Mort d'un soldat républicain

Mort d'un soldat républicain (intitulé aussi Mort d’un milicien) est une photographie de reportage prise le par Robert Capa, publiée d'abord par le magazine Vu, puis rachetée par Life qui la publie près d'un an plus tard, le [1]. Elle représente la mort, présentée comme réelle et prise sur le fait, d'un milicien républicain durant la guerre d'Espagne.

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Lien la photographie Mort d'un soldat républicatin. L'image est protégée par droit d'auteur et sa reproduction n'est pas autorisée sur la Wikipédia francophone.

Cette photo a provoqué de nombreux débats, car on la soupçonne d'être une photo posée[2].

Depuis 2009, les publications sur le sujet penchent vers cette version des faits, et indiquent plutôt que la photo n’a pas été prise sur le champ de bataille de Cerro Muriano, comme Capa le disait, mais à 50 km environ, à proximité de la ville d'Espejo[3],[4].

Historique

La photo de Robert Capa est présentée par Vu et Life comme prise à l’instant exact de la mort du milicien. On le voit tombant en arrière, comme s'il avait reçu une balle tirée de face. Il est vêtu en civil, mais porte une ceinture-cartouchière, et le fusil qu’il tient de la main droite lui échappe. Les photos prises plus tôt dans la journée montrent le même homme, en vie, aux côtés de ses camarades de la Colonne Alcoiana. Les clichés de Capa sur les combattants loyalistes à Cerro Muriano, dont celui du soldat mourant, sont publiées par le magazine français Vu, le . Depuis, la Mort d’un soldat républicain a été reproduite de très nombreuses fois, devenant un symbole de la guerre d’Espagne. C’est l’une des photos les plus célèbres de tous les temps.

Longtemps anonyme, le milicien républicain a été identifié en août 1996 comme Federico Borrell García, militant anarchiste d'Alcoy[5].

Premiers doutes

La célébrité de Life, qui a publié la photo dans son format original, a fait oublier que Vu présentait deux photos de miliciens tombés au même endroit, deux hommes différents photographiés sous le même angle, sous le titre : « Comment ils sont tombés »[6]. Seule la première des photos a survécu dans la mémoire collective.

En 1975, Phillip Knightley, un journaliste et historien britannique soutient que la photo ne correspondrait pas à la réalité et qu’elle a été posée[7]. Néanmoins, Richard Whelan estime encore en 2002 que la photo est bien authentique[5].

Ainsi, dans This Is War! Robert Capa at Work, Richard Whelan avance :

« L’image, connue sous le nom de Mort d’un soldat républicain, est aujourd’hui reconnue comme l’une des meilleures photos de guerre jamais prises. Le photographe a aussi créé un vaste débat. Ces dernières années, il a été avancé que Capa a monté la scène, ce qui m’a conduit à une fantastique recherche sur plus de deux décennies. J’ai été confronté au dilemme de traiter d’une photographie qu’on pense être vraie mais dont on ne peut être absolument certain qu’elle est un document véridique. Ce n’est ni une photographie d’un homme jouant la mort après avoir reçu une balle imaginaire, ni une photo prise dans le feu de la bataille. »

Une photo mise en scène

À partir de 2004, les enquêtes suggèrent que la photo n’a pas été prise sur le champ de bataille de Cerro Muriano et qu'elle a été mise en scène. Patrick Jeudy est l'un des premiers à l'affirmer dans son documentaire Robert Capa, l'homme qui voulait croire à sa légende[8]. La disparition de la planche de contact et du négatif[9], ainsi que la grande discrétion de Capa autour de sa célèbre photographie, entretiennent le doute[10],[11].

Le documentaire de 2007 La sombra del iceberg affirme que la photo est posée et que Borrell n’est pas le personnage présent sur la photo[12].

L'universitaire José Manuel Susperregui soutient ardemment la thèse de la mise en scène[13],[14]. En juillet 2009, le journal barcelonais El Periódico en conclut que la photo de Capa est posée[15]. Le quotidien catalan affirme que Capa a photographié le milicien dans un endroit où il n'y avait pas de combat. « L'emplacement réel, à 10 km à partir d'un front de bataille inactif, démontre que la mort n'était pas réelle ». L'enquête a également démontré que d'autres photos prises au même endroit avaient été mises en scène[16].

Avant la publication de cet article, des partisans de l’authenticité du cliché ont avancé que Capa était responsable de la mort du soldat, qui était selon eux en train de poser pour Capa quand il a reçu une balle, probablement d’un tireur isolé[17].

Le corps du milicien

Selon Robert L. Franks, inspecteur en chef à la section homicide de la police de Memphis, la posture du milicien sur la photo traduit un « état de surprise », et sa main gauche partiellement visible sous sa jambe gauche, à demi fermée, recroquevillée, correspond à un état de choc et non à un geste de protection pour amortir la chute. Inversement, Fernando Verdù, médecin légiste de l'université de Valence, note l'absence de sang sur la chemise, et se demande pourquoi la main gauche du milicien ne présente pas le même relâchement musculaire que sa main droite, qui laisse échapper le fusil[18].

Postérité

Freedom is not Free, une sculpture de Yigal Tumarkin (Netanya, Israël).

Certains ont vu une analogie entre cette photo et la scène finale de La Jetée de Chris Marker[19].

Notes et références

  1. Thomas Michael Gunther, Marie de Thézy, Alliance photo, agence photographique 1934-1940, La Bibliothèque, , p. 112.
  2. (en) « Robert Capa 'faked' war photo new evidence produced », The Telegraph, (lire en ligne, consulté le ) :
    « Looking at the photos it is clear that it is not the heat of battle. It is likely the soldiers were carrying out an exercise either for Capa or themselves. »
  3. (en) « What Spain Sees in Robert Capa's Civil War Photo », Time magazine, (lire en ligne, consulté le ) :
    « While the new findings clearly establish where the famous shot was taken, not everyone believes they suggest it was a fraud. "The evidence certainly changes the photograph's location from Cerro Muriano to Espejo — there's no longer any question about that," says Cynthia Young, a curator at the International Center of Photography in charge of the Robert Capa and Cornell Capa Archive and one of the exhibition's organizers. »
  4. (en) The whole story, bbc.co.uk, , 21 juillet 2009
  5. Richard Whelan (2002). Proving that Robert Capa's "Falling Soldier" is genuine: A detective story, American Masters.
  6. (en-US) « Capa's Falling Soldier: staged photographs and photography as a stage », sur FOTO8,
  7. Philip Knightley (1975). The First Casualty: From the Crimea to Vietnam; The War Correspondent as Hero, Propagandist, and Myth Maker. New York: Harcourt, Brace
  8. Marjolaine Jarry, « Robert Capa, l'homme qui voulait croire à sa légende », sur TéléObs,
  9. (en) Caroline Angus Baker, « José Manuel Susperregui Echeveste », sur Caroline Angus (consulté le )
  10. (en) Sabine T. Kriebel, Andrés Mario Zervigón, Photography and Doubt, Taylor & Francis, (lire en ligne), p. 128.
  11. Daniel Girardin, Christian Pirker, Controverses : une histoire juridique et éthique de la photographie, Actes Sud, , p. 89.
  12. Autopsia al miliciano de Robert Capa
  13. (en) José Manuel Susperregui, « The location of Robert Capa's Falling Soldier », Communication & Society, vol. 29 (2), , p. 17-43. (ISSN 2386-7876, lire en ligne)
  14. Mathieu de Taillac, « L'étrange mise en scène du chef-d'œuvre de Robert Capa », Le Figaro, 9 septembre 2016, p. 15.
  15. (es) El Periódico, « EDITORIAL: 'La foto de Robert Capa' », sur elperiodico, (consulté le )
  16. (en) Shot down - Capa's classic image of war, independent.co.uk, 21 juillet 2009
  17. (en) Isabel Hilton (en), « The camera never lies. But photographers can and do », The Guardian, (lire en ligne, consulté le ) :
    « Capa was a great photographer but he was not averse to faking. In 1937 he fabricated footage for the March of Time newsreel series. He told the Life photographer, Hansel Mieth, that the Borrell picture had been taken when the militiamen were fooling around, not in the heat of battle as had been believed. She added that Capa seemed upset and said little more except that it "haunted him badly". ... As Borrell stood to pose for Capa, he was cut down by a rebel bullet. »
  18. Vincent Lavoie, « Falling Soldier », Études photographiques, vol. 35, (lire en ligne)
  19. Philippe Dubois, « La Jetée ou le cinématogramme de la conscience », Théorème, no 6 « Recherches sur Chris Marker », , p. 8-45 (ISBN 2-87854-162-6, ISSN 1159-7941) citant, p. 32 (note 34), Peter Wollen, « Feu et glace », Photographies, no 4, , p. 17–21, et (de) Christa Blumlinger, « La Jetée : Nachhall eines Symptom-Films », CICIM, Institut français de Munich, nos 44–46 « Chris Marker, Filmessayist », , p. 65–72. Dubois souligne toutefois (note 35) que c'est un motif commun, à la fois de la photographie de guerre et des fictions d'action.

Source

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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