Mohamed Améziane (1859-1912)

Mohamed Améziane ou Mohand Améziane[1] (en amazigh : Muḥand Ameẓyan, hispanisé en Al Mizzian par les Espagnols) est un résistant berbère rifain, amghar (chef berbère) et Cadi de la tribu des Aït Bou Ifrour dans la région de Nador. Il serait né en 1859[2],[3] dans le Rif, à Zeghanghan[4]. Il lutta contre le colonialisme espagnol dès la fin du 19e siècle et est considéré comme étant le précurseur de la guerre du Rif, son action commençant avant celle d'Abdelkrim El Khattabi. Il est encore aujourd'hui considéré comme une figure importante de la résistance anti-colonialiste chez les Rifains et bien que son personnage soit mystique et peu connu, sa figure fait partie intégrante de l'histoire du Rif, de nombreux poèmes furent chantés à sa gloire[5].

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Biographie

Mohamed Ameziane serait né en 1859 dans la tribu Ait Bou Ifrour près de Nador. Sa jeunesse nous est très peu connue. Bien qu'étant d'origine berbère, Mohamed Ameziane était réputé comme étant le dernier et le plus prestigieux chérif de la lignée des Qadiri. Sa famille a fondé la Zaouia Qadiriya de Sidi Ahmed ou Abdesallam à Zeghanghan. Après avoir fréquenté l’école coranique et appris le Coran il rejoignit l'Université de Qaraouiyine à Fès pour y étudier le Fiqh et le droit islamique. Après cela, il regagna sa terre natale pour y exercer dans la magistrature en tant que juge du Chraa. En plus d'être Cadi, Mohamed Ameziane était un chef religieux et moral respecté par tous les habitants du Rif et de l'Oriental, qui le consultaient pour les problèmes liés à la communauté[6].

«Sidi Mohand Ameziane est le dernier et le plus prestigieux chérif de la baraka, non seulement parce qu'il manifesta toutes les qualités de ses prédécesseurs, mais parce qu'il joua un rôle historique important. Sa réputation était grande aussi bien chez les Iqar'iyen, que parmi les Ichebdanen et les Aït Said, qui sont sédentaires, ainsi que parmi les nomades Imetalsen. Quand il accompagnait les émigrants vers l'Algérie, personne n'osait attaquer le convoi de voyageurs, tant on craignait sa malédiction.»[7]

Histoire

Après des événements du à Melilla durant lesquels des membres de tribus rifaines de la rive est de la rivière Kert attaquent un cartographe de l'état-major unité, El Mizzian, déclare le djihad contre les chrétiens espagnols. Les forces espagnoles déplacent vers l'ouest de Melilla et traversent la rivière Kert, située à environ vingt miles à l'est de Melilla. Le mauvais temps et la résistance des Rifains avaient conduisent à une retraite espagnole et un retour au presidio, arrêtant la campagne. Des membres de tribus rifaines menacent par la suite une fois encore Melilla. La guerre continue jusqu'à au printemps 1912, lorsque les forces espagnoles poussent les Rifains de l'autre côté de la rivière Kert, et El Mizzian meurt au combat, laissant ses hommes sans chef efficace[8],[9].

Résistance contre Rogui Bou Hmara

En 1902, Bou Hmara, prétendant au trône marocain réussit à se constituer un petit royaume dans le Rif oriental et l'est du Maroc. Les principaux chefs tribaux du Rif oriental parmi lesquels Améziane, lui déclarent allégeance en lieu et place du Sultan Alaouite, Ameziane permettant même au Rogui d'installer sa capitale à Selouane sur le territoire des Ait Bu Ifrour[10]. Cependant début , après que Bou Hmara eut vendu les concessions minières de Iksane et d'Afra (province de Nador) aux Espagnols, les Rifains en colère entrèrent en rébellion contre lui. Améziane, chef tribal et religieux, appelle rapidement au Djihad contre Bou Hmara et les colons espagnols, réussit à fédérer les tribaux Guelaya, Aït Said, Kebdana et Mtalsa contre le Rogui[6]. En quelques jours, Bou Hmara perd le contrôle total du Rif oriental et est contraint par les Rifains de quitter le Rif.

Résistance contre les Espagnols

Durant 5 ans, Mohamed Améziane a livré plus de 100 batailles anti-coloniales, parmi lesquelles on peut citer : la bataille de Diwana, la bataille de Had Ait Chiker, la bataille de Kebdana, la bataille de Selouane, la bataille de Segangan, etc... Cependant, la bataille la plus importante fut sans doute celle du Ravin-du-loup, (Barranco del lobo en espagnol, Tizi wuccen en rifain). On dénombra plus de 236 morts dont 7 officiers, et 750 blessés. Cette bataille résonna comme un séisme pour Madrid. Finalement, le , les Espagnols le tuèrent lors de la bataille de Adrar Ahammam sur les hauteurs des Aït Sider. Son corps fut traîné et exhibé comme trophée de guerre à Nador et Mellila avant d’être remis aux Rifains. Il est enterré dans son mausolée qui porte son nom à Aït Sidel.

Notes et références

  1. Pouillon, François, and Raymond Jamous. “Jubilé Pour Une Insurrection Paysanne Au Maroc.” Cahiers D'Études Africaines, vol. 16, no. 63/64, 1976, pp. 633–638.
  2. « Muḥammad Amziyān (1859-1912) », sur data.bnf.fr (consulté le )
  3. Dans Mouna Hachim, Dictionnaire des noms de famille du Maroc, Casablanca, Le Fennec, [détail de l’édition], p. 47, il est indiqué qu'il est né vers 1860.
  4. Mouna Hachim
  5. mohamed ouhayad, « Ayned (mohamed amazyan thamothad tajid itan) », (consulté le )
  6. « Courrier du Rif », sur www.courrierdurif.com (consulté le )
  7. Raymond Jamous, R. Jamous, Honneur et Baraka, les structures sociales traditionnelles dans le Rif,
  8. The Rif Rebellion in Morocco: A Nationalist-Religious Revolt José E. Álvarez https://historiamilitar.es/wp-content/uploads/2014/03/the-rif-rebellion-in-morocco.pdf
  9. David S. Woolman, Rebels in the Rif: Abd El Krim and the Rif Rebellion (Stanford, Californie: Stanford University Press, 1968), p. 44 ; Stanley G. Payne, Politics and the Military in Modern Spain (Stanford, CA: Stanford University Press, 1967), p. 113-114 ; et Fleming, Disaster of Annual, p. 26-28.
  10. Raymond, Jamous, Honneur et baraka: Les structures sociales traditionnelles dans le Rif,

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