus remplacés par des produits synthétiques[13].

Notes et références

  1. (en) Alden's Manifold Cyclopedia of Knowledge and Language, J. B. Alden, , p. 601
  2. (de) H. A. Beltman, « Vegetative Strukturen der Parmeliaceae und ihre Entwicklung », Bibliotheca Lichenologica, vol. 11, , p. 1–193.
  3. Du grec pseudês, « faux », et de Evernia (ressemble à ce genre de lichen) ; furfuracea vient du latin furfur, « farinacé », couvert de petites écailles plates, rappelant les pellicules de son qui correspondent aux nombreuses isidies se détachant facilement du thalle, et que l'on trouve souvent au sol, détachées par le vent. Cf Chantal van Haluwyn, Juliette Asta, Guide des lichens de France. Lichens des arbres, Bein, (lire en ligne), p. 142
  4. (en) Hans Martin Jahns, Collins Guide to the Ferns, Mosses, and Lichens of Britain and North and Central Europe, Collins, , p. 52
  5. Chantal Delzenne-Van Haluwyn, Michel Lerond, Guide des lichens, Lechevalier, , p. 148.
  6. (de) Josef Poelt, Bestimmungsschlüssel Europäischer Flechten, Cramer, , p. 44.
  7. (en) Atta-ur-Rahman (en), Studies in Natural Products Chemistry, Elsevier, , p. 224
  8. Chantal Van Haluwyn, Juliette Asta, Guide des lichens de France. Lichens des arbres, Éditions Belin, , p. 143.
  9. (en) RSPB Pocket Nature Wildlife of Britain, Dorling Kindersley, , p. 273.
  10. (en) M.L. Antonelli, P. Ercole, L. Campanella, « Studies about the adsorption on lichen Evernia prunastri by enthalpimetric measurements », Talanta, vol. 45, no 6, , p. 1039-1047 (DOI 10.1016/s0039-9140(97)00226-9).
  11. Selosse, Marc-André., La symbiose : structures et fonctions, rôle écologique et évolutif, Vuibert, (ISBN 2-7117-5283-6 et 978-2-7117-5283-6, OCLC 45654091, lire en ligne), p. 11
  12. Amandine Andraud-Dieu. Recherche de molécules antimicrobiennes d’origine lichénique : Etude phytochimique de trois lichens & approche synthétique de deux composés actifs. Biologie moléculaire. Université de Limoges, 2015, p.18
  13. (en) Daniel Joulain, Raphaël Tabacchi, « Lichen extracts as raw materials in perfumery. Part 1: oakmoss », Flavor and Fragance Journal, vol. 24, no 2, , p. 49-61 (DOI 10.1002/ffj.1916).

Voir aussi

Articles connexes

  • Ethnolichénologie (en)

Liens externes

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